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I. — ÉTUDE THÉORIQUE

Dans le volume que nous avons publié, Étude théorique des Alliages métalliques, nous avons toujours cilé comme exemples les alliages de fer et de carbone.

Nous ne pouvons que reproduire ici le résumé que nous avons fait des principales recherches effectuées sur ce sujet, en développant certains points sur lesquels nous n'avions peut-être pas assez insisté ou certains travaux qui viennent seulement de paraître, notamment ceux de M. Bénédicks et du Physical Laboratory, de Londres.

Courbes de fusibilité et de refroidissement. — Tschernoffest le premier qui ait signalé l'existence de températures apportant des transformations dans l'acier. Il assimilait l'acier liquide à une solution saturée de selscristallisables et était conduit à considérer quatre températures intéressantes : le point de fusion; une seconde température qui en est assez voisine et au-dessus de laquelle l'acier est brillé ; un troisième point important, qui est celui auquel l'acier passe de l'état cristallin à l'état amorphe et qui correspond au rouge vif; enfin, le quatrième point, lequel se trouve au rouge sombre, est la tempe-

rature minimum à laquelle Tncier doit être porté pour prendre la trempe1.

Telle est, très brièvement résumée, la théorie de Tschcrnoff émise en 1868 et publiée, en France, en 1876.

En 1885, parut l'important mémoire de MM. Osmond et Werlh sur la théorie cellulaire des aciers, qui apportait beaucoup plus de netteté dans cette question si importante de la constitution de ces produits. MM. Osmond et Werth donnent d'abord la notion de la cellule, constituée par un noyau de fer doux enveloppé d'un ciment, qui est une combinaison de carbone et de fer1.

Ce sont ces cellules, dites simples, dont la juxtaposition va former les cellules dites composées, qui auront en quelque sorte comme caractéristique de n'être enveloppées que de quantité fort minime de ciment, et ce sont ces dernières qui, ne possédant pas ou peu de ciment, vont déterminer les points de faible résistance dans le métal brut de coulée.

Mais on pourra faire disparaître la plus grande partie de ces cellules en travaillant l'acier par forgeage, laminage, tréfilage, etc., à une température convenable, température à laquelle le ciment sera devenu pâteux.

Là n'est pas le seul fait intéressant de la théorie cellulaire, il en est deux autres d'une importance beaucoup plus grande. Le premier réside dans la dissociation ou dissolution dans le fer du ciment, c'est-à-dire du carbure de fer, à une certaine température. Au-dessus de cette température, le carbone sera dissous dans le fer.

De ce fait, on peut conclure qu'à celte température le métal sera beaucoup plus homogène, et, si Ton veut bien se rappeler que l'effet de la trempe2 est de maintenir l'acier, tout au moins en partie, à l'état sous lequel il se trouvait au moment où il a été brusquement refroidi, on comprendra que la trempe rend le métal très homogène.

i. La même année, Brinell a publié, dans le Stahl und Eisen, une étude intéressante sur les transformations des aciers.

2. 11 faut, comme nous lavons déjà dit, entendre par trempe d'un métal le traitement qui consiste a porter le métal a une température assez élevée (750* à

Mais il y a plus : si Ton considère un acier refroidi lentement, on peut en isoler, par des réactifs appropriés, des lamelles qui correspondent à la formule Fe3C et on pourra voir que. dans un tel acier, la plus grande partie du carbone, si ce n'est la totalité, est, sous cet état, dit carbone combiné.

Si Ton trempe un acier chauffé au rouge cerise dans l'eau à environ +15°, on s'aperçoit que Ton ne peut plus déceler le carbure de fer; tout le carbone est à un état spécial uniformément réparti dans la masse; nous sommes en présence du carbone de trempe.

Faraday fut le premier à constater cet état spécial du carbone dans les acierstrempés. Caron le précisa en montrant que l'acier trempé se dissout entièrement dans l'acide chlorhydrique dilué et froid, tandis que, dans les mêmes conditions, l'acier recuit abandonne un résidu noirâtre que Ton a ultérieurement reconnu pour être le carbure de fer Fe;*C.

De plus, M. Hogg d'abord1, MM. Osmond etWerth,M. Garnot ensuite montrèrent qu'en attaquant, par l'acide azotique de concentration moyenne, suivant la méthode indiquée par Eggertzpour le dosage du carbone dans les produits sidérurgiques un acier* trempé et un acier recuit, on obtenait des colorations d'une intensité très différente, celle-ci étant singulièrement faible dans le cas d'un acier trempé.

