‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 75 sur 115 · SECTION DES BUBONS · texte numérisé non relu

SECTION DES BUBONS

Numéros des observations.

Jours de durée.

Minimum 6

Maximum 87

Moyenne. .... 27

SYMPTÔMES CONCOMITÀNS. 591

Ces chiffres n'ont pas besoin de commentaires ; ils parlent plus haut que tous les discours. Comment , lorsqu'on a obtenu de semblables résultats, peut-on encore croire à l'innocuité de l'inoculation? Comment? Vous saurez qu'en inoculant un malade, vous lui donnerez presque certainement un chancre qui durera vingt-sept jours ; vous lui occasionnerez des cicatrices apparentes plus ou moins incommodes ; vous l'exposerez à des décollemens, à des gangrènes partielles de la peau , peut-être à quelque chose de pire encore , et ce sera là une pratique sans inconvéniens ? Il faut , en vérité , être singulièrement entêté d'un système , pour voir les choses de cette façon ! Et que l'on ne se méprenne pas : je n'attaque ici la moralité de personne, je ne combats que des erreurs, des erreurs funestes, il est vrai , mais enfin des erreurs auxquelles tout homme est exposé. Il n'y a pas plus d'immoralité , pas plus d'infamie à inoculer un chancre, qu'à saigner un malheureux phthisique, dont la vie s'écoule avec le sang ; mais dans l'un et l'autre cas il y a erreur , erreur funeste , erreur qu'il est du devoir de tons de combattre dès qu'elle est reconnue. Telle est la tâche que je me suis imposée.

En résumé :

1° Selon toutes les probabilités, l'inoculation des symptômes primitifs augmente les chances d'infection générale.

2° Elle produit des accidens locaux qui ont toujours des inconvéniens et qui sont quelquefois très graves.

3° Enfin , conclusion finale , l'inoculation est une pratique inutile et nuisible.

H. de Castelnau.

Extrait du Journal de Médecine-pratique , ou Recueil des travaux de la Société de médecine de Bordeaux. — 2e Série, 7e Année. — Février 1841. — iN7"0 2. — Bordeaux, chez Henry Faye, imprimeur de la Société, rue du Cahernan, 44.

Votre savant et laborieux correspondant, M. le docteur Devergie aîné, vient de vous adresser sa deuxième lettre sur la syphilis,

dans laquelle il se livre à un nouvel examen critique de quelques doctrines de M. Ricord. Aujourd'hui c'est encore une attaque vive , serrée, et j'oserai dire concluante, contre deux principes que, dans sa clinique et dans son Traité , le docteur Ricord indique comme acquis à l'expérience. Je veux parler de la cautérisation dans le traitement des ulcères primitifs , et de l'inoculation du virus syphilitique comme moyen de reconnaissance du symptôme vénérien.

Dans le second chapitre de sa lettre, M. Devergie poursuit encore une des doctrines de M. Ricord , doctrine qui s'applique à l'évaluation diagnostique de la syphilis , et dont le procédé consiste dans l'inoculation du pus sécrété à la surface des ulcères primitifs.

11 n'est pas besoin de se livrer à de longues et fastidieuses considérations , pour s'associer au langage énergique que notre confrère adresse à M. Ricord l'inoculateur : « Quoi ! dit-il, le seul moyen de diagnostic est, selon vous, dans l'inoculation! Il faudra, en conséquence, chaque fois qu'un malade aura contracté des ulcérations suspectes, et qu'il désirera être convaincu s'il a ou non la maladie vénérienne, lui proposer de l'inoculer! Mais, demandera-t-il, que gagnerai-je à cette opération ? Faudra-t-il lui répondre: vous gagnerez le triste avantage d'être exposé à une affection plus grave, plus profonde, plus difficile à guérir; de vivre dans la crainte de voir plus tard votre existence compromise, la santé de votre femme en danger, et vos enfans venir au monde avec des maladies qui les enlèveront promptement ? »

Voilà, certes, de nobles et rassurantes opinions; et nous sommes heureux de les enregistrer ici, parce qu'elles sont l'expression vraie de l'esprit de pratique et de raison.

