DE LA CAUSE PARTICULIERE ET PROCHAINE
: Quoique les maladies pestilentielles proviennent de la corruption de l’eau et des aliments, comme il arrive en temps de famine et de stérilité, nous croyons cependant que ces maladies sont plus dangereuses quand elles sont engendrées par la corruption de l’air. Le mauvais air, en effet, est plus pernicieux que les aliments et les boissons, parce qu’il pénètre plus rapidement, avec sa malignité, jusqu’au cœur et au poumon. Or, nous croyons que l’épidémie ou peste actuelle, provient directement de l’air corrompu dans sa substance essentielle et non point seulement dans ses qualités; c’est-à-dire que l’air, qui de sa nature est pur et clair, ne se gâte et ne se corrompt que lorsqu’il en vient, par quelque cause, à se mélanger avec de mauvaises vapeurs.
Quia igitur multi vapores corrupti a tempore predictarum conjunctionum a terra et aqua ipsarum virtute fuerunt elevati et in ipso aere sparsi, multique in aere, ex frequenti flatu ventorum meridionalium grossorum et turbidorum, propter extraneos vapores humidos, quos secum deferunt vel detulerunt, ipsum aerem in sui substantia corripuerunt : qui quidem aer sic corruptus necessario penetrans ad cor, conflatu attractus, corrumpit substantiam spiritus que est in ipso, et putrefacit quod circumdat ipsum de humiditate ; unde causatur caliditas, egressa a natura, corrumpens principium vite. Et hec est causa immediata epidimie nunc currentis.
» Insuper, isti venti méridionales in tantum apud nos multiplicati, potuerunt vel possent forsitan in futurum suo impetu vapores malos, putridos et venenosos aliunde ad nos transducere vel transduxisse : ut puta a palludibus, lacubus, profundis vallibus, nec non et mortuis corporibus non sepultis nec combustis, quod necabilius est vel erit, et sic causa epidimie fore posset ; et fortasse liujusmodi corruptio potuit vel poterit evenire, una cum causis aliis, propter putrefactiones in interioribus coartatas que quando motum terre indueunt, et de facto nuper induxe-
Or, d’abondantes vapeurs corrompues s’élevèrent de la terre et des eaux, au temps des conjonctions susdites et par leur force même se répandirent dans l’air; beaucoup s’y multiplièrent, sous l’influence des vents épais et violents soufflant fréquemment du midi, et, à cause des vapeurs humides étrangères que ces vents entraînent ou entraînèrent avec eux, elles pénétrèrent la substance intime de l’air. Cet air même ainsi corrompu, entraîné par la respiration, pénètre nécessairement au cœur ; il corrompt la nature du souffle vital qui est dans cet organe, et gâte les parties environnantes par suite de l’humidité, cause de la chaleur, qui s'échappe de la nature, et corrompt ainsi le principe même de la vie. Telle est la cause immédiate de l’épidémie qui sévit en ce moment.
En outre, ces vents méridionaux qui furent si fréquents’ parmi nous, ont pu ou pourraient peut-être dans l’avenir transporter ou avoir transporté jusqu’à nous, dans leur impétuosité, les mauvaises vapeurs, empestées et empoisonnées, d’autres contrées, comme des marais, des lacs, des vallées profondes, ainsi que des cadavres non ensevelis et non brûlés, ce qui est ou sera plus meurtrier encore ; telle pourrait être la cause de l’épidémie. Peut-être aussi cette corruption a pu ou pourra provenir, en dehors des autres causes, des décompositions amoncelées dans les couches inférieures du sol, ce qui amène parfois
runt ; et sic nocere faciunt et fecerunt, aerem et aquam putrefaciendo. Quorum omnium consteliationes predicte cause universales et remote fuisse poterunt.
CAPITULUM TERCIUM