SUR LA SUSCEPTIBILITÉ AUX INTOXICATIONS
A la suite des recherches sur le choc peptonique, il était logique de penser, devant la constance de ces résultats, que cette relation entre la résistance de l’organisme et le tonus neuro-végétatif était peut-être un phénomène plus général, vrai non seulement pour les poisons, dits anaphylactisants, mais encore pour tous les poisons ‘en général, tant cristalloïides que colloïdes. Les expériences ont montré l’importance considérable du rôle joué par le système nerveux orgarmo-végétatif au cours des intoxications, et on a pu constater que le terrain, c’est-à-dire, en l'espèce, le tonus vago-sympathique conditionne, plus que le poison, plus que la dose employée, la gravité ou la bénignité des accidents.
A. Chez les sujets à KR. O..C. irès marqué, on observe toujours une susceptibilité très grande aux poisons, d'autant plus forte que le reflexe est plus accentué. (Receptivité augmentée.)
B. Chez. les sujets à:R. O. C.: faible, nul ou inversé, on observe au contraire une résistance considérable de l'organisme à lintoxication. (Résistivité augmentée.)
On a choisi comme substance toxique un poison cristalloïde violent, le cyanure doubte de zinc et de potassium, dont la toxicité moyenne est de 5 miligr. par kilog.
I. -— Dès les premières expériences, on a été frappé par ce fait que les animaux naturellement vagotoniques, présentaient au poison une résistance beaucoup moindre que les animaux hypovagotoniques.
En effet, chez les animaux vagotoniques, on a toujours observé, avec des doses bien inférieures à la dose toxique moyenne (3 mgr par kilog.) un. arrêt respiratoire prolongé. Si la vagotonie est très prononcée, cet arrêt peut être définitif et la mort extrêmement rapide.
Chez les animaux Bypovagotoniques, on a tou-
PENONES
jours constaté la survie avec ces doses, l'arrêt respi-
ratoire étant de courte durée.
II. — Ce rapport entre l’état du tonus organivégétatif et les différentes susceptibilités individuelles des organismes normaux au poison, a été confirmé en modifiant artificiellement l’état vago-
sympathique des animaux en expérience.
Dans une première série d’expériences on a hyperexcité le-‘parasympathique à l’aide de la pilocarpine, Dans tous ces cas, le résultat est constant : mort rapide de animal, beaucoup plus rapide que chez les animaux témoins.
Dans une autre série d'expérience, le fait déjà vu par Preyer a été confirmé : augmentation considérable de la résistance de l'organisme à l’intoxication par le cyanure au moyen d’atropine. Avec des doses très voisines de la dose toxique moyenne, la survie de l’animal, ainsi rendu artificiellement hypovagotonique, est très prolongée (30 minutes alors que l'animal témoin meurt en 10 minutes). Avec des doses faibles, la survie est la règle, ces mêmes doses amenant la mort chez les animaux naturellement très vagotoniques ou traités par la pilocarpine. Au cours de cetfe survie, une injection
Mat EL
de pilocarpine provoque la mort immédiate de
l'animal.
IT. — Cette sensibilité particulière à l’intoxication présentée par des sujets a R. O. C. intense, s’est manifestée non seulement avec le cyanure, mais encore avec toute une série de poisons violents. On a vu, en effet, avec la strychnine, des convulsions survenir chez des animaux vagotoniques à la suite de l’injection de 1/10 de mgr. par kilog., alors que la dose convulsivante est d'environ 3/10° de mgr. par kilog.
Il a été donc très légitime de penser, dans ces conditions, que les poisons électifs du système nerveux devraient se comporter de la même façon. On pouvait supposer que leurs effets seraient aussi conditionnés par l’état du tonus neuro-végétatif.
De fait, les expériences établies dans cet ordre d'idées ont conduit à des résultats identiques.
Etudiant les anesthésiques, le chloralose en particulier, Garrelon et Sautenoise, et Thuillant dans sa thèse, virent que des animaux de même espèce ne réagissaient pas de la même façon aux injections de chloralose et que certaines doses, suffisantes
Le?
TRCRSTERT
pour endormir un chien, n’avaient plus la même efficacité sur un autre animal de même poids.
Leurs expériences montrèrent que ces variations dans les réactions individuelles au chloralose s’expliquaient encore par les différences de l’état du tonus neuro-végétatif des divers animaux. Il suffisait en effet de modifier artificiellement le tonus vago sympathique à l’aide de pilocarpine ou d’atropine pour faciliter l’anesthésie ou au contraire la retarder, la rendant même alors toujours imparfaite.
