‹ Étude des tumeurs mélaniques du mésentèreChapitre 7 sur 16 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

De la constitution histologique du mésentére, nous pouvons déduire les formes de tumeurs qui peuvent v prendre naissance, puisque les travaux de Müller et de M. Lancereaux (1) nous ont appris que tout tissu ne peut donner naissance, par des transformations aussi profondes qu’on les suppose, qu’à des productions identiques à lui-même. C’est cette théorie qu'a reprise et développée M. Bard, dans son article des Archives de physiologie, 1885, et plus tard en collaboraüon avec M. Pic au sujet des tumeurs du pancréas. En d’autres termes, le tissu conjonctif, par exemple, est susceptible en se transformant de produire des tumeurs de différents aspects, mais qui toutes seront constituées par du tissu conjonctif;, jamais on ne le verra produire un carcinôme, un épithéliome, pas plus qu'un élément épithélial ne sera susceptible de dégénérer en sarcome. Cependant, tous les organes qui con-

(1) Lancereaux. Traité d'analomie pathologique.

tiennent un tissu connectif renfermant des vaisseaux sanguins et lymphatiques, peuvent être envahis par des néoplasies d’un ordre absolument étranger à leur constitution propre. C’est qu'alors ces néoplasies ont eu pour point de départ un petit noyau amené d’un organe primitivement affecté, par le courant sanguin au lymphatique; il S’est fait une localisation secondaire. Il est démontré, en effet, que c’est par la voie des veines et des vaisseaux lymphatiques que se fait la généralisation des tumeurs.

Le mésentére, comme tous les autres organes, sera donc le point de départ d'autant de tumeurs distinctes qu'il entre d'éléments spéciaux dans sa structure. Or, nous avons vu qu'il est formé de deux lames de fibres conjonctives et élastiques recouvertes d'un endothélium, et interceptant entre elles une mince couche de tissu connectif renfermant des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et du tissu cellulo-adipeux, bien qu’en très petite quantité. Aussi, pourra-t-on voir s’y développer primitivement : des endothéliomes ; des fibrômes, sous leurs deux formes adulte et embryonnaire ; des lymphômes; des angiômes et des lipômes. Telles sont, en effet, les seules néoplasies qui, en dehors des kystes de diverses natures, ont été décrites par les auteurs comme développées primitivement dans le mésentère.

Quant aux tumeurs mélaniques qui ont été observées dans cet organe, elles ne sont pas mentionnées parmi les tumeurs de cette catégorie ; soit parce que dans tous les cas publiés elles coïncident avec des

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tumeurs semblables existant dans d’autres régions; soit parce que la mélanose est considérée comme un accident des tumeurs, une manière d’être particulière que présentent quelques-unes d’entre elles, et comme telle n’est point considérée comme une néoplasie véritable.

Ceci nous amène à dire quelques mots des différentes explications qui ont été données de la présence du pigment noir dans des productions pathologiques.

Et d’abord, il est bien démontré aujourd’hui que cette matière noire n'a aucun rapport avec les colorations plus ou moins foncées que prennent certains tissus ahormaux au contact du Sang épanché. Elle est constituée exclusivement par des grains avant la forme de petits corps sphériques, à contours nets, de coloration homogène, de forme régulière, et de volume à peu prés uniforme. « La régularité de leur forme, dit M. Bard (1), la netteté de leur couleur, lhomogénéité et la transparence de leur mass, les distinguent nettement des amas pigmentaires variés, des dégénérescences cellulaires, ou des foyers d'origine sanguine. » MM. Cornil et Ranvier {2) établissent la même distinction entre ces granules mélaniques et les co'orations dues au sang extravasé : « Ces granules ne sont jamais ni jaunes ni rougeâtres au moment où ils se

(1) De la nature parasiloire de la mélanose. Lyon-Aledical, 1885. p. 407.

(2) Loco citato.

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