Cela semblait indiquer, d'ores et déjà, que le fer passait d'un premier état K un autre, sous lequel il était plus dur. On avait ainsi défini deux états du fer: l'état a, stable à température ordinaire ; l'état 3, stable à température élevée et caractéristique des aciers trempés.

Tel était, après i'im portant mémoire de MM. Osmond et Werth , l'état de la question. Nous exposerons maintenant les progrès effectués par la théorie dans la voie tracée par ces savants ; à cet effet nous étudierons tout d'abord les différents états allo-

800* pour les aciers à outils) et à le refroidir brusquement en plongeant dans un tain (eau, huiles, acide sulfurique, eau phéniquée, mercure, plomb fondu) à température relativement basse. Le terme d'atelier prendre la trempe signifie que le métal durcit tout au moins superficiellement. 1. Chemical Sews, t. XLII, p. 131 ; 1880.

tropiques du fer, puis les phénomènes de la recalescence.

1° États allotropiques du fer. — Le fer semble exister sous trois états allotropiques différents ; ceci découle des différents travaux qui ont été faits successivement, par MM. Pionchon, Osmond, Henry Le Chatelier et Roberts-Àusten.

Les trois états allotropiques sous lesquels le fer est susceptible de se présenter ont été désignés, par M. Osmond, par les lettres a, 0, y.

Voici d'abord les conclusions auxquelles ont conduit ces travaux; nous étudierons ensuite les diverses expériences qui les ont amenées.

Au-dessous de 740°, le fer est à l'état a ;

Entre 740° et 860°, il est à l'état g ;

Au-dessus de 860°, il est à l'état y.

Empressons-nous d'ajouter qu'un quatrième et même un cinquième état du fer seraient possibles. En effet M. Bail semble avoir observé une transformation h 1.300°, laquelle a été vérifiée par M. Curie. D'autre part, Roberts-\usten a annoncé un autre changement à 600°, lequel a bien été retrouvé pat* le Physical Laboratory de Londres.

Laissons de côté, pour le moment, ces deux points et considérons seulement les trois états du fer a, £, 7.

Suivant la notation de M. Osmond, nous appellerons : A2 (nous verrons plus loin pourquoi A>etnon A,) le point de 740% A3 le point de 860°.

Comment a-t-on été conduit à admettre ces trois états allotropiques du fer?

1° Si Ton examine les propriétés magnétiques du fer pur que Ton chauffe, on voit que ces propriétés s'atténuent considérablement à 740° (M. Curie, thèse de doctorat);

2° Si l'on suit la variation de résistance électrique d'un fer pur dont on élève peu à peu la température, on note que, tandis que cette résistance s'est décuplée quand la température a passé dcO h 860°, elle reste sensiblement constante à cette température ;

3° Si l'on prend un morceau de fer ot que Ton étudie sa

courbe de refroidissement, on notera des dégagements de chaleur, c'est-à-dire un ralentissement dans le refroidissement, aux températures d'environ 740° et 860°.

Si, comme Ta fait M. Osmond, on prend, pour tracer la courbe de refroidissement, comme abscisses, les températures, et comme ordonnées le nombre de secondes que met l'indice du galvanomètre pour baisser d'une division de la règle graduée, on obtient la courbe de la figure 43 (C = 0,020).

Celte courbe prouve que, pour baisser d'un degré dans les environs de 860°, il a fallu plus longtemps qu'à un autre moment et, par conséquent, qu'il y a eu un ralentissement dans le refroidissement.

II en est de même à 740°, bien que le ralentissement soit beaucoup moins accentué.

Enfin nous devons noter un très léger renflement h 680°, cette température correspondant au point A,, dont nous verrons 'importance tout à l'heure.

4* L'étude des chaleurs spécifiques du fer aux différentes températures, qui a été faite par M. Pionchon (thèse de doctorat, 1886), présente des anomalies qui se traduisent par des absorptions de chaleur à peu près aux températures indiquées.

H semble donc que le fer existe bien sous trois élats.

MM. Osmond et Gartaud (Annales des Mines, 1900) ont préparé du fer sous ces états différents en réduisant le chlorure ferreux par l'hydrogène (méthode de Péligot) ou par le zinc (méthode de Pommarède). Us sont arrivés aux conclusions suivantes :

Le fer à ses trois états cristallise dans le système cubique;

Le fer £ et y cristallisent identiquement ;

Le fer g ne se mélange pas isomorphiquement avec le fer a.

