TROISIÈME ET DERNIER CHAPITRE DES ANTIDOTES
Parmi les antidotes que nous avons à décrire, les uns se font sous forme de pilules, d’autres sous forme de trochisques ; d’autres enfin affectent l’aspect de pommes et d’électuaires.
Yoici la formule des pilules adoptées par les anciens en vue de se préserver de l’épidémie :
Prenez: aloès socotrin, une once (32grammes), myrrhe, safran de l’Orient, de chacune de ces substances une demi-once. Faites un mélange avec du suc de mélisse, de buglosse, ou du vinaigre. On pourrait augmenter ou diminuer cette composition, selon la complexiondes sujets et la diversité
(1) Notre ami, M. Nieot, pharmacien à Paris, nous a aidé de Ses conseils pour la traduction de ce chapitre.
naturarum diversitates quod sagacitatibus particulariter operantium relinquatur.
Descriptio trociscorum aerem rectificantium, si in ignem mittantur : Recipe : bedellii clari, seminis nasturcii, albi storacis, croci bisantini, asari, iliuris, ligni aloes indi, ana drachmas très, campliore semis-drachmam, lapidis semunciam ; terantur cnm aqua rosarum, conficiantur et fiant trocisci ad quantitatem ayellane, de quibus nnus vel duo in ignem mittantur.
Descriptio trociscorum de camphora qui per os possunt assumi : Recipe : foliorum rosmarini se munciam, spodii, drachmas duas, sandali citrini,drachmas duas et dimidiam., croci drachmam unam liquiricie drachmas duas, ligni aloes. cardamoni, amidi, camphore, ana scrupula duo; zuccari albi drachmas très ; conficiantur cum muscillaginibus psillii et aqua rosarum.
Alii trocisci per os sumendi. Recipe : cynamomi* gariofili, spice hardi, ligni aloes, masticis, gallie moschate, cardamomi majoris, corticis citrij omnium ana pondus unius aurei,musci grana X; ex hiis omnibus cum vino bene redolente cons-
des tempéraments ; mais cette particularité relève de la sagacité des praticiens.
Recette de trochisques purifiant l’air par la combustion :
Prenez : gomme claire, semences de cresson, storax b’anc, safran byzantin, asaret, encens, bois d’aloès d’Inde, de chacune de ces substances, trois gros (douze grammes) ; camphre, un demigros ; pierre, une demi-once ; triturez ces substances avec de l’eau de roses ; confectionnez des trochisques de la grosseur d’une noisette. Jetez-en un ou deux dans le feu.
Formule de trochisques de camphre qui peuvent être avalés prenez : feuilles de romarin, une demi-once, spode (1), deux gros; santal citrin, deux gros et demi; safran,un gros ; réglisse, deux gros; bois d’aloès, cardamome, amidon, camphre, de chacune de ces substances, deux scrupules ; sucre blanc, trois gros ; préparez avec un mucilage de psyllium dans de l’eau de roses.
Autres trochisques pour l’usage interne. Prenez: cannelle, girofle, épi de nard, bois d’aloès, mastic, noix muscades, grand cardamome, écorce de citron, de chacune de ces substances, le poids d’un écu d’or (2), musc dix grains (cinquante centigrammes) ; arrosez le tout avec
(1) Spode, spodium, dugrec ctjcoBos cendre. Sous cette dénomination les anciens désignaient l’oxyde de zinc impur obtenu par calcination, et la cendre résultant de l’ivoire brûlé. Ici c’est évidemment de la cendre d’ivoire dont il s’agit, l’autre substance pourrait être arsénicale et partant vénéneuse.
(2) Au temps de Domitien, 17 grammes 59 centigr.
persis, fiant trocisci. Isti recepte addantur pro juvenibus et colericis aliqua frigida confortantia sicutsandalum album et rubeum, cum aliquibus sefrigidis minibus, et tollantur médicamenta calida.
