‹ Étude historique et littéraire sur Agrippa d'AubignéChapitre 76 sur 200 · Histoire universelle, t. II, col · texte numérisé non relu

Histoire universelle, t. II, col

SUR TH.*A6RIPPA d'aUBIGNÉ. 9o

BuBsi : « Ainsi mourut Bussi, homme sans ame, ayant un grand esprit, tant aux choses qu'aux langues, un courage desmesuré, mais qu'il employoit plus à mordre les chiens de sa meute que sur les loups ; tellement qu'un hon capitaine Teust désiré chez ses ennemis ^ »

D'Âubigné a aussi des réticences trop claires, des discrétions par trop indiscrètes. Il se retient « d'apposer un tableau publié de son temps pour montrer la haine que Monsieur (frère du roi) avait acquise, de crainte qu'on le prenne pour certilicateur des enormitez*. » Si l'historien se croit de bonne foi discret et réservé à l'égard de ce prince, a qui mourut ayant autant d'ennemis que de cognpissans, » il oublie nous avoir révélé, à la page précédente, qu'à la cour, « par le bruit de ses vices, il se voyoit toutes les dames ennemies. » On se demande quel trait peut bien manquer au ta^ bleau • I

3. Monsieur A exercé la verve railleuse de rhistorien comme celle du poète. Tantôt il nous le montre « se sauvant sur un courtaut, ayant vestu, avant que partir, le mesme pourpoint qu^il avoit sur lui le jour que La Mole fut décapité, et disant à ceux de sa suite qu'if le porteroit encores un jour de bataille pour gage d'une grande vengeance. Nous lairrons là La Mole bien vengé, ajoute-t-il, pour mener Monsieur jusques à Romorantin. » Quelques lignes plus loin, le même personnage écrit aux Rochellois pour les connrmer dans leurs privilèges « sans ouUier de leur demander un peu d'argent. » ÇSistoire universelle^ t. !•', col. 762.) Ce sont là des traits délicats gui n'appuient pas trop et sont dans le meilleur ton de l'histoire, à égale distance de la sécheresse et de la déclamation.

CHAPITHE m

VANITÉ DE D'AUBIGNÉy VABIATIONS APPABENTES DB SES JUGEMENTS.

Nous ii*ayôn8 pas réroqué en doute la sincérité de rhistorien. Qn'il se boitie, suivant son plan, à l'exposition des ifaits, ou qu'il s'échappe en réflexions d'une concision expressive, il a trop sous les' yeux, en écrivant, la Postérité, à laquelle il dédie fièrement son œuvre, pour n'avoir pas repoussé de toutes ses forces l'esprit de parti, les basses suggestions, les rancunes personnelles. Son énergique volonté pour y parvenir n'est pas contestable. Y a-t-il toujours réussi? Et d'abord l'amottr-propre, la jactance ne sont-ils pas la source d'une inévitable partialité, puisque ces défauts faussent le point de vue^ en grossissant notre mérite, en diminuant celui d'autrui, en nous portant à pallier nos erreurs, à exagérer celles du prochain? L'Imprimeur défend son auteur contre ses rivaux, qui ont dit assez mécbammept que <k VHistoire est vrayement sienne, pour ce qu'elle est de lui principalement. » « Je respons, apologue de mon Mœcene, qu*ayant commencé son premier siège dans Orléans (1 562) et pourtant esté soldat 54 ans, capitaine 50, maistre de camp 44 et mareschal de camp 32 années, à compter dès l'an i616,

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date de la première impression, il auroit esté trop lasche ou trop malheureux, s'il n'avoit à respondre eu son nom de plusieurs exploicts ; je dis en son nom, pour ce que là où il a peu le taire sous quelque qualité, comme à'Escuyer du Aot, Enseigne ou Lieutenant de eon^pagnie^ ou sous le mot vag^ue de Quelqu'un^ et cela aux plus hasardeux traits de sa jeunesse, il a laissé cette connoissance à ses plus proches et familiers, la desrobant au reste de ses lecteurs ; ce que, où il a eu tiltre de chef, et s'est trouvé responsable des gestions, il n'a peu ni deu faire, et ne Tavoulu aux négociations qui cèdent aux coups d'espee en vanité. On lui avoit demandé permission de noter les endroits où il a desguiséson nom par sa marque qui est un aleph (*/•)> il la refusa, en quoi on lui a désobéi, à la seconde édition, presque par tout. Je l'ai pourtant ouy defFendant les Commentaires de Gœsar et ceux de Monluc, alléguant que le plaisir de dire est juste après la peine et le péril des actions, et que la modestie d'un courtisan pesant et froid est ordinairement secouée par la teste gaillarde d'un soldat. Il ac^oustoit, qu'estre exact à conter ses actions estoît vanité ; n'oser produire son nom, une immodeste modestie, et une trop vaine et lasche discrétion ^. » Est-il besoin d'ajouter que si Vlmprimeur tient la plume, c'est V Auteur qui dicte 7 Son style le trahit assez. Oui, nous partageons son avis sur la fausse modestie, pire qu'un peu de vanité souvent légitime ou excusable. Depuis le combat de la Roche- Abeille* jusqu'à l'entrée du Béarnais dans

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