Il est juste d'ajouter que M.. Le Chatelier n'est pas d'accord avec M. Osmond sur le système cristallin du fer y. M. Le Chatelier pense que la forme vraie est celle d'un rhomboèdre très voisin du cube. Faisons, de plus, remarquer que l'on n'a pas encore isolé le fer g à l'état pur, qu'on ne l'a jamais obtenu que mélangé de certaines quantités de fer a.

Quelles sont les caractéristiques importantes du fer sous ces trois états allotropiques ?

Le fer a est magnétique; le fer g et le fer «f ne le sont pas. Le fer a et le fer g ne dissolvent pas le carbone; le fer y est susceptible de le dissoudre.

Ce sont là les caractéristiques les plus importantes en dehors de la résistance électrique, de la malléabilité, etc., que nous

étudions plus loin en détail.

2° Influence du carbone sur les points de transformation. — Supposons, avec M. Osraond, que nous prenions des aciers contenant de plus en plus de carbone et que nous en étudiions les courbes de refroidissement. Pour un acier doux (C = 0,140 0/0), la courbe présentera trois points singuliers indiquant les ralentissements :

A3 vers 820°; A2 vers 720°; A4 vers 650°.

En outre, nous remarquerons que le ralentissement qui a eu lieu vers 820° n'est plus, comme dans le cas du fer pur, indiqué par un point, mais bien par un palier.

Pour un acier mi-dur (G = 0,450 0/0), un ralentissement progressif a lieu à 695° et comprend les points A3 et A?. La station est au point Ai vers 650°.

Pour un acier dur (C = 1,240 0/0), il n'y a plus qu'une longue station A;„ Ao, Ai, à 680° environ.

Laissons de côté pour le moment le point A,, sur lequel nous

tempersturee

Fie. 43. — Points de transformation dans les alliages fer-carbone.

insisterons ultérieurement, et notons qu'en ajoutant du carbone à du fer pur, nous. arrivons à faire disparaître petit à petit le point A3 et que le point A2 ne disparaît que si Ton en ajoute beaucoup plus.

Or il est entendu que le point A3 correspond au dégagement de chaleur qui a lieu lorsque le fer passe de l'état y à l'état g.

On voit que, si on ajoute un peu de carbone, cette transformation subsiste; mais, d'une part, la température à laquelle se fait cette transformation est plus basse; d'autre part, réchauffement est moindre.

Prenons un acier contenant, par exemple, 0,200 0/0 de C; supposons-le à l'état liquide et voyons ce qui va se passer lorsqu'il va se solidifier. Lorsque nous avions du fer pur, ce fer, après s'être solidifié, se trouvait à l'état y, tant que la température était supérieure à 860°; puis, il était à l'état 0 entre 860° et 750° et au-dessous à l'état a.

L'acier à 0,200 0/0 de C, après s'être solidifié, aura son carbone dissous dans le fer y jusqu'à une température un peu plus basse que 860°, jusqu'à 830° environ, d'après les indications données par la courbe de refroidissement. A celte température, le fer va commencer à passer à l'état g.

Comme le fer g ne dissout pas le carbone, le fer y qui reste encore va s'enrichir en carbone, de telle sorte que l'on aura toujours du fer y, ce dernier ayant dissous le carbone.

Plus la température baissera, plus il y aura de fer g à se

déposer et, par conséquent, plus le fer y s'enrichira en carbone.

Puis on atteindra la température de 750°, et alors le fer g se

transformera subitement et entièrement en fer a.

On aura alors : fer a + fer y + carbone dissous dans ce fer.

L'expérience montre que, pour une teneur de carbone de

0,350 0/0, le point À3 disparaît complètement comme point

indépendant.

Onadmettraqu'alorsleferpassedirectementdel'étatyàrétata. Donc, si Ton envisage cet acier à0,3500/0 de carbone après solidification, il sera formé de fer y + carbone dissous tant que

la température, sera supérieure à 750*; au dessous il sera formé de fer a -f- fer y ayant dissous le carbone, la richesse en carbone de ce fer étant de 0,850.

En résumé, à 750°, tous les alliages contenant entre *0 à 0,350 0/0 de C sont formés de fer a -+- fer 7 ayant dissous 0,350 0/0 de C.

