‹ Étude historique, critique et expérimentale de l'action des courants continus sur le nerf acoustique à l'état sain et à l'état pathologiqueChapitre 10 sur 43 · PARTIE EXPÉRIMENTAILE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTAILE

La méthode employée pour nos expériences est celle de Wyss Jlégérement modifiée. Cette méthode, comme nous l'avons dit dans le premier chapitre, consiste à tremper de l’ouate hydrophile dans de l’eau, puis à en faire de minces tampons en forme de clous dont on introduit la pointe au moyen de pinces, aussi profondément que possible dans le conduit auditif externe. La tête de ce clou sert à remplir la conque; mais Wyss, comme ses prédécesseurs, fermait le circuit par une électrode tenue dans la main du côté opposé; nous avons montré également, dans le Chapitre critique, les inconvénients de cette méthode. Chez tous nos sujets, nous avons cherché à diminuer, autant que possible, les courants transverses et dans ce but, l’électrode indifférente était appliquée sur ja nuque. Cette électrode se composait d'une plaque de fer blanc recouverte de peau de chamois que nous avions soin de tremper dans de l'eau chaude chaque fois que nous voulions nous en servir. L'autre électrode était formée d'un petit tampon ovoide que l'on appliquait sur l’ouate introduite tlans l'oreille.

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Les intensités employées variaient de fractions de miliampère à 6 milliampères. Jamais chez aucuu de nos sujets, nous avons pu dépasser ce maximum, car à partir de ce point, ils éprouvaient des vertiges qui les empéchaient de bien analyser leurs sensations. En même temps ils accusaient des phosphènes, des sueurs, de la salivation, du larmoiement, un goût métallique très prononcé, et surtout les douleurs éprouvées devenaient tellement fortes qu'il fallait cesser l'expérimentation.

Ces phénomènes subjectifs se rencontra‘ent d'ailleurs chez quelques sujets bien avant d'avoir atteint 6 milliampères.

Avant de rechercher l'action de l'électricité sur le nerf auditif de nos sujets, nous avions soin de les examiner au ‘point de vue de la fonction auditive. Pour cela, nous nous -servions de la montre qui normalement doit étre entendue à 1 mètre 20.

Puis venait alors la recherche des perceptions craniennes, qui consistait en l'application de la montre sur cinq points donnés. Le premier de ces points est la bosse frontale, le :second, la bosse temporale, le troisième, le tubercule zygomatique, le quatrième, la branche montante du maxillaire ‘inférieur, juste au-dessous de la conque, le cinquième enfin, l'apophyse mastoïde.

L'acuité auditive et les perceptions craniennes étant con- “nues, nous appliquions uu diapason Vertex.

Enfin, l'expérience de Rinné, dans laquelle on applique le

talon d’un diapason sur l’apophyse mastoïde, puis on présente les branches de ce même diapason à l'entrée du conduit auditif externe. Si le son est mieux perçu par le conduit auditif, le Riuné est positif ; si au contraire, c'est quand le diapason est appliqué contre l'apophyse mastoïde que l'on entend le mieux, le Rinné est négatif.

NO

Quant à l'examen électrique, le sujet étant assis, les tampons d’ouate hydrophile mouillée introduits dans les oreilles, et l’électrode indifférente appliquée sur la nuque, on approchait l'électrode active d’une des oreilles. L'intensité du courant était alors augmentée progressivement jusqu'à ce que le sujet se plaignit de douleurs trop fortes pour étre supportées. On ouvrait alors le circuit et l'on demandait au sujet s’il avait perçu quelque son et de quelle nature ils étaient. Puis on refermait avec une intensité de 6 milliampères. Renversant alors les poles au moyen du commutateur, on faisait avec le second pôle ce que l'on avait fait tout d'abord avec le premier et cela successivement pour les deux oreilles.

Comme ces expériences ont été faites sur chaque sujet et relatées dans chaque observation, nous avons abrégé de la manière suivante ;

Nous désignons l'expérience de la montre par MOD, MOG selon que c’est à l'oreille droite ou à l'oreille gauche qu’elle est appliquée, PCD, PCG pour les perceptions craniennes droite et gauche. Le diapason vertex est désigné par l'abréviation diap., ets’il est entendu d'une manière égale des deux côtés; nous mettons indifférent; MAD, MAG s'il est mieux entendu à droite ou à gauche. L'expérience de Rinné s'exprime par + ou — selon qu’elle est positive ou négative.

Pour l'examen électrique, après avoir désigné l'intensité (6 m. amp., ordinairement), nous mettons OD pour l'oreille droite, OG pour l'oreille gauche, et les signes + et — selon que c'est le pôle positif ou le négatif qui est appliqué à l'oreille.

Sur soixante-quinze observations faites sur des individus dont l'appareil de perception des sons était intact, neuf fois seulement nous avons pu obtenir des réactions électriques. Presque tous cependant entendaient un grésillement pendant

tout le temps que l'électrode était apoliquée contre l'oreille; mais si retirant cette électrode on appuyait le doigt sur le tampon d'ouate, le même grésillement se reproduisait. Nous voilà donc bien loin de la formule normale de Brenner à laquelle il voulait ramener tous ses malades et qui, pour lui, était une preuve de guérison complète.

Nous avons expérimenté également sur cinquante sujets dont la fonction auditive était plus au moins altérée. Les uns avaient l'acuité auditive diminuée, d'autres avaient les perceptions craniennes abolies en tout ou en partie; d'autres, enfin, avaient des affections aiguës de l'oreille. Sur ces cinquante expérimentations, treize fois nous avons obtenu des réactions électriques. Parmi ceux-ci se trouvaient deux ataxiques, un atteint de tumeur cérérale.

