XII. De l'aTortement simulé
Je terminerai cette étude de l'avortement par le récit d'un fait qui, à ma connaissance, est jusqu'ici unique dans lés annales de la médecine légale, et qui montre quels problèmes inattendus peuvent surgir dans la pratique de cette partie de notre art, avec quelles difficultés imprévues l'expert peut se trouver aux prises. En effet, si une chose pouvait à bon droit rester en dehors des prévisions du médecin légiste, comme elle l'est de tous les livres et de tous les recueils spéciaux, c'est la simulation de l'avortement, c'est-à-dire la participation feinte d'une femme à un acte dont son aveu
(1) DuUeUn de i' Académie de médecine, t. XXVIII, p. 70.
DE l'aVORTEMENT SIMULÉ. 07
iiieiisonger la faisait complice en l'exposant à une peine inlamante.
Ce fait inouï s'est pourtant présenté au mois de septembre 1857, àMelun, et je m'empresse de dire qu'il a fourni à M. le docteur Saint-Yves, médecin légiste aussi honorable qu'éclairé, que j'ai eu l'honneur d'assister dans cette circonstance, l'occasion de déployer la plus rare sagacité en soupçonnant la fraude là où il était si difficile de la croire mi seul instant possible.
Une sage-femme de la ville voulant, par le plus odieux calcul, se débarrasser de la concurrence d'une nouvelle venue, imagina de la dénoncer comme coupable d'avortement sur la personne d'une ancienne servante, qui ne craignit pas de s'associer à cette infâme machination dans laquelle un long service chez un médecin la mettait plus qu'une autre en état déjouer son rôle.
Voici la fable imaginée sans doute en commun et racontée avec une rare impudence et non sans une réelle habileté par la femme qui se serait soumise aux manœuvres abortives. Elle avait vu ses règles manquer trois fois, et à la quatrième époque, paraître moins abondantes que de coutume. Ne sachant si elle est enceinte, elle va consulter la sage-femme (qu'elle accuse aujourd'hui), à qui elle ne dit pas qu'elle a vu deux jours auparavant, et qui, sans lui demander où elle en est de ses époques menstruelles, la touche, lui dit qu'elle ne sait pas si c'est un amas de sang, et, séance tenante, la femme étant debout, lui introduit une sonde. Elle dit n'avoir rien senti : il ne coule rien. Ceci se passait le 6 septembre, à neuf heures du soir. Le lendemain, à sept heures du soir, de l'eau s'écoule, des douleurs et des coUques surviennent pendant la nuit. Une voisine dépose qu'elle Ta vue se tordre et grincer des dents. ]}f^. surlendemain elle se lève, niais elle est reprise de douleurs et rend du sang pur, liquide, puis un peu plus tard un caillot qu'elle dit gros comme deux
TARDIEU, AVOUT. 7
98 ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SUIl l'a VOUTEMENT.
doigts et recouvert d'.une peau blanclie. Elle s'écrie : « La malheureuse m'aura blessée! » et fait alors appeler pour la secourir une autre sage-femme, sa complice, celle dont elle veut servir la passion intéressée. Celle-ci, de son côté, déclare qu'à ce moment elle la trouve se tordant, se cramponnant, ayant des poussements comme une femme qui va accoucher. Elle la touche et prétend aussi trouver dans le vagin un petit caillot de sang et une dilatation de l'orifice utérin de soixante millimètres. Le lendemain, examinant le vase de nuit, la sage-femme dit y avoir vu nageant au milieu du sang un morceau de placenta long comme la paume de la main. Le même jour, elle recueille encore un lambeau de chair qu'elle porte le soir à M. Saint-Yves qui croit bien avoir reconnu un fragment de rate de mouton. Cependant, continuant leur triste jeu, quatre jours après la prétendue opération, les deux coupables simulent des accidents plus sérieux que la sage-femme décrit en ces termes : « Comme il y avait toujours des poussements, des maux de reins et une légère évacuation sanguine, je jUgeai à propos de faire des tamponnements, » et plus tard, les maux de reins et les poussements continuant, elle crut devoir aider la nature en administrant deux grammes d'ergot de seigle.
Cependant, M. le docteur Saint-Yves, à la solUcitation de la sage-femme qui espérait l'entraîner dans le piège et appuyer de cette autorité son accusation mensongère, était allée vers le cinquième ou sixième jour visiter la femme accouchée. Il ne fut pas peu surpris de la trouver sans fièvre, sans altération des traits du visage. Le ventre était volumineux, mais ne présentait pas la plus petite trace d'une éraillure récente. La sensibilité prétendue de la fosse iliaque n'empêchait pas d'exercer sur ce point une forte pression, surtout quand l'attention de la femme était distraite. Il n'y avait ni vomissements, ni nausées, ni hoquets. Les mamelles flétries n'étaient le siège d'aucune sécrétion. Les parties sexuelles ne laissaient
DE l'avortement simulé.
écouler ni lochies ni sang. Le col de la matrice avait la position et la forme normales : il n'était pas chaud, ni gonflé, ni ramolli, mais seulement un peu entr'ouvert.
Dès ce moment, la conviction de notre habile collègue était formée; et ce n'est que pour la confirmer que j'ai eu l'honneur de lui être adjoint dans le cours de l'instruction commencée sur la dénonciation de ces faits à la justice.
Je n'ai pas besoin de dire que l'examen auquel je soumis moi-même la femme quelques jours plus tard, donna des résultats exactement semblables. Je trouvai le ventre gros, mais blanc et hsse; la matrice remarquablement petite, le col mou, mais normal ; les seins sans trace de gonflement ni de sécrétion. Je dois dire que cette malheureuse, qui commençait à se sentir embarrassée de son personnage, feignit d'avoir éprouvé une sorte de trouble des facultés intellectuelles et cherchait à éluder les questions en alléguant une perte de la mémoire qui n'était nullement admissible en présence des déclarations minutieuses qu'elle nous faisait sur d'autres points.
Nous n'avons pas eu de peine, on le pense bien, à démontrer quel tissu de faussetés, quelles impossibilités de toutes sortes se cachaient sous le récit en apparence assez habilement conçu des deux coupables ; et les magistrats distingués qui dirigent le parquet et l'instruction au tribunal de Melun étaient aussi convaincus que nous, lorsque peu de jours après notre visite, à la suite d'un nouvel interrogatoire où elle avait persisté dans sa version mensongère, la femme qui se disait victime de l'avortement finit par se décider à dire toute la vérité. Elle avoua alors qu'elle n'avait jamais été chez la sagefemme accusée : et que le fait de cette visite et de l'opération était une fable inventée par elle d'accord avec l'autre sagefemme qui voulait nuire à sa rivale par jalousie de métier. Interrogée sur les détails de cette comédie odieuse, elle dit que sa complice avait attendu le moment où ses règles reve-
100 ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SUR l'aVOHTKMLMT.
liaient avec quelques coliques pour lui faire simuler la fausse couche, que le sang qu'elle avait montré mélangé à l'urine était le sang de ses règles rendu comme à l'ordinaire; qu'elle s'était laissée réellement tamponner pour jouer mieux encore la fausse couche, et qu'enfin les lambeaux de chair présentés au docteur Saint-Yves avaient été apportés par la sage-femme.
Un pareil fait n'a pas besoin de commentaires; il porte avec lui tout un enseignement. On a dit bien souvent que tout est possible : cela est vrai, surtout de cpielques-uns des faits qui se présentent à l'observation du médecin légiste, et parmi ceux-ci l'avortement simulé occupera désormais une place à part. Il ne nous est pas donné de prédire dans quelles circonstances nouvelles un second fait de cette nature pourrait se produire. Mais nous pensons que l'erreur ne serait pas plus difficile à éviter qu'elle l'a été pour l'habile expert de Melun et pour moi, si l'on s'attachait à analyser minutieusement, et pour ainsi dire, pas à pas, chacun des détails allégués par les coupables; à en contrôler non-seulement la vraisemblance absolue, mais encore l'enchaînement et la coordination; à les vérifier enfin par l'examen direct de la femme qui prétendait avoir subi une opération abortive. Dans le cas singulier que je viens de citer, c'est là la marche que nous avons suivie et nous avons reconnu aisément que les conditions dans lesquelles se serait faite l'opération n'étaient pas admissibles, la femme ayant eu deux jours auparavant ses règles et la grossesse devant pour tout le monde paraître au moins incertaine ; que les suites de l'avortement étaient trèsinexactement rapportées, que la description de l'œuf expulsé était notoirement fausse; que le traitement employé ultérieurement par la sage-femme complice ne reposait sur aucune indication même spécieuse. Enfin, l'examen direct auquel nous avons soumis la femme, examen qui, dans un cas pareil, ne devra jamais être négligé, est venu achevei- de renverser l'échafaudage de mensonges sur lequel elles avaient
ORSKRVATIONS ET EXPERTISES. 101
clierclié à édifier une accusation calomnieuse à l'aide d'un avortcment simulé.
XIII. Choix d'observations et d'expertises médico-lég^ales relatives ôl l'avortement.
Je crois utile de réunir ici un certain nombre d'observations et de relations particulières destinées à servir de base et de justification à mes recherches qui ne peuvent avoir d'autre valeur que celles qu'elles emprunteront ci l'observation exacte et à la saine interprétation des faits. J'ai divisé ces exemples choisis en huit catégories ainsi réparties :
1" Tentatives d'avortement suivies ou non de résultat, et ayant donné lieu à des poursuites fondées sur des signes probables.
2° Avortements provoqués par rusage de substances abortives, if, rue, ergot de seigle et sabine.
5° Avortements provoqués par des manœuvres directes, suivis d'accidents immédiats plus ou moins graves et entourés de toutes les circonstances du fait.
4° Avortements provoqués par des manœuvres directes, compliqués de blessure de la matrice, et suivis le plus souvent de la mort.
5" Avortements provoqués par manœuvres directes avec blessures sur le fœtus, isolément ou en même temps que sur la matrice.
6" Avortements provoqués par manœuvres directes, compliqués de mutilations étendues, arrachement, déchirures profondes, ablation d'organes.
7° Avortements provoqués par manœuvres directes et suivis d'accidents consécutifs éloignés dont la nature doit être appréciée.
8" Enfin, il m'a paru intéressant de rapprocher de ces laits criminels quelques exemples d'opérations obstétricales,
'étude MÉDICO-T.lîGALE SUR I-'avORTEMENT,
pratiquées clans le but de provoquer arliliciellement l'avortement ou V accouchement prématuré^ opérations dans lesquelles tout se passe au grand jour, sous la responsabilité du médecin, et qui, par cela même, sont singulièrement propres à fournir un point de comparaison sur certaines parties de la question médico-légale dont nous nous occupons.
Ce dernier groupe comprend onze cas :
Les sept premiers embrassent cinquante-sept observations d'avortements criminels, dont seize appartiennent à différents auteurs que nous avons cités. Les quarante et un autres, qui ne portent aucune indication, ont été puisés par moi-même dans ma pratique personnelle.