Il y a, de plus, un point très important à remarquer, c'est

que le fer 0, ne contenant pas de carbone, passera entièrement à la forme a, lorsque Ton arriver Ï+C dissous) vera à 750°; donc la

température à laquelle le

g fer g se transforme en

^7?9SS^S^^^^^jp fer a est constante, quelle

que soit la teneur en carbone pour les aciers o'.2o 035 '* carbone% qui contiennent du fer £.

Fio. 44. — Diagramme des points Si on laisse refroidir

de transformation des alliages fer-carbone. . , .^„ 1

au-dessous de /o0° le mélange qui est formé de : fer a + fer y 4- carbone dissous dans ce fer y, il abandonne de nouveau du fer a et la teneur en carbone des cristaux mixtes augmente jusqu'à ce qu'elle ait atteint 0,850 0/0. Alors se fait une nouvelle transformation que nous allons étudier. Mais, avant, envisageons le cas d'un acier renfermant entre 0,350 et 0,850 0/0 de carbone1.

Cet acier liquide va, quand la température s'abaisse, se solidifier, puis il sera formé de fer y ayant dissous tout le carbone, jusqu'à ce qu'il atteigne une.cerlaine température à laquelle ce fer y va se transformer en partie en fer a; enfin, au-dessous de ce point, on aura du fer « + des cristaux mixtes : fer y H- carbone dissous.

En réunissant les divers points de celte transformation pour les aciers à diverses teneurs, on a le diagramme (fig. 44) qui

1. La verticale du point F correspond à 0,850 0/0 de carbone.

constitue Tune des parties les plus intéressantes du diagramme de Roozeboom sur lequel nous aurons à revenir.

On a donc quatre zones :

La première donne pour les aciers la composition : fer v -fcarbone dissous.

La deuxième donne pour les aciers la composition : fer (3 4cristaux mixtes (fer v 4- C).

La troisième donne pour les aciers la composition : fer a + cristaux mixtes (fer v -j- C);

La quatrième zone correspond à un nouveau phénomène que nous allons étudier.

En résumé, BE est le lieu des points A3; CE est celui des points Ao; EF, celui des points A3, Ao; DF, celui des points A,; et enfin FFt celui des points A3, Ao .A,.

3° Phénomène de la recalescence, carbure de fer, cëmejttite. — En étudiant les courbes de refroidissement des aciers à différentes teneurs de carbone, nous avons noté un point vers 030°, caractérisé par un échauffement important, d'autant plus important'que la teneur en carbone est plus élevée.

Ce point, dans la notation de M. Osmonri, est désigné par Ai ; le phénomène de grand retard au refroidissement pour les aciers est connu depuis fort longtemps ; ce retard au refroidissement s'accuse même par une élévation de température.

Des observations ont été faites par Gore et Barrett sur un acier dur, qu'ils ont chauffé petit à petit jusqu'au rouge vif. A une certaine température, on a remarqué un ralentissement très brusque dans la dilatation et, d'autre part, l'éclat du métal diminuait subitement. Si, au lieu d'observer ces faits h réchauffement, on les observe au refroidissement, c'est-à-dire sur une barre qui a été portée à 900° environ et qu'on laisse refroidir lentement, on observe les phénomènes inverses, c'està-dire une augmentation subite de la dilatation et d * l'éclat.

Ces phénomènes sont beaucoup plus sensibles au refroidissement qu'à réchauffement parce qu'ils sont beaucoup plus

brusques1; il arrive môme que la contraction et la chule de température peuvent être momentanément renversées : c'est l'augmentation d'éclat qui a fait donner h ce phénomène le nom de recalescence. Nous avons vu que, dans l'étude du refroidissement des aciers d'après la méthode de M. Osmond, ce phénomène est fortement accusé dans les courbes. Mais, suivant que Ton observe le phénomène au refroidissement ou à réchauffement, on ne retrouve pas . tout à fait la môme température. Malgré cela le phénomène est bien le môme. En effet MM. Osmond, Howe et Brinell n'ont jamais pu obtenir la recalescence au refroidissement, s'ils ne l'avaient pas obtenue auparavant à réchauffement.

De plus, M. Osmond a montré que la température à laquelle se produisait le phénomène de la recalescence à réchauffement est d'autant plus basse que la vitesse d'échauffement est plus lente et, dans les mômes conditions, d'autant plus élevée au refroidissement.

