PENDANT LE SOMMEIL MORPHINIQUE
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produit par la morphine, chez le chien.
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AVANT LA MORPHINISATION
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Tableau indiquant les modifications des gaz de l’expiration, pendant le sommeil
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C. Interprétation des analyses et comparaison des faits qu’elles démontrent.
De la lecture des cinq expériences que nous avons faites, sur les modifications des qaz expirés, et de l’examen de notre tableau, il ressort d’abord que, pendant le sommeil de la morphine, la proportion d'acide carbonique diminue et la proportion d'oxygène augmente, dans les gaz de l'expiration. Il s'ensuit donc que l’animal emprunte moins d'oxygène à l'atmosphère et exhale moins d’acide carbonique.
C’est une confirmation des résultats contenus dans les expériences, déjà anciennes, de H. von Bœck et J. Bauer, qui, chez le chien, ont constaté, comme nous, que, sous l'influence de la morphine, les échanges pulmonaires diminuent notablement. Dans un tableau, où se trouvent résumés leurs essais, on voit diminuer la proportion de vapeur d’eau et d'acide carbonique exhalés, la quantité d'oxygène absorbé.
Dans ses recherches eudiométriques, Valentin est arrivé aussi aux mêmes conclusions ; il a constaté que si, dans certaines conditions, la proportion d'acide carbonique exhalé peut augmenter, la quantité d'oxygène absorbé diminue constamment, et dans un rapport qui paraît proportionnel à la dose. Il estutile de rappeler que Valentin opérait sur la grenouille, mais il n’en est pas moins intéressant de faire remarquer que, dans tous les essais où 1l à employé la morphine, à doses un peu élevées ou à doses toxiques, il a toujours vu l'acide carbonique diminuer considérablement.
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Fubini amultiplié ses expériences et a étudié, comparativement, l'influence des principaux alcaloïdes de l'opium sur les phénomènes chimiques de la respiration. En ce qui se rapporte à la morphine, Fubini, sur le chien etsur le lapin, a constaté la diminution de l’exhalation pulmonaire de l’acide carbonique, dans le rapport de 100 : 91, pour le chien; 100: 53, pour le lapin.
Enfin Gréhant, opérant avec toute la rigueur qu'il a apportée dans les recherches de cette nature, a démontré que, pendant le sommeil morphinique profond d’un chien, la quantité d'acide carbonique exhalé peut être environ trois fois moindre qu’à l’état normal.
Dans une expérience de Gréhant, chez un chien de 15 kg. 600 ; à l’état normal, 50 litres d’air ont enlevé au poumon, en 7,35 minutes, 2 gr. 64 d'acide carbonique. Une demi-heure après une injection de morphine, à raison de 2 centigrammes par kilogramme, l'animal étant profondément endormi, on a fait encore passer 5o litres d’air dans le poumon; l'expérience a duré cette fois 18,15 minutes et l'acide carbonique exhalé n’était que de 2 gr. 45.
En cherchant quelle est la quantité de ce gaz qui, dans le même temps, aurait été éliminée, à l’état de veille, on trouve 6 gr. 356, c’est-à-dire le triple de la quantité trouvée pendant la narcose.
Non seulement, dans cette expérience, on trouve une diminution dans la proportion d’acide carbonique exhalé, mais un excellent exemple de la modération des échanges gazeux et du ralentissement de la ventilation pulmonaire, chez les chiens morphinisés. En effet, pour faire passer 5o litres d’air dans le poumon,
pendant le sommeil, 1l faut un temps près de deux fois et demie plus considérable, qu'avant l'injection médicamenteuse.
Enfin, se basant sur les résultats de son analyse, Gréhant ajoute : « Si l’on admet, ce qui paraît rationnel, que la quantité d’acide carbonique qui se forme, dans tout l'organisme, en un certain temps, est égale à celle qui est rejetée par les poumons, dans le même temps, l’activité de la productionde ce gaz dansles tissus, pendant le sommeil, provoqué par 2 centigrammes par kilogramme de morphine, serait trois fois moindre qu’à l’état de veille. » Mais il ajoute : « Cette conclusion ne peut être exacte qu'à une condition, c’est que l'acide carbonique ne s’accumule point dans le sang ou dans les tissus pendant le sommeil artificiel. »
Cette réserve, très judicieuse, devait être faite et nos analyses des gaz du sang démontrent combien Gréhant avait raison de ne pas l'oublier.