I. — Tentatives d'avortenient. — Indication de signes probables.
Obs. I. — Tentative d'avortement à deux mois, sans résultat. Condamnation de la sage- femme accusée.
Nous avons eu à visiter, dans le courant du mois de mai 1853, une jeune fille arrivé au terme -de la grossesse, malgré des tentatives d'avortement auxquelles une sage-femme l'avait soumise lorsqu'elle était enceinte de deux mois seulement. Celle-ci lui avait pratiqué deux saignées, et lui avait fait prendre des bains de pieds, des bains de siège, ainsi que des préparations d'absinthe et de safran. Malgré l'inefficacité complète de ces moyens et l'absence de preuves matérielles de leur emploi, la sagefemme fut condamnée sur les seuls indices résultant des circonstances du fait.
Obs. II. — Tentative d'avortement au moyen de l'ergot de seigle et de deux saignées, sans résultat.
Le 10 janvier 1850, nous avons eu à visiter à Montrouge une jeune fille âgée de dix-huit ans, qui dit avoir été victime d'une tentative d'avortement de la part d'un médecin au service duquel elle était et qui l'avait rendue mère.
Dès la première fois que les règles avaient manqué, il lui avait administré, pendant quatre jours de suite, trois prises d'une poudre jaune grisâtre provenant de grains noirs comme des grains de blé. Deux saignées avaient été pratiquées en outre au premier et au deuxième moi.s, et le sang avait servi à tacher les linges pour faire croire à l'existence des règles.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Il s'agissait d'apprécier ces faits qui, du reste, n'avaient pas arrêté le cours de la grossesse.
Or la poudre dont la fille L... dit avoir fait usage est suffisamment caractérisée dans ses explications pour que Ton y reconnaisse la poudre d'ergot de seigle. Cette substance, malgré ses effets incertains, possède des propriétés abortlves. D'ailleurs, à l'époque de la grossesse où cette fille L... l'a prise, l'emploi ne saurait en être justifié, 'et elle était manifestement administrée dans le but de procurer Tavortement. Les saignées pouvaient concourir secondairement au même résultat.
Obs. ni. — Suspicion d'avortement provoqué. Signes probables. Discussion des allégations de V accusée.
Nous avons visité, le 1 7 août 1849, à Clamart, avec le docteur Lacroix (de Fontenay-aux-Roses), une fille âgée de dix-huit ans, sur laquelle pesaient des soupçons d'avortement. Elle nous a donné avec une rare assurance les détails suivants :
Ses règles, d'abord suspendues par une émotion brusque au mois d'août de l'année dernière, auraient cessé de paraître au mois de décembre, et auraient depuis lors manqué complètement jusqu'au mois de juin dernier. Elle aurait consulté pour cette suspension un charlatan qui, sans l'interroger ni la visiter, l'aurait traitée uniquement par l'administration à l'intérieur d'une poudre blanche qu'elle aurait prise ainsi pendant cinq ou six mois. Le 22 juin, à la suite d'une fatigue un peu plus grande que de coutume, cette fille aurait ressenti des douleurs de reins qui auraient été en augmentant jusqu'à ce que, dans la nuit, fût survenue une perte caractérisée par l'issue d'une grande quantité de caillots de sang trèsvolumineux. Cet accident, pour lequel aucun homme de l'art n'a été consulté, aurait duré quelques jours, et aurait été suivi d'un écoulement blanc assez abondant. Les règles ont reparu le mois suivant comme à l'ordinaire. Cette fille nie d'ailleurs de la manière la plus formelle s'être exposée à devenir enceinte. Elle confesse qu'elle a cessé d'être vierge; mais elle aurait été, il y a plus de trois ans, victime d'une violence unique qui ne se serait jamais répétée, et soutient que, depuis cette époque, elle n'a jamais subi les approches d'un homme.
.\près avoir reçu ces déclarations faites avec une assurance qui ne s'est pas démentie malgré nos observations réitérées, nous avons procédé à l'examen de cette fdle en présence de sa mère.
Les parois du ventre sont lâches et flasques, et présentent, dans toute l'étendue de la région hypogaslrique, des éraillures profondes de la peau sous forme de plis longitudinaux d'une couleur violacée, remontant jusqu'à l ombilic d'une part, et de l'autre descendant jusque sur la partie supérieure des cuisses. La ligne médiane, qui s'étend de l'ombilic au pubis, tranche sur les parties voisines par sa coloration brune très-foncée,
d'autant plus remarquable que telle n'est pas la teinte générale de la peau chez cette fille, qui présente un très-faible développement du système pileux.
Les organes génitaux offrent une conformation régulière, mais n'ont en aucune façon l'aspect qu'ils présentent chez une jeune vierge. En effet, outre qu'ils ont perdu cette fraîcheur et ce ton rosé tout à fait caractéristiques, nous constatons que la membrane hymen est complètement détruite. Elle n'est pas le siège d'une simple déchirure, comme cela aurait lieu dans le cas oîi l'intromission du membre "viril n'eût pas été renouvelée après une première et unique violence ; mais elle est réduite à deux replis latéraux presque effacés, comme cela s'observe après des approches fréquemment répétés, et surtout après un ou plusieurs accouchements. De plus, la fourchette, sans être profondément déchirée, présente cependant une petite éraillure superficielle accompagnée d'une inflammation encore assez vive. Le toucher pratiqué avec beaucoup de précautions, et qui malgré la douleur affectée qu'accuse cette fille est rendu très-facili'. par les dimensions des parties, permet de reconnaître que la matrice est plus développée qu'elle ne Test en général chez une femme qui n'aurait pas conçu, et l'on constate de la manière la plus positive que le col est volumineux, notablement dilaté, et que l'orifice, élargi, forme une fente tranversale dont les angles sont profonds et semblent avoir été déchirés .ncomplétement. Il n'y a d'ailleurs pas d'écoulement particulier par les organes génitaux.
Les seins sont peu volumineux, mais déjà flétris ; ils offrent quelques éraillures sous-épidermiques moins prononcées, mais de la même nature que celles du ventre. L'auréole qui entoure le mamelon est d'une couleuibrunâtre. Nous comprimons très-doucement dans le but de constater s'il s'écoulerait du lait; mais cette fille, par ses plaintes évidemment exagérées, nous empêche de pousser plus loin cette expérience.
Des faits qui ont été exposés et de l'examen qui précède, nous concluons que :
Cette fille porte des traces évidentes d'une grossesse récente qui, si elle n'est pas arrivée jusqu'au terme naturel, a certainement dépassé le sixième mois.
La dclivi'ance peut remonter à l'époque du 22 juin dernier.
Il est impossible de déterminer d'une manière certaine si l'accouchement a été prématuré, s'il a été naturel ou provoqué par des manœuvres abortives.
Les allégations de cette fille touchant l'impossibilité où elle eût été de devenir enceinte, et l'absence de tout commerce entre elle et un homme depuis la violence dont elle aurait été victime il y a trois ans, sont formellement contredites par l'état des parties sexuelles.
Il est également impossible d'admettre que le gonflement du ventre, qm suit quelquefois la rétention des règles, ait pu donner lieu aux deformations qui ont été signalées. Cette cause ne donnerait d'ailleurs nulle-
OnSRRVATIONS KT EXPERTISES.
ment raison des modifications do forme et de volume que nous ont présentées le col de la matrice et la matrice elle-même.
Obs. IV. — Avortement. Signes négatifs n'excluant pas la possibilité
du crime.
Le 15 juin 1851, nous avons été chargé par M. le procureur impérial de procéder à l'autopsie d'une femme que I on supposait avoir succombé h un avortement provoqué, et du foetus sorti de son sein.
Nous constatons que la mort de la femme L... est le résultat d'une attaque d'éclampsie déterminée par une fausse couche.
Il n'existe aucune lésion particulière ; on ne trouve pas non plus sur les parties sexuelles et sur la matrice de traces de violences exercées directement dans le but de provoquer l'avortement.
La même observation s'applique au fœtus dont le corps, bien conformé, ne porte aucune trace de blessure qui ait pu le faire périr dans le sein de sa mère et amener son issue prématurée.
I)e celte absence de lésions appréciables, soit sur les organes de la mère, soit sur les organes du fœtus, il ne s'ensuit pas que la fausse couche ait été naturelle. Des manœuvres directes ont pu être exercées, et amener l'avortement sans laisser aucune marque visible. Rien n'explique dans l'état des organes digestifs que des substances abortives aient été administrées à l'intérieur.
ATortements provoqués par l'emploi de substance!* [abortives.
Obs. V. — Tentative 0,' avortement provoqué par V ingestion d'une décoction de feuilles d'if (1).
Le 18 janvier 1854, dans un village de Normandie, une jeune fille devenue enceinte pour la seconde fois, prit dans le but de se faire avorter un breuvage composé d'une forte décoction de feuilles et de petites bi'anches d'if. Elle succomba sans que le fœtus, âgé de trois mois et demi, fût expulsé. L'estomac présentait, vers la grande courbure, une injection capillaire notable et une légère altération de texture.
Obs. VI. — Tentative d'avortement au moyen du suc d'if, suivie de
mort (2).
Une fille de vingt et un ans, qui dissimulait sa grossesse parvenue à sept mois environ, se procura des branches d'if dont elle écrasa les feuilles avec
'M UecuciUie par le docteur Lenoël, mémoire de MM. Chevallier, Duchesne .H Rp.ynal. [Annales d'hygiène, 1855, 2- série, t, IV, p. r.57.) (2) ibid., p. 3:^9,
ÉTUDE MÉDICO-LKGA.I.E SUR l'aVORTKMENT.
un marteau et dont elle avala le suc contenu dans une tasse de la contenance de trois à quatre décilitres. Il était plus de minuit lorsqu'elle prit ce breuvage. Vers cinq heures du matin, ayant été obligée de se lever pour son service, elle se plaignit d'un violent malaise, de trouble de la vue et d'étourdissements. Son état empira rapidement. Elle n'y voyait plus et gc laissa tomber sur un lit dans un accablement et un assoupissement profonds. On n'a constaté qu'une évacuation alvine involontaire. Un peu avant ah heures du matin, elle était morte.
La matrice ne présentait ni lésion ni commencement de travail. L'estomac offrait plusieurs ecchymoses dont la plus large avait la dimension d'une pièce de deux francs. Le foie, trè/-volumineux, était gorgé de sang et presque friable. Le cerveau et le cervelet très-faibles étaient légèrement sablés de sang ; la pie-mère d'un rouge brun. Il n'y avait d'ailleurs pas d'hémorrhagie dans l'encéphale.
Obs, VII. — Avortement 'provoqué à cinq mois par l'usage de la rue (!)•
Une jeune tille, grosse de quatre à cinq mois, prend pendant plusieurs jours une forte dose de suc exprimé de feuilles de ^rue fraîche. Des accidents très-graves surviennent : somnolence, prostration, faiblesse générale, lipothymie, petitesse extrême et lenteur du pouls, refroidissement de la peau, mouvements continuels des bras, tuméfaction énorme de la langue, salivation abondante. On voit l'avortement se préparer peu à peu pendant quelques jours. Le fœtus n'est expulsé que le sixième jour après les premiers symptômes de Tempoisonnement. Il ne survient d'ailleurs pas d'inflammation consécutive de l'utérus, les accidents vont en diminuant: et la guérison s'opère lentement.