Quoi qu'il en soit, pourtant, nous ne pouvons excuser M. Ricord de s'être engagé , d'une manière irréQéchie, dans la double erreur que lui reproche notre correspondant. Nous allons plus loin : nous contestons au célèbre spécialiste de Paris , le droit d'expérimentation sur le virus syphilitique à l'égard des malades qui lui sont confiés par l'administration de la charité publique. Chirurgien de l'hospice de Bordeaux , nous n'avons en aucun temps compris cette prérogative étrange d'empoisonner l'économie des malades soumis à nos soins, par un principe contagieux et délétère; parce que nous

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croyons que les caprices et les hypothèses ne doivent jamais étendre leur empire au delà des discussions scientifiques, alors surtout qu'elles peuvent s'attaquer aux règles immuables de la justice et de l'humanité.

Cette question, toute de moralité et de législation médicale, dicte a M. Devergie des conclusions dignes d'être méditées par les hommes que la conflance sociale place au dessus des praticiens , dans l'exercice d'une philanthropie éclairée et réparatrice.

J. Venot, d. m. p.

Pronostic. — Envisagées comme symptômes vénériens , les syphilides en général ne sont pas dangereuses ; mais elles peuvent le devenir , dans certains cas , par l'altération de l'économie due à l'infection générale. Elles sont d'autant plus difficiles à guérir qu'elles se manifestent à une époque plus éloignée de la contagion , et qu'on les observe chez des sujets qui ont été plusieurs fois atteints de la syphilis. Les syphilides pustuleuses et tuberculeuses sont, toutes choses étant égales, celles dont la guérison se fait le plus long-temps attendre.

Dans les cas où la maladie se termine d'une manière courte, ce résultat n'est jamais dû à une éruption syphilitique isolée, mais à un ensemble de symptômes plus ou moins nombreux , développés sous l'influence d'une diathèse vénérienne qui a profondément altéré la constitution , et qui occasionnent des douleurs atroces que rien ne peut calmer, et qui amènent bientôt la faiblesse du pouls, la teinte sale et terreuse de la peau, des hémorrhagies , des sueurs fétides, la diarrhée et la mort.

Traitement. — Les moyens thérapeutiques , dirigés contre la syphilis en général, sont applicables au traitement des syphilides. La médication interne ne diffère en aucune ma-

nière : quelques prescriptions externes seulement sont nécessaires pour la cure particulière des syphilides.

Bien que je ne sois aucunement partisan du mercure dans le traitement des maladies vénériennes, parce que je suis persuadé que , même lorsqu'il guérit , il prédispose la constitution à d'autres maladies souvent très graves , je reproduirai néanmoins , dans le Formulaire qui termine cet ouvrage, les diverses préparations mercurielles qui ont été conseillées contre les éruptions syphilitiques.

La guérison des maladies vénériennes sans mercure , constatée irrévocablement par l'école physiologique , principalement par MM. Jourdan , Devergie , Bichon de Brus , Des- •ruelles, etc., n'a pas converti tous les partisans de ce remède. Quelques médecins le préconisent au contraire avec une nouvelle ferveur, surtout M. Ricord, ce qui est d'autant plus regrettable , que ce médecin jouit d'une grande réputation ; d'autres auteurs , tout en convenant que le mercure ne guélit pas toujours , pensent que cela tient à ce qu'on l'emploie dans des circonstances inopportunes , et surtout dans la période aiguë des maladies vénériennes. Cette dernière concession , faite par l'école de Biett , suffirait pour constater que le mercure n'a qu'une vertu relative et ne possède aucune propriété spéciale contre le virus vénérien ; car , s'il if est efficace que dans des circonstances données , il rentre dans la catégorie de tous les agens thérapeutiques qui n'agissent qu'en modifiant l'organisme malade de manière à le ramener à l'état normal , ce qu'on peut obtenir de tous les médicamens choisis avec discernement et appliqués avec méthode.

Je ne me suis pas fait ennemi du mercure par système ; j'en ai fait usage dans les premiers temps de ma pratique. Je n'ai été conduit à le délaisser que par suite de ses inconvéniens , même après l'avoir administré à très faibles doses , ainsi que j'en ai publié des exemples dans mon Traité sur la

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Syphilis , et en raison des bons effets que j'ai constamment obtenus de la méthode de traitement que j'ai adoptée.

