Facteurs susceptibles de modifier le nombre des larves
a) INFLUENCE DES CONDITIONS D’ÉVOLUTION DES ŒUFS SUR LA VITALITÉ DES LARVES. :
Il a été constaté, dans les élevages, que des larvules (larves vermiformes) viables sont parfois bloquées dans l’oothèque par des œufs morts en raison de conditions défavorables (fig. 28). Dans d’autres cas, la forme de l’oothèque ne permet la sortie que d’une partie des larvules ; lorsque l’extrémité inférieure est recourbée vers le haut (la femelle ayant été gênée au moment de la ponte par un obstacle : pierre, racine, paroi du bocal), les larvules, dirigées aveuglément par un géotropisme négatif, se divisent en ? groupes (fig. 29).: les unes s'engagent dans le col de l’oothèque et s’échappent tandis que les autres se pressent obstinément dans le cul-de-sac opposé et y périssent, une larvule étant incapablé de traverser la gaine de sable tassé qui entoure l’oothèque, et de cheminer dans un sol compact ou non. Enfin, toujours en élevage, il a été noté que les larves issues d’œuis incubés dans de mauvaises conditions (sécheresse prolongée intervenant après la phase de catatrepsis de l'embryon, par exemple) ont une vitalité beaucoup plus faible que celles ayant évolué normalement : des accidents se produisent fréquemment lors de la mue intermédiaire et des larves du premier stade meurent sans s’être alimentées. Bien qu'aucune constatation de ce genre n'ait été faite dans la nature, il est permis de supposer que des conditions d’incubation défectueuses ont, comme dans les élevages leurs répercussions fatale sur un pourcentage appréciable dé larves néonates. Cette question mériterait une étude approfondie sur le terrain.
b) INFLUENCE DES TROUPEAUX.
Les auteurs (77) ont déjà mis en é
vidence le rôle du bétail dans la des-
truction des stations d'Acridiens.
F1G.28 (en haut). — Sortie des larvules d’une oothèque dont les œufs médians sont morts : en à, Ice laivulcs sittécs en aval des œufs morts. s’échappent ; en b, les larvules situées en amont des œuis mort: sont restécs blcquécs, elles ne pourrort se dégager et périront.
FrG. 29 (en bas). — Sortie des larvules d'une oothèque dont l’apex est courbé vers le haut : en «, les larvulcs se séparert en deux groupes se dirigeant en sens contraire ; en b, les larvules meurent dans le cul-de-sac ‘terminal de l’oothèque sars profiter de l'issue qui
léur est offerte du côté opposé.
Avant le passage des feux de brousse dans la plaine à Æragrostis, un petit troupeau de Zébus de faible importance numérique apporté du Nord par les
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Touaregs et les Bellas, s’est installé près de la mare Petit Kokona, tandis que la totalité du bétail des Peuls du Macina demeure concentrée dans la bourgoutière (a), et ne pénètre pas dans la plaine à Eragrostis à cause d’un Tabanide : Ochrops agrestis Wiep. (cf. p. 51). Les troupeaux des Touaregs sont peut-être moins sensibles à l’action de ce Diptère que ceux des Foulbés ? Siles dix ou vingt mille bêtes qu’ils comprennent fréquentaient la plaine à Eragroslis dès l’incendié du Bourgou, les stations de larves de Locusla situées en bordure de mare se trouveraient détruites par le piétinement des animaux qui viendraient s’abreuver.
Dans une certaine mesure, la prévention acridienne pourrait être favorablement complétée par des mesures de protection des troupeaux contre le Tabanide.
c) INFLUENCE DES PRÉDATEURS.
