CHAPITRE HUITIÈME
seule ! mais auprès de moi soupire mon pauvre fils. Il ne sait pas en- *
core combien est malheureux un jeune orphelin ! Il me brise le cœur, ^j^Ji**^;^ lorsqu'il presse mes mains, qu'il prononce le nom de son père, en versant des larmes et en me regardant. Il n'y a qu'une mère qui puisse se former une idée de ces supplices. Je crois lire alors sur son visage ces tristes paroles : Maintenant, ma mère , c^est à toi seule de me nourrir. En quelque endroit que j'aille, il est auprès de moi, et il essuie ses yeux pleins de larmes à mes habits. Lorsque je veux cherdier à le consoler, ma tristesse m'en empêche ; car c'est lui qui fait ma plus grande douleur. Comment le nourrirai-je? Mon pauvre mari ne m'a rien laissé, et mes mains sont trop faibles pour le travaS. Auprès de qui chercherai-je des secours, si ce n'est auprès de vous? C'est sur vous que repose mon espérance. Dieu, sans doute, disposera votre cœur à secourir une pauvre et malheureuse veuve. Montrez que les nœuds du sang qui nous lient sont sacrés. Je vous remets mon fils. Tout ce que vous ferez pour lui, vous le ferez pour moi, et pour la mémoire d'un homme qui vous aimait. Ce que Dieu m'a laissé de forces et de courage , je l'emploierai à gagner ma vie par mon travail ; mais pour élever convenablement mon fils, je n'en suis pas en état. Je vous labaudonne entièrement. Il me sera cruel de le voir sortir ée mes mains; mais je sais obéir à la néceissîté. Cependant une pensée me console * c'est que je le confie à la grâce d'un Dien bienfaisant, et aux bontés d'un parent généreux. Soyez pour luiee qu'élait son p^e, et mettez-le en état d'adoucir un jour mon malheu^. Je ne puis en dire davantage. Mes larmes, qui mouillent cette feuille, vous témoignent assez ce que mon cœur ressent. Vous tenez dans vos mains mon repos et le bonheur de mon fils. Dieu vous bénira à jamais pour votre générosité. Il vous récompensera, même en ee monde, de ce que vous aurez fait en faveur de deux malheureux de votre sang. Je suis, avec la plus profonde douleur d'une mère in* fortunée, etc.
Cécile Laforet.
Du styk YIII.
épistolaîre.
LETTRE DE REMERCDOENT.
Mesorer l'expression de ta gratitude sur la grandeur du serviee qm Ton a reçu, voilà la première et principale règle des lettres de r^nereiment. La seconde, c'est une grande simplicité. Il faut évit#y ^tteprofiiaion de promesses et de serments, qui ne dit rien pour vouloir trop dire ; scmgaens qu'un simple Je vem remercie^ ycpant ^m% du cœur, vaut mieux qu'une abondance de paroles empreintes d'un9 ridicule exagération.
Modèle.
Qriéftns.
Madame,
Où prouver de$ paroles pour vous exprimer mes transpoUs et ma reconiuiissanoe ? Grand Di«u ! mes malheurs sont donc à leiur fe ! Je #Mis heureuse, mon fils re$t aussi, et c'est à vous que nous le devons. Comment s'élever, sans mourir, d'un abkne de douleur au comble de la joie ! Je n'ai que les larmes pour exprimer ce que je seià. Je regrette» de ne pouvoir les répandre toutes devant vous, poi;Hr vous payer de votre bienfaisance. Vous avez désiré d'être mère, ¥0U6 pourrez peut-être vous former une idée de nMm bonheur. Je'ne puis vous en dire davantage. Je vous en dirai peut-être encore moins au premier moment qù je verrai notre fils pla<ft entre nous deux, et serré dans nos bras entrelacés; mais vous entendrez mon silence, et mon attachemeQt rt mes soins achèveront de vous l'expliquera chaque instant de ma vie.
J'ai l'honneur d'être, etc.