DU PRONOSTIC ET DES SYMPTÔMES
Les changements de saisons sont très souvent une cause de maladies. Les anciens en effet, et* principalement Hippocrate, sont unanimes sur ce point ; si l’air est corrompu pendant les quatre saisons de l’année, ou si les saisons ne gardent pas, cette année-là, leur consistance, il s’engendre des pestes et des maladies mortelles.
Or, nous savons par expérience qùe, depuis longtemps, les saisons ne se sont point faites en leur temps ; l’hiver passé fut moins rigoureux qu’il n’aurait dû l’être, et fort pluvieux ; le printemps fut marqué par des vents nombreux, et des pluies sur la fin; l’été fut beaucoup moins chaud que d’ordinaire et plus humide ; les jours et les heures amenant de fortes variations de température, l’air fut souvent troublé et bientôt après éclairci ; il y eut des annonces de pluie
nus etiam multum pluviosus et nubilosus ; unde totus iste annus apud nos vel plura ejus tempora sunt et fuerunt calida et humida.
Et ideo aer est pestilentialis : aer autem calidus et humidus non in temporibus anni, sed in tempore pestilentie. Quare pestilentiara hic futuram quoniam est ex radice inferiori, maxime quia obedit male impressioni celesti, possumus universaliter formidare ; presertim quia conjunctio predicta fuit in signo occidentali. Idcirco si futura hyemps fuerit pluviosa multum, et minus debito frigida, epidimiam circa hyemis flnem, vel in tempore veris, timemus fore venturam.
Quod si fuerit longa, erit et periculosa.
Quando enim mutatio est in uno tempore, minus durare consuevit. Quando vero in pluribus temporibus, prout fuit, sicut lucide patuit, longior et periculosior rationabiliter esse debet, nisi tamen in contrarium qualitates futuri temporis permutentur. Unde si hyemps esset borealis, vel frigida et sicca, forte posset hujusmodi pestilentia retardari, quia vero diximus futuram pestilentiam fore valde periculosam, nolumus intelligere quod sit adeo periculosa sicut fuit in partibusmeridionalibus vel orientalibus. Constel-
prochaine non suivies d’effet ; l’automne aussi fut très pluvieux et nuageux ; de sorte que toute cette année, au moins dans son ensemble, fut chaude et humide.
Voilà pourquoi l’air est pestilentiel ; la chaleur et l’humidité de l’air ne sont pas celles des saisons de l’année, mais des temps d’épidémie. De sorte que nous pouvons généralement redouter les suites de cette peste parce qu’elle est d’une origine inférieure, et surtout parce qu’elle provient d’une mauvaise influence des astres, d’autant plus que la conjonction susdite eut lieu dans un signe occidental. En conséquence, si l’hiver prochain est très pluvieux et moins froid qu’il ne le faudrait, nous craignons que l’épidémie ne se produise vers la fin de l’hiver, ou dans le courant du printemps. S’il est long, l’épidémie sera aussi redoutable.
D’ordinaire en effet, quand une seule saison est bouleversée, l’épidémie a moins de durée. Mais quand ce sont toutes les saisons, comme il est clair que cela eut lieu récemment, l’épidémie doit logiquement être plus longue et plus terrible, à moins toutefois que les saisons nouvelles ne se présentent sous un aspect tout opposé. De là, si l’hiver ôtait boréal, c’est-à dire froid et sec, cette épidémie pourrait peut-être être retardée. Quand nous disons que cette peste-doit être fort dangereuse-, nous ne voulons pas entendre par là qu’elle exercera ses ravages au même degré que
lationes enim et alie cause prædicte partes illas magis quam nostras aspexerunt ; ista tamen cum indiciis astrologorum, secundnm dictum Ptholomei, inter necessarium et possibile sunt reponenda. Amplius, quia vise fuerunt exalationes et inflammationes quam plurime, veluti Draco et sidéra volantia.
Color etiam celi ictericius et aer subrubeus propter fumos adustos freqnentius solito apparuerunt; fulgura etiam et coruscationes incense multe et frequentes ; tonitrua etiam magna et venti adeo impetuosi et validi, ut pluvie multum terrenum commoverent, a partibus meridionalilbus venientes qui omnibus aliis détériorés existunt, cite putrescendi corpora magis disponentes ; presertim terre motus fortes ; et multitudo piscium, bestialium et aliorum mortuorum in littore maris necnon in pluribus partibus ; pulvere arbore cooperte; quidam etiam se vidisse fatentur ranarum et reptilium multitud.inem ex putrefactione generatorum.
Que omnia magnam in aere et terra corruptionem precedere videntur. Hec autem omnia multi sapientes quorum digna existit memoria,
dans les contrées méridionales et orientales. C’est en effet de ce côté, plus que du nôtre, que se tournèrent les constellations et autres causes susdites. Toutefois ces signes, comme ceux des astronomes, doivent être placés, d’après Ptolémée, entre l’absolu et le possible. De plus, on vit, plus que jamais, des exhalaisons et des embrasements, tels que ceux du Dragon et des étoiles volantes.
