‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 110 sur 188 · Impôts · texte numérisé non relu

Impôts

C'est ici, sur la question financière, que se concentrent toute l'attention des habitants de Douillet, leurs critiques les plus graves et leurs protestations les plus énergiques. Tout d'abord, écrivent-ils dans leur préambule : « Nous habitants soussignés, nous faisant fort pour ceux qui ne scavent signer, » déclarons à toutes les assemblées qui doivent se faire pour les États généraux, » que depuis très longtemps nous avons souffert des vexations à raison de difl'é- » rents impôts dont on nous a surchargés, ce qui réduit la majeure partie d'entre » nous à la mandicité et le reste à peu de choses. Tout le monde sçait jusqu'à » quel point la taille a été portée, surtout dans les campagnes. Elle a monté si » haut que les ministres, ne pouvant plus l'augmenter, nous ont fait porter une » augmentation considérable sous la dénomination de second brevet , qu'on a » changé de nom depuis peu d'années en celui d'accessoires ; cela n'a pas empêché » la capitation, que MM. les Intendants augmentent sans que nous en sachions les » raisons ; d'ailleurs cette taille est repartie à la volonté des collecteurs, ce qui » occasionne tous les ans des vengeances entre les membres de la société, et qui » détruit la bonne intelligence si nécessaire en toutes communautés, puisque » sans elle, il n'y a ni bon ordre, ny justice, ny salut ».

Pour obvier aux souffrances actuelles des susdites impositions, les habitants de Douillet demandent : que les seigneui's, les ecclésiastiques et autres privilégiés soient soumis à la taille ; que l'on établisse des contrôles afin que chacun puisse savoir ce qu'il doit ; que les honoraires des intendants soient diminués ; que les

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receveurs des tailles « soient retranchés de nombre et ne retiennent pas tant de » deniers devers eux pour leur commission » ; que l'on fasse même passer directement à l'État la i-ecette des impôts par les cavaliers de la maréchaussée, « qui » deviendraient par ce moyen plus utiles à la nation », sans prendre les détours de receveurs à receveurs, de receveurs aux intendants, « dans les mains desquels » il en reste beaucoup, ce qui altère la nation et les intérêts de Sa Majesté » ; enfin ils demandent que les effets morts des contribuables insolvables soient enlevés sans frais, puis vendus également sans û-ais par les soins de la municipalité, et les deniers remis aux collecteurs jusqu'à concurrence seulement de ce que doit le débiteur.

Les habitants de Douilbt réclament ensuite la suppression des vingtièmes, « qui mettent chaque propriétaire, après avoir payé ses impôts, dans le cas de » n'être pas même l'honnête fermier de son bien » ; ou au moins, à défaut de suppression, que la répartition soit faite par la municipalité comme celle de la taille et non plus par les intendants.

Les doléances ne sont pas moins vives en ce qui concerne les impôts indirects. « On nous fait supporter, dit le Caliier, un impôt que le Roy lui-même » appelle désastreux ; c'est le sel dont beaucoup de malheureux sont obligés de » se priver, attendu qu'ils n'ont pas de quoy le payer. Pour que le Roy trouve » également le produit de ses salines, il ne s'agit que de rendre le sel marchand » à la sortie des salines royales, que le prix en soit payé sur les dittes salines, et » porté dans les coffres de l'État directement » ; c'est-à-dire que les habitants de Douillet demandent énergiquement la suppression de tous les fonctionnaii-es de la gabelle, directeurs, contrôleurs, receveurs, magistrats des greniers à sel. En effet ils détestent cordialement les rjaheloux, comme toutes les populations du Bas-Maine, et c'est une douce vengeance pour eux d'appeler sur leurs têtes les représailles des États généraux. Toutefois, s'ils sont sans pitié pour ceux « qui ont » eu des cent, cinquante, vingt-cinq, dix, cinq mille hvres pour leur commission » et qui par conséquent ont de quoy vivre, s'ils n'ont pas été des dissipateurs », ils montrent quelques sentiments de charité « à l'égard de ceux qui ont eu très- » peu d'appointements », et consentent à ce qu'il soit accordé à ces derniers, en les remerciant, la moitié de leur solde.

De même ils consentent au maintien de l'impôt sur le tabac, à la condition qu'il soit désormais de meilleure qualité et que les petits revendeurs de chaque village puissent faire librement leur choix dans les magasins de l'État, « ce qui » occasionnerait beaucoup de personnes qui ont laissé l'usage du tabac à le » reprendre, et donnerait une grande améUoration pour l'État ».

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