Si donc on soumet une barre d'acier à un échauffement aussi lent que possible, on arrivera à avoir les températures de la recalescence à réchauffement et au refroidissement très voisines, h 710° dans l'échelle des températures où le point de fusion de l'or est de 1.04502.

Qu'est-ce donc que le phénomène de la recalescence?

On sait depuis quelques années que le fer et le carbone peuvent se combiner pour donner un carbure de fer Fe3C que l'on a nommé cémentite, parce que, comme nous le verrons, il prend naissance en quantités notables dans une cémentation suffisamment profonde.

Cette cémentite est obtenue, comme nous l'avons indiqué, par traitement des aciers recuits ou des fontes blanches par les acides.

D'autre part, Margueritte a isolé ce carbure de fer Fe3C en

1. M. H. Le Chatelier, État actuel des théories de la trempe de Vacier (Revue générale des Sciences, 15 janvier 1891).

2. M. H. Le Chatelier, Revue générale des Sciences, 15 janvier 1897.

chauffant au rouge naissant de l'oxyde de fer très divisé dans l'oxyde de carbone.

Enfin, on peut l'obtenir dans des conditions qui ont été déterminées par M. Moissan, au moyen du four électrique. Mais il n'est pas possible d'avoir directement ce carbure en mettant le fer fondu en présence de carbone; ceci s'explique aisément par sa dissociation. 11 est, au contraire, très facile d'obtenir, dans les circonstances analogues, le carbure de manganèse Mn3C, ainsi que Ta démontré Hautefeuille.

L'existence de cette cémentite ne saurait donc être mise en doute. Parmi les propriétés de ce composé, la plus intéressante est, sans nul doute, la suivante : chauffé à 700°, il se dissocie en fer et carbone. Ceci explique pourquoi il n'est pas possible de le préparer par fusion du fer en présence du carbone.

D'autre part, on voit que la température à laquelle a lieu cette dissociation correspond justement au point Ai.

Prenons un acier à une certaine teneur en carbone, inférieure à 0,850 0/0. A la température ordinaire, cet acier sera formé de fer a et de cémentite. Cette cémentite ne sera pas dissoute puisque le fer a ne dissout ni carbone, ni carbure. On verra ultérieurement qu'elle forme avec le fer a un eutectique semblable au cryohydrate. Elevons la température : lorsque nous atteindrons environ 710°, la cémentite va se dissocier en fer et en carbone. Une partie du fer passe à l'état y et va dissoudre le carbone ; l'autre partie du fer reste à l'état a. Et ce sera le carbone provenant de la dissociation de la cémentite qui créera lui-même le fer y nécessaire pour le dissoudre '. On sait déjà ce qui se passe aux températures supérieures.

En résumé, le point Ai correspond à la dissociation de la cémentite. Il sera évidemment d'autant plus accentué dans la courbe de refroidissement que cette matière sera en plus grande abondance et, par conséquent, que la teneur en carbone sera

1. M. Osmond nous donnait, à ce sujet, un exemple très saisissant et faisant bien comprendre ce qui se passe ici : lorsqu'on ajoute du sel marin à de la glace. il se produit la quantité d'eau liquide nécessaire pour dissoudre ce chlorure de sodium.

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Fi i. 4">. — Diagramme de Roozeboom avec le« déterminations de Garpenter et Keeling.

plus élevée. Cette transformation n'est pas instantanée, bien entendu. Elle commence à une certaine température, passe par un point où la vitesse de refroidissement est maximum et finit à une autre température.

L'intervalle qui sépare les deux températures extrêmes entre lesquelles le phénomène se passe est dit intervalle critique.

Nous avons déjà indiqué une partie du diagramme de Roozeboom. Il nous est nécessaire d'entrer dans quelques détails complémentaires. La figure 45 représente le diagramme complet.

Les droites AB et BD représentent les points de fusion commençant; les droites ka et «BC, les points de fusion finissant.

La droite SK représente le phénomène de la recalescence. Au dessous, les aciers renfermant entre 0,850 et 6,600 0/0 de carbone sont formés de perlite et de cementite; ceux qui contiennent plus de 6,6000/0 de carbone, de cementite et de graphite. Nous savons c<* qu'il en est pour les aciers hypoeutectoïdes.

La courbe SE indique la température à laquelle il faut tremper les aciers renfermant plus de 0,850 de carbone pour amener tout le carbone en solution et faire disparaître la cementite. Au-dessus de la ligne EH et au-dessous de la ligne ac, on obtient un mélange martensite-graphite.

