CHAPITRE QUATRIÈME
LE haItre de philosophie. '
0^ peut les mettre dernièrement, çomine vous avez dit : Belle i^Jj^jj, marquise^ vos beaux yeux me font mourir d'amour. Ou bien : D^amour tnourir 'me' font, belle marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yetix beaux cTamour fiie font, belle marquise^ mourir. •Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle murqtniset d'amfiur me font. Ou bien : Me font vos ^e^ beaux mourir , bdle marquise^ d*amour.
If. JÔUBDim.
Mais de toutes ces façims^là laquelle est la meîHeure ?
LE MAÎTBE DE PHILOSOPHIE
Celle que vous avez dite : Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour,
. M.' JOUBDATN. . • -
Cependant je n'^ point étudié^ et.jr'eiMfait cela tout .d«i : premier coup. Je vous remercie de tput mon jeoeur, et je vous prie de venir demain de bonne heure.
LE MAÎTBE DE PHILOSOPHIE
Je n*y manquerai pas*. r . ,« ,
Dans les deux premières parties de ce liyrç, nous avons conduit te «lecteur,' pour aifisi dire, par la main. Lorsqu'il s'agit d'éléments, on ne saurait entrer dans trop de détails. Maintenant, il n'y a plus de procédés en qu^que sorte méoamque^ à. signaler; lui. instituteur, au début de- sa carrière, a besoin de conseils et d'indications sûres pour pratiquer avec succès l'enseignement primaire et même une partie de J'eijseignement secondaire; s'il -e^A capable, il ne sera aucunement embarrassé pour guider des élèves déjà' avancés
' MoMère f ie Bourg^eoh gentilhomme, Acte U y seèiïit ^.-
28G TKOISIÈME PARTIE.
■"^^ dans leurs exercices (rimaginatioQ et de style. Aussi
pHficatioiw. ne nous étendrons*nous pas davantage sur ce chapitre. Ici 9 la réussite est certaine, à deux conditions seulement :
r Un maître lettré.
2® Des élèves convenablement préparés, et laborieux.
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Etude de la littérature.
Le mot littérature a une double acception. Il indique :
V La connaissance des règles des di^^ers genres de compositions.
2° Uexposé historique et antique des œuxies de tesprit.
Les règles qui dirigent les auteurs dans la composition de leurs ouvrages, sont, dans toutes les langues cultivées, à peu près les mêmes, sauf les nuances ai esprit particulières aux différentes nationalités. Nos élèves étrangers peuvent donc les apprendre dans leur langue maternelle. C'est une étude qui doit absolument trouver sa place dans le plan d'une éducation bien entendue. S'ils ont appris en allemand , en anglais, en espagnol etc., etc., ce qui constitue Xode, \e poème épique^ V histoire, la tragédie, la fable ^ etc., ils possèdent les connaissances préliminaires indispensables à l'étude des littératures étrangères, et de la littérature française en particulier. Nous savons qu'en bien des pays, on ne s'inquiète guère de cela. De la Grammaire, bien ou mal apprise, on bondit à la Littérature, c'est-à-dire à l'histoire des œuvres littéraires , sans se préoccuper le moins du monde de faire
288 TROISIÈME PAHTIK.
^'lude étudier aux jeunes gens les principes, qu'ont respectés de la -ou violés lés auteurs qui vont passer sous* leurs yeux.
littérature. ^ i r j
C'est une. profonde lacune à combler.
La littérature française est si riche et si variée, qu'une vie d'homme ne suffirait pas à en connaître les œuvres remarquables, entassées depuis des siècles par le génie des écrivains. Pour des Étrangers, il ne peut donc guère s'agir d'une étude complète de l'histoire de notre littérature ; ils doivent, de toute nécessité, se borner à étudier les principaux auteurs qui se sont distingués dans chaque genre. Ils y parviendront au moyen des nombreux Précis et Résumés^ qu'on peut se procurer partout. Ces ouvrages présentent, en raccourci, le tableau de notre activité littéraire, depuis l'enfance de la littérature française jusqu'à nos jours. Parmi les publications de cette espèce faites à l'Étranger, nous recommandons, en particulier à 1:10s lecteurs allemands, celle qui a pour auteur M. Peschier, professeur à l'Université deTubingue. La manière de l'auteur révèle une plume habile^ et une étude intelligente de nos trésors littéraires.
A tous ces ouvrages, quel qu'en soit le mérite, il faut un complément, la lecture des auteurs, au fur et à mesure que l'on fait leur connaissance. Il serait plus dispendieux qne difficile de se les procurer tous; la jeunesse studieuse, et, en règle générale, fort pénurieuse, doit donc savoir gré à M. Tissot de lui être venu en aide par ses Leçons de littérature, qui, en suivant l'ordre des temps , donnent des extraits de tous les auteurs français remarquables, précédés, pour
CUAPIÏRK (CINQUIÈME. 289
chacun , d'une notice biographique et littéraire. Ces ÉtûâT" extraits suffisent parfaitement pour donner une idée ,. ^« la
^ *■ ^ littérature.
de notre littérature jusqu'au siècle de LouisXlV; mais, à partir de cette grande époque , nous croyons qu'il faut, autant que possible, faire des lectures plus étendues et plus variées. M. Tissot a dû nécessairement s'imposer certaines bornes.
