I. — LE MILIEU
L'étude des divers éléments du milieu a montré les interrelations existant entre Le climat, la crue et la végétation :
— influence combinée des pluies locales et de la crue nigérienne sur le: mode d'inondation des plaines, sur la température et l’humidité relative de l’air ;
— incidence du climat, de l’inondation et des feux de brousse sur les étapes du développement des différents types de végétation ;
__ influence du relief et de la durée de submersion sur la zonation de la végétation.
Cette analyse a permis de dégager les particularités les plus remarquables de la région Sud-Ouest du lac Débo, Ge sont ;
__ Ja Jongue durée de submersion des plaines,
__ Ja lenteur de l’assèchement du sol à la décrue (due à l’existence de dépressions dont les communications avec le réseau hydrographique général sont interrompues précocement),
__ Ja brièveté de la période qui s'écoule entre les feux de brousse et les premières pluies,
__ Je décalage important existant entre l’époque des premières pluies et celle de l’envahissement des plaines par l’eau de crue,
__ l’étalement des étages de végétation intermédiaires entre les en profondes à Echinochloa stagnina et les parties non inondables à aspect sahélosoudanien,
___ l'existence de vastes pelouses à Graminées sur les lieux élevés, jamais atteints par la crue.
Il. — L'ÉVOLUTION DU CRIQUET MIGRATEUR EN 1950
Dans la région prospectée, le cycle évolutif du Criquet migrateur fut caractérisé, en 1950, par l’existence de trois générations principales pour lesquelles ont été adoptées les désignations suivantes, basées sur les conditions particulières du développement larvaire :
F, génération de la décrue,
F, génération des pluies,
F; génération de la crue évoluant en terrain non inondable.
Une génération partielle F,,,, évolua en terrain inondable, lors de la.
montée des eaux, quelques individus F, précoces ayant déposé des œufs dans les plaines inondables tandis que la plupart des ailés F, abandonnèrent ces plaines avant de pondre.
Les désignations proposées pourront servir de cadre aux observations futures : la génération de la décrue étant choisie pour origine (F,), les désignations demeurent valables dans les différentes parties de la zone d'inondation ; elles sont en effet indépendantes du moment de l’année (variable selon les lieux) auquel se produit la décrue.
Déplacements des insectes.
Un des faits saillants qui ressortent de l'étude de l’évolution du Criquet migrateur en 1950 est la faculté de déplacement des populations d’ailés des différentes générations : déplacement des ailés F en fonction du retrait des eaux ; déplacement des ailés F; devant les feux de brousse ; déplacement des ailés K, un peu avant l’envahissement des plaines par l’eau de crue. Malgré l’insuccès des marquages réalisés sur près de 500 ailés, de multiples raisons nous ont autorisé à considérer que :
la disparition des ailés F, des plaines inondables,
l'apparition concomitante d’ailés dans les parties voisines non inondables
et l’éclosion ultérieure de larves F, en dehors de la zone d'inondation et
en bordure de celle-ci, sont le résultat d’une émigration des ailés F, à des distances allant de quelques kilomètres à plusieurs dizaines de kilomètres (l'observation d’ailés attirés par la lumière et les résultats de l’analyse statistique des mensurations d’individus prélevés dans différentes populations ont montré la grande probabilité de l’hypothèse de l’émigration). Les insectes ayant accompli cette émigration sont typiquement solitariens.
Fluctuations des effectifs.
Une autre constatation essentielle porte sur les différences existant entre les effectifs des générations : à l’échec de la génération F, (échec de l’incubation) succéda un rapide accroissement du nombre des individus, de F, à F, puis de F, à F, ; l'aboutissement de cet accroissement des effectifs fut, au début de 1951, l'apparition de la plus forte pullulation enregistrée depuis la grande invasion
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de 1928. Parmi les circonstances qui ont rendu possible l'apparition de plusieurs ” milliers de bandes à la génération F, de 1951, la réussite de la génération F,
de 1950 fut de la plus haute importance ; les facteurs déterminants de cette
réussite de la génération F, sont essentiellement d'ordre climatique et il est
montré que la pluviométrie joua le rôle prépondérant.
Influences des facteurs physiques et biologiques sur le cycle évolutif et sur les
effectifs.
Connaissant l’étendue de la variabilité des facteurs climatiques et hydrologiques et les incidences des conditions particulières de l’année 1950 sur l’évolution du Criquet migrateur, il a été possible d'envisager, du point de vue qualitatif (succession des générations) et du point de vue quantitatif (importance des effectifs), les principaux types de cycles évolutifs susceptibles de se réaliser en fonction des différentes combinaisons possibles entre les facteurs physiques tels que l’époque de la crue et de la décrue, celle des premières pluies, l'importance des précipitations et leur distribution dans les différents mois.
