‹ Étude médico-légale sur l'avortement (volume 3)Chapitre 10 sur 32 · C5 OO · texte numérisé non relu

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CONSlDÉllATlOiNS GÉNÉRALES.

Les trois tableaux qui précèdent méritent certainement d'ctre étudiés et renferment dans leurs colonnes plus d'un utile enseignement. Je vais me borner à signaler les principaux.

Dans l'espace de vingt-six années, on voit que 1,985 cadavres de fœtus et d'enfants nouveau-nés ont été déposés à la Morsue : dans ce nombre 887 étaient à terme, 1 ,098 n'avaient pas atteint le terme de neuf mois ; mais ce qui a pour nous plus d'importance, c'est que sur les 1,098 fœtus avant terme, 825, c'est-à-dire plus des 4/5"', n'avaient pasdépassé le 6' mois de la vie intra-utérine. Il est bien permis de faire remarquer que c'est dans ce nombre que doivent se trouver la plupart des avorlements. Mais, pour les constater, le simple examen du fœtus est si souvent insuffisant qu'il n'y a pas lieu de s'étonner que des 288 autopsies pratiquées sur des fœtus, (>9 seulement aient donné des indices d'avortement provoqué. Il faut, dans tous les cas, se bien garder de rien conclure de Ci chiffre relativement à la fréquence du crime dont le nombvfi total des fœtus reçus à la Morgue, 1,100 en vingtsix ans, Dcrmet, à lui seul, de se faire une idée beaucoup plus exacte.

Si maintenant on compare entre elles les trois périodes (jue séparent des mesures administratives qui ont eu pour effet de restreindre l'admission des enfants à l'hospice, et de rendre plus sévère la vérification des décès, et par suite la perception de la taxe d'inhumation, on remarque un accroissement notable pour les dix-sept dernières années dans le chiffre des fœtus exposés : 399 de 1846 à 1854 et 404 de 1855 à 1862, contre 295 de 1836 à 1845. Si la constatation des crimes d'avortement ne suit pas cette progression, 10 seulement dans la seconde période alors que la première en comprenait 17, la raison en est dans la diminution considérable des autopsies ordonnées par le parquet de 1842 à 1858; I fquilibre se rétablit dons les cinq dernières années qui don-

TABDIEU, AVORX. 2

18 ÉTUUE MÉDICO-LÉGALE SUH l'aVOUTEMEM-.

lient à elles seules 35 avortements constatés. Il faut noter, en effet, que, de 1836 à 1845, 92 autopsies étaient pratiquées sur un total de 295 fœtus, et que, pour les neuf années suivantes, sur un total de 399, 47 seulement étaient soumis ;i l'autopsie cadavérique, tandis qu'enfin dans la dernière période sur 404 fœtus le nombre des autopsies s'élevait à 149. Il y a là certainement une différence dont on doit tenir compte.

Le résultat capital est donc, en définitive, dans le chiffrt! des fœtus de moins de six mois reçus à la Morgue, 1,098 eu vingt-six ans, sur un total de 1,985 fœtus ou nouveau-nés.

Du reste, ce n'est pas seulement à Paris que le crime d'avortement se multiplie d'une manière déplorable. Dans une seule session, en septembre 1856, la cour d'assises de la Drômc statuait sur une aiïaire dans laquelle 52 accusés comparaissaient comme auteurs ou complices de nombreux avortements commis dans quelques communes limitrophes de ce département. On sait que dans certains pays l'avortement est prali- (jué d'une manière presque publique, sans parler de l'Orient oii il est pour ainsi dire entré dans les mœurs ; on le voit en Amérique, dans une grande cité comme New- York, constituer une industrie véritable et non poursuivie qui a enrichi plus d'une sage-femme. Le chiffre des décès d' enfants mort-nés et expulsés avant terme, qui s'y est considérablement accru depuis cinquante ans, en est une preuve. Pour une population de 76,770 âmes en 1805, on ne comptait que 47 enfants mort-nés; en 1849, pour une population de 450,000, le nombre des enfants mort-nés s'est élevé à 1 ,520, c'est-à-dire que pour une population qui a sextuplé , le nombre des enfants mort-nés et des naissances prématurées est devenu trentesept fois plus considérable. Le rapport a été :

»;0i\SlDÉlUT10.NS CiÉISÉllALli::.