Cette question si importante des points de solidification et de transformation des alliages fer-carbone vient d'être reprise tout dernièrement par MM. Carpenter et Keeling, qui ont fait au National Physical Laboratory des déterminations d'une précision remarquable (Iron and Steel Inslitute, mai 1904).

Les résultats obtenus sont reproduits dans la figure 45.

La courbe moyenne de ues résultats est tracée en trait discontinu.

Le diagramme de Roozeboom est en trait plein.

Les principales modifications apportées à ce diagramme sont les suivantes :

1° Le point de fusion du fer est à 1.505°;

2° AB est une ligne légèrement courbée, un peu convexe vers le haut ;

3° aB n'est pas une ligne horizontale, mais s'élève de a vers B ;

4° SE peut être représenté aussi bien par une ligne droite que par une courbe ;

5° PK n'est pas une ligne droite, mais s'élève de P vers K.

Il faut surtout noter :

1° Une petite transformation thermique à environ 790° pour les alliages d'une teneur en carbone de 0,8 à 4,5;

2° Un changement thermique lent à environ 600° trouvé sur tous les aciers. C'est le point découvert par Roberts-Austen.

Le premier de ces points est tout à fait nouveau. Il est à espérer qu'une connaissance plus approfondie de l'équilibre des diverses phases des aciers fer-carbone permettra de l'expliquer.

Métallographie (Album de Micrographie, PI. I à IX). — Les constituants actuellement admis pour les aciers au carbone sont1 :

La ferrite ou fer pur ;

La cémentite ou carbure de fer Fe3C ;

La perlite, qui est Teutectique ferrite-cémentite et qui doit son nom à ce que, vu en lumière oblique, ce constituant a l'aspect nacré de la perle ;

L& martensite, dédiée par M. Osmond au professeur Martens.

Ce n'est pas un composé défini ; c'est une solution de carbone dans le fer; le carbone peut y être en plus ou moins grande quantité. En France, on a nommé longtemps hardenite la martensite saturée de carbone. Mais ce nom a été réservé depuis à la martensite correspondant à l'acier eutectique;

Vattstenite dédiée à Roberts-Austen ;

La troostite, du nom de M. Troost, professeur honoraire en Sorbonne ;

La sorbite, dédiée à Sorby, le premier savant qui ait songé à la métallographie ;

1. Nous sommes particulièrement heureux de signaler qu'au dernier meeting de ïlrond and Steel Instituée MM. Arnold et Williams, de Sheffield, deux des rares carbonistes existant encore, ont reconnu, mais sans l'avouer, la théorie allotropique et l'existence des constituants des aciers trempés.

Le graphite, qui se dépose lorsque les produits sont fortement carbures.

Ferrite (Album, PI. II, Phot. 5). — La ferrite apparaît en grains polyédriques par une attaque à la teinture d'iode, à l'acide picrique, etc.

Les grains sont souvent colorés ; ils sont formés d'autant de cristaux cubiques qui se sont développés autour de centres indépendants et ont été limités par des facettes plus ou moins planes (Andrews et Stead).

On applique le nom de ferrile au fer renfermant certains produits, tels que le nickel, le silicium, qui forment avec lui des solutions solides ou des mélanges isooiorphes.

Ce point a été bien spécifié dans la Nomenclature officiellement établie par la commission nommée par le bureau de Tlron and Steel Institute, sur l'initiative de M. Stead, et à laquelle nous empruntons de nombreuses définitions1.

Dans un important mémoire (Revue de Métallurgie, mars 1904), M. KourbatofT indique que l'acide azotique à 4 0/0 dans l'alcool amylique permet de distinguer dans les aciers extradoux les produits fragiles des produits non fragiles; dans les premiers, le contour des grains de la ferrite est très net ; de plus, il paraît y avoir deux constituants. Ce dernier point mérite confirmation2.

Cémentite (Album, PI. III à VI, Phot. 12 à 23). — La cémentite constitue le plus dur constituant de la fonte et de l'acier recuit; elle apparaît, par conséquent, par polissage en bas-relief. Elle ne se colore pas, lorsqu'on l'attaque à l'acide azotique dilué, l'iode, l'acide picrique, etc.

M. Sauveur distingue entre ce qu'il nomme la cémentite de ségrégation et la cémentite libre. La première est un des constituants de la perlite, la seconde est indépendante. La commission nommée par l'Iron and Steel Institute proposa justement d'éliminer le mot impropre de ségrégation et de

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