FRAGMENS
Sans juger, au hasard, sur des bruits incertains, S'il est fils des Français ou des Napolitains: Quel qu'il soit, en un mot, il faut le reconnaître. Tout fléchit aujourd'hui sous ce terrible maître;
PUBLICATIONS NOUVELLES. 60ë
La terre est son domaine , et, depuis trois eents ans
Qu'il épanche sur nous ses horribles présens,
De la zone torride aux deux zones polaires,
Peuples des continens, archipels d'insulaires,
Jusqu'en Océanie, en ces brumeux climats
Où Durville a montré la pointe de ses mats,
Invisible et présent, comme l'air qu'on respire ,
Ce grand empoisonneur tient tout sous son empire.
Nulle digue qui puisse arrêter ce torrent;
Il saisit à la fois le docte et l'igorant ,
Le riche en son hôtel, le pauvre en sa cabane,
L'impie et l'homme saint qu'abrite la soutane ,
Le vieillard, l'enfant même, atteint souvent d'un mal
Dont il n'est pas lavé par le flot baptismal ;
Et peut-être aujourd'hui , parmi l'espèce humaine,
Il n'est pas un seul homme , et dans l'homme une veine
Où , quoique bien souvent encor non révélé,
Le virus destructeur ne soit inoculé.
N'en cherchons pas ailleurs la cause originaire :
Si l'homme chaque jour décroît et dégénère ,
Si le moule sublime où Dieu l'avait jeté
Pour en sortir tout plein de force et de beauté ,
Multiplie aujourd'hui tant de formes grossières,
Tant de contrefaçons des épreuves premières ,
C'est que , depuis Adam , des élémens pourris
Se sont joints au limon dont nous fûmes pétris.
Quelquefois , en touchant ces armures massives
Que les vieux arsenaux conservent pour archives ,
Masses-d'armes, brassarts, cuirasses, boucliers,
Que portaient autrefois nos aïeux chevaliers,
Nous sommes étonnés de ce harnais de guerre
Qu'à peine notre bras peut soulever de terre,
Et nous nous demandons si , chez l'homme d'alors ,
La taille était plus haute et les muscles plus forts ;
N'en doutons pas : leur fils, triste progéniture ,
Ont déchu , par degré, de force et de stature,
Et toujours, d'âge en âge , ils iront décroissant ,
Grâce au germe de mort infiltré dans leur sang.
De là vient cette race infirme, abâtardie,
Ce peuple d'avortons qu'attend l'orthopédie ;
De là ces jeunes gens déjà cadavéreux ,
A la poitrine étroite, au front pâle, à l'œil creux,
Qui pensent rehausser leur type ridicule
En encadrant leur traits d'une barbe d'Hercule.
Non , l'art de soulager l'infirme créature
N'est pas un vil trafic fondé sur l'imposture ;
Chaque jour, en voyant le formidable essaim
Des maux que Syphilis déroule au médecin,
En face de la mort à moitié satisfaite ,
L'homme de la science, intelligent prophète,
Sans craindre un démenti, d'un ton d'autorité,
A jour fixe et précis assigne la santé ;
Et ce jour, le malade , affranchi de souillure,
Se lève et prend son lit , comme dans l'Ecriture :
Miracles du savoir, si soudains et si baux.
Qu'il semble dire aux morts : sortez de vos tombeaux
Mais cet art, trop souvent esclave d'un système ,
Combat l'excès du mal par un remède extrême,
Et, du métal liquide adorateur fervent ,
L'infuse dans le corps qu'il tue, en le sauvant.
Malheur à qui réclame un tel auxiliaire !
Des feux de Syphilis , vengeur incendiaire ,
Son dévorant poison , une fois introduit ,
Deviendra plus mortel que le poison détruit ;
Tyran plus absolu que celui qu'il remplace ,
Il enracinera son empire tenace
Dans la chair, dans le sang , dans les os du maityr,
Et nul pouvoir humain ne l'en fera sortir.
En vain dans le creuset de la noire chimie
On mitigé avec soin sa substance ennemie ;
En vain, vous le changez, pour tromper le soupçon ,
En poussière impalpable , en limpide boisson ,
Quel que soit le mortier où votre art le triture.
Le rebelle métal conserve sa nature ,
Et bientôt dépouillé de son masque changeant,
Reprend sa forme crue et coule en vif argent.
Puisse-t-il, circonscrit à des points limités,
N'atteindre que le buste et les extrémités!
Car si vers les hauts lieux se frayant une route ,
Du spongieux palais il assiégeait la voûte ,
Il irait , à travers cette frêle cloison ,
Jusque dans le cerveau détrôner la raison.
Cette scène manquait à mon lugubre drame :
La voilà ; maintenant , vous, dont la voix proclame
Ce puissant bienfaiteur que nous devons bénir,
En face d'Esquii ol osez-le soutenir ;
Ses accablans témoins sont prêts à comparaître.
Interrogez encor Charenton et Bicètre ;
De leurs hôtes hideux qu'y reçoit la pitié ,
Vos malheureux cliens font là grande moitié :
Tous ces êtres tombés au dessous de la brute ,
Ces forcenés , mordant les barreaux de leur hutte ,
Ces idiots hagards , aux vigages flétris ,
Tous ces hommes souffrans , sont des hommes guéris.
Les Journaux de médecine, tels que YEsculape du 21 juin, la Gazette des médecins du 22, la Lancette, gazette des hôpitaux, du lu juillet, l'Hygie, gazette de santé, du 5 juillet 18Û0, ont tous parlé avec éloge et cité de longs passages du poème de Barthélémy, et , à l'instar de la presse scientifique , les grands journaux se sont aussi empressés de payer à Barthélémy, et au docteur Giraudeau de Saint-Gervais, qui a rédigé les notes du poème, la part d'éloges qui revient à chacun d'eux. Nous renvoyons donc nos lecteurs au spirituel feuilleton du docteur Isidore Bourdon, qui a paru dans le Constitutionnel du 27 juin ; à celui du Temps du lx juillet; et nous terminerons par quelques citations qui justifieraient , s'il en était besoin, le choix du médecin à qui M. Barthélémy a confié la rédaction de la partie scientifique de son épopée. Quant aux annotations de M. Giraudeau, dit le docteur Ratier, auteur des articles Syphilis du Nouveau Dictionnaire de Médecine, elles montrent la connaissance approfondie du sujet, qu'à dû donner à l'auteur une pratique longue et étendue. « Les notes, dit encore M. Eugène Briffaut , sont savantes , instructives , elles forment un traité recommandable ; cet appendice essentiel est dû à M. le docteur Giraudeau de Saint-Gervais: nous y avons retrouvé la facile observation qui distingue son livre , Italie, Grèce , Turquie , et l'étude qui a conquis le succès de son Traité sur le fléau , qui a excité la verve de M. Barthélémy. » L'auteur du compte-rendu de la Gazette de santé du 5 juillet , termine ainsi son article : « Le second chant a pour titre le Remède : M. Barthélémy embrasse exclusivement le système sur lequel repose le traitement de la Syphilis, sans mercure. On ne peut nier ici qu'il n'ait été