Les préparations mercurielles, telles que la liqueur de Van-Swieten, les pilules mercurielles de Hahnemann, de Sédillot, de Biett, de M. Rayer, le sirop de M. Larrey, etc. ( voir le Formulaire ) , sont particulièrement recommandées par les partisans du mercure.

Les sudorifiques , principalement les décoctions de gaïac , de squine , de salsepareille , produisent généralement de bons effets lorsqu'ils sont employés convenablement et à propos.

Le garou, joint à la salsepareille et même la tisane de garou , ont été employés contre les syphilides rebelles ; mais on doit en surveiller les effets à cause de leur propriété irritante.

Les préparations ammoniacales réussissent souvent dans le traitement des syphilides que le mercure n'a pu guérir : tels sont principalement le sirop et la solution de Peyrilhe , les sirops de Veluos et de Mojault, etc.

La tisane de Feltz a été recommandée dans les mêmes cas ; maisTusage que j'en ai fait dans ma pratique, n'a pas justifié l'efficacité qu'on lui attribue.

Les acides nitrique , sulfurique et hydrochlorique , étendus à doses potables dans un liquide adoucissant , ont réussi quelquefois dans des cas de syphilides invétérées qui avaient résisté à d'autres traitemens. Zeller, Charles Bell, Shaw, MM. Biett et Jour dan en ont obtenu de bons effets.

Je crois devoir reproduire ici un passage de M. Jourdan à propos de l'acide nitrique , déjà cité dans un traité des maladies vénériennes, et les réflexions dont je l'ai fait suivre. « J'ai très souvent , dit ce médecin , employé cet acide avec succès dans une décoction émolliente édulcorée avec le sirop de gomme : en ayant soin de graduer la dose d'après l'idiosyncrasie du malade , au lieu de prescrire automatiquement

les formules indiquées dans les livres, on n'observe jamais aucun accident, et la limonade nitrique convient aussi bien qu'aucun autre remède dit antivénéfien, dans tous les cas où les circonstances permettent d'avoir recours aux irri— tans appliqués sur la membrane muqueuse des voies digestives. »

Ce que dit M. Jourdan de l'acide nitrique peut se dire avec autant de raison de toutes les substances irritantes. Pour en faire utilement , il faut qu'il n'existe préalablement aucune disposition à l'état fébrile ni aucune espèce d'irritation des voies digestives. Dans le traitement des maladies vénériennes , on doit se proposer d'augmenter la vitalité du iube intestinal , et par suite de produire une réaction générale dont l'effet doit être, lorsqu'elle est bien dirigée, de faire cesser graduellement l'action morbide, et d'amener la guérison par une sorte de mouvement d'ensemble.

Je prie de remarquer que l'excitation générale qui résulte du traitement, et qui ne doit pas dépasser la limite convenable au succès qu'on recherche , doit se distinguer de l'irritation , qui est portée assez loin pour produire un effet dérivatif. Dans le premier cas, tout l'organisme concourt à régulariser l'action vitale ; dans le second cas au contraire , on déplace la maladie, on opère une dérivation réelle.

L'excitation générale peut être produite par une alimentation convenable, par l'exercice, les boissons diaphoniques, les bains, les frictions sèches, en un mot, par tous les moyens qui peuvent activer la circulation sans développer l'état fébrile. Par ce mode d'excitation sagement dirigé et entretenu , on obtient la dépuration par tous les émonctoires : i! convient principalement dans les maladies syphilitiques des systèmes fibreux et osseux.

L'action dérivative dirigée sur les intestins est plus généralement indiquée contre les syphilides et contre les accidens vénériens qui affectent le système muqueux. Ces deux mode>

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de médication , combinés avec intelligence et appliqués avec méthode, permettent l'application de tous les moyens qui me paraissent propres au traitement intérieur des maladies vénériennes , et à celui des maladies chroniques de la peau envisagées sous toutes les formes.

