‹ Etude des Représentations Pathologiques dans l'Art EgyptienChapitre 19 sur 44 · ENS UE · texte numérisé non relu

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trie datant selon lui de 3700 avant J.-C., représente aussi une naine achondroplase relativement bien réussie : macrocéphalie micromélie, nanisme sont rendus nettement par l’artiste. De plus suivant l’usage en honneur à l’époque le sexe est largement figuré.

Schrumpf-Pierron à découvert dans la collection du Docteur Innes Bey une intéressante statuette trouvée à Louxor. Il s’agit d’une naine grotesque en plomb aux seins très développés aux cuisses larges, avec un gros ombilic. Schrumpf-Pierron la croit achondroplase ; la tête il est vrai est disproportionnée du reste du corps, mais il nous semble que la micromélie n’est pas manifeste surtout en ce qui concerne les membres inférieurs. D'autre part elle est en plomb et quoique Petrie ait trouvé des figurines d'animaux et une femme faites en ce métal, il est très rarement utilisé par les artistes préhistoriques.

De la période historique nous sont parvenus des squelettes de nains achondroplases découverts par F. Petrie à Abydos dans des tombeaux royaux de la Ier et de la IIIe dynastie.

Sur un bas-relief de Ka-em-noïfer à Hagarseh (IVe dynastie) est figurée une naine achondroplase marchant derrière un cortège de musiciennes.

Ruffer signale une naine achondroplase découverte à Athribis, elle date également de la IVe dynastie.

A côté d’elle est représentée une fillette qui marche de

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face ce qui est assez rare dans les représentations égyptiennes qui sont généralement figurées de profil». Regnault étudie en 1900 et en 1907, les nains sur les peintures des tombeaux de Ti Phtah Hotep et Khon Hotepher à Sagqarah datant de la Ve dynastie. Les copies faites par Mariette sont conservées au musée Guimet. Les nains qui y sontreprésentés sont desachondroplases typiques ; ils sont chargés dela garde des bijoux ; quatre d’entre eux tiennent des colliers de perles.

Sur un bas-relief du tombeau d’Anta à Deshashed datant de la même époque sont représentés encore deux nains qui sont également préposés à la garde des bijoux. L’un porte un colier tandis que l’autre est penché sur un établi; sur le même tombeau par contre un nain vêtu d’un pagne, debout à l'arrière d’une barque s’appuie d’une main sur la tête d’un robuste rameur et tenant dans l’autre un objet en forme de raquette qu'il brandit en un geste de commandement.

Sur une tombe de Scheik Sad (Ve dynastie) un nain tent un singe et un autre conduit un chien.

Parmi les représentations de la VIe dynastie Ruffer signale encore trois achondroplases de la tombe d’Abas dont l’un tient un miroir. Une autre représentation de la même époque, découverte par Von Bissing à Saqqarah (tombeau de Ragemni) montre un nain

conduisant un chien et un léopard.

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Plus tard à l’époque ptolémaïque les nains continuent à servir à la cour, à en juger par le magnifique sarcophage de cette époque. découvert par Quibell à Saqqarah en 1910 et conservé au musée du Caire. Dénommé Teos il est désigné comme le « fils de Petechous » il a été vraisemblablement danseur de son vivant car l'inscription hiéroglyphique dit « je suis un nain qui dansait à Kem et à Sen- Kebeh le jour de la fête de l'éternité ». Il a les caractères classiques de l’achondroplasie ».

Outre ces reliefs et ces dessins que nous venons d’énumérer un peu sèchement, il existe plusieurs sculptures, la plupart très belles, représentant avec une grande exactitude quelques achondroplases.

La plus célèbre d’entre elles est Xnoum-ho-tep, dont la statue fut trouvée par Mariette à Saqqarah dans une nécropole dont «la place nous prouve qu’il naquit vers la fin de la Ve ou le commencement de la VIe dynastie (Maspero). Cette figurine de calcaire peint de 30 em. de hauteur se trouve actuellement au musée du Caire.

En 1887 Maspero en a donné une excellente description. Il relève même les signes de l’achondroplasie qui alors n’était guère connue.

Deux ans plus tard Charcot et Richer insistent sur

l’ensellure et la saillie des fesses caractères décrits par

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Parrot lors de la présentation d’une naine achondroplase à la société d’Anthropologie.

Ruffer insiste sur la musculature et proteste avec raison contre le terme de niais que lui a attribué Maspero. En effet l’expression de cette grosse tête est plutôt fine et intelligente.

Regnault remarque que le front à l’encontre de celui des achondroplases est un peu fuyant. Mais c’est la règle dans l’art égyptien.

Le nain à en juger par la somptuosité de sa tombe était un personnage considérable. Les inscriptions qui y figurent, lui donnent le titre de « conservateur de la garde royale » mais on ne sait rien de plus sur l’histoire de cet achondroplase curieux.

Au musée du Caire se trouve depuis 1927 une charmante statuette en terre cuite signalée par Schrumf- Pierron, du nain Seneb et de sa famille.