Plus fréquemment aussi que de coutume, le ciel prit une teinte jaune., et l’air une couleur rougeâtre,. par suite de l’embrasement des vapeurs ; on remarqua de nombreux et fréquents éclairs, et des lueurs enflammées ; de grands coups de tonnerre et des vents tellement puissants et violents que les pluies ébranlèrent une grande partie du sol ; elles venaient des contrées du midi qui sont les plus mauvaises entre toutes, et disposèrent ainsi les corps à une rapide putréfaction. Ajoutons surtout de forts tremblements de terre et une multitude de poissons, de bêtes et d’autres animaux dont les corps couvrirent le littoral de la mer et d’autres régions ; et les arbres couverts de poussière.; il est même des témoins qui racontent avoir vu une grande quantité de grenouilles et de reptiles sortir de cette pourriture.
Tous ces phénomènes semblent annoncer une grande corruption dans l’air et sur la terre. Or, beaucoup d’hommes sages, dont le nom est digne
certis experimentis inquirentes, predixerunt
Nimirum igitur in epidiraiam evenire futuris temporibus timeamüs. Sed hic est advertendum quod per hec que diximus, non ^ntendimus excludere egritudines que secundum presentis anni constitutionem, juxta sententiam afforismorum Ypocratis, sunt Tenture. Annus enim multorum vaporum et plurime humiditatis est plurimorum morborum.
Rursus quoque causa generationis egritudinum est passivi corporis preparatio. Unde nulla causa est nata agere sine patientis aptitudine. Diligenter est advertendum quod, licet propter necessitatem respirationis omnes periculum incident aliquarum aeris corrupti, non tain en omnes de aeris corruptione infîrmantur, sed plures qui ad hec scilicet fuerunt preparati : qui vero infîrmantur non evadunt, nisi paucissimi. Corpora autem magis preparata ad hec sive adhujus pestifere impressionis susceptionem, suntcorpora calida et humida, eo quod putridini sunt magis apta.
Corpora etiam malis humoribus repleta et opilata, quorum superfluitates non consumuntur
de mémoire, ont prédit tout cela, en s’appuyant sur des preuves certaines.
Il n’est donc point étonnant que nous redoutions l’épidémie pour l’avenir ; mais ici, il faut bien remarquer que, par ce qui précède, nous n’entendons pas exclure les maladies qui doivent arriver suivant la nature de cette présente année, d’après la sentence des aphorismes d’Hippocrate. Car une année de vapeurs abondantes et d’une excessive humidité, est aussi une année de maladies nombreuses.
Et en outre, la cause de cette production des maladies se trouve dans les dispositions impressionnables du corps. Une cause quelconque ne produit point ses effets sur un sujet, sans l’aptitude de ce sujet à les recevoir. Il faut donc bien remarquer que, malgré le danger où tout le monde se trouve, par suite de la nécessité de la respiration, d’absorber parfois de l’air corrompu, tout le monde néanmoins ne contracte pas de maladie à cause de cette corruption de l’air, mais un certain nombre seulement qui s’y trouvaient prédisposés ; quant à ceux qui sont atteints, ils ne guérissent point, sauf de rares exceptions. Or, les corps mieux préparés à recevoir les germes de l’épidémie sont les corps chauds et humides, parce qu’ils sont mieux disposés à la corruption.
Il en est de même des corps remplis et obstrués par de mauvaises humeurs, et dont la surabondance n’est pas absorbée ou expulsée comme
nec expelluntur ut posset ; malo etiam regimine utentes, ex otio coituque superfluis et balneo, ac rari et débités et mullum timentes: infantes quoque, mulieres, etjuvenes, et grossa corpora habentes, et colorem rubeum vel coleram rubeam, plus aliis sunt custodiendi. Sicca autem corpora habentes et a superfluitatibus munda, utentes bono et couvenienti regimine, tardius a pestilentia leduntur.
Amplius pretermittere nolumus, quod quando epidimia a voluntate divinaprocedit, in quo casu non est aliudeonsilium nisi quod ad ipsum humiliter recurratur, consilium tamen medici non deserendo. Altissimus enim de terra creavit medicinam ; unde sanat solus langores Deus qui de fragilitatis solo producit in largitate sua medicinam. Benedictus Deus, gloriosus et excelsus qui, auxiliari non desinens, certam curandi doctrinam timentibus explicavit.
Et hec de tertio capitulo et tota prima summa sufficiant.
elle devrait l’être ; il en est ainsi do ceux qui suivent un mauvais régime, qui abusent d’un repos et d’un coït exagérés, et des bains ; des hommes mous, faibles, et fort craintifs ; de même les enfants, les femmes, les jeunes gens, ceux qui ont le corps épais, le teint coloré, la bile rougeâtre, doivent s’observer plus que les autres. Ceux au contraire dont le corps est sec et purifié de toutes les humeurs superflues, qui suivent un bon régime, approprié à leur tempérament, sont moins vite atteints par le fléau.
Nous ne voulons pas manquer de dire que lorsque l’épidémie procède dé la volonté divine, nous n’avons alors d’autre conseil à donner que celui de recourir humblement à cette volonté même, sans négliger néanmoins les prescriptions du médecin. Car c’est le Très-Haut qui a créé la médecine sur la terre ; c’est donc Dieu seul qui guérit les maladies, lui qui, dans sa libéralité, a fait sortir la médecine de notre fragilité. Béni donc soit le Dieu glorieux et élevé qui, sans jamais cesser de nous secourir, a appris à ceux qui le craignent la science certaine de guérir.
Ceci suffit pour le troisième chapitre et pour toute la premièi’e partie.
SECUNDE SUMME SUNT