Alii trocisci pro feminis. Recipe : seminis citruli, seminis cucumeris, endivie, lactuce, portulace, rosarum, sandalorum, aides, omnium ana partes equales ; cassiafistule pondus trium granorum ordei pro dracbma una et semis predictorum et fiant trocisci cum succo malorum maciavorum ; dosis ipsorum sit drachme uni us cum vino malorum granatorum acetosorum, ter vel quater in septimana, vel plus yel minus, secundum quod videbitur medico expedire, et administretur in mane.
Descriptio pomi ambre. Pro Rege et pro Regina fiat de ambra sola pura et optima ; ipsa enim habet vehementem proprietatem letificandi et confortandi simul, et est ad hoc potentior propter fortitudinem sue aromaticitatis, et ideo est confortativa substantie cujuslibet, spiritus et membrorum principalium, et multiplicativa ipsius. Quia cum ambra est res cara, ideo, potest componi illud pomum satis conveniens et minus carum, cujus descriptio sequitur : Recipe : lapidis purissimi, uncias duas ; storacis calamite, gummi arabici, mirre, thuris, aloes, ana drachmas très, rosa-
du vin aromatique et préparez vos trochisques. A ces substances ajoutez pour les jeunes gens et les bilieux quelques toniques froids comme le santal blanc et rouge, avec quelques semences froides; supprimez les médicaments chauds.
Autres trochisques pour les femmes. Prenez :
semences de citrouille, de concombre, endive, laitue, pourpier, roses, santal, aloès, tout cela en parties égales; cassiaflstule,lepoidsde troisgrains d’orge et un gros et demi de chacune des substances précédentes.Faites des trochisques avec dusued’orange et de pommes maciaines ; le médicament se prendra à la dose d’un gros dans du vin de grenades aigre, trois ou quatre fois par semaine ; on en usera plus ou moins, selon la prescription du médecin, et cela le matin.
Recette de la pomme d’ambre. Pour le : Roi et pour la Reine, que ce soit de l’ambre absolument pur et de première qualité ; l’ambre possède à un haut degré la propriété de réjouir les sens et de tonifier le corps ; il doit cette qualité à la puissance de son arôme. Aussi, il réconforte tous les tempéraments, est favorable à la respiration, aux principaux organes; il multiplie,pour ainsi dire, la vitalité. L’ambre coûtant cher, on peut composer une pomme ou pilule assez efficace et moins chère ; en voici la formule. Prenez : une pierre très pure de deux onces; storax calamite, gomme arabique, myrrhe, encens, aloès, de chacune de ces substances trois gros ;
mm rubearum electarum drac hmam unam sandalorum,mnsci drachma duas,nucis moscbate, gariofyllorum, macis ana drachmam unam, been, utriusque blacte bisantine, karabe, calami aromatici, seminis basilicis, majorane, satureie, menthe sicce, radicis gariofilli, ana semis drachmam, spice nardi scrupulum unum, cynamomi., galange, cardamomi majoris, ana semis drachmam ; ligni aloes, semunciam; ambre, drachmam unam ; musci drachmam unam et semis, camphore semis scrupulum ; olei nardi, olei mus-, catellini ana quod satis et adde modicum cere albe.
Item alia descriptio : Recipe : confectionis alipte moschate galle ana unciam unam pulveris olibani, mente sicce, calamite aromatice, radicis gariofylle, zedoarii, ozimi, majorane, satureie, ana semis drachmam, ligni aloes pondus granorum quatuor ; conflciantur cum oleis predictis et aqua:
roses rouges choisies, un gros; santal, musc, deux gros ; noix muscade, girofle,, macis, de chacune de ces substances, un gros; noix de ben, coquille supérieure et inférieure d’huître byzantine, karabé (1), calame aromatique, semences de basilic, marjolaine, sarriette, men;he sèche, racine de giroflier, de chacune de ces substances un demi-gros ; épi de nard un scrupule (13 décigrammes); cannelle, garingal, grand cardamome, de chacune de ces substances, un demigros ; boi s d'aloès une demi-once ; ambre, un gros ; musc, un gros et demi ; camphre, un demi-scrupule ; huile de nard, huile (2) de muscatelline,. une quantité suffisante pour parfumer ; ajoutez-y un petit fragment de cire blanche.