Les tisanes d'Arnault et de Zittemann ont produit de bons effets selon quelques praticiens, et principalement d'après M. Lagneau et l'école de Biett, dans des cas où les médications les plus rationnelles avaient échoué, ce qui vient confirmer en quelque sorte l'opinion où je suis, que la gucrison des maladies vénériennes (je suis tenté de dire toutes les maladies) ne saurait dépendre de l'action directe et constante d'aucun médicament, mais bien de la susceptibilité de l'organisme à en ressentir l'impression ; ce qui ramènera toujours les bons observateurs à convenir, avec Baglivi , que toute la science du médecin consiste à appliquer les remèdes à propos : Data opto tempore prosant.

V opium y auquel j'ai consacré un chapitre dans mon Traité des maladies vénériennes, et qu'il est superflu de reproduire ici , a été essayé en Angleterre , en France , en Italie , en Allemagne et en Danemarck , et il est résulté de l'ensemble des observations recueillies sur les effets de ce médicament que, s'il a guéri quelquefois, d'autres fois il n'a produit aucun résultat sensible , et que maintes fois il a exaspéré la maladie. Cependant MM. Cazenave et Schedel le recommandent contre les syphilides qui résistent aux moyens généraux et qui sont compliquées de symptômes alarmans d'une infection générale. « Dans ces cas, disent- ils, nou& avons vu plusieurs fois réussir un moyen qui a été vanté depuis long-temps , et dont l'expérience confirme tous les jours les bons effets ; nous voulons parler de l'opium : on l'administre d'abord à la dose d'un demi-grain par jour, puis, en l'augmentant progressivement tous les trois ou quatre jours d'un demi-grain, on peut le porter (l'extrait aqueux)

jusqu'à quatre grains et plus. Il n'est pas rare , à l'aide de ce précieux médicament, de voir s'amender promptement des symptômes réellement graves qui avaient résisté à une foule de préparations diverses , et même de voir disparaître entièrement des affections profondes et invétérées. »

Si des affections syphilitiques très graves se trouvent guéries par l'opium après avoir résisté à tous les autres moyens rationnellement administrés , ne faut-il pas reconnaître évidemment qu'il n'y a pas de remèdes antivénériens absolus , et que tous les moyens capables d'impressionner l'organisme , ou si l'on veut la sensibilité , de manière à neutraliser l'action morbide, agiront comme antisyphilitiques; ce qui me conduit à dire que, pour l'opium comme pour toutes les autres substances, on ne saurait en déterminer les doses d'une manière déterminée et invariable, et que l'étude de l'action des médicamens doit être, pour le médecin, un sujet continuel d'observations.

Le traitement externe des syphilides réclame , d'après les médecins partisans du mercure , l'usage de préparations dans lesquelles on fait entrer cette substance ; mais je suis persuadé , d'après mon expérience , que les syphilides se guérissent toutes par les mêmes moyens qui servent à guérir les maladies de la peau en général ; cependant je ne conteste pas l'action irritante du mercure , et je crois qu'on peut l'employer utilement dans quelques cas, pourvu que ce soit toujours avec une précaution telle qu'on n'ait pas à redouter son absorption , ce qui ne veut pas dire que j'en approuve l'usage.

Il est souvent nécessaire de favoriser la résolution des tubercules vénériens , et pour cela on a recommandé les pommades où l'on fait entrer les sels mercuriels tels que le proto- nitrate, le proto-iodure, le deuto-iodure, le cyanure de mercure, etc. ; mais Yiodure de soufre, employé par M. Biett dans cette circonstance , à la dose de vingt à trente

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grains par once de graisse, a agi d'une manière plus efficace et plus prompte que les sels mercuriels , ce qui prouve de nouveau contre la préférence donnée au mercure comme remède antivénérien. Les mêmes pommades sont aussi conseillées contre les ulcères à surface blafarde ou grisâtre , en vue de relever la vitalité de la partie affectée , résultat qu'on peut également obtenir par des lotions faites avec l'alcool ou avec des solutions de sulfate d'alumine, de sulfate de cuivre, de sulfate de zinc, etc. ; ces derniers moyens ne doivent être prescrits qu'à doses excitantes.

M. Rayer dit avoir obtenu de bons effets du calomel (précipité blanc) uni à l'axonge dans la proportion d'un gros par once de graisse , administré en frictions sur les partie malades, à la dose d'un à plusieurs gros par jour, et que ce moyen réussit particulièrement contre la lèpre et le psoriasis. Cette pommade , déjà recommandée par Pinel , a quelquefois produit de bons effets , mais il ne serait pas sans inconvénient de l'employer en trop grande quantité.