Obs. VIII. — Avortement provoqué à quatre mois lyar Vusage de la
rue (2).
Une jeune fille enceinte de quatre mois environ, dans le but de se faire avorter, et sur les conseils d'une matrone, prend le soir, en une seule fois, trois tasses d'une forte décoction de racines fraîches de rue. Aussitôt après, elle éprouva une douleur horrible à l'estomac, et un trouble général si profond qu'elle se crut sur le point de mourir. Obnubilations, vertiges, étourdissements; plus tard, efforts continuels de vomissements qui n'amènent qu'un peu de sang. Le lendemain, ces accidents diminuent, mais des coliques commencent à se faire sentir, revenant do plus en plus fortes à d'assez longs intervalles. Vers le soir du second jour, ces douleurs se rapprochent, s'accompagnent d'un écoulement de sang, et l'avortement se fait en peu de temps et sans difficulté quarante-huit heures
[\) Hélie, Annales d'hygiène, 1858, l. XX, p. 1%.
(2) mil.
OBSERVATIONS ET EXPERTrf5ES.
après ringestion de la rue. Les symptômes d'empoisonnement se dissipent en peu de temps.
Obs. IX. — Avortemenl provoqué à six mois et demi par l'usage de la
rue (1).
Une fille de vingt-cinq ans, enceinte de six mois et demi à sept mois, après avoir fait usage pendant plusieurs jours d'une décoction de feuilles de rue à Tintérieur et a l'extérieur, fut prise tout à coup de vomissements violents et opiniâtres, avec fièvre, somnolence, stupeur, vertiges, embarras de la parole, mouvements continuels de la tête et des bras, refroidissement, petitesse et lenteur du pouls, tuméfaction énorme de la langue et salivation abondante. Dans la soirée du deuxième jour après le début des accidents, les douleurs utérines commencent à se faire sentir, et le lendemain malin, deux jumeaux mort-nés sont expulsés très-rapidement. La délivrance suspend les accidents qui reparaissent et se prolongent pendant vingt-cinq jours environ après lesquels la guérison est complète. Aucun trouble, aucune lésion ne se sont montrés du côté de la matrice.
Obs. X. — Avortement provoqué à quatre mois. Métro-péritonite. Ergot de seigle retrouvé en nature dans le tube digestif {'2).
Une jeune fille de vingt-quatre ans dont on ne soupçonnait pas la grossesse, quoiqu'elle fût enceinte de quatre mois environ, sort un matin dans un état de santé parfaite. Elle est ramenée le soir même très-souffrante par une sage-femme et meurt le lendemain. On constate à l'autopsie une métro-péritonite suraiguë, et l'on trouve dans toute l'étendue du tiers inférieur des intestins des fragments de seigle ergoté. La matrice était vide et récemment débarrassée d'un produit de conception.
Il nous semble que l'on doit voir dans ce cas, malheureusement dépourvu de tous détails, un de ces faits où la substance abortive a été administrée après des manœuvres directes dont elle était destinée à hâter et à assurer les effets.
Obs. .XI. — Avortement provoqué par la sabine. Mort (3).
Une femme de vingt et un an, parvenue à un état de grossesse assez avancée, après avoir soupé avec son amant, est réveillée au bout de quatre nu cinq heures par de violentes douleurs d'estomac et des nausées, et tombe dans un état d'insensibilité complète : respiration stertoreuse, écume à la bouche, gonflement de la face, paupières abaissées, voix forte-
(1) Tlélie, Annnleit d'hygiène, 1838, t. XX, p. 196. ('2) Devergic, lac. cit., p. 21.
(3) Observation du docteur Lelhcby, The hancet, 1845.
KTDDE MKDinO-LÉGALE SUR i/aVORTKMKNT.
ment contractée, convulsions des nieml)res. En même temps, le travail s'opérait ; mais la femme succomba douze heures après la première apparition des accidents, au moment où la délivrance allait se faire. 1/accoucheur amena un enfant mort.
A l'autopsie, on ne trouvait aucune trace de violence. Les vaisseaux encéphaliques étaient gorgés de sang noir et fluide; la substance cérébrale infiltrée çà et là de petits caillots de sang noirâtre ; les poumons congestionnés; l'estomac un peu plus pâle qu'à l'ordinaire, excepté dans un ou deux points qui semblaient être le siège d'une infiltration sanguine.
Les liquides contenus dans l'estomac soumis à la distillation fournirent un liquide trouble et opaque qui avait le goût et l'odeur de l'huile de Sabine. Examiné au microscope, il présentait de petits globules huileux ; repris par l'éther et évaporé, il donnait de petites gouttes d'une huile jaunâtre qui offrait tous les caractères physiques de l'huile de sabine. Ou y trouvait également un sédiment en tous points analogue à de la poudre de sabine sèche. En séparant par l'éther le résidu trouvé sur le filtre, on obtint une solution verdâtre qui renfermait de la résine et de la chlorophylle. Enfin, des expériences répétées avec la poudre de sabine donnèrent des résultats exactement semblables à ceux qu'avait offerts l'analyse du liquide trouvé dans l'estomac, et ne laissèrent pas de doute aux experts sur la réalité d'un empoisonnement par la sabine.
Obs. XTL — Avortement provoqué probablement par Vusage des substances aborlives. Gastro-entérite. Mort.
Nous avons été commis, le 12 juillet 1848, à l'effet de pratiquer l'autopsie de la fille F. . décédée chez la sage-femme H.. . Nous avons constaté les faits suivants : Putréfaction très-avancée; face méconnaissable; constitution très-robuste; embonpoint remarquable ; pas de traces de blessures ou de contusions.
Pas de lésion des parois; méninges injectées, sans épancheraent ni extravasation.
Substance cérébrale : consistance ferme ; pointillé rouge. Dans les ventricules, petite quantité de sérosité rosée. Ni caillot ni foyer sanguin dans l'encéphale ni dans la cavité de l'arachnoïde.
Pas d'épanchement dans les plèvres ni dans le péricarde, quelques adhérences; poumons sains, affaissés, mous, engorgés; cœur volumineux, flasque; ventricule gauche vide, droit tapissé par une couche plus épaisse de sang noir en partie coagulé; endocarde présentant des taches violacéas dues à rimbibition du sang.
Pas d'inflammation ni d'épanchement du péritoine, même aux environs de la matrice et des ovaires.
Estomac contenant une très-petite quantité d'un liquide jaunâtre ; muqueuse, dans toute son étendue, rouge, épaisse, mamelonnée; le long de la grande courbure et vers le pylore, six larges taches noires au niveau
OBSERVATIONS KT EXPERTISES
desquelles la muqueuse n'est ni eschariliée ni détruite, uiais seulement ramollie. Pas d'altération de l'œsophage.
Dans l'intestin, pas d'eschares ni d'ulcérations. A la partie supérieure, l'ace interne tapissée par une matière d'un jaune éclatant. Vers l'iléon, par places, une coloration rosée très-remarquable. Pas de plaques do l'cyer.
Putréfaction très-avancée des organes extérieurs de la génération.
Matrice de volume double, tissu ramolli, pas de trace d'inflammation, l'as de produit de conception.
Face interne tapissée d'une couche pultacée provenant des débris des enveloppes d'un fœtus récemment expulsé. Pas de caillots altérés ; col de l'utérus dilaté, cavité élargie, lèvres profondément ramollies; pas de déchirure ni de plaie pouvant faille supposer l'action d'un instrument vulnérant ; ovaires sains.
Nous concluons que le cadavre de la fille F... porte des traces d'un avoitement récent pouvant remonter à deux ou' trois jours, et parvenu vers le deuxième ou troisième mois de la grossesse.
Il existe dans l'estomac et les intestins des altérations qui peuvent être attribuées à l'ingestion d'une substance toxique. L'avortement est vraisemblablement le résultat de ces altérations. La mort a été produite par cette dernière cause.
Ubs. XIII. — Tentative d'avorlement pratiquée à l'aide de breuvages abortifs et de manœuvres directes, non suivie d'effet. — Poursuites dirigées contre un docteur en médecine.
Ce fait, d'une extrême gravité, est doublement intéressant au point de vue de la responsabilité terrible qui pèse sur le médecin contre lequel la simple tentative du crime provoque des poursuites ; et des constatations médico-légales auxquelles celles-ci peuvent donner lieu en l'absence de tout corps de délit.
La fille .1. N..., domestique âgée de vingt-huit ans, devint enceinte des œuvres d'un médecin. Réglée pour la première fois à quatorze ans, elle était dune bonne constitution, plutôt sujette à voir avancer ses époques nienstruelles qu'à des retards et n'ayant jamais eu de pertes. Sa grossesse était parvenue à trois mois lorsqu'elle se fit donner par le docteur A... du 28 février au 11 mars 1857 huit potions formulées ainsi qu'il suit :
Eau d'armoise 100 grammes.
Eau de fleurs d'oranger 16
Sirop de sucre. . 25
Huile essentielle de sabine )
- de rue. . . .
vaKc
Lu iille J. N... [irenait chaque soir une fiole entière remplie de ce breuge. LUe éprouvait chaque fois des coliques, des vomissements, des maux
ÉTiroii MÉDICO-LÉGALK SUR 1-'aV0RTEMENT.
de lêle, des étourdissements, des convulsions. Ses soullranccs étaient s insupportables cpi'elle ne put continuer au delà de la huitième potion et jeta la neuvième.
Trois mois plus tard, le 20 juin, cette fille subit une opération destinée à provoquer l'avortement que les breuvages n'avaient pu déterminer. Le médecin la fit coucher en travers sur un lit. Après avoir placé un spéculum, il lui introduisit une sonde en caoutchouc munie d'un mandrin. A trois reprises, l'instrument fut poussé avec une certaine force, et à chaque fois, elle ressentit des coliques très-douloureuses. 11 ne vint pas de sang, mais seulement un peu d'eau. Du reste, un instant après cette opération, l'enfant ne cessa pas de remuer. La fille N... refusa de se soumettre à une nouvelle tentative qui lui fut proposée, et elle accoucha à terme le 7 octobre.
Depuis son accouchement, elle n'a pas cessé de souffrir dans le ventre, le côté et les aînés. Ses règles restèrent dérangées.
Visitée par nous le 19 janvier 1859, quinze mois après, cette fille présentait encore une tension douloureuse dans l'hypochondre gauche, un engorgement considérable du col de la matrice qui était ramolli et entr'ouvert, et des pertes blanches très-abondantes. La paroi abdominale seule présentait des éraiUures caractéristiques.
En réponse aux questions qui nous étaient proposées, nous avons déclaré que :
1° La fille N... est certainement accouchée, très-probablement à terme et une fois seulement ; son accouchement peut remonter à l'époque qu'elle indique;
2° Elle ne porte aucune trace actuellement appréciable de violences ;
3° Sa santé est gravement altérée; et la maladie de matrice dont elle est atteinte est une des suites les plus ordinaires des tentatives d'avortemeiit.
