Œuvres complètes, t. !•', p. 92 et suiv
6. Voir ce même récit dans une lettre à M. de la Rivière. (Œuvres complètes, 1. 1«^ p. 424.)
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secrettes, desquelles il faisait rougir et paslir chacun.» « Les filles de la maison Tenquirent combien Tivrait le Roy et de sa mort; il leur marqua trois ans et demi, le carrosse, la ville, la mê et. trois coups de couteau dans le cœur. Nous avons déjà cité le passage où il leur prédit tout ce que . fait aujourd'hui le Roy Louys, comme les combats maritimes de la Rochelle, son siège, son desmantellement et les mines du Parti, etc., etc. » D'Aubigné avait fait défense à ses enfants et domestiques d'interroger le Muet sur Ta* venir, ot ceux-ci naturellement ne faisaient pas autre chose. Quoique le père leur donnât l'exemple de la réserve, ses ennemis ne manquaient pas d'attribuer aux révélations du Muet les salutaires avis que d'Aubigné puisait dans « son employ aux affaires et sa longue expérience. » Ces étranges et sinistres prédictions arrivaient nécessairement aux oreilles du maître . et pouvaient aider aux leçons de son expérience. Sans avoir la prétention d'expliquer ce mystère, disons qu'on se heurte à l'insondable, aussitôt que la raison délaisse l'ordre des phénomènes naturels.
Nous ne reprocherons pas à l'écrivain d'enregistrer certains faits invraisemblables dont il a été le témoin, et en quelque sorte la victime. Sa bonne foi est évidente, lorsqu'il nous raconte que « un soir lui arriva chose qui sera attestée par six ou sept hommes d'honneur encore vivants: c'est qu'estant couché sur la paillasse, en achevant sa prière, il récent trois coups d'une large main, comme il jugeoit au sentiment, ces trois coups bien distinguez, si resonnants que toute la compagnie à la lueur d'un grand feu eut les yeux fichez sur lui, dés le premier coup... Sur les mesmes mots, (de la prière recommencée) il receut trois autres coups plus grands
que les premiers, aux yeux de tous* ...» Le même soir, le capitaine d'Aubîgné, son cadet, venait d'être tué. «Les diverses interprétations, il les garde pour les familières instructions de sa maison. » Bien qu'il ait oublié de les fournir, au moins dans sa Vie, nous pouvons conjecturer que d'Aubigné, qui croit au surnaturel, ne fut pas éloigné de voir là un avertissement céleste un peu rude du deuil qui le frappait. Dans une imagination vive, après une pénible journée, pendant un sommeil âévreuz, le rêve se confond avec la veille, Thallucination avec la réalité ; le souvenir ne les distingue plus et, après l'événement, tout se transforme en pTessentiment.
Ces hommes, intrépides en présence d'un danger réel et devant la mort, demeurent déconcertés et rôveurs devant des apparitipns qui feraient de nos jours sourire un enfant. A Moncontour, raconte Thistorien, le vieux juge du lieu, grand vieillard « en vêtement sale et tout plumeux, » arrête le roi pour lui faire un long discours rempli de prédictions sinistres. Henri promit de ne point oublier la harangue, et d'Aubigné en est tellement frappé, qu'il lui consacre deux colonnes de son Histoire '.
Ce qui étonne, c'est que d' Aubigné, qui fait profession «d'ester ces bigotteries de son livre, ne recevant pour prodiges que ce qui l'est à bon escient, » qui se pique de distinguer entre les phénomènes naturels intéressant l'histoire, et les relations ci des augures et prodiges, desquels plusieurs historiens fleurissent, w ne fasse pas difficulté de recueîRir lui-même de toutes mains