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Que M. le D'Millard, médecin de l'hôpital Beaujon, mon maître, sache bien que si j'inscris son nom en première ligne de ma thèse — rompant avec la tradition qui rejette les remerciements d'usage à la fin d'une introduction, comme ces banales formules de politesse qu’on griffonne au bas d’une lettre dans le peu de blanc qui reste, — c’est parce que si je revis les souvenirs de mes onze années médicales, je l’y trouve partout et toujours en première place. Bénévole, stagiaire, externe, interne, à toutes les phases de mon évolution, c’est dans son service et sous ses conseils que j'ai passé mon meilleur temps. Je veux que ma thèse partage ma bonne fortune.
M. le D' Gouguenheim a droit à toute magratitude. IL y a deux ans, au printemps de 1884, dans une de ses causeries malinales de l’hôpital Bichat, il appela mon altention sur l’histoire de l’aphonie, encore à faire,
disait-il, et me conseilla de la choisir comme sujet de ma thèse inaugurale. Je suivis son conseil et je n’ai eu qu’à m’en louer.
Mes remerciements doivent également s’adresser à mes autres chefs dans les hôpitaux, MM. Terrillon et Vidal, dont les savants enseignements de Lourcine et de Saint-Louis m'ont laissé de durables souvenirs; et encore surtout à M. le D' Tapret, mon premier maître, qui me conduisit jadis à la découverte du râle crépitant; ces choses-là ne s’oublient pas.
Il est d’autres noms que je ne veux point oublier en cette place.
MM. les D Morell Mackenzie et Mac Neill Whistler, de Londres, ont eu l'extrême complaisance de me faciliter des recherches bibliographiques que je n’avais pu mener à bout avec les matériaux du British Museum.
M. le D' Pierre Marie, chef de clinique de la Faculté, s’est mis à ma disposition avec une bonté que je ne saurais oublier, pour maider de son expérience lorsque je fis, à la Salpêtrière, quelques recherches sur l’aphonie hystérique suggérée.
Enfin, mon excellent ami M. Lucien Fugère sera peut-être étonné de se trouver en ce milieu médical : mais plus qu'un autre il a contribué à la confection de ma thèse, grâce aux enquêtes vocales qu’il s’est chargé de faire auprès de ses camarades de l’Opéra-Comique, grâce surtout à sa profonde connaissance du chant que J'ai eu souvent à meltre à contribution pour
INTRODUCTION. 9 mon plus grand profit : je l’en remercie sincèrement.
Je prie enfin M. le professeur Béclard de recevoir mes remerciements pour l'honneur qu'il m'a fait en acceptant la présidence de ma thèse.
Le travail que j'ai entrepris, et qui aurait dû s’intituler : Des dysphonies laryngiennes, forme une étude d'ensemble sur les causes, le mécanisme, l’expression symplomatique et la valeur séméiologique de divers troubles vocaux nés daltérations limitées au larynx.
Il se compose de trois parties. | ;
La première partie comprend l’étude nosographique du symptôme dysphonie : elle recherche la relation entre une lésion donnée du tissu vibrant et l’altération musicale des vibrations qui en résulte. Entre la simple asynergie vocale et l’apsithyrie, — ou impossibilité d’émettre un son même chuchoté — il y a place pour un certain nombre de types de dysphonie, nettement distincts, et parmi lesquels la diphthonie occupe une importante place.
La seconde partie, nosologique, établit la correspondance qui existe entre ces diverses formes de dysphonie et les maladies du larynx qui les produisent; à l'inverse de la précédente qui s’appuyait surtout sur des principes physiques et musicaux, elle rentre dans le domaine de la clinique laryngienne. C'est presque
un traité d'ensemble des maladies du larynx, mais
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envisagé d’un seul côté, accommodé et mis au point de ce travail.
Finalement, la troisième partie forme un tableau de seméiologie générale de la dysphonie; cette étude n’a encore été jusqu'ici ébauchée que par Loeri (de Pesth), et à un point de vue autre que celui où je me place dans ma thèse. Il est intéressant de savoir quelle valeur diagnostique ou pronostique acquiert tel trouble d'émission vocale arrivant au début ou dans le cours d’une maladie générale; c’est ce que J'ai essayé d’établir en m’aidant des données de la clinique.
J’ai fait précéder ce travail d’une longue introduction, qui expose des recherches expérimentales sur le mécanisme de la phonation normale. Pour des motifs qui n’ont point à être ici racontés, je ne peux publier en ce moment que cette introduction.
Mais ce serait tout au moins une bizarrerie que de présenter, dans le cas actuel, un traité de physiologie vocale au jugement de la Faculté; celui qui le tenterait, pour n'être point un réformateur prétentieux, risquerait.fort de faire œuvre de copiste servile ou de compilateur naïf. Aussi bien n’est-ce point là l’intenuon de mon travail : quelques notes de physiologie groupées de façon à servir d'introduction à une étude détaillée des dysphonies laryngiennes,- et déduites d'expériences simples, composeront toute cette thèse. Parti en terre inconnue, par le premier sentier ren-
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INTRODUCTION. 11 contré, à la recherche des motifs physiques pour lesquels les lésions anatomiques altèrent la voix, j'ai dû vite rebrousser chemin et revenir en deçà de mon point de départ; car il existe dans le domaine de la laryngologie deux routes bien distinctes qui depuis longtemps se touchent sans se réunir jamais : toutes deux sont bonnes à suivre, mais le terrain qui les sépare, quoique rude, est le meilleur à parcourir, car il est le milieu juste où demeure habituellement la vérité. D'un côté marchent les théoriciens qui asservissent la glotte à la tyrannie de la physique, et les professeurs qui étudient les mille et trois formes du chant, sans paraître se douter seulement que Île moindre catarrhe, amenant des conditions vibratoires nouvelles, détruit les hypothèses les plus fermes qui n’en ont point tenu compte; de l’autre côté cheminent les médecins des gens enroués, admirablement placés pour faire de la physiologie vocale, attendu que la voix, comme l'air atmosphérique, ne laisse vraiment étudier ses propriétés que là où elle manque : mais le plus souvent ces matériaux d'étude sont négligés; en présence d’un larynx malade l’idée vulgaire qui vient à l'esprit, c’est de le soigner : et fatalement la dysphonie, cette clef de la phonation, ressortit plus de la pharmacie que de Pacoustique.