4° Les substances comprises dans les huit ordonnances du docteur A... étaient de nature à procurer l'avortement et ne répondaient à aucune indication légitime.
5° L'introduction d'une sonde dans les parties pouvait également amener l'avortement à la condition toutefois que l'instrument eiit bien l'éellemenl pénétré jusque dans l'intérieur de l'œuf et eût décollé assez compléteuieiiL ou perforé ses membranes, ce qui ne paraît pas avoir eu lieu chez la fille N...
III. — Avorteincnts provoiiiiés par inanœiivrc!^ directes» — Circoustnnces de l'ait. — Accident»!» iiuiuédiats.
Obs. XIV. — Avortement infructueusement tenté par la sabine et provogué par le cathétérismc utérin.
Une femme, âgée de vingt-huit ans, bien réglée, ayant eu déjà un enfant, devenue clandestinement enceinte, et parvenue à deux mois et demi
OBSKRVATIONS ET EXPERTISES.
environ de sa grossessse, recourut d'abord, dans le but de se faire avorter, à l'usage de l'essence de sabine; elle en prit pendant plusieurs jours de suite, en une seule fois de 10 à 40 gouttes, sans éprouver autre chose que quelques tranchées passagères et des nausées non suivies de vomissements. Ces essais étant restés infructueux, elle se décida à se confier à une sagefemme qui la soumit, à deux reprises, à une opération consistant dans l'introduction d'un stylet profondément porté dans les parties sexuelles à l'aide du spéculum. Cette femme, très-explicite dans ses aveux, dit n'avoir éprouvé qu'une sensation de farfouillement et de mouvement désagréable dans la matrice. L'opération ne fut d'ailleurs suivie d'aucun écoulement de sang ou de tout autre liquide ; et pendant huit jours il n'y eut d'autres signes, du côté de l'utérus, que des espèces de déchirement qui se faisaient sentir par moment dans le bas-ventre et le bassin; c'est alors qu'une dose d'ergot de seigle détermina le travail et amena rapidement l'expulsion du fœtus, sans autre accident qu'une perte al)ondante.
Obs. XV. — AvorLement provoqué à cinq mois par des manœuvres directes. — Circonstances du fait.
Une sage- femme a été condamnée, le 27 septembre 1854, par la cour d'assises de la Seine, dans les circonstances suivantes :
Une fille de la campagne, voulant faire disparaître une grossesse parvenue à peu près à cinq mois, était venue trouver une de ses amies, qui lui donna le conseil de faire ce qu'elle avait fait elle-même, c'est-à-dire de se faire décrocher son enfant, l'assurant qu'on ne souffrait pas. Elle l'avait, à cet effet, conduite chez une sage-femme. L'opération fut remise à huit jours, parce que la fille n'avait pas d'argent. En ayant rapporté de son pays, elle se rendit de nouveau chez la sage-femme, à laquelle, dans l'espace de quelques jours, elle fît plusieurs visites. Enfin, à la dernière, celle-ci lui dit que cela allait arriver prochainement; et en effet, le sixième ou septième jour, les souffrances devinrent plus vives, et l'accouchement eut lieu. L'enfant, qui avait fait quelques mouvements en venant au monde, fut jeté dans la fosse d'aisance. Tous ces faits, dénoncés six semaines après à la justice, furent avoués par la fille qui s'était fait avorter, et qui, mise en jugement avec son amie et la sage-femme, fut condamnée comme elles.
Des perquisitions faites tant dans la fosse d'aisance qu'au domicile de la sage-femme, avaient amené la découverte de plusieurs objets que le magistrat instructeur soumit à notre examen.
En premier lieu, nous avons trouvé plusieurs substances médicinales, les unes tout à fait insignifiantes et appartenant 'a la médecine usuelle, telles que de la fleur de sureau, de l'orge, de l'amidon ; les autres, feuilles et tiges d'armoise et d'une espèce de genévrier, plantes actives aromatiques et excitantes, pouvant être employées comme emménagogues, et à ce
ÉTUDE MÉDICO-LÉGAI-E SUR l'avORTEMENT.
titre, réputées abortives, bien qu'en réalité tout à fait impuissantes à déleirniner Favortement.
D un autre côté, nous avons reconnu, parmi les matières extraites de la lusse, des débris provenant d'un fœtus de cinq mois environ, putréfiés et mutilés, dont la tête manquait presque complètement, sans qu'on pût distinguer si la mutilation était le résultat de la décomposition putride ou de violences directes exercées sur le crâne.
Obs. XVI. — Avorlemeni provoqué à trois mois par manœuvres directes. Circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi Vopération.
Une fille M..., présumant qu'elle était grosse, se fait examiner, à deux reprises, par une sage-femme qui constate la grossesse, et lui offre de la débarrasser pour cent francs. La somme est débattue et réduite à trente francs. — Le 30 avril, dans la soirée, elle se rend chez la sage-femme, qui, comprenant le but de cette visite, entre dans un cabinet où l'on a saisi ultérieurement dans le tiroir d'un meuble des aiguilles de fer de diverses grosseui's. Elle vient alors, tenant quelque chose enveloppé dans un linge : la fille M... se sent piquée; elle éprouve une faiblesse, et quelques instants api'ès, le sang commence à couler. La sage-femme lui dit alors qu'elle serait débarrassée au plus tard dans neuf jours; qu'elle prendrait un bain, se mettrait les pieds à l'eau, et lui apporterait le linge qu'elle aurait taché de sang, afin qu'elle le fit laver sans qu'on s'en aperçût. La fille M... rentre cliez elle au bout d'une demi-heure environ. Dès le lendemain, elle se sent malade, et se couche de bonne heure ; sou indisposition va en s'aggravant le jour suivant; elle se plaint de coliques, se trouve mal plusieurs fois, et perd beaucoup de sang. Le médecin appelé attribue les accidents h une fausse couche survenue vers le troisième mois de sa grossesse. Tous ces faits sont confirmés par les aveux delà fille M..., qui fut mise en jugement avec la sage-femme. Celle-ci fut seule condamnée à huit années de réclusion. La fille M..., après les manœuvres auxquelles elle s'était soumise, présentait une tumeur ovarique considérable.
Obs. XVIl. — Avortement provoqué à trois mois par l'introduction d'une sonde dans la matrice.
Une affaire très-grave, dans laquelle deux sages-femmes étaient mises en cause avec une jeune fille et son amant, nous a fourni, malgré l'absence du corps de délit, des détails très-précis et très-dignes d'intérêt, et s'est terminée par la condamnation de l'une et l'autre sage-femme.
Il s'agissait d'une jeune fille, âgée de dix-buit ans, enceinte pour la première fois et de trois mois environ, qui, après avoir fait usage d'armoise, d'absinthe et de safran, se soumit k des manœuvres répétées, qu'elle décrit d'une manière fort exacte. Lors de la première visite, la sa"-e-femme la fit rester debout, et lui introduisit dans les parties sexuelles
OBSIÎRVATIONS Eï EXPERTISES.
le doigt et iiii instruitient qu'elle ne peut indiquer. Elle éprouva au niveau del'épigastre une sensation toute particulière de déchirement et de défaillance, sans écoulement de liquide sanguinolent ou autre. Les deux jours qui suivirent, rien ne parut, et aucun symptôme spécial ne fut observé. Alors une seconde opération fut faite de la même manière, mais ne causa pas de douleur. Quelques heures après commença une perte de sang qui dura deux jours, au bout desquels la fausse couche eut lieu avec de fortes coliques.
Depuis celte époque, la perte a persisté, avec quelques intervalles de repos; et au moment de notre visite, un mois après, le 4G novembre 1849, elle dure encore, et s'accompagne de douleurs assez vives dans le bas-ventre. Il existe, en outre, tous les signes de l'anémie la plus prononcée, et les seins laissent suinter du lait.
L'état général de santé de cette tille, et les souffrances particulières dont les organes génitaux sont le siège, présentent des indices d'un avortement qui peut remontera un mois environ. 11 est d'ailleurs impossible de déterminer d'une manière précise si cet avortement aurait eu lieu naturellement, ou si, au contraire, il aurait été provoqué. Mais il faut reconnaître que les observations faites sur l'état actuel de cette jeune fille concordent fort exactement avec les déclarations et avec le fait d'un avortement provoqué à l'aide de manœuvres directes.
Des perquisitions faites au domicile des accusés amenèrent la saisie d'un paquet de plantes sèches réputées abortives, d'un stylet, de deux aiguilles à tricoter et de deux sondes d'argent, dont l'une des sagesfemmes avoua s'être servie pour pratiquer l'avortement.
Obs. XVIII. — Avorleinenls nombreux imputés à une sage-femme. — Perquisitions. — Exhumation d'une femme morte de métro-péritonite.
Sur les rapports réitérés d'un des médecins inspecteurs de la vérification des décès, une sage-femme exerçant à Paris a été l'objet de poursuites judiciaires. Nous avons été chargé, au début de l'instruction, d'assister à une perquisition faite au domicile de cette femme, et qui a eu pour résultat la saisie de plusieurs objets cachés, et notamment d'un flacon de seigle ergoté, et de longues aiguilles de bois dépareillées.
Plus tard, nous avons reçu la mission de procéder, de concert avec M. Roger, de l'Orne, à l'exhumation et à l'autopsie d'une femme qui avait succombé aux suites d'une fausse couche, après avoir reçu les soins assidus et mystérieux de cette même sage-femme. Nous avons trouvé sur le cadavre des traces d'une métro-péritonite.
Plusieurs autres cas de mort avaient eu lieu dans les mêmes conditions, mais à des époques trop éloignées pour être utilelnent recherchés.
li a clé déclaré dans Pinstruclion que cette femme, qui se livrait d'une manière notoire à la pratique (l(>s avorlenicnts. s'était entendue, pour se
TAKDlliU, AVORT.
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SU1« 1>'aV0RTEMENT.
débarrasser des fœtus qu'elle arrachait au sein de leurs mères, avec un porteur de Tadministration des pompes funèbres, qui les emportait clandestinement, et les plaçait ensuite à côté des corps qu'il était chargé d'ensevelir, et les inhumait ainsi dans l'un des cercueils qu'il transportait chaque jour aux cimetières.
Obs. XIX. — Avortement ^provoqué à trois mois par manœuvres directes. — Péritonite. — Mort.
J'ai été chargé, le 27 février 1854, par M. le procureur impérial, de procéder à l'autopsie d'une jeune fille âgée de vingt-trois ans, qui, étant enceinte de trois mois, sortit le 19 février à dix heures du matin, rentra à quatre heures hors d'état de prendre part au dîner, se coucha trèssouffrante pour ne plus se relever ; elle était atteinte d'une péritonite, constatée par le docteur Alix la veille de la mort, qui eu lieu le 26 du même mois. Cette jeune fille avoua au imédecin qu'elle avait été trouver une sage-femme restée inconnue, qui l'avait touchée de manière à la faire avorter, sans qu'elle puisse donner d'autres détails. Nous ne constatons aucune lésion extérieure. La putréfaction est assez avancée. 11 n'y a rien à la tète ni à la poitrine.