Cette statuette trouvée à Ghizeh près des grandes pyramides représente un nain achondroplase assis sur ses petites jambes croisées. Sa tête est disproportionnée, les membres sont courts, la main est carrée. le tronc normal est bien musclé. À sa gauche est assise sa femme qui l’enlace affectueusement ; au-dessous d'eux sont représentés conventionnellement, sur le bas-reliefs deux beaux enfants, garçon et fille.

Tels sont les achondroplases mâles les plus connus

dans l’ancienne Egypte.

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Regnault en 1914 étudie le premier au point de vue médical deux statuettes de jeunes naines, en bois ; la première remarquablement bien travaillée a été trouvée dans le tombeau d’un grand seigneur enterré à Beni Hassan à qui selon Maspero elle aurait été attachée. Elle présente tous les caractères de l’achondroplasie classique. Le corps est long et plat, le ventre est saillant, la cambrure lombaire est exagérée, les membres sont courts, la main est en trident, les jambes sont malheureusement cassées. La face ressemble à celle d’un bouldogue, la racine du nez est écrasée,

La seconde plus grossière se trouve dans la même vitrine. Elle a conservé des jambes dont on voit l’incurvation. Le sexe de ces naines est indiqué. Regnault signalait à l’époque, la rareté des représentation d’achondroplases de sexe féminin. Il ne connaissait que celles qui viennent d’être mentionnées, mais en réalité il semble actuellement que les naines ne soient pas plus rares que les nains. On sait que l’achondroplasie est un peu plus fréquente chez les femmes. (Professeur Schrumpf-Pierron).

Outre les représentations de la période archaïque, de la Ve et de la XVIIIe dynastie, que nous avons mentionnées il existe au moins une autre représentation de naine achondroplase ; sa connaissance est de date plus récente. Elle se trouve au musée du Caire

et fait partie du trésor de Toutankhamon. Carter la

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considère comme « The King's centre piece ». Cette naine est debout à l’arière d’une superbe barque en albâtre, tandis qu’à l’avant une jeune fille est accroupie, c’est « la sœur de la grande femme du roi ». La naine est désignée comme étant le vizir de la reine de Erneheh. Plusieurs de ses photographies se trouvent dans un article de Schrumpf-Pierron. C’est une achondroplase manifeste, elle a de plus un double pied bot

VaTrUS.

3) Les nains rachitiques

Si les représentations des nains achondroplases sont nombreuses celles des nains rachitiques sont rares. Certains même ont voulu nier l'existence du rachitisme dans l’ancienne Egypte. Cependant dès la période préhistorique des anthropologues (Ruffer, Wood- Jones, Regnault) en recherchant systématiquement cette maladie ont pu relever en Egypte quelques cas au paléotithique au méolithique et un petit nombre

de cas en Scandinavie.

Moodie signale qu'aucune des momies examinées ne présente cette tare; ce fait ne prouve pas que le rachitisme fut absent, on sait que cette maladie frappe les enfants en misère physiologique subissant une carence vitaminée et solaire. Or les individus qui se

faisaient momifier appartenaient tous à la classe riche

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de la société (Capart). De nos jours où le rachitisme est certainement plus développée, ne l’a-t-on pas appelé « maladie des civilisés », il est exceptionnel de le rencontrer dans les classes aisées. Mais pour rare qu'il fût, le rachitisme semble avoir existé en Egypte, à en juger encore par quelques représentations qui montrent des hommes présentant un élargissement du crâne contrastant avec une face réduite.

Un dessin surtout, signalé déjà par Charcot et Richer, trouvé sur un tombeau de Béni Hassan (XVIIIe dynastie) montre un nain rachitique représenté à côté de deux autres dont l’un a un mal de Pott cervical et l’autre des pieds bots.

Le nain a une grosse tête et la petitesse de la face accentue cette difformité. Le ventre est proéminant, la cambrure de la taille si accentué d'habitude par les artistes egvptiens manque totalement. Quant aux jambes elles ont la déformation caractéristique du rachitisme en lames de sabre ; le pied est plat. En plus du rachitisme qui est évident Ruffer pense qu'il y a hydrocéphalie associée. Il nous semble que ce dessin suffisamment démonstratif pour parler de rachitisme ne l’est pas par contre pour parler d’hydrocéphalie. Sur une autre fresque de Tel el Amarna est représentée une naine semblant rachitique accompagnant une jeune princesse âgée semble-t-il d’une dizaine

d'années. La naine a un aspect grotesque ; de la même

taille que la fillette elle est vêtue d’une espèce de sarraut qui laisse découvert ses maigres bras et ses jambes torses au pied en varus équin.