L’action exercée par les prédateurs sur les larves de la génération FK, a été pratiquement nulle. Les Oiseaux étaient rares dans la plaine, seule, une Grande Outarde (Neotis cafra denhami Cuir), tuée le 18 mai, renfermait dans son jabot une larve du 5€ stade, un serpent Viperidae, une masse d’herbe verte et enfin de la terre. Des Petites Outardes ont été trouvées également dans les stations, mais les jabots de celles qui furent tuées ne contenaient pas de larves de Locusta. 6 L'influence des Oiseaux prédateurs aurait été certainement accrue dans une proportion considérable si les troupeaux s'étaient trouvés dans la plaine. (cf. p: 51). L'action des oiseaux peut être considérée complémentaire de celle du bétail, ce dernier obligeant les larves à abandonner leur immobilité protectrice. En période de pullulation, la présence du bétail n’est plus indispensable en raison de l’intense activité des larves (b).
d) INFLUENCE DES FEUX DE BROUSSE SUR LES LARVES.
Le rôle destructeur des feux de brousse sur les stations de larves K, fut de la plus grande importance en 1950 ; il dépend de divers facteurs. Ceux qui sont susceptibles de retarder la progression de l’incendie, tels que l’hétérogénéité ou la discontinuité du tapis végétal, l’état de fraîcheur de certaines des espèces qui le composent, les accidents de relief, donnent aux larves quelques chances d'échapper à la mort. De plus, l’état de la surface du sol peut éventuellement offrir des refuges aux insectes. Ce dernier facteur n'intervient pratiquement pas dans la plaine Est de Dogo où le sol limoneux ne présente pas de profondes
(a) Le Pourgou (Æchinochloa stagnina) est la propriété des Peuls ; les Touaregs n’ont le droit d’y conduire leurs troupeaux qu'après le passage de ceux des Peuls. Il y a une quinzaine d’années, les Touaregs violèrent les droits des Foulbés et s’installèrent les premiers dans la Bourgoutière, il en résulta une violente bataille (près du toguéré de Tama) qui s’acheva par l’extermination des usurpateurs. Ceci montre l’importance capitale que les Africains accordent à leurs pâturages.
(b) MM. DuxaRT et WINTREBERT, qui participèrent activement à la lutte contre les bandes primitives apparues en 1949 me signalent que les bandes de larves étaient repérables de très loin grâce à la présence de nombreux Hérons Garde-Bœufs (Bubulcus ibis L.) et d’autres Oiseaux prédateurs:
crevasses mais tout au plus des fendillements très superficiels de la mince couche humifère (phot. 22). Les abords de certaines mares sont plus argileux (Mare Bamba du Petit Kokona), cependant en 1950 les crevasses sont apparues seulement après l'incendie (phot. 26).
Généralement la progression du feu est rapide et les larves ne peuvent s’échapper. C’est ainsi que la destruction des peuplements de Locusla de Banguita et du Bamba du Petit Kokona fut à peu près complète, les larves de cette dernière localité ne s'étant pas réfugiées dans la partie non atteinte par l’incendie et distante seulement de quelques dizaines de mètres de l’endroit où les plus fortes densités avaient été notées.
Les facteurs de destruction des larves ont pour effet d’abaisser les densités. Cette affirmation est valable également pour les feux de brousse contrairement à ce qui se passe dans le cas des ailés (cf. pp. 103-104 et 114).
e) AUTRES FACTEURS.
La diminution des densités (cf. p.88) qui fut constatée en fin avril et début mai dans les stations de larves non atteintes par les incendies ne semble pas explicable par l'influence des prédateurs.
L'hypothèse de la simple dispersion des larves à partir de la station où elles sont écloses ne paraît pas devoir être retenue : en effet, s’il est admissible
que des larves vivant sous des densités très faibles (moins de 1 larve à l’are) puissent échapper aux recherches les plus minutieuses, il est surprenant que des densités d'adultes comparables (1 à 10 ailés aux 100 pas) (a) n’aient pas été constatées lors des prospections ultérieures (cf. p. 97).
À défaut d’explication valable, il est permis de penser que ces diminutions de densité sont la manifestation d’une mortalité dont la cause nous échappe (conditions microclimatiques défavorables ?) et qui frappa un pourcentage important des larves F,. Aucun cadavre de larve n’a été découvert et la supposition précédente n’est fondée que sur des observations négatives. Dans cette discussion il convient de tenir compte également de la perturbation causée par . les récoltes effectuées dans les stations.