‹ Étude expérimentale sur le virus de la septicémie puerpéraleChapitre 15 sur 16 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

RÉSUMÉ DE LA QUESTION. — APPLICATION A LA PROPHYLAXIE ET AU TRAITEMENT DE LA SEPTICÈMIE PUERPÉRALE

Résumé de la question

Les recherches faites avant nous, et celles que nous avons entreprises, nous ont donné la conviction que les accidents de septicémie puerpérale sont dus à l'existence d’un microorganisme.

Ce microorganisme, que nous avons décrit sous la forme de microcoques isolés, accouplés deux à deux ou réunis en chaïînette, n’est autre que celui qui avait été entrevu par Goze et Feltz.

Venu de l'extérieur, 1l pénètre chez les nouvelles accouchées par les plaies vulvo-utérines, et imfecte rapidement tout l'organisme.

Nous avons montré qu’il est facilement imoculable, quel que soit le procédé employé et la partie de l’or-

ri

ganisme choisie comme point d'entrée. Nous avons pensé, contrairement à l'opinion de Doléris et de Pasteur. que ce microorganisme est unique dans sa forme et sa nature, et capable de produire à ui seul les différentes formes d'accidents puerpéraux, sulvant son activité, et non comme le pensait Masini, suivant la dose sous laquelle il pénètre dans l’organisme.

Ona pu voir que le lapin est un sujet très sensible à l’moculation de ce microorganisme et que cet animal peut acquérir une véritable immunité, tandis que les autres espèces animales sont plus ou moins réfractaires à son action.

Nous avons prouvé que ce microorganisme pouvait facilement être reproduit artificiellement par la culture dans le bouillon de bœuf salé, et montré que, élevé dans ces conditions, son activité pathogène est plus grande que dans les humeurs recueillies sur les sujets infectés.

Nous nous sommes ensuite enquis des conditions de résistance de ce virus aux causes de destruction, et nous croyons avoir suffisamment prouvé que si le micrococcus septicus puerpéralis conserve longtemps son activité pathogène dans les liquides organiques et dans les bouillons de culture à l'abri de la putréfaction, 1l perd rapidement cette activité lorsque ces liquides sont soumis à la dessiecation.

Ce qui est non moins important, nous avons indiqué que cet organisme Mmfectieux est facilement attaquable dans ses propriétés. Il ne résiste pas à certaine température et à certains agents antisepti-

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ques, et à l’action combinée de la température et des agents microbicides.

a Su Application à la prophylaxie et au traitement de la septicémie puerpérale

Les recherches et les résultats exposés dans ce travail devaient nécessairement tendre à l’application raisonnée des antiseptiques à la prophylaxie et à la guérison de la septicémie puerpérale. Nous dirons tout d’abord que l'application empirique, mais consclencieuse de la méthode antiseptique a fournit déjà d'excellents résultats dans les maternités.

Il y a quelques années, on se préoccupait surtout de l'installation matérielle de ces établissements. M. Tarnier faisait élever un pavillon modèle, croyant ainsi atténuer l’intensité du fléau qui dévastait ses salles.

Les faits ont démontré depuis, et M. Tarnier luimême a reconnu qu'une pratique antisepiique sérieuse était plus féconde en bons résultats que toutes les conditions de bien-être matériel et les aménagements spéciaux des maternités. Effectivement, la mortalité a considérablement dimimué chez les parturientes dans les établissements déclarés msalubres, tels que la vieille maternité de Paris qu'on aurait voulu reconstruire sur des bases nouvelles, depuis qu'on y a lutté contre les germes infectieux par les pratiques antiseptiques. Le lecteur trouvera la preuve

ER de ce que nous avançons dans les tables statistiques publiées par le D° Paul Bar (1),-dans sa récente thèse d'agrégation.