Aussi est-ce ni aux improvisations fantaisistes de quelques chanteurs — Bennati, Garcia, Battaille, — ni aux théories savamment édifiées et magistralement
renversées des Liscovius, des Savart, des Deleau, que le mécanisme de la voix doit d'être enfin connu : c’est Czermak, c’est Tüvck, c’est Gerhardt, Schnitzler, Krishaber qui, aidés du laryngoscope, observant en médecins et expliquant en physiciens, nous ont transmis les notions sûres et exactes de la physiologie vocale auxquelles il y a peut-être à ajouter, mais rien à retrancher. |
Seulement dans toute cette question du mécanisme de la voix, la physique et la pathologie se viennent si intimement en aide qu’on ne saurait dire que l’une sert à l’autre sans ajouter que celle-ci profite de cellelà. Et ce n’est point établir une contradiction que de dire en même temps que les dysphonies expliquent la formation de la voix saine et que seules les lois de la phonation normale font comprendre toutes les altérations vocales. Ce second terme de la question m’importe seul : je n’ai pas à me servir des enrouements pour étudier les règles du chant, ce qui n’est point le but de ce travail ; mais J'ai besoin de reprendre la formation de la voix saine pour arriver à saisir les modes de production de la voix malade. C'est ainsi qu’essayant de comprendre certaines modifications de l’aphonie, — de l’aphonie paralytique surtout — j'ai été amené à rechercher quelques faits physiologiques déjà connus pour me servir à élucider ces points obscurs, et que, ne trouvant point dans les livres la relation des actes laryagés normaux dont la suppression partielle ou
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INTRODUCTION. 43 totale devait fatalement conduire à la modification pathologique observée, j'ai tenté de les rechercher par moi-même ; et ainsi, les faits s’enchaînant suivant un ordre nécessaire et entraînant, il m'a fallu faire des expériences de physiologie assez simples, lesquelles ont donné des résultats positifs, d’où sont sorties des idées plausibles, qui ont abouti à des hypothèses probables, finalement groupées en théories neuves : expériences et théories qui vont être présentées plus loin en plusieurs chapitres distincts.
En deux mots, n’ayant ni le droit nile devoir d’être didactique, je présente ici une simple dissertation de physiologie vocale dont les développements s’étendront avec complaisance sur les points les plus utilement en rapport avec la physiologie pathologique des dysphonies. Je supposerai donc toute la physiologie laryngée établie; des théories connues de la phonation je ne prendrai que celles qu’il me plaira de placer à côté de la mienne, au mieux de ses intérêts. Ce n’est que la voix laryngée qui fait l’objet de cette étude : je n’ai donc uniquement qu’à traiter de la hauteur du son et non de son fimbre, qui prend naissance dans les cavités sus-glottiques.L’infensité, d’origine pulmonaire,devrait également être laissée de côté; mais il y a entre lintensité et la hauteur des sons de telles relations de physique musicale, principalement dans le problème de la compensation vocale, qu'on ne peut, en réalité, séparer leur étude; au surplus l'air expiré qui se pré-
sente à la glotte, porteur de nuances toutes prêtes, sous des pressions différentes, n’est-1l pas lagent essentiel du chant?
Reste encore, avant toute entrée en matière, un dernier point qui réclame une explication franche d’autant plus nécessaire qu’elle a trait à un fait qui ne manquerait pas d’être commenté. Il y à huit mois, Pan dernier, je publiais avec mon excellent maitre, le D' Gouguenheim un livre sur la physiologie de la voix ‘, qui en beaucoup d’endroits est tellement contradictoire avec le travail que je présente aujourd’hui qu'apparemment j'aurai peine à me disculper de l'avoir tant et si vite modifié Mais, outre, que « l’homme absurde est celui qui ne change pas »,il va lieu de mesurer toute la profondeur qui sépare un manuel didactique d’une dissertation inaugurale; là on doit s’en tenir respectueusement aux notions acquises, confirmées par la majorité des auteurs respectables, professer une moyenne neutre parmi les opinions de divergence extrême, ne rien avancer qui ne soit normal, ne rien dire qui ne soit largement ressassé, devoir essentiellement conservateur; mais une thèse a le droit d’être révolutionnaire, le devoir d’être personnelle ; on la demande originale et conséquemment neuve et plus ou moins contradictoire du passé; et ce n’est pas grand mal si l'erreur s’y glisse, puisqu'elle n’est lue que de
1. A. Gouguenheim et M. Lermoyez. Physiologie de la voix et du chant. Hygiène du chanteur. — Paris, Delahaye, 1885, in-12.
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celui qui la soutient et de ceux qui Pargumentent, quatre personnes au plus. — Au reste mes expériences datent de plus d’un an, antérieures de six mois à la publication du livre cité : néanmoins je les ai tues jusqu’à ce jour où je peux en assumer l'entière responsabilité dans ce qu’on leur trouvera de mal ou de bien: c'eût été vraiment trop simple et peu convenable de les abriter du nom d’un maître autorisé.
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