Nous avons essayé sur une autre personne atteinte aussi de tumeur cérébrale mais nous n’avons rien pu obtenir d'elle car elle avait de la paraphasie. Trois sujets étaient devenus sourds par suite de leur profession, qui les forçait à entendre continuellement le bruit du marteau battant le fer. Deux avaient eu des otites moyennes, deux des bourdonnements, un était atteint de syphilis.

Ces réactions électriques, étaient des bruits variant d’individu à individu, mais se rapprochant cependant à un certain point. Les principaux sont ceux de jet de vapeur, de sifflement, de bourdonnements d’abeilles ou de cloches, de roulements de chemins de fer, etc.

Enfin nous avons fait prendre 1 gramme de sulfate de quinine, à neufsujets et dix autres ont pris chacun 4 grammes de salicylate de soude.

Deux des sujets qui avaient pris du salicylate de soude, ont eu des bourdonnements et six d’entre-eux accusèrent des sensations subjectives (le l’ouie : Quand à ceux qui avaient

pris du sulfate de quinine, trois ressentirent des bourdonnements et on obtint chez quatre d’entre eux des réactions électriques.

Tous les auteurs qui se sont occupés de l'excitation électrique du nerf acoustique, ont cherché quelles pouvaient être les causes des bruits perçus. Les uns ont donné comme explication une action directe sur le nerf acoustique, qui réagissait sous l'influence de l'électricité de la même manière que réagissent les autres nerfs en produisant les sensations qui leur sont propres. D'autres ont invoqué une action reflexe par excitation du trijumeau. Certains ont même été jusqu’à dire que cétaient les contractions des petits muscles de l'oreille, moyenne qui étaient les causes des bruits. Comment expliquer alors la différence des bruits perçus par chacun, et surtout dans les oreilles normales pourquoi ne trouverait-on des réactions que chez environ 12 0/0 des sujets examinés ?

Or, 88 0/0 des sujets n’accusent aucune sensation et cependant grâce à la méthode de Wyss les muscles devraient réagir aussitôt que l’électrôde serait approchée du tampon. Pourtant rien ne se produit chez eux sauf toutefois ce grésillement produit par la pression de l’électrode sur le tampon d'ouate hydrophile.

Ne serait-ce pas plutôt à une congestion du labyrinthe que seraient dus les bruits ?

Si l'on prend une personne à appareil auditif normal et si on excite l'oreille pendant un certain temps, on finit par avoir des sensations subjectives de l'organe de l’ouïe qui ne se manifestent pas au début de l'expérience. Ce fait est dû certainement à une action vaso-motrice : nous entendons en effet nos oreilles tinter à la suite d’une série d'efforts violents, ou d’une station prolongée la tête en bas, qui ont par consé-

more

quent apporté un obstacle à la circulation cranienne et ont produit une congestion de la face et du crâne.

Les médicaments comme le sulfate de quinine et le salicylate de soude, congestionnent le labyrinthe et sont causes de bourdonnements.

Si dans les affections chroniques de l'oreille moyenne, l'on peut provoquer des sensations subjectives de l'organe de l'ouie, c'est comme l’a dit Politzer dans son article Ueber anastomosen Zioischen den gehasslezirken des Mittelohrs und des Labyrinths, Arch. f Ohr. vol. XI. « Que des relations vasculaires existent entre l'oreille moyenne et le labyrinthe à travers la paroi osseuse qui sépare les deux parties. » Dans les affections de l'oreille moyenne il peut donc y avoir des réactions électriques, puisque les troubles vaso-moteurs portent à la fois sur la caisse et sur le labyrinthe.

Quant au nerf, nous voyons qu'il est excitable aussitôt qu'il est modifié dans sa structure et aussi longtemps qu'il n’a pas été détruit complètement.

Nous trouvons en effet qu'aucune réaction ne se pro‘uit chez les individus dont les oreilles sont normales, sauf cependant dans 12 0/0 des cas et c'est ordinairement chez des individus nerveux chez lesquels se produisent facilement des troubles vaso moteurs qui peuvent par conséquent porter sur le nerf auditif. Il y a donc lieu d’invoquer une action réflexe non par l'intermédiaire des fibres propres du trijumeau, mais par les filets du sympathique.

Gradenigo ajoute que dans les cas de tumeur cérébrale, et d’autres affections du cerveau (méningites, tubercules, etc), les réactions électriques se produisent avec une grande fréquence. Nous n'avons pu qu'une fois contrôler la certitude de cette assertion, car l’examen de ce genre de malades est presque impossible par suite de la difficulté qu'ils éprouvent

à analyser leurs sensations et à les exprimer. Toutefois, bien que nous n’ayons qu'une expérience, nous croyons la chose vraie, mais il nous paraît qu'il se produit une hyperhémie réflexe du nerf auditif. Nous invoquons ce mode d'action, de préférence à la conductibilité plus grande des produits de nouvelle formation ainsi que le dit Gradenigo.

Katolinsky veut prouver que lorsque le nerf est détruit complètement, il n'y a plus aucune réaction. Il cite des expériences qu'il fit sur quatre-vingt-dix-neuf sourds-muets et dans lesquelles deux fois seulement, 1l obtint des réactions électriques et encore chez des sujets qui n'étaient pas complètement sourds.

Nous terminons ici cette étude déjà longue et nous laissons à d’autres le soin de rechercher si, d'aprè= les bruits entendus, il serait possible de diagnostiquer le siège et le genre de l'affection du sujet.

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