Il existe une péritonite suraiguë avec épanchement énorme de pus ; fausses membranes tiès-épaisses, surtout dans le bassin. La matrice est développée comme à trois mois de grossesse ; le col largement ouvert et ramolli. La surface interne de l'utérus présente des débris de placenta en décomposition. Il n'y a de trace de piqûre ni dans la matrice, ni dans le vagin, ni au col. Rien non plus aux organes extérieurs de la génération. La membrane hymen est anciennement et complètement détruite.
Il est constant que cette jeune fille a succombé à une péritonite suraiguë.
Cette inflammation a eu son point de départ dans les organes génitaux, qui portent la trace d'un avortement récent.
L'étendue et la nature des désordres dont la matrice est le siège nous portent à penser que l'avortement a été provoqué par des manœuvres directes, qui ont pu d'ailleurs avoir lieu sans laisser de traces apparentes.
Obs. XX. — Avortement provoqué à trois mois par des manœuvres directes. — Métro-péritonite. — Mort.
Nous avons été chargé, le 8 mai 1850, de faire, à l'Hôtel-Dieu, l'autopsie d'une jeune fille morte d'une métro-péritonite suraiguë, suite d'un avortement qu'elle avait confessé. — L'accouchement prématuré avait eu lieu à une époque qui ne dépassait pas le troisième mois de la grossesse.
Bien qu'il n'existât pas de traces de blessure directe, l'étendue et la
gravité des désordres du ventre et des organes génitaux étaient bien l'in-
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
dice des manœuvres criminelles qui avaient eu Heu. — La sage-femme accusée de ce crime a été condamnée par la cour d'assises de la Seine.
Obs. XXI, — Avortement provoqué par manœuvres directes et suivi
de mort.
Le 6 octobre 1847, je fus chargé avecBayard de procéder à Tautopsie de la femme S..., décédée le 4 octobre, après six jours de maladie, après avoir eu des rapports avec une sage-femme que Ton accusait de l'avoir fait avorter. Nous constatons les faits suivants : Putréfaction très-avancée ; parties génitales externes gonflées, intillrées de sang ; pas de lésions appréciables ; utérus triple de son volume ; col élargi, non déchiré ; seulement en arrière, à droite, éraillure superficielle avec ecchymose sousjacenle ; pas de piqûre ni plaie apparente ; face interne de l'utérus tapissée par les villosités du chorion et une couche de sang altéré ; tissu de l'utérus ramolli et enflammé ; pas de péritonite ; exhalation de sérosité sanguinolente dans le petit bassin ; viscères abdominaux sains ; estomac vide, sans lésion; poumons exsangues; cœur vide dans ses quatre cavités ; rien de notable du côté de la tête.
De ce qui précède, nous concluons que la mort de la femme S... est le résultat d'une métrite aiguë produite par un accouchement prématuré.
Le fœtus, qui a été récemment expulsé, et que nous ne retrouvons pas, pouvait être parvenu au troisième mois environ de la vie intrautérine.
Nous n'avons pas aperçu de traces appréciables de piqûres ou de déchirures à la surface ou dans l'épaisseur des organes génitaux, tant externes qu'internes.
La pâleur générale des organes contenus dans la poitrine et dans l'abdomen nous fait présumer qu'il y a eu chez la femme S... des hémorrhagies abondantes et répétées.
Obs. XXII. — Avortement provoqué à sept mois par ponction de la poche des eaux, suivi de mort (1).
Une lille paraissant jouir d'uuebonne santé, enceinte de sept mois, succomba de mort très-rapide, sans maladie antérieure, et sans que rien ait paru éveiller des inquiétudes sur son état. — On trouva à l'autopsie la poche des eaux ouverte dans une étendue de la largeur d'une pièce de deux francs, les eaux complètement écoulées, les membranes du fœtus décollées au voisinage du col de l'utérus, dans une hauteur de 5 à 6 centimètres, tout autour de la paroi utérine ; plusieurs petites ecchymoses noirâtres sur le bord libre du col de l'utérus, qui est assez dilaté pour
(i) Dcvr;rgie et Chevallier, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, première série, t. XLVIti, p. 403.
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SUU l'aVORTEMENT.
laisser passer deux doigts ; les ovaires, les trompes, les ligaments larges infiltrés. Le fœtus est à peine humide. L'estomac et les intestins présentaient, en outre, une rougeur intense, et des ecchymoses partielles qui ont fait supposer qu'il y avait eu ingestion de suhstances abortives vénéneuses. L'analyse n'a pas fait retrouver cette substance ; mais les experts ont fait remarquer, avec juste raison, que la nature des lésions des organes génitaux, et notamment les ecchymoses du col de la matrice, la large ouverture de la poche des eaux, et le décollement étendu des membranes rapproché de la faible dilatation de l'orifice utérin, excluent l'idée d'un travail spontané d'expulsion du fœtus, et s'expliquent, au contraire, très-facilement par l'introduction d'un agent mécanique dans l'intérieur de la matrice.
Obs. XXIII. — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Discussion des circonslances et des faits allégués par le principal accusé, docteur en médecine.
La triste affaire dont nous allons rapporter les principaux détails a été jugée, au mois de décembre 1849, par la cour d'assises de l'Oise. Nous avons pris, do concert avec notre collègue le docteur Roger, de l'Orne, une part active aux débats, dans lesquels les questions médico-légales ont tenu d'autant plus de place, que le principal accusé était un docteur en médecine qui avait fait un déplorable abus d'une intelligence distinguée, et qui a dû expier son crime par une condamnation infamante.
Nous commencerons par faire connaître ses propres déclarations. Suivant lui, c'est le 20 ou le 21 août qu'il aurait vu pour la première fois la fille H..., qui, en lui confessant son état de grossesse, aurait avoué de nombreuses tentatives d'avortement, et après avoir allégué une chute faite le 12 août, à la suite de laquelle seraient survenues des coliques, des douleurs de reins, une sensation de ballottement dans le ventre, aurait terminé en demandant à se faire saigner. L'examen auquel ledit médecin soumet la fille H... lui permet de reconnaître une grossesse parvenue à six ou sept mois ; mais il dit n'avoir pu constater ni les mouvements de l'enl'ant, ni les battements du cœur, ni le souffle utéro-placentaire. Des signes de congestion qu'il déclare avoir observés chez la fille H.,, et qui consisteraient dans un état vultueux de la face avec rougeur des pommettes, le font acquiescer à la saignée qui lui était demandée, et qui, quoique le sang n'ait pas coulé après une première piqûre, n'a pas paru assez urgente pour être en réalité pratiquée. La consultation se termine par l'indication d'une dose, que l'on dit minime, d'une pi'éparation de fer et de sabine.
Une seconde visite a lieu deux jours après. La fille H... ressent des douleurs plus vives. Le docteur X... dit avoir reconnu un commencement de travail, et avoir cherché k le favoriser en conseillant une promenade. Bientôt l'accouchenient a lieu dans des circonstances qu'il est inutile de rappeler ici.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
ïl n'en est pas de même de l'état du fœtus, qu'il est très-important de noter, et que nous reproduisons dans les termes mêmes qu'a employés le docteur X...: « Il ne portait à l'extérieur aucune trace de contusion. Il était pâle, et à la vue de V enlèvement de V épidémie sur certains points, je dis à la sage-femme que le mouvement qu'elle avait cru apercevoir pouvait bien être une illusion, et que cet état de l'épiderme rapproché des symptômes accusés par la malade lors de notre première consultation, de la chute qu'elle avait accusée, et de l'absence de tous signes révélateurs de l'existence de l'enfant à mon premier examen ; que tout enfin se réunissait pour rendre probable à mes yeux la mort du fœtus dans le sein maternel et son arrivée en ce moment mort-né. »
Quant aux déclarations de la fille H..., non-seulement elle dit être enceinte de six à sept mois, mais reconnaît avoir fait, durant les premiers temps de la grossesse, un usage répété de substances abortives et de sangsues. Elle ajoute qu'elle a fait une chute dans son escalier environ dix jours avant son accouchement, et que depuis cette époque, elle n'a plus senti remuer son enfant. Un fait plus grave est signalé avec une rare précision par la fille H... dans une déclaration que nous reproduisons : « Lors de sa première visite le 20 ou 21 août, vers trois heures, le médecin s'est servi d'un outil très-long, argenté, ayant à son extrémité une courbure avec des petits trous, etc. Il a inséré cet instrument dans la matrice, ce qui a fait sortir beaucoup d'eau et a occasionné peu de douleurs ; puis il lui a recommandé de se promener. Le lendemain, dans la matinée, et avant que les douleurs se manifestent, le médecin a inséré une deuxième fois cet instrument dans la matrice; puis la fille a été remise entre les mains de la sage-femme, et l'accouchement eut lieu la nuit suivante. »
Le docteur Varenghien de Villepin, appelé le premier à éclairer la justice, a, par ses constatations, confirmé les déclarations de la fille H... touchant les applications réitérées de sangsues qu'elle a subies. 11 trouve environ cent cinquante piqiires de sangsues remontant à des époques variables, et les dernières à quinze jours seulement. 11 reconnaît tous les signes d'un accouchement récent. Mais il fait remarquer que le corps de la fille H. .. ne présente aucune trace de coups ou de blessures, ni ecchymoses, ni plaies, ni bosses, bien que la chute qu'elle dit avoir faite date de moins de quinze jours. Il note aussi que cette chute n'a pas produit d'hémorrhagie. Quanta l'enfant dont la fille H... est accouchée, M. de Villepin le trouve « bien conformé, d'un blanc mat, ne portant aucune blessure, taches ou traces de violence ou de maladie. »
Le cadavre de l'enfant de la fille H..., transporté à la Morgue de Paris, a été soumis à noire examen. Nous en avons, M. Roger (de l'Orne) et moi pratiqué l'autopsie.
Le cadavre de l'enfant était suspendu dans le bocal rempli d'esprit-devm au moyen d'un fil qui traverse les téguments. Nous l'avons extrait et nous avons procédé à Tautopsie.
Le poids du corps est de 1"", 180; sa longueur totale de 56 centimètres;
l'ombilic se trouve à 21 centimètres du sommet ; le cordon a été divisé par une section nette, et lié à un centimètre de la paroi abdominale.
La peau est d'un blanc grisâtre; nulle part, elle n'offre la teinte rouge, ni le soulèvement de répiderme,ni les traces de putréfaction qui annoncent ime macération prolongée du fœtus privé de vie dans les eaux de l'amnios.
Les cheveux sont assez longs; les ongles, à peine formés, n'arrivent pas à l'extrémité des doigts; la membrane pupillaire est complète. Il n'y a pas de point osseux dans l'épaisseur des condyles du fémur: c'est à peine s'il en paraît un dans le calcanéum. La clavicule est ossifiée.