Les Étrangers qui, non contents d'un simple guide, veulent consulter les grands ouvrages que nous possédons sur notre littérature, n'ont que l'embarras du choix. La Harpe, Marmontel , Chénier, de Barante, Villemain, etc., etc., offrent une riche pâture aux esprits curieux de saines doctrines littéraires. De tous ces auteurs , il n'y a que la Harpe qui ait passé en revue toute la littérature française ; mais on sait qu'il est sujet à caution dans ses jugements sur ses contemporains. Les autres n'ont traité , chacun , que d'une époque. A ces ouvrages fort remarquables, on joindra, avec grand avantage, V Histoire de la littérature française ^ par M. Désiré Nisard. Le savant professeur de l'École normale, quittant les voies frayées par ses devanciers , s'attache à faire « reconnaître , dans le ma- « gnifique ensemble des chefs-d'œuvre de l'esprit « français , l'image la plus complète et la plus pure « de l'esprit humain ' . » Cet ouvrage est un véritable charme pour les esprits sérieux, et un hommage rendu à l'intelligence que Dieu a mise eu l'homme. Exegit monumentum !
• Préface.
Pe la ▼eraIflcAtton.
Notre élève étudiera les règles de la versification française , non pour tourmenter un jour Pégase , mais afin d'être à même de mieux goûter les œuvres poétiques de notre langue. Il apprendra donc à connaître le nombre des syllabes qui doivent entrer dans chaque espèce de vers ; Thémistiche ou césure, qui marque le repos; la rime et le mélange des rimes; les mots dont on peut se servir, et les termes impropres ; les diverses manières dont les vers doivent être arrangés entre eux dans les différents poëmes; les licences poétiques, etc., etc.
La place naturelle d'un Traité élémentaire de versification française se trouve à la suite des Recueils de poésies. L'auteur d'un livre de ce genre ', que nous avons sous les yeux, a eu l'heureuse idée de le faire suivre de quelques mots sur la versification française. Cette petite dissertation ne remplit pas tout à fait notre programme sur la matière ; mais au moins c'est un pas de fait.
( Recueil de poésies françaises , rédigé par Frédéric Caumont , 2' édit, 1853. A Bàle, chez J. Schweighauser.
Conclusion.
Nous voilà au terme de notre tâche; puissionsnous l'avoir exécutée d'une manière profitable à ceux qui liront ce travail, et le consulteront dans leurs travaux! Nous avons indiqué en détail la marche que l'on peut suivre dans l'enseignement et l'étude de notre langue; il est cependant une foule de remarques journalières que nous n'avons pas consignées dans ce livre : le maître auquel il faudrait les apprendre, ne serait pas à la hauteur de sa modeste vocation.
« C'est dans Pascal , Corneille, Racine, Despréaux, « Bossuet, Fléchier, Fénelon, madame de Sévigné, etc. , c< dit Lévizac, qu'on doit étudier la langue française, « si l'on veut en connaître à fond toutes les beautés. » La lecture de nos chefs-d'œuvre classiques sera donc l'accompa^ement indispensable de l'étude de notre langue. Cette lecture ne consistera pas à feuilleter légèrement les ouvrages de ces génies immortels : réfléchie, sérieuse, elle sera d'une utilité immense. En résumant leurs belles conceptions, nous enrichirons notre esprit des grandes pensées qu'ils ont élaborées. Dans l'étude d'une langue étrangère , on doit aspirer autant au progrès intellectuel et moral qu'à la faculté
Conclusion «
de s*éQoncer dans un idiome autre que la langue maternelle; d'ailleurs, il est prudent d'appuyer sa science sur des bases solides, si Ton ne veut voir bientôt s'affaisser ce fragile édifice.
Lisez donc et relisez nos classiques ; pénétrez-vous de leur esprit et de leur manière. La littérature de notre siècle offre un mélange de bon, de médiocre et de détectable. L'aborder sans être prémuni contre les défauts qui pullulent dans maintes productions, c'est gâter son goût au lieu de l'épurer, c'est se fausser le jugement. Alors on admire comme une beauté ce défaut qui heurte toutes les règles de l'art de penser et d'écrire ; on néglige ces traits de génie, cette pensée brillante et solide, qui caractérisent un auteur, et le font surgir de la foule. Une fois habitué aux lectures frivoles et aussi dénuées de forme que de fond, l'esprit s'affadit et la vie intellectuelle est bien près de s'éteindre.
Les sujets de conversation, de discussion et d'étude embrassant toutes les connaissances humaines , tous les faits et événements possibles , il serait très-avantageux à l'Étranger qui veut s'exprimer convenablement dans notre langue, d'ébaucher en français les éléments au moins de l'histoire, de la géographie, de la philosophie, de la mythologie, des sciences naturelles et exactes, de la rhétorique, voire même des arts et métiers, etc., etc. Un peu de tout, quand il s'agit d'une langue ; quelques aperçus en terminologie mettent en état de se suffire à soi-même dans mainte circonstance de la vie. Quand on réfléchit que, mal-