Autre formule de la même préparation. Prenez : confection aromatique (3), noix muscade, de chacune de ces substances une once ; oliban pulvérisé, menthe sèche, calamite aromatique, racine de girofle, zédoaire, basilic, marjolaine, sarriette, de chacune de ces substances un demi-gros; bois d’aloès, quatre grains; tout cela doit être préparé avec les essences ci-dessus et de l’eau de roses. Cette
(1) Karabé, ambre jaune, succin, résine fossile et non pas écrevisse comme le dit SI. Michon dans sa thèse, p. 68. Karabé est un mot persan qui signifie tire-paille: on sait que l’ambre attire les corps légers ; ce mot n’a rien de commun avec carabus, nom latin du crabe ou de l’écrevisse de mer. L’ècrevisse d’eau douce est l’astacus pluviatilis ; les anciens l’ont appelée cancer.
(2) Il s’agit de l’huile volatile, essentielle; adoxa moschatellina, musc végétal.
(3) Donfectio alipta, du grec i'Xst--ïjptov unetorium, électuaire.
rosarum ; vel fiat sola ex confectionibus aliptu et gallie moschate cum musco.
Item alia descriptio pomi odoriferi quam ponit Joannes Mesue, et valet in febre adurente et syncopali et pestilentiali, cujus permixtio est talis : Recipe : faufellis, sandali rubei et albi, ana partes equales; rosarum partes duas; camphore partem semis ; boli armenici partes quatuor ; omnia prêter camplioram terantur subtilissime, et cribellentur, et agitentur, conterendo cum aqua rosarum per ebdomadam unam ; demum misce cum eis camplioram, et fiant inde sicut poma cum glutino gummi arabici et aqua rosarum. Conserventur autem, ne tollatur virtus eorum,in vase vitreo ; et liniatur sepe cum aqua rosarum, permixtionis campliore et sandali, muscate. Possent tamen huic recepte addi aliqua calida odorifera de illis que posita sunt in descriptionibus prioribus pro illis qui essent sub latitudine sanitatis ad preservandum.
Descriptio electuarii cordialis quod préservât ab aere venenoso, et a febre, et apostematibus pestilentialibus, cujus permixtio est : Recipe : cynamomi, alith, draclimam unam, et semis, ligni aloes indi, florum anthos, cubebe piperis longi, zuccari albi, ana scrupula duo ; nucis moschate, gariofillorum, galange, been, utriusque veronici,
recette peut être préparée seulement avec la confection aromatique de noix muscade et de musc.
Il y a une autre formule de pomme aromatique fournie par Jean Mesué (1); elle est utilisée dans la fièvre ardente syncopale et pestilentielle. La mixture est ainsi composée : prenez : poivre noir, santal rouge et blanc ; de chacune de ces substances, des parties égales ; roses, deux parties; camphre, une demi-partie; bol d’Arménie, quatre parties. Le tout, sauf le camphre, doit être trituré très finement, tamisé, agité, broyé avec de l’eau de rose pendant une semaine; enfin on y ajoutera du camphre ; on en fera des pommes avec une pâte de gomme arabique à Teau de rose. On conserve ce médicament, pour qu’il ne perde pas son efficacité, dans un bocal de verre ; on additionne le mélange, à maintes reprises, d’eau de rose, de camphre, de santal, de muscade. On pourrait ajouter à cette recette les substances aromatiques chaudes, qui ont été indiquées dans les formules précédentes ; elle deviendrait ainsi d'un usage prophylactique.
