OBSERVATION I
Madame VIL..., 68 ans (malade du service du Professeur Proust). Entrée salle Pozzi le 3 novembre 1933. Opérée le 14 novembre 1953, sortie le 22 novembre 1933.
La malade, originaire du territoire de Belfort, vient pour des
troubles de la déglutition s’accompagnant de dyspnée et d’amaigrissement. Elle présente un goitre cervical.
Elle s’est aperçue de son existence vers l’âge de 40 ans et il a grossi progressivement pendant une dizaine d'années. Au moment de la ménopause, le goitre a nettement diminué de volume, mais par contre, c’est à ce moment que la malade a commenté à présenter des crises de dysphagie et de la dyspnée évoluant par crises.
Ces symptômes se sont exacerbés au cours des trois dernières années, La malade est obligée de mastiquer longtemps les aliments avant de les avaler. Elle ne peut déglutir que dés bouchées très menues, sinon elle tousse et présente des crisés de suffocation d’une intensité dramatique.
« La malade se met à genoux, se penche en avant, elle asphyxie. »
La voix est voilée depuis 4 ou 5 ans, et la malade présente un amaigrissement notable, Elle a perdu 10 kg. en 3 ans.
On se trouve à l’examen en présence d’une femme cachectique (36 kg. 5). On note l'existence d'une masse goitreuse de la taille d’une petite mandarine développée aux dépens du lobe gauche et de l’isthme du corps thyroïde.
Cette masse est mobile transversalement mais présente une faible ascension avec les mouvements de déglutition.
On ne perçoit pas nettement la limite inférieure de la tumeur et l’attention est attirée par l'existence d’une légère circulation veineuse thoracique gauche et par la perception d’une zone de matilé au niveau du premier espace intercostal gauche.
La trachée est déviée nellement vers la droite.
L'examen général permet de constater un gros foie douloureux, de la tachycardie, Mise au traitement iodé il y a 20 ans, elle n’a pas supporté l’administration de ce médicament.
La malade est nerveuse el présente de l’angoisse. La tension est à tar 250:
L'examen radioscopique montre l'existence d’une masse médiastinale que des clichés radiographiques vont permettre d'interpréter.
Cette interprétation est très difficile (D° Macot) ét on a dû répéter les examens sous écran en présence du chirurgien avant de conclure à l'existence d’un goitre à évolution thoracique présentant des calcifications. En faisant absorber un peu dé mucilage baryté à la malade, on constate que l’œsophage est dévié à droite. De plus là gélobarine demeure longtemps dans les gouttières pharÿngo-laryngées.
L'examen larÿyngoscopique ne montre aucune lésion du larÿnx,
La malade est mise au repos et garde le lit, un traitement préopératoire sévère est institué. Le pouls est à 8o au moment de l’intervention,
Opération le 14 novembre 1933 sous anesthésie locale. Libération du pôle supérieur du lobe gauche ainsi que de sa face interne ‘qui adhère à la trachée.
Le pôle inférieur plonge derrière le sternum et s’extériorise en remontant. Cet accouchement du goitre est fait avec douceur et ne s’'adompagne pas d’hémorragie. Après l'intervention, il persiste une poche médiastinale importante que l’on draine. Suture des muscles, agrafes sur la peau.
Les suites opératoires sont excellentes. Le drain est enlevé le 2° jour et la malade sort le 5° jour. La voix est toujours légèrement voilée.
La malade reprend du poids, 500 grammes le premier mois.
Mais pendant longtemps il persistera des troubles à la déglutition avec toux quand Ja malade déglutit. (Ces derniers vont en s’atténuant et s'ils persistent encore g mois après l’intervention (16-9- 34), ils sont passagers et très atténués.
À la coupe, la pièce opératoire comprend deux parties, une partie inférieure, thoracique, polyædémateuse, de consistance molle, une partie supérieure cervicale qui est formée par une cavité kystique entourée d’une zone de tissus très durs, formant une coque sclérocalcaire épaisse autour de la cavité.
L'examen histologique confirme la nature bénigne de la tumeur.
L'examen du larynx après l'intervention confirme son intégrité.