On ne trouve ni contusions, ni plaies, ni indices de violences quelconques sur aucune partie du corps. Au sommet du crâne, notamment, il n'y a pas d'autre solution de continuité que celle qui résulte du passage du fil à travers les téguments, et sous le cuir chevelu, il n'y a ni infiltration ni épanchement du sang coagulé. Les enveloppes membraneuses et osseuses du cerveau sont intactes.
Les organes contenus dans la poitrine, détachés en masse et plongés dans un vase plein d'eau, surnagent d'abord; mais les poumons, après qu'on les a séparés et divisés par fragments, gagnent le fond de l'eau. Ils sont d'ailleurs peu volumineux, d'une teinte violacée uniforme, mous, spongieux et non crépitants.
L'estomac est vide ; le gros mtcstin, dans sa portion la plus élevée, est distendu par du méconium.
Ces résultats, fournis par l'autopsie cadavérique du fœtus provenant de la fille H..., complètent l'exposé des faits que nous devions rappeler.
Dans la discussion des questions que nous avons eu à résoudre dans cette grave affaire, dans le but de déterminer s'il y avait eu avortement provoqué, nous avons cherché à nous appuyer exclusivement sur les faits matériels tels qu'ils ont été constatés et qu'ils viennent d'être rapportés.
Il est constant que la fille H... est accouchée avant terme; mais aussi que, malgré l'emploi répété de moyens réputés abortifs, la grossesse avait marché réguhèrement jusqu'au sixième mois . À cette époque se place une chute dont la réalité n'est établie par aucune trace physique, et qui aurait eu lieu douze jours environ avant la fausse couche. Il n'est pas rare de voir des accidents de cette nature amener par eux-mêmes l'avortement ; mais cette terminaison fâcheuse ne s'observe, en général, qu'à la suite d'une contusion assez violente ou chez des femmes qui offrent une prédisposition particulière. Or on peut dire que cette dernière condition n'est guère admissible chez la fille H.., dont la grossesse avait résisté à de nombreuses tentatives d'avortement; et, en second lieu, il ne parait pas que la chute, si elle a réellement eu lieu, ait eu beaucoup de gravité, puisque, après moins de quinze jours, elle ne laissait sur le corps aucune trace, aucune ecchymose appréciable. De plus, il importe de remarquer que les symptômes précurseurs d'une fausse couche accidentelle, et notamment l'écoulement du sang, avaient manqué complètement, ainsi que le fait remarquer si judicieusement M. le docteur de Villepin jusqu'aujour oîi a commencé
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
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le travail de raccouchement. 11 ne reste donc pour indices de la chute et du résultat qu'elle aurait produit que les allégations de la fille H,.., relatives à la cessation des mouvements de Tenfant, aux douleurs lombaires et au ballottement. Dans tous les cas, et quelle qu'ait été l'influence de la chute, aucun signe annonçant la délivrance, ou du moins le commencement du travail de l'accouchement, ne s'était manifesté lors de la visite de la fille H... au docteur X...
En nous reportant aux déclarations de ce médecin, nous voyons qu'il avait reçu la confidence des essais infructueux et répétés qu'avait tentés la fille H... pour arrêter violemment le cours de sa grossesse. Et cependant, sans chercher à s'assurer par un examen direct des marques qu'aurait dû laisser une chute violente, il cède au désir de la fille H... et ordonne une saignée. Ce n'était pas cependant sur des indications bien sérieuses qu'il fondait l'urgence de ce moyen, puisqu'il n'y insiste pas en voyant qu'un thrombus n'a pas permis au sang de couler. Enfin, en laissant de côté cette saignée, on voit que les prescriptions qui l'accompagnent sont également puisées parmi les moyens réputés abortifs, c'est-à-dire parmi ceux qui peuvent le mieux favoriser les projets hautement avoués par la fille H...
Lors de la seconde visite, les choses sont beaucoup plus avancées, bien qu'il n'y ait en apparence aucune raison pour cela. Le travail de la délivrance est commencé, sans cependant que de nouveaux accidents aient pu déterminer ce changement dans l'état de la fille H...
Nous n'avons pas à nous expliquer sur la conduite du médecin pendant et après l'accouchement ; nous ne pouvons cependant nous empêcher de faire voir la contradiction singulière qui se remarque enlre ses craintes prétendues sur l'issue du travail qu'il veut favoriser d'une manière au moins insolite à l'aide d'une promenade fatigante, et cette opinion énoncée par lui-même, « qu'il savait la présentation naturelle et céphalique, et qu'il n'y avait qu'à attendre. »
L'examen du fœtus acquiert ici une très-grande importance. En effet, si l'accouchement prématuré est la suite naturelle de la chute qui a eu lieu douze jours auparavant, la mort de l'enfant doit remonter à une époque très-voisine de cet acciJent. Or rien n'est plus facile que de reconnaître si un fœtus est resté longtemps après avoir cessé de vivre dans le sein de sa mère. Ces signes non équivoques de putréfaction n'existaient nullement sur le cadavre de l'enfant de la fille H..., ainsi que cela résulte manifestement de l'examen du premier expert, M. le docteur de Villepin, et de nos propres observations, mais encore du témoignage même du docteur X... Il est donc très-difficile d'admettre que l'enfant fût moH au moment de la première visite de la fille H. . . au docteur X. . . La déclaration de la sagefemme, qui aurait vu l'enfant faire en venant au monde quelques mouvements, serait du moins conforme aux constatations faites sur l'état du fœtus.
Si donc la mort de l'enfant n'a précédé que de très-peu de temps l'ao-
\'?.0 KTUDÇ MÉDICO-LÉGALE SUR LAVORïEVIEiNT.
couchement; si même, comme cela paraît probable, elle n'a eu lieu qm durant le travail, il faut renoncer à expliquer la fausse coucbe par une chute datant de douze jours et assez peu grave pour n'avoir déterminé ni contusions, ni hémorrhagie. Et si Ton ajoute que les tentatives d'avortement faites avant Tépoque que Ton assigne à la chute ont été complètement impuissantes et n'ont nullement contribué à hâter le terme de la grossesse, il faut reconnaître que Ton ne trouve dans les faits allégués aucune cause directe d'accouchement prématuré. Les conditions dans lesquelles surviennent les fausses couches naturelles sont d'ailleurs très-différentes de celles dans lesquelles s'est trouvée la fille H. Aussi, bien qu'il ne nous appartienne pas de nous prononcer sur la véracité de cette fille et sur la sincérité de sa dernière déposition, nous sommes conduits à déclarer que la manœuvre décrite par elle, et qu'elle dit avoir eue à subir, est exactement conforme à celle qui est le plus efficacement employée dans le but criminel de déterminer un avortement. Et dans le cas où cette manœuvre aurait été réellement opérée la veille et l'avant-veille de l'accouchement, les choses ne se seraient pas passées autrement qu'on l'a vu chez la fille H.
Conclusions. — En conséquence de l'exposé des faits et de la discussion qui précède, nous concluons que : 1° l'accouchement prématuré de la fille H... ne peut être attribué ni à la chute qu'elle dit avoir faite quelque temps avant sa délivrance, ni aux moyens employés précédemment dans le but de produire l'avortement, tels que pilules, breuvages, applications de sangsues ; 2° il ne paraît pas non plus que l'on puisse le rapporter à une autre cause accidentelle indéterminée; 3° nous sommes portés à penser qu'il y a eu avoi tement provoqué par des tentatives directes ou manœuvres criminelles ; A" l'enfant, arrivé à la fin du sixième mois de la grossesse, offrait des conditions de viabilité; 5° il n'a pas vécu et n'a pas respiré; 6° la mort du fœtus est le résultat de la rupture de l'œuf, de l'écoulement prématuré des eaux de l'amnios et de l'action immédiate que les contractions de la matrice ont exercée sur lui.
Obs. XXIA', — Avortement provoqué par des manœuvres directes. — Métrite. — Signes probables.
La fille Boucher, entrée à l'Ilôtel-Dieu, le 15 octobre 1855, à la suite d'une fausse couche qu'elle avoua avoir été provoquée par des manœuvres directes, a été atteinte d'une perte considérable qui a mis ses jours en danger. Les accidents les plus graves ayant été conjurés, il est resté une inflammation subaiguë des organes contenus dans le petit bassin, et à laquelle la matrice a certainement participé. Du reste, Texamen direct des organes sexuels ne permet de reconnaître aucune trace appréciable do blessures.
A défaut de cette preuve matérielle, dont l'absence n'exclut en aucune façon le fait d'un avortement provoqué par des manœuvres, il importe do
ORSERVATIONS ET EXPERTISES.
faire remarquer que l'opération décrite par la fille Boucher, les sensations qu'elle dit avoir éprouvées et les conséquences qu'a eues cette opération, sont tout à fait de nature à confirmer la sincérité de ses déclarations. Quant à l'usage qui aurait pu être fait de substances abortives, il est impossible aujourd'hui de le constater.
En résumé, de l'état dans lequel nous avons trouvé la fille Boucher, de la marche qu'a suivie sa fausse couche, et de l'ensemble des accidents qui en ont été la conséquence immédiate, il est permis de conclure que :
S'il n'existe ])as sur les organes sexuels de la fille Boucher les traces de blessures produites par des instruments introduits dans ces parties, cette introduction peut néanmoins avoir eu lieu, et que la maladie de la fille Boucher peut être le résultat de semblables manœuvres.
Obs. XXV. — Avortement provoqué à six mois, à faide cVune sonde introduite dans la matrice. — Métro-péritonite aiguë. — Objets saisis che% la sage- femme accusée.
Chargé, le 5 novembre 1856, de visiter la fille V..., inculpée d'avortement, nous l'avons trouvée au lit; sa physionomie exprimait la souffrance; elle se plaignait de vives douleurs dans le ventre; la moindre pression exercée sur l'abdomen était insupportable. Il existe en effet une tuméfaction et une tension très-considérables du ventre. On sent à l'hypogastre la matrice, dont le volume est très-augraenté. Elle est le siège principal de la douleur et manifestement enflammée. La sensibilité est tellement vive, qu'une exploration plus complète est impossible. La fille V... est en outre atteinte d'une fièvre ardente.
Des renseignements qu'elle nous donne, il résulte qu'il y a trois semaines, étant enceinte de six mois, elle subit une opération qui consista dans l'introduction d'une sonde dans la matrice. Elle ressentit une sensation de piqiire peu douloureuse, suivie peu de temps après d'une perte qui, moins de vingt-quatre heures après, amena l'issue prématurée du l)roduit de la conception. Les suites immédiates de la fausse couche furent assez régulières ; mais quelques jours plus tard, des accidents graves ap« parurent et parvinrent au point où nous les voyons aujourd'hui.
1° La fille V... est atteinte d'une inflammation aiguë de la matrice et du péritoine, consécutive à un avortement.
