OBSERVATION XIV
malade ne reprend ses occupations qu’au bout de trois mois, après lesquels elle se marie (juin 1931).
Le 8 août 1931, Augustine P... est victime d’un accident grave. Elle reçoit un fagot sur la tête et ce traumatisme entraîne une hémorragie méningée qui nécessite trois ponctions lombaires espacées à quarante-huit heures d’intervalle. La tension au manomètre de Claude était de 32. La blessée peut reprendre son travaïl environ cinq semaines après l’accident.
Le 17 octobre 1931, Augustine P.… vient me consulter pour une céphalée continue datant de quinze jours. Je la trouve d’ailleurs amaïigrie et avec mauvaise mine. Sa mère l’a également trouvée « toute changée ». Elle se sent fatiguée, dort mal, tant à cause de sa céphalée qu’à cause de son agitation. Je ne lui trouve rien de précis, mais me méfie de ses méninges La température est de 38°1 le soir de mon examen.
Le lendemain, je pense à la ponction lombaire qui est refusée.
Le 19 octobre, la fièvre s'allume légèrement; il survient de la constipation et la céphalée augmente. Bien que la langue soit propre, la malade a des nausées
et du hoquet.
Le 20, on se décide à une ponction lombaire qui montre un liquide clair et un
peu tendu. Porté à un bon laboratoire, on me répond que ce liquide est stérile et presque normal, sauf présence de nombreux polynucléaires et de rares lymphocytes.
Le 23, légère raideur de la nuque. Un vomissement.
Le 24, la nuit a été mauvaise; la malade est très agitée; les globes oculaires sont douloureux à la pression. Nouvelle ponction lombaire dont je fais porter le liquide à deux autres laboratoires. Sans attendre le résultat, je commence immédiatement un traitement à l’allergine en injectant sous la peau 1/4 de milligramme. La température monte le soir à 38°6. Un autre vomissement. Pouls, 96.
Le 25, j'injecte 1 demi-milligramme d’allergine. La réaction thermique est un peu plus forte que la première fois (38°9).
Le 26, les deux laboratoires me répondent : présence indiscutable de bacilles de Koch isolés en petit nombre. Albumine, 1,10; sucre, 0,20. J’injecte 1 milligramme d’allergine. Jusqu'au 27 au matin, les choses ne s’améliorent guère.
Le 28, l'agitation diminue, mais pas la céphalée.
Le 29, légère détente générale.
Le 31, nouvelle injection d’allergine (1 milligramme). Réaction moyenne. La véritable détente survient alors : raideur de la nuque, céphalée, disparaissent ; le sommeil revient, l’appétit également. Les globes oculaires ne sont plus douloureux à la pression. L’intestin fonctionne normalement. Cependant, la fièvre subsiste, légère il est vrai. Le pouls est à 76, et régulier.
Le 5 novembre, 1 milligramme d’allergine. Réaction thermique à 38°8. Puis l’alimentation reprend substantielle, la malade retrouve sa souplesse céphalique. La température est presque normale.
Le 12 novembre, allergine, 1 milligramme. Réaction thermique à 38°5 et céphalée; mais, dans la journée, ce dernier symptôme disparaît.
A partir du 13, je puis rassurer la famille, tout en faisant des réserves sur l’avenir. Les injections d’allergine sont continuées de semaine en semaine jusqu’au 15 décembre, puis de vingt en vingt jours jusqu’au 14 mars.
Revue en février 1933, soit près de dix-huit mois après le début, Augustine P.. est en très bon état de santé. Elle est enceinte de sept mois et supporte bien sa grossesse.
EN RÉSUMÉ, observation intéressante à un quadruple point de vue :
Erythème noueux précurseur;
Traumatisme ayant vraisemblablement déclenché la méningite bacillaire;
Succès thérapeutique de l’allergine;
Restitutio presque intégrale avec, comme unique séquelle, une diminution de l’acuité visuelle de l’œil droit qui, tous les jours, s'améliore.
OBSERVATION XV (D' MACHAVOINE, d'Aubusson).
Le 10 novembre 1931, M. âgé de vingt-sept ans, tapissier, qui, depuis quelque temps, se sentait fatigué et avait sensiblement maigri, commence à se plaindre d’une céphalée violente, cependant que la température s'élève brusquement entre 39 et 40°. Le pouls avoisine 100. La langue est très saburrale. On pense tout d’abord à de la grippe.
Mais il apparaît quelques taches rosées, la rate devient perceptible à la percussion, si bien que le diagnostic évolue vers l’idée d’une dothiénentérie. Mais le séro-diagnostic fait par le docteur de Léobardy, le 17 novembre et le 22, demeure négatif.
A ce moment apparaissent de la raideur de la nuque, du Kernig, de la constipation avec des troubles vaso-moteurs et, cette fois,"on n’hésite plus à parler de méningite. Une ponction lombaire est pratiquée, après résistance de l’entourage du malade, le 23 novembre.
On ramène un liquide hypertendu, clair, contenant :
Polynucléaires ... 8 Lymphocytes 92 — De rares bacilles
de Koch non dou-
teux.
A partir du 24, le traitement à l'allergine est institué comme suit :
1/4 de milligramme, le 24
1/2 milligramme, 25 1 -— 26 L’allergine semble amorcer
une défervescence thermique d’ailleurs transitoire.
Aussi, le 27, pratiquons-nous une injection intra-veineuse de 2 gr. 50 d’uroformine. Cette injection amène une sudation abondante dans la nuit du 27 au 28. La température baisse brusquement à 37°, mais le pouls demeure à 98 et les signes méningés restent inchangés.
L’uroformine est cependant continuée à la même dose et dans les veines les 28 et 29 novembre.
De nouvelles injections d’allergine sont pratiquées le 30 no-
vembre et le 5 décembre (1
Jousset.