La formule deTélectuaire cordial quipréservede l’air vicié, de la fièvre et des apostèmes pestilentiels est ainsi conçue : prenez : cannelle, alipte, un gros et demi ; bois d’aloès indien, fleurs d’aloès, poivre long de cubèbe, sucre blanc, de chacune de ces substances deux scrupules ; noix muscades, girofle, garingal, ben, deux espèces de véronique,
(i) Médecin arabe, mort en 855.
cardamomi majoris, ana semis drachmarn ; spice nardi, folioram zedoarii, croci orientalis, seminis basiliconis, mellisse, mente sicce, ana, scrupulnm unum ; omnium margaritarum, iacintorum, smaragdi, coralli rubei, carabe, ana semis sera- ~ pulum ; rosarum rubearum electarum, omnium sandalorum, ossis de cornu cervicis, spodii, limature eboris, ana semis draebmam ; seminis accedule, quatuor seminum frigidorum Indie, seminis citroniorum, ana scrupulum unum; serici tincti, in kermes minutim incisi, scrupulum unum; ambre grisie, semis drachmarn; musci, scrupu- ' lum unum; camphore, grana vi ; pinearum, modice flsticorum passularum enucleatorum, ana drachmarn unam et semis; conserve rosarum, conserve cicomorum, conserve buglossi ana semunciam, conserve citri minutim incise, unciasduas; zuccare, camphore, ana, libre duo conficiantur cum aqua rosarum et buglossi, et cooperiatur tota massa cum foliis auri puri.
Item alia permixtio electuarii cordialis : Recipe : dyarrhodon abbatis confecti cum camphora, drachmas duas, pulveris letitie Galeni, pulveris dyamargariti, ana, drachmarn unam et semis; pulveris cum musco, pulveris dyanthi cum musco, ana drachmarn unam ; pulveris
grand cardamome, de chacune de ces substances, un demi-gros; épi de nard, feuilles de zédoaire, safran d’Orient, semences de basilic, mélisse, menthe sèche, de chacune de ces substances, un scrupule; perles diverses, jaconces, émeraude, corail rouge, karabé, un demi-scrupule ; roses rouges choisies, les santals, corne de cerf, spode, ivoire râpé, de chacune de ces substances, un demi-gros ; semence acidulée, les quatre semences froides de l’Inde, semences de citron, de chacune de ces substances, un scrupule ; soie teinte coupée en menus morceaux dans du kermès, un scrupule; ambre gris, un demi-gros ; musc, un scrupule ; camphre, six grains ; pommes de pin, quelques grappes de Astiques ou raisins secs dépouillés de leur noyau, de chacune de ces substances, un gros et demi; conserve de roses, conserve de fruits de sycomore, conserve de buglosse, de chacune de ces substances, une demi-once; conserve de citron incisé, deux onces ; sucre, camphre, de chacune de ces substances* deux livres ; préparez avec de l’eau de roses et de buglosse, couvrez la masse entière avec des feuilles d’or pur.
Yoici un autre mélange d’électuaire cordial : Prenez : conserve de roses d’abbaye préparée avec du camphre, deux gros; poudre joyeuse de Galien, poudre de perles, de chacune de ces substances, un gros et demi ; poudre musquée, poudre d’œillet avec du musc, de chacune de ces
dyadraganti frigidi, pulveris triasandali, ana drachmam unam et semis ; et fiat electuàrium cum conservis et aquis predictis, et cum succo camphore. Et hec de antidotis in summa sufficiant.
Cetera vero que circa curam actualem morbi contingere possunt, industrie relinquimus particulariter operantium medicorum, finem huic operi imponentes, cujus compilationem felicitare dignetur ille qui est Deus benedictus, de tliesauris sue largitatis cuncta felicitans.
EXLPLICIT COMPENDIUM de epidimia parisius COMPILATUM, ANNO 1348 , MENSE OCTOBRIS.
substances un gros ; poudre dyadragante froide, poudre des trois santals, de chacune de ces substances un gros,et demi. Faites un électuaire avec les conserves et les eaux ci-dessus et avec du suc de camphre.
Ces détails relatifs aux antidotes suffisent en général.
Quant aux autres points qui peuvent intéresser les soins actuels de l’épidémie, nous les laissons à la sagacité des médecins praticiens, et nous terminons ici cette œuvre pour la compilation de laquelle il convient de remercier Dieu très bon qui prodigue à tous les trésors de ses largesses.