DES REMÈDES PARTICULIERS ET APPROPRIES
Parmi les médecines appropriées à la présente épidémie, dans le traitement préservatif, les unes rentrent tout à la fois dans la classe des aliments et des médicaments, comme le vinaigre, le lait aigre, l’oseille, et autres substances semblables ; d’autres, au contraire, ne sont que de la classe des médicaments, comme le bol d’Arménie, la terre sigillée, l’agaric, la thériaque, et autres semblables. Nous avons d’abord à nous occuper du vinaigre. L’usage du vinaigre dans la nourriture et la boisson, en temps d’épidémie, est une garantie contre le danger même. Il faut donc en temps de peste user de vinaigre à tous les repas, non seulement dans un but d’alimentation, mais encore à titre de médecine ; car il a cette double propriété de s’opposer à la putréfaction et à la corruption.Voilà pourquoi quelques auteurs conseillent d’assaisonner le pain avec un peu de vinaigre ; il est utile en effet de prendre le matin un morceau de pain trempé dans du vinaigre, ou dans de l’eau et du vinaigre, ou du vin et du vinaigre ; car si le vinaigre occasionne parfois
macho aflert quandoque noeumentum, corrigatur ejusmalitia cum cinnamomo vel cum aqua masticis, quod ipsius reprimit malitiam, ipsum stomachum confortando. Sed quia etiam ipsis membris pectoralibus nocet, idcirco diadragagantum penidus vel zuccarum rosarum et hujusmodi lenientia post ipsum exhibeantur, vel sit acetum passulatum. Habentes etiam peqtus debile et stomacum ipso minus utantur. Si etiam in eo radiées capparis condiantur via medicine, specialiter esset juvamentum ; et non solum acetum vini est juvamentum, verum etiam acetum mali granati^ et aqua limonum et similia.
Amplius est considerandum quod utentes grossis cibariis, et juxta malas aquas habitantes, fortes et robusti, qui vinum paucum vel nullum bibunt, quandoque alliis uti possunt et specialiter in hieme, quoniam calefaciunt humores frigidos et încidunt, grossos removent, etiam aquarum malitiam intrinsecam mundificant ; et sunt tyriaca ad omne genus veneni. Caveant tamen ab eis habentes caput debile, et délicate viventes, qui ut plurimum corporalia sustinent incommoda; quia allium omnem egritudinem commovet ad quam corpus est paratum.
un dérangement à l’estomac, cet inconvénient est évité en le corrigeant avec.de la cannelle ou de l’eau de mastic, ce qui détruit sa malice, tout en réconfortant l’estomac. Mais comme il nuit aux membres pectoraux, il faut administrer après lui un électuaire dyadragant, ou du sucre de roses, et d’autres adoucissants du même genre ou bien que le vinaigre soit étendu d’eau. De même ceux qui ont. la poitrine et l’estomac délicats, doivent en user plus modérément. S’il renfermait en outre des racines de caparis, il aurait une efficacité spéciale comme médecine. Ce n’est pas seulement le vinaigre de vin qui est utile, mais encore le vinaigre de grenades, le jus de citron et autres semblables.
Ajoutons encore cette considération £ que les hommes forts et robustes qui vivent d’une nourriture grossière, qui habitent dans le voisinage de mauvaises eaux, qui boivent peu ou point de vin, peuvent manger des aulx de temps en temps, et particulièrement pendant l’hivèr, parce qu’ils réchauffent et arrêtent les humeurs froides, dissipent les humeurs épaisses, et corrigent aussi la malice intrinsèque des eaux ; ce sont des thériaques contre toute espèce de poison. Toutefois ils doivent être évités de la part de ceux qui souffrent facilement de la tête, qui vivent délicatement, et qui, pour la plupart du temps, sont sujets à des indispositions corporelles, car l’ail développe toutes les maladies auxquelles le corps est disposé.
Amplius lac acetosum plurimum convenit specialiter in regimine curativo, et in estate : est enim frigide et sicce complexionis de quo dicit Avicenna : quod cepa minutim incisa et mane commesta, lacté sorbito, malitiam removet venenorum. Amplius acetosa confert apostematibus epidimie que subito interficiunt, morbillis atque variolis secundum omnem modum exhibitions in preservativo regimine et curativo.
De remediis aliis preservativis, que solum in genus medicamentorum ingrediuntur, quedam sunt simplicia, quedam composita. De simplicibus vero primitus est dicendum, et primo de bolo sive de luto armenico. Experimento enim habemus quod mirabiliter confert epidimie ; et plures quidem sanati sunt a pestilentia magna propter consuetudinem bibendi ipsum cum vino subtili : nunquam visus est aliquis utens ipso assidue, qui non liberaretur ad epidimia, auxilio Dei et potentia ejus ; et si bibatur in febre actuali pestilentiali cum julep et ptisana et aceto, vel cum vino subtili et aqua rosarum in mane exhibeatur ut perducat id ad cor ; et sit dosis ejus drachma una vel semis ad plus, cum uncia una boni vini.