Puisqu'il est reconnu actuellement que la septicémie puerpérale est due à l’existence d'un microorganisme pathogène, c’est contre lui désormais que devront être dirigés tous les efforts de ceux qui seront chargés d assister les femmes en couches. Ils ne devront jamais oublier que la négligence de certames précautions antiseptiques relatives à leurs personnes et à leurs instruments peuvent les exposer à de cruels déboires, aussi bien dans les maternités que dans la clientèle privée.

Le microbe infectieux devra donc être combattu à l'extérieur et à l’intérieur. A l'extérieur, sur les objets de literie et de pansements, sur les mains et les instruments des accoucheurs, sur les parties génitales externes de la malade. |

A l’intérieur, dans le vagin et l'utérus, si l’on suppose qu'il a déjà pénétré dans ces cavités.

Pour cela, on se trouvera bien de soumettre à une température variant entre 80 et 1007, pendant au moins 10", tous les objets de literie et de pansement: qui pourront, sans s’altérer, subir cette température. On agira de même pour les instruments.

L'emploi des solutions que nous avons scientifiquement expérimentées et auxquelles nous donnons la préférence, telles que :

(1) Des inéthodes antiseptiques en obstétrique. Thèse d'agrégation.

D' Paul Bar. Paris, 1883.

ee Sublimé corrosif, Permanganate de potasse, Sulfate de cuivre, Niirate d'argent, donnera les meilleurs résultats, si on les applique au lavage des mains et des organes génitaux externes et internes.

On ne devra pas dédaioner celles que nous avons placées en 2° et 3° ligne {a et b), telles que :

Essence de térébenthine, (a) Thymol, Sulfate de quinine, Chloral, (b) Acide phénique, Acide borique, Acide chromique,

si l’on ne peut mieux faire; mais toutes ces solutions et surtout celles des deux dernières catécories, auront une activité plus grande si on y joint l’action de la chaleur.

On fera donc bien de les porter à un degré de température compatible avec la sensibilité des tissus avec lesquels on devra les mettre en contact.

Disons maintenant un mot de l'hygiène applicable aux femmes en couches.

Assurément, plus seront favorables les conditions de milieu dans lequel la femme devra accoucher et moins pressantes seront les précautions antiseptiques à prendre vis-à-vis d'elle.

Mais, quoi qu'il en soit, 1l sera toujours bon de ne

he jamais se départir de ces dernières vis-à-vis d'une parturiente.

Le lavage des parties génitales externes avec une des solutions que nous avons préconisées, une Injection vaginale avec ces mêmes solutions, ne -demanderont pas beaucoup de peine et pourront quelquefois suffire pour parer à des accidents terribles.

Que penser, maintenant, des injections intra-utérines faites avec des liquides antiseptiques immédiatement après l'accouchement ?

Au début de la méthode, cette pratique était couramment suivie, surtout à l'étranger ; mais, depuis quelque temps, on a renoncé à l'appliquer à tous les cas, pour ne la réserver qu'à ceux qui ont présenté quelque chose de particulier, tant au point de vue de la durée de laccouchement, que de la nécessité d’une intervention.

C'est ainsi qu'on se comporte à la clinique d’accouchement de la Faculté de médecine de Lyon, dirigée par M. le professeur Bouchacourt, dont j'ai actuellement l'honneur d’être l’interne, et les résultats de cette pratique sont on ne peut plus satisfaisants.

Là, comme ailleurs, on obtient des résultats merveilleux, d’une antiseptie bien comprise. Non seulement, la mortalité a à peu près disparu; mais les suites de couches se passent avec une extrême simplcité.

L’antiseptique employé est la solution de sublimé à 1/1000.

[va sans dire que les lavages et injections doivent être régulièrement faits dès que la perte devient

fétide ou que la malade prend une élévation anormale de température.

S III Application à l'immunité,

Si l'on consulte les statistiques et si l'on s’en rapporte à l'expérience des accoucheurs et gynécologistes expérimentés, on se rend facilement compte que la septicémie puerpérale frappe surtout les primipares. [est rare que les multipares soient atteintes et l’on a peu d'exemples qu'une femme ait été plusieurs fois aux prises avec cette affection.