Il y a des cas où une légère cautérisation devient nécessaire , ce qui a lieu principalement pour les ulcères de la gorge et du voile du palais, où l'on ne peut fixer aucun topique. Le nitrate d'argent et le nitrate acide de mercure sont alors recommandés ; les gargarismes , avec une forte décoction de plantes narcotiques telles que la morelle, la jusquiame , la belladona , la ciguë , auxquels on peut encore ajouter de l'opium , sont aussi d'une grande efficacité ; lorsqu'on veut y joindre du mercure , on ajoute deux grains de sublimé pour huit onces de décoction : on peut en augmenter progressivement la dose jusqu'à un grain par once ; mais on ne doit faire usage de ce médicament, même d'après les médecins qui en sont partisans , qu'après la période aiguë de l'ulcération.

Contre les douleurs très vives qui accompagnent quelquefois les ulcérations vénériennes , les lotions narcotiques sont

indiquées. M. Ricord emploie souvent une décoction concentrée de ciguë et de morelle à laquelle il fait ajouter un grain d'extrait gommeux d'opium par once de liquide. Le cérat opiacé et le cérat hydrocyanique conviennent dans les mêmes cas.

Les bains sont généralement d'un grand secours dans le traitement des maladies de la peau en général. Simples et mucilagineux , ils sont toujours d'excellens auxiliaires ; les bains alcalins peuvent convenir chez les sujets d'un tempérament lymphatique et d'une constitution affaiblie ; les bains de sublime, recommandés dans ces derniers temps, sont d'autant moins utiles que le mercure, porté dans le corps par voie d'absorption , peut produire de funestes effets , et que pour les partisans du mercure il existe d'autres moyens de l'administrer où son action peut être calculée avec plus de précision ; comme moyen d'excitation du système dermoïde, les bains alcalins lui sont préférables.

Les bains de vapeur aggravent quelquefois les accidens des maladies chroniques de la peau , principalement lorsqu'elles ont un caractère inflammatoire. Us sont recommandés plus spécialement contre les éruptions squammeuses ; cependant ils ne réussissent pas toujours. J'ai cité, dans mon Traite des Maladies syphilitiques, pages 263 et suiv., deux observations où, bien que pris en grand nombre, ils n'ont aucunement changé l'état de la maladie qui , dans les deux cas , a cédé aux bains mucilagineux , à quelques émissions sanguines et aux minoratifs continués pendant long-temps.

Les fumigations mercurielles, employées comme moyen général de thérapeutique, sont rarement usitées aujourd'hui... J'ai fait connaître, dans mon ouvrage sur la syphilis, la méthode de Werneck pour l'application de ce procédé : c'es t le cinabre qu'on emploie de préférence à cet usage. Ces sortes de fumigations se montrent surtout efficaces dans les ulcères syphilitiques; tant de la peau que de la gorge et des

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fosses nasales, et notamment quand le mercure a déjà été donné inutilement à l'intérieur. L'école de M. Biett les recommande principalement contre les tubercules (pustules plates) des testicules. Les fumigations mercurielles peuvent occasionner la salivation , ce qui est , à mon avis , un motif de les exclure de la thérapeutique.

J'ai plusieurs fois employé avec avantage , contre les tubercules plats des testicules, les lotions faites avec une solution aluminée et les cataplasmes de farine de graine de lin , auxquels on ajoutait un sixième de fleur de soufre.