. Pour le moment, de nos recherches personnelles et des travaux que nous venons de citer, un fait essentiel ressort clairement: c’est la diminution de l’acide carbonique exhalé et de l'oxygène absorbé par la surface pulmonaire des animaux endormis par la morphine.
Nous ajouterons qu'il ne paraît pas y avoir, dans la limite des doses physiologiques, de proportionnalité appréciable entre cette modification des échanges gazeux, d'une part, la dose de morphine injectée, la durée du sommeil, le nombre de respirations et la baisse de température, d'autre part.
Si, maintenant, nous comparons l'acide carbonique exhalé à l'oxygène absorbé, nous constatons que le
— Soir —
rapport Oo Se modifie et, dans chaque expérience,
prend, pendant la narcose, une valeur supérieure à celle qu'il a pendant l’état de veille.
C’est un phénomène constant qui nous démontre que, chez les animaux endormis par la morphine, la diminution de l’acide carbonique est proportionnellement moins grande que la diminution de l’oxygène absorbé.
Mais il est utile de mettre ces modifications des gaz expirés en rapport avec celles que nous avons trouvées du côté des qaz du sang.
D'après les chiffres des expériences que nous avons
reproduites plus haut, on voit d’abord que, soit dans i + )
le sang artériel, soit dans le sang veineux, la proportion
d’acide carbonique, contenue dans le sang d’un animal
morphinisé, est toujours supérieure à celle que l’on
trouve chez le même animal à l’état de veille.
Pour l’oxygène, c’est habituellement l'inverse; la proportion de ce gaz que l’on trouve, dans le sang d’un sujet narcotisé, est le plus souvent inférieure à celle qui existe avant le sommeil, chez le même sujet, mais ce
) ñ , n'est pas aussi constant.
Dans nos quatorze analyses, nous avons eu quatre exceptions.
Dans l'expérience CXLI, nous avons eu o c.c. 4 en plus, sur la proportion d'oxygène contenue dans le sang de la jugulaire, avant morphinisation.
Dans l'expérience CXLVIT, l'augmentation du chiffre
a porté, à la fois, sur le sang carotidien et sur le sang de
la jugulaire; mais la différence était beaucoup plus considérable dans celui-ci, 2 c.c. 8, que dans celui-là GCAC D
Enfin, dans l'expérience CXLIX, la proportion d’oxygène a baissé de o c.c.5 dans le sang artériel et s'est élevée de o e c.4 dans le sang veineux.
Ces dernières constatations nous paraissent intéressantes, d’abord parce qu’elles démontrent que, même avec une élévation notable du taux de l'acide carbonique, le chiffre de l'oxygène peut augmenter dans le sang, pendant la narcose; ensuite, parce que cette augmentation, quand elle existe, paraissant plus importante dans le sang veineux que dans le sang artériel, on peut y trouver un argument en faveur du ralentissement des combustions.
En résumé, abstraction faite de ces cas exceptionnels, nous restons en présence du résultat général suivant:
Pendant le sommeil de la morphine, il y a {oujours augmentation de l'acide carbonique et, le plus souvent mais non loujours, diminution de l’oxygène contenu dans le sang.
Dans les travaux antérieurs aux nôtres, nous n’avons pas trouvé de recherches bien complètes sur cette question.
Ch. Bohr a simplement constaté que les différences, entre le sang artériel et le sang veineux, sont de même ordre qu'à l'état physiologique ; mais il dit, de plus, avoir observé que, dans l’empoisonnement par la morphine, il y a augmentation de la teneur spécifique du sang artériel en oxygène.