En 1805, de 1 décès mort-né sur 1612,12 liabitaiils. En 1815, de 1 décès mort-né sm- 980,46 — En 1825, de 1 décès mort-né sur 680,08 — En 1835, de 1 décès mort-né sur 566,88 — En 1845, de 1 décès mort-né sur 584,68 — En 1849, de 1 décès mort-né sur 540,90 —

Sans iloulc des causes diverses ont contribue à ce résultat, mais il est permis d'affirmer que l'avortemeiit y entre pour une grande part.

II. Me Tépoque de la grossesse et de Vàgc de la vie au^< «luels a lieu le plus souvent Tavortement criminel.

11 serait, sans doute, intéressant à plus d un titre de connaître dans quelles conditions sociales se trouvent les femmes qui cèdent à la suggestion criminelle qui les conduit à Tavortement ; les faits que recueille la statistique judiciaire, pas plus que ceux que possède la science, ne peuvent éclairer ce côté de la question. Trop de faits restent dans l'ombre pour que l'on puisse rien déduire à cet égard du petit nombre de ceux qui n'échappent pas à la justice liumaine. C'est là d'ailleurs un point qu'il ne m'appartient pas de creuser davantage. Je me bornerai à donner à titre de simple renseignement, et comme se rapportant plus directement à la nature même de mes recherches, l'indication de Tâge des femmes qui se sont soumises à l'avorlemenl dans les cas que nous avons cités. Il ne faut pas, sans doute, attacher plus d'importance qu'il n'en mérite à ce renseignement que tant de circonstances peuvent faire varier. Je ferai donc simplement remarquer que le plus grand nombre des femmes accusées d'avortement étaient âgées de vingt à vingt-cinq ans. La plupart ^ont de jeunes filles conduites au crime par la honte ; mais il n'est pas sans exemple de rencontrer des femmes mariées que la cupide avarice ou la dépravation d'un mari on qu'une terreur pusillanime

ÉTUDE .MÉDICO-LÉGALli SUll l'aVORTEMEM'.

des douleurs de i'enl'antement contraignent à subir l'avortcment.

Une question plus importante pour le médecin légiste est celle de l'époque à laquelle a lieu le plus souvent l'expulsion provoquée du produit de la conception. Les auteurs l'ont compris, et je dois signaler les résultats de leurs observations sur ce point. Orfîla fixe cette époque à l'issue des deux premiers niois ; M. Devergie de 3 mois à 4 mois 1/2. MiM. Briand et Chaudé admettent que l'avortement a lieu du S*" au mois, (it à ce dernier terme plutôt encore que dans les deux premiers mois de la grossesse. Les observations que j'ai rassemblées sont à peu près conformes à cette dernière proposition. Sur 71 cas d'avorlement criminel avéré où ce renseignement a pu être obtenu j'en ai trouvé :

24 dans les trois premiers mois al mois l/!2 '2

— 3 8 o'i lie 5 il G mois. .\ . . . 4 !)

— 5 17 1 T) seulement après le 0° mois à 6 10

TOTAI 71

Il est permis de faire observer que ce résultat est tout à fait en rapport avec les données physiologiques; la femme, avani d'en venir à cette extrémité coupable, ne doit-elle pas altendrc une certitude qu'elle ne peut guère avoir avant le troisième mois ; et, d'une autre part, ne trouve-t-elle pas vers le cinquième mois, dans les mouvements de son enfant, un frein moral bien fait pour l'ai rêter?

CONSIDÉRATIONS GÉNÉn.\T-ES.

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