2° L'état grave dans lequel est celte fille ne permet pas de constater directement en ce moment les traces de violences qui pourraient exister du côté de la matrice ; mais les renseignements qu'elle donne et la nature des accidents qu'elle éprouve ne peuvent laisser de doute sur la réalité de l'opération qu'aurait subie la fille V... et dont l'avortement aurait été la conséquence.
Chez la sage-femme accusée, on saisit, entre autres objets : du laudanum, du nitrate acide de mercure, du sirop de chicorée et de l'huile d'amandes douces, de l'essence de térébenthine ; de la poudre de lyco-
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALK SUR l'aVORTEMENT.
pode, etc.; deux baleines de corset : l'une munie d'une éponge pour essuyer la matrice, l'autre coupée pouvant servir d'instrument abortif.
Obs. XXVI, — Avorlement provoqué 'par manœuvres directes à Vaide d'une aiguille à tricoter. — Métrite consécutive.
Le 5 octobre 1857, je fus chargé de visiter, à Saint-Lazare, la fille B..., qui s'était fait avorter dans la prison, avec l'aide d'une sage-femme, qui lui avait introduit à plusieurs reprises une aiguille à tricoter. — L'avortement datait du 1" septembre.
La fille B... a eu déjà plusieurs enfants. Les organes sexuels, qui ne présentent rien à noter à l'extérieur, sont le siège d'un écoulement assez abondant et dont la matrice est plus épaisse et plus colorée que celle d'une accouchée ordinaire. Le toucher montre que la matrice est augmentée de volume, un peu déviée en avant et manifestement :ibaissée. Mais l'examen à l'aide du spéculum révèle des lésions plus caractéristiques. Le col est tuméfié ; sa surface granuleuse, d'un rouge vif, excoriée en certains points, indique une violente inflammation. On ne distingue pas de trace apparente d'une blessure ou d'une piqûre ; mais l'inflammation se prolonge à l'intérieur de la cavité utérine. — La santé générale ne paraît pas altérée.
1° La fille B... est atteinte d'une inflammation subaiguë du col de la matrice.
2° Elle présente en outre tous les signes d'une fausse couche assez récente, et qui aurait eu lieu à une époque peu avancée de la grossesse.
3° Bien que l'on ne retrouve pas sur la partie de la matrice accessible au regard, la trace apparente de piqiire ou blessure qui, d'ailleurs, aurait pu disparaître depuis l'époque où a eu lieu la fausse couche, les lésions que l'on constate sur le col de l'utérus sont tout à fait identiques a celles que produisent des manœuvres abortives directes et notamment l'introduction répétée d'une tige métallique dans l'intérieur de cet organe.
Obs. XXVIL — Avorlement provoqué par manœuvres directes. — Métropéritonite suraiguë. — Mort.
Le 12 février 1802, je fis l'autopsie, à la Morgue, de la filleA..., née P..., morte des suites d'un avorlement.
Relevé général du cadavre : Putréfaction assez avancée, tuméfaction énorme du ventre — Traces de sinapisme ou de brûlure sur le ventre.
Dans l'abdomen : Gaz et liquide sanieux et putride ; flocons albumineux. Adhérences récentes.
La vulve laisse écouler un liquide sanieux, noir, très-fétide. La matrice répond à trois mois de gestation, non revenue sur elle-même, à parois très-amincies ; tissu ramolli, diffluent. Inflammation putride au plus haut degré. Ni déchirure, ni perforation, ni blessure, — Restes de placenta.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Tube digestif sain. Un peu de bile dans l'estomac. Nulle trace de poison ou d'abortif ingéré. Foie volumineux et ramolli.
1° La fille A... a succombé à une inflammation putride de la matrice et du péritoine.
2° Cette inflammation est la conséquence d'un avortement qui a précédé la mort de plusieurs jours.
3° Bien qu'il n'existe aucune trace appréciable de violences, la nature des lésions graves que nous avons constatées dans la matrice, la marche qu'elles ont suivie, la putridité rapide qu'elles ont déterminée, donnent lieu de penser que l'avortement peut avoir été provoqué par des manœuvres criminelles, aucun cas de fausse couche n'existant chez la fille A.. .
Obs. XXVIII. — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Métro-péritonite suraiguë. — Mort.
Le 24marsl862, je fis l'autopsie, à la Morgue, de la fille D..., morte chez la sage-femme P...
Jeune femme de vingt-cinq ans ; bonne constitution. Teinte ictérique générale. Ventre volumineux. A l'ouverture, on reconnaît dans le bassin et le petit bassin une inflammation suraiguë du péritoine ; la matrice, les ovaires et tous les organes sains sont entourés de fausses membranes et plongés dans le pus. Il n'existe pas de putréfaction de la matrice ; mais cet organe, dont le volume répond au développement d'une grossesse de deux à trois mois, est lui-même le siège d'une violente inflammation qui offre un caractère gangreneux. La cavité ne contient plus de produit de conception, mais ses parois sont tapissées par des débris de placenta. Le col de la matrice et le vagin laissent écouler une matière putride. Il n'y a pas de blessure apparente au col, mais il est impossible de ne pas être frappé du ramollissement et de l'infiltration purulente qui occupent cette partie de l'utérus.
Les autres organes sont sains. — L'estomac et les intestins n'offrent rien à noter.
La fille D... a succombé k une inflammation suraiguë de la matrice et de ses annexes consécutives à l'avortement.
Bien qu'il n'existe pas de trace apparente de violences, le siège des lésions, leur point de départ, leur acuité, indiquent d'une manière à peu près certaine qu'elles sont le résultat de manœuvres criminelles destinées à provoquer l'avortement.
Il n'existait d'ailleurs aucune maladie, aucune cause accidentelle ou autre, auxquelles puissent être attribuées la fausse couche et la mort.
ÉTUDE MIODICO-IJiGAI.E SUR l'aVORTKMFNT.
Obs. XXIX, — AvorLement provoqué par des manœuvres directes et suivi de mort. — Accusation portée contre une sage-femme et un docteur en médecine.
Lq fille a. B.., âgée de vingt-deux ass, a succombée le 27 juin 1858. — Le 1 7 du même mois elle avait été soumise par le médecin accusé à une opération qu'elle décrivait en ces termes : « J'étais couchée; il m'a fourré le doigt jusqu'au fond de la matrice. Je ne sais pas ce qu'il m'a fait : ça m'a fait mal. J'ai poussé un cri. — Depuis je suis malade. J'ai des maux de tête affreux. » Le lendemain elle était prise de vomissements. Le 21, à deux heures du matin, quatre jours après l'opération, elle accouchait d'un fœtus qu'elle dit gros comme le bout du doigt ; et le dixième jour elle expirait.
Autopsie le l'5 juillet, après quinze jours dHnhumation. — La décomposition du cadavre, assez avancée sur les parties extérieures du corps et notamment à la face, n'est cependant pas telle que l'on ne puisse parfaitement apprécier l'état de tous les organes. Il n'existe au dehors aucune trace de violences. Les organes génitaux externes, que la putréfaction a envahi, ne sont le siège d'aucune lésion appréciable. Il n'en est pas de même l'mtérieur.
La matrice a le volume d'une orange de moyenne grosseur. Son tissu est ramolli; la cavité, remplie d'une matière noirâtre putride, est tapissée vers le fond de l'organe par des débris de placenta fongueux et en partie décomposés. Le col est largement ouvert et laisse écouler une sanie putride. Il ne présente du reste, non plus que le corps de l'utérus, ni piqiire, ni perforation.
De nombreuses adhérences de formation récente unissent l'utérus et ses annexes aux portions d'intestins qui les avoisinent. Du pus floconneux et mal lié forme dans le petit bassin un épanchement considérable.
Les autres organes sont à l'état normal. L'estomac est complètement vide; il n'est d'ailleurs, de même que les intestins, le siège d'aucune inflammation d'aucune lésion quelconque.
En résumé : 1° La fille A. B... a succombé à une inflammation suraiguo de la matrice et du péritoine, consécutive à un avortement.
2° L'avortement a eu lieu à une époque qui correspondait au moins à deux mois et demi ou trois mois de gestation, et non pas seulement à six semaines.
5° L'étendue des désordres, la violence et la nature de l'inflammation, rapprochées de l'époque peu avancée delà grossesse, ne permettent pas de rapporter l'avortement à une cause naturelle ou simplement accidentelle.
4° Des manœuvres telles que celles qui ont été attribuées au docteur L., et qui auraient consisté dans l'introduction k l'intérieur de la matrice d'un
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
corps étranger quelconque, même du doigt seul, étaient parfaitement de nature à produire ravortement.
5' Les remèdes administrés, les bains de siège, les sangsues, les sinapismes ne doivent être considérés que comme des moyens très-secondaires, et destinés à préparer ou à faire attendre Topération véritablement abortive, due aux manœuvres directes qui seules ont pu déterminer les désordres consécutifs auxquels doit être attribuée la mort.
Obs. XXX. — Avortement provoqué à Vaide d'une injection intra-utérine. — Perforation des membranes par la canule. — Enfant né vivant.— Infanticide.
Le 14 août 1862, la fille E. B.., enceinte de plus de six mois et qui avait déjà fait plusieurs démarches pour obtenir des breuvages abortifs, se rendit avec le père de son enfant à Paris sous prétexte d'assister à la fête du 15. Ils arrivèrent à dix heures du soir, ils couchèrent dans un hôtel aux environs de la gare du chemin de fer. Le lendemain matin, ils allèrent chez leur beau-frère, qui les conduisit le 16 chez la femme B... reçue nouvellement sage-femme. Celle-ci leur donna rendez-vous pour le lendemain matin, à neuf heures, chez la fille R.., qui depuis de longues années exerce la profession de sage-femme; ils s'y trouvèrent tous les trois à l'heure qu'avait indiquée la femme B...
La fille R.. exigeait trois cents francs pour faire l'opération. Les hommes sortirent pour se procurer les cent cinquante francs qui, sur les trois cents francs, devaient être payés d'avance, et laissèrent E.,, chez la fille R..., où était aussi la femme B...
Alors la fille R... ayant fait coucher E... sur le dos, les jambes hors du lit, lui introduisit plusieurs fois un instrument en fer dans les parties sexuelles où elle lui fit ensuite des injections d'eau tiède avec une seringue que la fille R... a remplie après qu'elle eut été vidée; ces opérations n'amenèrent d'abord aucun résultat: la fille R... les recommença dans l'après-midi. Cette fois, au bout de quelque temps, elle diV.Çay est, je crois que ça tj est. La poche des eaux avait été percée et une certaine quantité de liquide était tombée à terre.
E. B... et lafemme B..., se retirèrent alors, pour aller chez cette dernière attendre l'avortement qui devait être l'effet nécessaire des opérations auxquelles E... venait de se soumettre.