Je ferai remarquer ici, comme je lai dit dans mon Traité sur la Syphilis, que les moyens généraux et locaux, qui sont indiqués contre les maladies cutanées en général, doivent varier suivantla nature et l'intensité de l'affection. S'il s'agit d'une maladie occasionnée et entretenue par la malpropreté , une habitation malsaine et une mauvaise nourriture , le changement d'air, une nourriture plus substantielle sont les premières et souvent les seules indications qu'on ait à remplir ; mais lorsque se joint à ces causes une prédisposition organique primitive ou acquise , et qu'une affection syphilitique herpétique ou scrofuleuse , complique ou entretient la maladie , on doit alors modifier le traitement suivant la nature de la diathèse morbide dont on aura reconnu l'existence. Dans le cas où l'affection cutanée est attribuée à la contagion vénérienne et qu'elle est récente , les délayans et les révulsifs dirigés sur le tube intestinal doivent être préférés. Si la maladie est ancienne , les moyens curatifs propres à favoriser la transpiration sont plus particulièrement indiqués, et même dans beaucoup de cas on peut adopter alternativement chacune de ces directions thérapeutiques. Lorsqu'il s'agit d'affections de la peau produites ou compliquées par le vice scrofuleux, on doit insister de préférence sur les moyens destinés à fortifier l'organisme et à produire une dérivation régulière sur les organes digestifs ; les amers , les purgations

légères et réitérées, lorsqu'il n'existe pas de contre-indication ; les bains sulfureux ou alcalins sont principalement indiqués, tandis que, dans la plupart des affections dartreuses, les bains simples mucilagineux et amylacés sont préférables aux premiers.

La saignée générale me paraît beaucoup trop négligée dans le traitement des maladies chroniques de la peau. Je les ai souvent mises en usage avec beaucoup de succès ; toutefois l'application des sangsues me paraît préférable à la saignée générale dans les maladies qui reconnaissent pour cause la diathèse scrofuleuse.

Quant aux remèdes extérieurs, ils ont toujours pour objet de modifier l'état actuel de l'affection cutanée; s'il existe de l'inflammation , on la combat par les sangsues , les lotions et les cataplasmes mucilagineux; s'il s'agit d'une éruption crustacée de nature teigneuse, dartreuse ou pustuleuse, les corps gras suffisent ordinairement pour en ramollir les croûtes et les détacher ; ce qui permet l'emploi des moyens ultérieurs que peut réclamer le caractère de la maladie et qui diffèrent selon le mode d'altération du système dermoïde.

Lorsque les affections cutanées ont donné lieu à la désorganisation du tissu dermoïde, on est souvent dans la nécessité de modifier la nature de l'ulcération et de transformer la maladie en une plaie nouvelle qu'on produit à l'aide d'un escarrotique et qu'on traite ensuite comme une plaie simple; c'est ainsi que je suis parvenu à guérir des dartres pustuleuses et rongeantes , fixées au visage et qui avaient résistée beaucoup d'autres remèdes administrés intérieurement et localement.

On doit aussi tenir compte dans le traitement des maladies cutanées de la sensation qu'elles font éprouver. On calme la démangeaison avec les lotions alcooliques, avec l'eau de savon, l'eau salée, l'eau sulfureuse et les onguens de la même nature. La douleur qui est due à l'état inflammatoire aigu doit être combattue, comme je l'ai dit plus haut, par les sang-

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sues et les émolliens, mais celle qui dépend de l'érosion ulcéreuse réclame principalement l'usage des narcotiques. Pour satisfaire à cette dernière indication, j'ai employé souventavec succès une pommade préparée avecdel'axonge, dans laquelle on faisait cuire, après les avoir pilées, des plantes fraîches sédatives ou narcotiques, telles que la laitue, ladouce-amère, la morelie, la ciguë, le pavot, la belladona, la pomme épineuse, la jusquiame, etc. Chacune isolée ou réunie à une ou plusieurs de ses analogues , selon le degré de l'action calmante que je devais obtenir.

Les topiques opiacés et narcotiques n'ayant pour but que de calmer la douleur, on doit en modifier l'activité suivant l'intensité de la souffrance, et cesser d'en faire usage lorsqu'on a atteint le but qu'on se propose, parce que leur dose trop élevée ou leur action trop prolongée pourrait éteindre la sensibilité et produire la désorganisation .

Dans un ouvrage nouvellement publié (1), M. le docteur Moulinié (de Bordeaux) a reconnu d'après ses observations que le mercure employé contre les maladies vénériennes échouait souvent, surtout dans le traitement des syphilides, et qu'une médication locale bien dirigée peut être d'un grand secours pour guérir ce genre d'éruption ; cependant il aime mieux attribuer l'insuccès du mercure à l'intensité de la maladie que de nier la propriété de ce remède , tant est grande la prévention qui existe en faveur du mercure chez les praticiens qui en prescrivent l'usage.