Amplius terra sigillata in tempore pestilentiali
En outre, le lait aigre convient surtout particulièrement dans le régime curatif et pendant l’été ; car il est d’une nature froide et sèche, et telle est la doctrine d’Avicenne : un oignon coupé en petits morceaux et mangé le matin dans du lait bouilli, détruit la malice des venins. Enfin, l’oseille combat les apostèmes de l’épidémie qui amènent subitement la mort, ainsi que les éruptions et les boutons, selon toute la théorie exposée dans le traitement préservatif et curatif.
Parmi les autres remèdes préservatifs qui rentrent uniquement dans la catégorie des médicaments, les uns sont simples, les autres composés. Parlons d’abord des médicaments simples, et, en premier lieu, du bol ou terre d’Arménie. Nous savons en effet par expérience quelle est son efficacité merveilleuse contre l’épidémie, et plusieurs même ont été guéris d’une grande pestilence par leur coutume d’en boire avec du vin léger; jamais on n’a vu quelqu’un qui en faisait un usage assidu, n’être pas délivré de l’épidémie avec le secours et la puissance de Dieu. Si on en boit, dans la fièvre pestilentielle actuelle, il faut le mélanger avec du julep, de la tisane, et du vinaigre, ou le matin, avec du vin léger et de l’eau de rose, pour qu’il parvienne au cœur. La dose en sera d’un gros ou d’un demi-gros, au plus, avec une once de bon vin (1). En second lieu, la terre sigillée (ou de Lemnos) offre un grand
(1) V. la note de la page 145.
magnum prestat juvamentum ; habet enim proprietatem mirabilem letificandi et confortandi cor cum tyriacitate manifesta, propter quod cuncfcis obviât venenis, sive ante venenum, sive post, assumta; naturam enim sustinet et confortât ad ipsum expellendum. Yerum etiam quod sit proprietas illuminandi spiritus et reparandi.
Medicine vero laxative quibus debent corporapurgari non careant, ut plurimum agarico ; est enim medicina familie, mundificans ab bumoribus grossis omnia membra interiora, babens etiam proprietatem tyriacalem cum virtute confortandi cor et letificandi.
Smaragdus est etiam insignis medicina contra omne venenum.
De compositis autem medicinis ad banc intentionem est tyriaca magna post decem anros sue confectionis ; de qua, enim quindena vel mense semel dracbma una vel circiter, cum duabus unciis vini boni odoriferi, purgatione universali primitus facta, exbibeatur ; post cujus receptionem, non recipiatur cibus usque celebrata in omnibus membris digestione, cum completur in spatio novem borarum. Multum enim resistit putrefactioni in tempore epidemiali : in egris vero cum aqua buglossi. Idem etiam de metridato est dicendum.
secours en temps de peste ; car elle a la propriété admirable de réjouir et de réconforter le cœur, avec la vertu manifeste de la thériaque. C’est pourquoi elle combat tous les poisons, qu’on la prenne soit avant, soit après, car elle soutient la nature et l’aide à l’évacuation du poison. Elle a de plus la propriété d’illuminer l’esprit et de le réconforter. Quant aux médecines laxatives à l’aide desquelles il convient de purger le corps, telles que l’agaric, elles ne doivent pas faire défaut. L’agaric est une médecine familière, qui purifie tous les membres inférieurs des humeurs épaisses ; il a aussi la propriété de la thériaque, avec la vertu de réconforter le cœur et de le réjouir.
L’émeraude est aussi un remède insigne contre tout venin.
Parmi les médecines composées à cette intention, il faut signaler la grande thériaque, après dix ans de sa confection, dont il convient d’administrer, tous les quinze jours ou au moins tous les mois, un gros, ou environ, avec deux onces de bon vin aromatisé, après une purgation générale préalable. Après l’administration de ce remède, on ne doit prendre aucune nourriture, jusqu’à sa parfaite digestion dans tous les membres, digestion qui s’opère dans l’espace de neuf heures. Ce remède en effet résiste fortement à la putréfaction en temps de peste : les malades le prendront avec de l’eau de buglosse. Il faut en dire autant du métridat.
Electuarium etiam dyanthos valens contra timorosos, tristes, curiosos, debilium spirituura, cardiacis, syncopisantibus, convalescentibus subveniens, reliquias humorum nocivorum et cibi corrupti venenosi corrigens, a peste epidemiali et aere venenoso, nec non a febre corruptis préservât.
Approbantur etiam plurimum pillule de aloe, mirra et crocco. Dixerunt enim quidam antiquorum quod nunquam viderunt aliquem utentem hac medicina qui non liberaretur et preservaretur ab epidimia, et nunquam fuit inventa medicina sibi compar, nec sic laudabilis, et experta; et sit earum dosis duorum scrupulorum vel circiter drachme unius et cum vino recipiantur in sero bis vel ter in septimana ; ipsarum vero recepta in sequenti capitulo cum antidotis describetur.