Beaucoup plus intéressante, à notre point de vue, est l'unique expérience qui figure-dans l'important travail, publié en 1871-1872, par Mathieu et Urbain. Nous tenons à en donner le résultat et les chiffres parce qu'ils concordent absolument avec les nôtres:
Une prise de sang carotidien est faite à un chien, ayant 39°3 de température rectale et 15 respirations par minute ; après extraction des gaz, on injecte, hypodermiquement, 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine.
Les auteurs ne disent pas quelle a été la durée du sommeil, mais ils remarquent qu'au moment de la deuxième prise de sang, le sujet a 38°6 et respire 14 fois par minute,
L'analyse des gaz leur a donné, pour 100 volumes de sang,
les résultats suivants:
Avant. Pendant le sommeil.
Acide carbonique. 49 c.e. 53 53 c.c. 26 DTCEnCE Li. =. —-20€,C7 0) 22 C C. 32 2 CO?
Cette unique expérience, que confirment les nôtres, conduit à la même conclusion essentielle.
Par contre, nous ne comprenons pas, dans quelles conditions Ewald a pu se placer, pour voir que, chez les chiens profondément endormis par la morphine, la richesse du sang en oxygène, diminue de moitié et plus, tandis que la proportion d’acide carbonique reste normale.
Sans indiquer la source du renseignement, le professeur Hayem dit, à propos des diverses modifications physiologiques produites par la morphine, que l'analyse des gaz du sang a montré une diminution de
moitié pour l'oxygène, et une légère augmentation de l'acide carbonique, ce qui nous paraît être l’expression, un peu modifiée quant au CO?, des conclusions d'Ewald.
Enfin, dans le Traité de thérapeutique du professeur Soulier, nous trouvons exprimée une opinion de Binz conforme à nos résultats d'analyses, quant à l’augmentation du CO?, car il y est dit que : « quelque chargé d'acide carbonique que soit le sang, les convulsions de l’asphyxie sont impossibles, parce que les centres moteurs sont paralysés. »
Nosrecherches indiquent exactement quelles sont les modifications réelles que subissent les gaz du sang, pendant le sommeil de la morphine. On peut d’ailleurs y trouver d’autres renseignements utiles.
Et d'abord, abstraction faite toujours des circonstances où la proportion d'oxygène s’est élevée par rapport à l’état normal et, à part une exception (exp. CXLIII), où le chiffre de l'oxygène, en moins, est supérieur à celui de l’acide carbonique, en plus, on peut constater que la proportion d’acide carbonique, qu’on trouve en plus dans le sang, pendant le sommeil, est généralement très supérieure à la quantité d'oxygène qu'il y a en moins, dans les mêmes conditions.
La moyenne donne 10 c.c. 1, en plus, pour CO, 2 centimètres cubes, en moins, pour l'oxygène.
En outre, dans tous les cas, nous avons vu le rap-
port où s'élever d’une façon notable, pendant la nar-
cose morphinique, ce qui contribue à démontrer qu’en toute circonstance, proportionnellement à l'oxygène,
qui diminue peu ou parfois augmente, il y a une réelle accumulation d'acide carbonique dans le sang des animaux endormis par la morphine.
En rapprochant les chiffres que nous avons obtenus, dans l’analyse des gaz expirés, de ceux qui nous ont été fournis par l'analyse des gaz du sang, nous constatons qu'en regard de la diminution de l'acide carbonique exhalé par la trachée il y a une accumulation de l’acide carbonique dans le sang, ce qui immédiatement conduit à rechercher, la cause de cette modification, dans une insuffisance des échanges et de la ventilation pulmonaire ; peut-être? liée à une diminution du pouvoir absorbant normal du sang pour oxygène.
Au premier abord, cette explication se présente comme très acceptable, étant donné : 1° ce que nous avons vu, plus haut, relativement aux modifications du rythme de la respiration et à la diminution de la pro-portion de gaz introduite dans le poumon, en un temps donné (voir p.488 et 519); 2° le fait, non moins évident, de l’exagération de la proportion de CO?, même dans le sang qui revient du poumon.