Cette réceptivité des primipares est mise généralement sur le compte des lésions de l'appareil génital qui, plus ou moins intenses, sont presque toujours produites par un premier accouchement.

Ces lésions étant moins fréquentes chez les multipares, on dit que ces dernières sont moins exposées à Pintroduction du virus dans l'organisme.

Touten admettant ces explications, nous croyons qu'un autre facteur vient s'ajouter à cette cause généralement acceptée, facteur qui fait que les primipares sont plus exposées et explique qu'il est rare qu'une femme ait deux ou plusieurs fois la septicémie puerpérale.

Nous avons montré que le lapin pouvait acquérir une immunité complète, après avoir résisté à l’ino-

ne Other

eulation de virus qui l'avait rendu plus ou moins malade.

Serait-il donc illogique que la femme, elle aussi, pût présenter une immunité acquise. M. Chauveau et moi ne le croyons pas.

Il arrive en effet fréquemment qu'après une parturition plus ou moins laborieuse, où même qui n'a rien présenté d’anormal, une femme est prise de manifestations du côté de l'abdomen, manifestations s'accompagnant d’un mauvais état général, d’élévation de la température, les symptômes peuvent être encore moins accentués. Le médecin attend anxieux et en suspens la marche de l'affection pourse prononcer. Bientôt,tout rentre dansle calme, la crainte a disparu en quelques jours; on avait déjà porté ou on était prêt à porter le diagnostic de septicémie puerpérale.

Eh bien, quant à nous, nous sommes persuadé que ces manifestations peuvent être des formes bénignes d'intoxication, néanmoins suffisantes pour procurer une immunité plus où moins complète à la femme chez laquelle elles ont apparu. Aussi, dans l’état actuel de nos connaissances en physiologie patholoeïque, nous croyons devoir attirer l'attention des médecins sur ces faits tant au point de vue de la réceptivité des primipares qu'à celui de la non récidive de intoxication puerpérale chez les femmes ayant accouché un plus où moins grand nombre de fois.

Siredey, dans son étude clinique sur les maladies puerpérales, reproche aux expérimentateurs de ne tenir compte que de l'agent morbide et de trop négli-

ger les conditions de réceptivité et de résistance inhérentes au sujet.

Nous n’encourrons pas ce reproche, car, comme lui, nous sommes persuadé qu'il faut tenir grand compte du rôle de l'organisme et que la résistance de certamssujets peut tenir en échec et même annihiler l'influence des microbes.

De même que nous avons montré que certains animaux pouvalent avoir une immunité naturelle ou acquise, de même nous croyons que des conditions identiques peuvent exister chez la femme et qu'il faudra toujours compter avec elles.

Ce fait, qu'une première mtoxication confère l'immunité à une femme, nous amène naturellement à nous demander si l’on peut espérer qu’il soit possible un jour de cammuniquer sans danger l’immunité arüficielle par linoculation préventive du virus atténué ?

Nous avions dans ce sens entrepris avec M. le professeur Arloing des recherches que le temps et des motifs indépendants de notre volonté nous ont empêchés de poursuivre et de mener à bien. Nous avons eu sur le lapin quelques résultats heureux en inoculant des virus atténués: mais ces résultats ne sont ni assez nombreux, ni assez concluants pour nous permettre de nous prononcer, d'autant qu'à côté d'eux nous avons noté de véritables insucces.

Dans l’état actuel, 1l nous reste à espérer que ces recherches seront reprises et menées à bien, aussi ne pouvous-nous que saluer l'aurore du jour où lhy-

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giène publique sera en possession d'une méthode sûre, appelée à rendre de plus en plus rare ou même à faire disparaître complètement une affection qui a fait autrefois tant de victimes parmi les nouvelles accouchées, et qui, aujourd’hui encore, malgré les progrès de la science, associe trop souvent le deuil à la joie des familles.

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