Parmi une dizaine de cas envisagés, deux ou trois sont susceptibles de permettre l'apparition de pullulations à la génération F, suivante :
— Je cas n° 8 (qui fut celui de l’année 1950) est caractérisé ainsi : premières pluies tardives et faibles, pluies de juillet-août très abondantes, pluies de septembre abondantes et bien réparties ; il y a dans ce cas accroissement des effectifs à chaque génération, installation et reproduction des ailés F, dans des parties non inondables (F, — F, > F;).
__ Je cas n° 4 diffère seulement du précédent par la précocité et l'abondance des premières pluies ; l'apparition précoce de la génération F, qui en résulte permet le développement d’une génération supplémentaire F, ,;, dans les parties inondables, avant l’émigration ; les risques de pullulations ultérieures sont accrus (EF, —> Fo — Fo pi > F3).
— Je cas n° 10 diffère du cas n°8 par la pluviométrie faible ou normale en juillet-août et par l’arrivée tardive de la crue : l’émigration des ailés F, est improbable, mais l’importance des pluies de septembre peut favoriser grandement la génération F à, (F1 — Fo —> Fo pis):
En dehors des facteurs physiques qui exercent un rôle capital sur l’évolution de l’Acridien, sur la distribution et l’effectif de ses populations, divers facteurs biologiques ont été mis en évidence qui sont susceptibles de limiter les possibilités de multiplication de l'espèce dans des proportions plus ou moins appréciables. Ce sont notamment les Hyménoptères Scelionidae, parasites des œufs et les Oiseaux prédateurs (dont le rôle est subordonné à la présence d'agents perturbateurs — feu, troupeau... — provoquant l’envol des ailés).
La considération des variantes du cycle évolutif en différents lieux a révélé que la région du Sud-Ouest du lac Débo est une de celles où l’on peut assister, en année favorable, au développement presque ininterrompu de l'espèce d’un bout à l’autre de l’année ; les seules périodes pendant lesquelles la croissance,
226 G. REMAUDIÈRE
Ja maturation sexuelle ou le développement embryonnaire peuvent être retardés sont celles qui s’écoulent :
1° entre la fin de l’asséchement des plaines et le début des pluies,
20 entre l'apparition des ailés F, dans les parties non inondables et leur
réinstallation dans les plaines die dès que la décrue en libère les sites :
les plus élevés.
‘La brièveté de ces périodes pendant lesquelles le développement est entravé,
dans la région Sud-Ouest du lac Débo, est en rapport étroit avec la fréquence:
relativement élevée de l'apparition des bandes primitives dans cette région (le service de surveillance y enregistra des bandes en 1941, 1943, 1947, 1949, 1951).
Morphologie.
L'analyse statistique des mensurations de près de 4000 ailés répartis en une cinquantaine de lots a révélé l’existence de différences souvent hautement significatives entre lots d’une même génération prélevés en des lieux généralement peu distants les uns des autres (quelques kilomètres) ou prélevés en un même lieu mais à quelques semaines d'intervalle. La comparaison des mensurations des lots de générations différentes a mis en évidence la variabilité des caractères E, C, E/F, P/C en fonction des conditions offertes par le milieu (tous les insectes observés étaient typiquement de la phase solitaire, car solitarigestes et solitarispectes issus de parents solitarigestes et solitarispectes) : grande taille des individus F, apparus pendant les pluies, faible taille des mâles F, apparus en saison sèche, forte valeur du rapport E/F chez les ailés F, avant émigration, faible valeur du rapport P/C chez les ailés F, après émigration
et chez les ailés F, ; le rapport F/C est le seul qui n’accusa pas de fluctuations
saisonnières.
La comparaison des variations du pourcentage d'individus verts et de celles de J'humidité relative en fonction du temps a montré le retard de l'élévation du pourcentage des femelles vertes sur l'élévation de l'humidité relative et un retard plus important chez les mâles que chez les femelles, La décroissance de l’humidité relative est au contraire accompagnée d’un abaissement simultané de la proportion d'individus verts chez les mâles et chez les femelles.
ill, — SUR LA FORMATION DES INVASIONS DU CRIQUET MIGRATEUR DANS LA ZONE D'INONDATION DU NIGER ET LEUR PRÉVENTION
L'invasion de 1927.
Les faits enregistrés en 1950 au moment où se préparaient les pullulations
de 1951 nous ont amené à reconsidérer les diverses hypothèses formulées antérieurement à propos des origines de l’invasion de 1928. Il apparaît en effet que les auteurs ont surestimé le nombre des années pendant lesquelles s’est produite l’augmentation progressive du nombre des insectes ; il n’est pas nécessaire de faire remonter à 1926 ou même 1925 le début de l'accroissement des effectifs pour expliquer l’apparition d’essaims considérables en 1928.
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