Les mêmes essais furent faits avec l’éther et permirent d'apporter des conclusions identiques.
Ces faits qui servent de base au travail de Vida- .covitch, l’amènent ainsi à l’étude des susceptibilités individuelles à l’alcool. Nous lui empruntons les pages qui suivent (chapitre « Ivresse », page 85).
« Partant des expériences sur la susceptibilité individuelle aux poisons de la corticalité, aux anesthésiques en particulier, nous nous sommes demandé si la clinique ne nous révèlerait pas’ chez les individus sensibles à l’alcool, faciles à enivrer, un état anormal du tonus neuro-végétatif.
« Nous avons alors pratiqué une enquête chez nos malades et chez des sujets normaux. Nous avons été très nettement frappés du fait que les sujets sensi-
bles sont des vagotoniques. Au contraire, les sujets normalement hypovagotoniques sont assez résistants. Pour les uns, il suffit de un à deux verres de vin pour provoquer l'ivresse : ils présentent tous une excitabilité parasympathique marquée, traduite par un R.O.C. fortement positif, une réaction hemoclassique digestive, une tolérance élevée pour les sucres, des réactions faibles à l’atropine et vives à l’éserine et à la pilocarpine. D’autres, au contraire, qui peuvent boire plusieurs litres de vin par jour, des petits verres et des apéritifs, présentent de l’hypovagotonie avec faible tolérance aux sucres, réaction hémoclassique inversée, R.O.C. nul ou peu marqué, peu de réaction à l’éserine ou à la pilocatpine, tandis qu’ils supportent mal l’atropine. Chez les sujets qui présentent des variations du tonus neuro-végétatif, tels que les intermittents, les cyclothymiques et un assez grand nombre de dégénérés à syndromes épisodiques, on observe des variations parallèles de la susceptibilité à l’alcool.
« Au point de vue clinique, on connaît depuis longtemps l'extrême sensibilité des épileptiques, des maniaques, des dégénérés. Or, nous avons constaté chez ces malades, l’existence d’une hyperexcitabilité vagale considérable, presque caractéristique de
ces affections.
« De plus, l'étude physiologique de certaines conditions qui semblent favoriser l'ivresse nous conduit à des conclusions du même ordre.
« Ainsi, on sait que dans un milieu confiné, l'ivresse a une marche plus rapide qu’en plein air. Or, nous savons, comme l’a montré le professeur Richet, que l'oxygène diminue l’excitabilité du vague, tandis que chez l'animal respirant en milieu confiné, celle-ci croît très rapidement. +
« De même, les variations de la température.
excès de chaleur ou de froid, ont été signalés comme prédisposant le buveur à l'ivresse. Nous avons vu aussi que les écarts de température s’accompagnent de l’apparition d’hyperéxcitabilité du vague.
« On sait aussi que l’ingestion à jeun d’une boisson alcoolique est plus facilement suivie d'ivresse qu'après un repas. Or, en plus du retard que les aliments peuvent apporter à la pénétration du poison dans le torrent circulatoire, il faut probablement tenir compte de l’inversion du tonus neurovégétatif consécutive au repas.
« Chez les enfants, l'ivresse survient vite, brusquement. Ces sujets sont d’ailleurs particulièrement sensibles aux anesthésies. Or, nous avons toujours noté chez les enfants une assez forte hypertonie du vague. Ceci s'explique d’ailleurs, pensons-
LR
nous, par le fait que les enfants, avant un organisme en plein accroissement, ont besoin de fixer sur leurs cellules beaucoup plus relativement que les adultes. =:
< Enfin, on sait que l'alcool produit souvent l'ivresse chez les fébricitants. Or, nous avons vu que nombre de maladies infectieuses s’accompagnent au moins durant un certain temps, d’hyperexcitabilité du vague.
« Ainsi, dans l’ensemble, nous retrouvons par la clinique, le rapport que l’expérimentation nous a permis d'établir entre le tonus neuro-végétatif et la susceptibilité aux intoxications. Les vagotoniques sont beaucoup plus sensibles à l'alcool que les hypovagotoniques et s’enivrent beaucoup plus aisément De plus, les conditions capables de provoquer une hypertonie du vague, semblent s'accompagner d’une plus grande susceptibilité vis-à-vis de l’alcool. »