Amplius syripi de succo acetose et acetositatis citri, et malorum granatorum acetosorum plurimum conveniunt in febre pestilentiali et presertim in estate venenosa.
Preterea summum studium adhibeatur in confortatione cordis et membrorum principalium, in qui bus est minera virtutum, specialiter cum cordialibus medicinis que a tota specie veneno resistunt, et odorent aromatica, in quibus sint aromaticitas et confortatio.
L’électuaire dyanthos est aussi efficace chez les hommes craintifs, tristes, inquiets, dont les esprits sont faibles ; il vient en aide aux cardiaques, à ceux qui ont des syncopes, aux convalescents ; il corrige les restes des humeurs nuisibles et le venin d’une nourriture corrompue ; il préserve de l’épidémie pestilentielle et de l'air empoisonné, ainsi que de la fièvre propagée par la corruption.
On approuve aussi beaucoup les pilules d’aloës, de myrrhe et de safran.
Au dire même des anciens, on n’avait jamais vu une personne faisant usage de cette médecine ne pas être délivrée ou préservée de la peste ; jamais on n’inventa une médecine qui pût lui être comparée, ni aussi merveilleuse et d’une efficacité aussi éprouvée. La dose doit être de deux scrupules ou d’environ un gros et il faut la prendre le soir dans du vin, deux ou trois fois la semaine. La recette en sera donnée au chapitre suivant, avec les antidotes. En outre, les sirops de suc d’acétose, ou de jus de citron, ou de grenades acides, conviennent beaucoup en temps de fièvre pestilentielle, et surtout pendant un été malsain.
De plus, il faut apporter le plus grand soin à réconforter le cœur et les membres principaux dans lesquels est la mine des forces, particulièrement à l’aide de médecines cordiales qui résistent à toute espèce de poison ; il faut faire usage de
Preservari igitur volentes odorent in estate aromatica frigida, ut rosas, sandalos, nenufar acetum, aquam rosarum, trociscos de camphora cum quibus etiam cor epithemetur, et pomum frigidum.
In hyeme vero aromatica calida, ut lignum aloes, ambram, galliam muscatam, pomum ambre et similia, etutantur electuariis cordialibus et trociscis quorum omnium descriptiones in sequenti capitulo apparebunt.
Habeant insuper potentes vestes scallatas, vel sericas, et camisie eorum cum aromaticis conserventur.
Amplius iter agentes per aerem nubilosum et fetidum, quanto minus poterunt de aere attrabant, meatusque aeris quanto plus poterunt, obturant. Poma etiam odorifera artificialiter composita secum déférant, sine quibus nec medieus nec alius ad infirmos de hujusmodi pestilentiali morbo accedere présumât ullo modo.
Est etiam summo opéré observandum ut sani ab omnibus egritudinibus malum odorem habentibus elongentur ; sunt enim hujusmodi morbi contagiosi ; ex attractione enim aeris corrupti et venenosi* ab infirmis respiratij inficiunt assis-
parfums aromatiques dans lesquels il y ait de l’arome et du fortifiant. Ceux donc qui veulent se préserver respireront, pendant l’été, des aromates froids, comme des roses, du santal, du nénuphar, du vinaigre, de l’eau de roses, des trochisques de camphre avec lesquels aussi le cœur est réconforté et des pommes froides.
En hiver, on respirera des aromates chauds, tels que le bois d’aloès, l’ambre, la noix muscade, la pomme d’ambre et autres semblables, et on se servira d’électuaires cordiaux et de trochisques, dont les descriptions se trouveront au chapitre suivant.
Ceux qui le pourront devront avoir, de plus, des vêtements de drap ou de soie, et leurs chemises seront conservées avec des aromates.
Quant à ceux qui voyagent par un temps nuageux et fétide, ils devront aspirer le moins d’air qu’il leur sera possible, en faisant tous leurs ef forts pour voiler les conduits de la respiration. Ils auront soin aussi de porter avec eux des pommes aromatiques artificielles, sans lesquelles ni médecin, ni personne ne doit jamais avoir la témérité d’approcher des malades atteints de cette peste.
Il faut aussi prêter une grande attention à ce que ceux qui sont sains soient éloignés de toutes les maladies qui répandent une mauvaise odeur ; parce que ces maladies sont contagieuses ; l’infection de l’air corrompu et empoisonné* exhalé
tentes. Exinde est quod moriuntur omnes ut plurimum de eadem domo et maxime illi qui sunt de genere infirmorum vel qui eis sunt affines ; taies enim magis eis assistunt. Fugiant igitur ab eis, quia ex hoc pluresmortis pèriculum incurrerunt.
Et hic finem imponimus de remediis universalibus et appropriatis.