D'ailleurs, les expériences de Vierordt et Valentin ont, depuis longtemps, établi que la quantité de CO?, éliminée par les voies respiratoires, est d'autant plus faible que les mouvements de la respiration sont plus lents.
Cependant, à elle seule, cette raison ne paraît pas devoir suffire, car, pendant l’anesthésie vraie, les mouvements respiratoires sont également plus lents, les échanges gazeux intra-pulmonaires sont modérés el, malgré cela, comme l’a observé notre excellent maître,
M. Arloing, l'acide carbonique diminue et l'oxygène augmente, dans le sang d’un chien profondément anesthésié par l’éther, le chloroforme ou le chloral.
Mais il y a une différence évidente, entre un sujet en état d’anesthésie parfaite et un sujet simplement narcotisé. Le premier est dans le repos absolu; chez lui, toutes les fonctions de la vie de relation sont suspendues; les fonctions des hémisphères cérébraux, celles de la protubérance, du bulbe ou de la moelle, comme organes de sensibilité et excito-moteurs, ont totalement disparu ; le sommeil, l’insensibilité, l'immobilité, la résolution musculaire ont atteint leur maximum; seuls, les centres bulbaires et les nerfs qui dominent les actes de la vie végétative veillent encore.
On comprend facilement que, dans ce cas-là, la combustion du carbone, dans le réseau capillaire général soit assez réduite, pour que l'acide carbonique diminue et que l'oxygène s’accumule dans le sang, malgré les modifications que subissent les échanges pulmonaires.
Chez le sujet endormi par la morphine, les fonctions du cerveau sont les premières et, surtout, les plus profondément troublées. L'influence déprimante qu'elles éprouvent, et qui se généralise en partie sur les autres départements du système nerveux, n’équivaut pas à une suspension complète de toute activité.
À l’occasion d’une excitation, l'animal peutse réveiller; il peut se déplacer et fuir jusqu'à ce que, retrouvant le calme extérieur qui lui convient, il lui soit possible de céder au sommeil et de retrouver son repos interrompu.
D'ailleurs ce réveil n’est pas normal; c’est un réveil irritable, car il est certain que, pendant la narcose morphinique, l’hyperexcitabilité réflexe des centres bulbo-médullaires est plutôt augmentée.
Dans tous les cas, l’anesthésie proprement dite n’est pas obtenue et il n’y a pas la moindre apparence de résolution musculaire. Cette dernière particularité offre, dans le cas présent, un intérêt réel, car si l’on veut bien se souvenir que Cl. Bernard a démontré qu'il suffit de supprimer la tonicité musculaire, par la section des nerfs moteurs, pour voir la proportion d'oxygène augmenter dans le sang veineux, on comprend que la réciproque puisse être vraie et que la conservation de cette tonicité suffise à consommer une parte de l'oxygène et à accumuler, dans le sang, une proportion d'acide carbonique d’autant plus grande que la respiration estsimultanément ralentie et l’exhalation pulmonaire modérée.
Pendant le sommeil de la morphine, les centres bulbaires conservent, en grande partie, leur activité surtout en ce qui se rapporte aux actes de la vie végétative; leur influence stimulante, sur les phénomènes de combustions interstitielles, universellement reconnue par les physiologistes, ne disparaissent probablement pas complètement, de telle sorte que, même en l’absence de tout mouvement apparent, on peut admettre que les échanges ne sont pas suspendus.
D'ailleurs, avec les anesthésiques eux-mêmes et particulièrement avec le chloral, on a pu obtenir des modifications des gaz du sang semblables à celles que produit l'hypnose morphinique. Il a suffi, pour cela, de
les administrer à doses faibles, produisant simplement un calme profond, sans anesthésie, ni résolution musculaire.
M. Arloing a tout spécialement attiré l'attention sur ce point, et dans une de ses expériences, où il a gradué l'administration du chloral, pour suivre pas à pas les modifications des gaz du sang, pendant que l'animal passait de l’état normal dans l’hypnotisme et de l'hypnotisme dans l’anesthésie, il a vu, dans la première