Le passage que je vais citer, emprunté à l'ouvrage de M. Moulinié, tom. Ier, page 328, peut servir à démontrer dans quelle incertitude on s'expose à tomber lorsque, par une idée préconçue, on attribue à un médicament une propriété

(1) Maladies des Organes génitaux et urinaires > Bordeaux et Paris, 1839.

qu'il n'a pas et qui, au lieu d'agir d'une manière spécifique, ne produit que des effets éventuels et souvent funestes.

« Les modifications thérapeutiques qu'exigent les symptômes vénériens sont infinies. Les phénomènes morbides au lieu d'être locaux sont répandus quelquefois dans toute l'économie ; la surface du corps est recouverte d'exanthèmes ; les membranes muqueuses qui tapissent les organes intérieurs sont enflammées, ulcérées. On conçoit alors combien il faut varier les médications pour calmer les accidens et les faire disparaître.

» Le remède spécifique est employé en vain ; sa puissance n'est pas assez grande , celle du mal l'emporte. L'imprégnation morbide a été trop intense , elle est trop ancienne , il faut une forte et longue épuration pour obtenir des résultats satisfaisans. L'hygiène et la thérapeutique doivent à la fois apporter leur tribut ; ce n'est que par la persévérance dans le traitement qu'on parviendra à éteindre le mal. Des pansemens méthodiques deviennent alors importans ; les balugestions sont surtout favorables; on purifie ainsi la surface du corps , on enlève les squammes, les croûtes, le pus; on calme l'irritation, et par une heureuse médication on dissipe divers phénomènes morbides

» On ne saurait trop s'ingénier à trouver des moyens de combattre un ennemi qui prend toutes sortes de formes ; il se cache pour nuire avec perfidie ; il reparaît sous un aspect qui le rend méconnaissable ; on doit toujours se défier de ce protée funeste ; aussi faut-il suivre toutes les voies possibles pour l'atteindre et l'anéantir. »

Je ne crois pas qu'on puisse rien écrire qui, plus que celte citation, porte à regarder la médecine comme un art conjectural et qui démontre mieux l'insuffisance du mercure dans le traitement des maladies vénériennes.

Les lignes que j'ai soulignées sur le traitement extérieur des syphilides indiquent un système de médication dont l'esprit

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fort rationnel doit faire sembler plus étrange la nécessité exprimée par l'auteur de s'ingénier à trouver des moyens de combattre un ennemi qui prend toutes sortes déformes.

Si le mercure agissait d'une manière absolue comme médicament antivénérien, il devrait, sauf les modifications réclamées par les variétés de la maladie, réussir toujours; s'il en est autrement , il est permis de croire que les guérisons qu'on lui attribue ont eu lieu malgré son usage , et ne sont dues qu'aux moyens accessoires du traitement réunis aux effort de la nature.

Je crois avoir indiqué avec assez de précision les modification^! que peut réclamer le traitement particulier des syphilides ; mais s'il s'agissait d'un de ces cas prévus par M. Moulinié, où les membranes muqueuses seraient le siège d'accidens inflammatoires ou d'ulcérations plus ou moins graves , en même temps que la peau serait couverte d'exanthèmes vénériens, il faudrait leur opposer un mode de médication analogue à celui qu'il a indiqué lui-même pour les affections de la peau , inlus sicut externus; c'est à dire qu'il faudrait administrer, comme une sorte de lavage, les boissons adoucissantes et mucilagineuses, ne permettre que des alimens doux et relàchans et avoir recours , suivant l'état des forces du malade, à des émissions sanguines, générales ou locales; en un mot, adopter le régime antiphîogistique et le diriger de manière à faire cesser laphlegmasie muqueuse, sans affaiblir le malade et sans avoir égard à la cause qui la produit , sauf à revenir plus tard à une médication* dépurative modifiée suivant les circonstances, mais dont le mercure ne doit jamais faire partie.

Je bornerai ici ce qu'il m'a paru convenable de dire sur le traitement des sypbilides ; mais j'exprimerai de nouveau l'opinion où je suis, que les maladies chroniques de la peau, syphilitiques ou non , se guérissent par des directions thérapeutiques analogues, sauf à varier les moyens en raison de

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