Il existe encore au Ashmolean Museum d'Oxford une statuette détériorée datant de la 17 dynastie, pour laquelle le diagnostic de rachitisme peut se poser (Ruffer). Son mauvais état de conservation ne permet pas une discussion fondée, cependant les membres inférieurs qui sont un peu raccourcis par rapport au reste du corps et légèrement incurvés semblent être ceux d’un rachitique et non pas d’un achondroplase. Il existe encore d’autres représentations mais leur diagnostic est discutable ; c’est ainsi que les pieds bots le genu recurvatum sont parfois le fait du rachitisme, mais comme ils peuvent être dus à des causes différentes, nous étudierons ces malformations dans un chapitre spécial. Disons seulement que ce n’est pas la rareté du rachitisme mais son existence qui est faite pour nous surprendre. Etait-il dû au genre de vie de certains, dont l'enfance se passait à l’abri du grand soleil d'Egypte ou à l’existence déjà de l’alimentation artificielle ou simplement aux conditions de vie misérable qui régnaient à certaines époques parmi les classes pauvres de la société ? Nous ne pouvons résoudre ces questions mais contentons-nous de constater que le rachitisme considéré souvent comme l’apanage

de la société actuelle existait déjà il y a plus de 4000 ans.

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Nous ferons ici une place à part pour une acquisition récente du musée du Louvre.

Il s’agit d’une statuette en bois des plus intéressantes. N'ayant fait jusqu'à maintenant l’objet d'aucune communication, nous nous bornerons à une description strictement médicale.

Nous nous permettrons cependant de dire que l’inscription de cette statuette funéraire datant de la XIIe dynastie indique qu’il s’agit bien d'une femme nommée Ita Seneb. Cette « maîtresse de maison » vêtue seulement d’un pagne descendant jusqu'aux genoux, mais laissant l’ombilic découvert, apporte des offrandes au dieu Ptah.

Cette petite statuette frappe à prime abord par son aspect contrefait et bizarre. La tête est énorme, alors que la taille ne dépasse pas 11 em. Le diamètre occipito frontal mesure 3 cm. 2, et le diamètre bitemporal 2 cm.

Nettement dolichocéphale, le crâne, apparaît de plus élargi et très aplati. Les bosses frontales sont proëminantes, le front est olympien. Le nez épaté, les lèvres épaisses, les pommettes saïllantes donnent à cette naine un faciés négroïde.

Les membres supérieurs sont inégaux. Le membre supérieur droit dont l'aspect est normal descend

jusqu’au 1/3 supérieur de la cuisse. Son poing est fermé

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en pronation. Les doigts sont égaux mais le pouce dépasse notablement (3 mm.) les autres doigts.

Le gauche est nettement raccourci. En effet les doigts atteignent à peine le niveau du grand trochanter. Le bras est en adduction, collé au tronc, la main, légèrement détériorée sur son côté externe, est ouverte en supination dans l’attitude de l’offrande. En plus du raccourcissement manifeste il existe un certain degré d’atrophie musculaire particulièrement accentué au niveau des muscles de l’épaule.

Les membres inférieurs sont épaissis et très fortement incurvés. Il semble que le raccourcissement de la taille tienne surtout à cette incurvation. Les pieds sont grands.

Le tronc bien musclé est disproportionné avec les membres inférieurs. Alors que cette statuette mesure 11 cm., de hauteur, il atteint 5 cm.

Les seins semblent absents ; leur atrophie est presque complète. Ils ne sont indiqués que par un repli insignifiant. Le mamelon n’est pas figuré.

Le dos exécuté avec une grande finesse est large. La musculature est bien dessinée, les trapèzes sont sail-

lants, les omoplates larges, sont visibles sur la peau.

I] n’existe pas de lordose, mais les fesses sont saillantes. De cette naine râblée et trapue se dégage une impression de vérité et de vie qui permet, de discuter

1° diagnostic de cette difforme.

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Ne s’agit-il, pas d’un nouveau cas d’achondroplasie dont nous avons vu la fréquence ?

La macrocéphalie et le raccourcissement des membres inférieurs sont en faveur de ce diagnostic.

Il est vrai que la tête est grosse mais elle n’a pas la forme ronde habituelle parfois même brachycéphale des achondroplases. Sa forme allongée élargie et très aplatie, est plutôt celle d’un individu atteint de rachitisme avec hydrocéphalie. Quant au raccourcissement des membres inférieurs il tient à leur forte incurvation et non pas à une brièveté congénitale. De plus les membres supérieurs, surtout le membre supérieur droit qui est normal, ne ressemble pas à ceux d’un achondroplase.

Il semble donc que cette naine soit un nouveau cas de rachitisme.

Mais elle a en outre une atrophie du membre supérieur gauche. Il s’agit peut-être d’une atrophie consécutive à une paralysie infantile ou mieux encore d’une paralysie par élongation du plexus cervico-brachial consécutive à un traumatisme obstétrical. Cette dernière cause est d’autant plus plausible que le crâne de grandeur inusité, hydrocéphale peut-être, a pu rendre l'accouchement particulièrement difficile.

Quant à l’absence des seins on peut l’expliquer par des troubles glandulaires peut-être favorisés par le

rachitisme.

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