Le lendemain 18 août, E... sentit les premières douleurs de l'accouchement provoquées parles manœuvres abortives pratiquées sur elle. Le 19, dès le matin, les douleurs devinrent plus vives. La femme B..., d'après les instructions qu'elle déclare avoir reçues à l'avance de la fille R fit prendre iilors à E..., en une demi-heure, deux doses, chacune de 5 grammes, de seigle ergoté. Vers midi, celte fille, a qui la douleur arrachait des cris que la femme B... lui disait de comprimer en la menaçant de la laisser seule SI elle cnail de nouveau, mit au jour un enfant du sexe féminin. Cet en-
Tant était vivant, il avait des cheveux et des ongles. La femme B.., après avoir reçu l'enfant, l'avoir lavé et endoyé, le plaça dans le lit à côté de sa mère. Celle-ci déclara que l'enfant ayant alors crié, la femme B... l'a retiré ^ du lit et Ta mis dans le bas d'une armoire afin que Ton n'entendît pas ses cris, qui ont cessé peu de temps après. L'enfant est mort une heure et demie ou deux heures après sa naissance, sans avoir reçu les soins qu'exigeait sa situation, ni de sa mère qui était hors d'état de les lui donner, ni de la femme B... Ledocteur P.., aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle, qui s'occupe de recherches scientifiques sur les fœtus et chez qui, en son absence, la femme B.., sur l'indication de la fille R,., avait aussitôt porté le cadavre de l'enfant, qu'il a renvoyé chez la fille R... après l'avoir vu, a déclaré qu'à cette simple vue, il avait pensé que l'enfant était né viable ; un autre homme de l'art, entendu dans l'instruction, a émis l'opinion qu'il avait dù venir au monde après six mois et demi de gestation. La fille R... a jeté le cadavre;dans la Seine, auprès de la Morgue, après qu'il eut été renvoyé par le docteur P...
Obs. XXXI. — Avortement par injection intra-utérine.
La fille H..., visitée par moi le 2 février 1857, s'était soumise à des manœuvres abortives, consistant en une injection faite au moyen d'une seringue à canule recourbée remplie d'eau de savon, mélangée d'une poudre l)lanche. Elle était debout, et avait éprouvé une sensation de liquide montant dans l'intérieur du corps. Un écoulement immédiat de quelques gouttes de sang; des coliques survenant promptement; enfin la délivrance après ijuatorze heures ; telles furent les suites de l'opération, qui détermina ultérieurement une métrite chronique avec engorgement considérable et écoulement leucorrhéique.
1° La fille H... porte les traces d'une grossesse qui peut remonter à l'époque du mois d'avril dernier et qui paraît avoir été interrompue vers le milieu de son cours.
2° Il est impossible de constater des traces positives des manœuvres abortives qui ont pu provoquer l'accouchement prématuré ; mais il est permis d'affirmer que des manœuvres semblables à celles que décrit cette femme auraient pu produire des lésions exactement pareilles à celles dont la matrice est actuellement atteinte.
3° Les détails donnés par l'accusée offrent d'ailleurs un caractère de parfaite exactitude.
A" L'eau de savon et la poudre blanche inconnue n'ont pas dù ajouter aux effets de l'injection»
Obs. XXXIL — Avortement provoqué par une injection inlra-utéi'ine, — Métro-péritonite aiguë.
Le 20 novembre 1858, je fus chargé de visiter, à l'hôpital Beaujon, la lille M... Je la trouvai au lit, dans un état qui n'était pas sans gravité.
OBSEiiVAT JOINS ET EXPERTISES .
Une pâleur de cire, les traits contractés, la respiration courte et oppressée, la peau sèche et brûlante, le pouls petit et très-fréquent; les idées sont nettes, mais ne peuvent être rassemblées et exprimées sans fatigue; le ventre est très-tendre, ballonné et douloureux; il existe surtout dans le flanc droit un point où la sensibilité est très-vive et ne permet pas la plus légère palpation; des lochies sanglantes s'écoulent par la vulve.
Elle était enceinte pour la seconde fois de deux mois et demi environ, lorsque, le 19 novembre, elle se rendit à dix heures du matin chez une sage-femme. Elle se plaça sur le bord d'un canapé et la sage-femme lui introduisit profondément dans les parties une petite seringue avec laquelle elle fit une injection. Cette opération ne détermina qu'une douleur trèsmodérée; elle put se rendre à pied chez elle, de la rue Saint-Roch à la rue Miromesnil. Dès ce moment, la douleur qu'elle avait ressentie se fixa dans le côté droit, qu'elle n'a plus quitté. Dans l'après-midi, une perte se déclara; elle se mit au lit, et à quatre heures du matin, dix-huit heures après l'opération, elle fut délivrée par l'expulsion brusque du fœtus que nous avons examiné; mais son état alla en s'aggravant. Outre la perte de sang, qui fut assez considérable, la douleur augmenta au point de devenir intolérable; la fièvre survint, et lorsque, trois jours après, elle se fit transporter à l'hôpital, elle était mourante.
1° La fille M... est actuellement grièvement malade des suites d'un avortement qui remonte à huit jours.
2° La nature des accidents qu'elle éprouve, rapprochée des détails qu'elle nous a donnés elle-même, ne permettent pas de douter que cet avortement n'ait été provoqué par des manoeuvres directes qui ont pu consister, comme le déclare la fdle M..., en une simple injection faite dans l'intérieur de la matrice.
3° La grossesse remontait à trois mois, ainsi que le prouve le développe ment du produit expulsé.
4° Le fœtus, dont nous avons examiné le cadavre, ne porte aucune trace de blessure directe ou de lésion quelconque, mais n'en provient pas moins de V avortement provoqué.
Obs. XXXIIL — Avortement provoqué à six semaines à Vaide d'une injection intra-utérine. — Mort au bout d'un mois. — Objets saisis chez la sage- femme accusée.
Vefs le milieu d'avril 1860, la fille T..., enceinte de six seraainesi s'adressa, pour se faire avorter, à une sage-femme qui, moyennant quatrevingts francs, lui donna un lavement dans les parties sexuelles à l'aidé d'une seringue à injection. La délivrance eut lieu dans la nuit, l'opération ayant été pratiquée vers neuf heures du soir.
■le procédai à la visite de cette fille, à l'hôpital Lariboisière : le 15 mars. Elle était au lit, très-malade; le visage, pâle et amaigri, exprimait les plus Vives souflrances. En proie à une fièvre ardente, le pouls très-petit et d'une
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALL SUR l'aVOHTKMEKÏ.
excessive fréquence; le siège du mal est dans le bas-ventre, qui est trèsdouloureux et supporte à peine le moindre contact. Les symptômes sont ceux d'une péritonite tendant à devenir chronique. Cet état, d'une extrême gravité, présage une mort proclianie. Cette fille succombe, en effet, trois jours après.
A Tautopsie, je constate une extrême maigreur du cadavre. Les lésions sont limitées au petit bassin. Tous les organes agglutinés adhèrent entre eux par des fausses membranes épaisses, grisâtres, qui unissent la matrice, ses annexes et les anses d'intestin les plus voisines. L'utérus, revenu sur lui-même, plus développé cependant qu'à l'état normal, est manifestement le point de départ des accidents inflammatoires, bien qu'il n'y ail ni déchirure ni perforation. Les ovaires sont tuméfiés et ramollis. Les organes de la poitrine sont parfaitement sains ; nulle part on ne rencontre de tubercules ni de cancer.
Un très-grand nombre d'objets saisis chez la sage-femme furent soumis à mon examen.
Conclmions : 1° La fille T..., dont j'ai constaté l'état de maladie dans les derniers jours de sa vie, a succombé à une inflammation subaiguë de la matrice et du péritoine.
2° Cette maladie, qui remontait à un mois environ, était la conséquence d'un avortement provoqué par une manœuvre directe exercée sur la matrice.
3° Les moyens annoncés par la fille T..., c'est-à-dire une injection faite à l'intérieur de l'utérus dans les circonstances qu'elle relate, ont pu produire Tavortement au bout de quelques heures et être l'origine des accidents et des désordres qui ont fait périr la fille T....
4° Les objets saisis au domicile delà sage-femme comprennent un grand nombre de médicaments, soit purgatifs, soit astringents, soit toniques, qui peuvent être employés d'une manière inoffensive h l'usage de la pensionnaire et pour combattre les maladies qui compliquent la grossesse ou suivent l'accouchement.
5° Une seule des substances médicamenteuses, l'ergot de seigle, peut servir à favoriser la terminaison de l'avortement provoqué et ne doit pas être conservé en provision par une sage-femme
6° Certains instruments figurant parmi les objets saisis, notamment les sondes de femme, lancettes, irrigateurs, sont d'un usage constant et trèslégitime entre les mains d'une sage-femme.
7° La longue canule d'étiiin ajoutée à la seringue et l'hystéromètre sont des instruments qui figurent au premier rang dans la pratique criminelle de l'avortement. (L'hystéromètre, notamment, est un instrument trèsdangereux destiné à mesurer les dimensions intérieures de la matrice, mais dont l usage peut avoir pour effet de déterminer l'avortement et ne saurait, dans aucun cas, être laissé en la possession des sages-femmes.)
OBSliRVATIONS ET EXPERTISES.
Obs. XXXIV. — Avortement provoqué par une injection intra-utérine. — Métro-péritonite. — Mort. — Objets saisis chez la sage-femme accusée.
L'autopsie que je fis à la Morgue, le 5 décembre 1859, de la fille C..., me fit constater, sur le cadavre de cette jeune femme bien conformée, des traces de sangsues et de l'onguent mercuriel appliqués sur l'abdomen ; dans le ventre, un épanchement très-considérable de pus floconneux et des adhérences nombreuses qui unissaient entre elles les anses intestinales. L'inflammation est surtout marquée autour de la matrice, qui est enveloppée de fausses membranes et semble perdue dans le foyer d'un vaste abcès. Son volume est un peu augmenté ; les parois épaissies et infiltrées de pus, surtout au niveau de la partie postérieure du col, où Ton voit une infiltration de sang coagulé et un ramollissement qui sont l'indice d'une violence directe. A l'intérieur, la matrice renferme un débris de placenta.
L'estomac et les intestins sont presque vides, dans aucun point ils n'offrent ni infiltration sanguine, ni ulcération, ni perforation. Les autres organes sont à l'état normal.
La fille C... a succombé à une inflammation provoquée delà matrice et du péritoine.
Cette maladie, nécessairement mortelle, a été déterminée par une lésion directe de la matrice destinée à provoquer l'avortement, qui a eu lieu à six semaines ou deux mois de grossesse. Le temps qu'a duré la maladie ne permet pas de rechercher les traces d'un breuvage abortif qui a pu être employé pour bâter les effets des manœuvres opérées sur la matrice.
Les objets saisis chez la sage-femme inculpée comprennent des herbes, un liquide et une seringue.
1° Saponaire et fumeterre, plantes médicinales fréquemment employées comme dépuratives, surtout dans le traitement des maladies des iemmes ;
2" Seringue de un quart de litre; canule très-longue, très-pointue, en étain, de forme droite insolite, qui a pu être introduite dans la matrice et y produire les lésions constatées sur la fille C... Cette seringue a pu concourir doublement à la production de l'avortement, et comme instrument d'impulsion et comme tige aiguë et rigide ayant lésé l'utérus;
.")" Liquide coulcnu dans la fiole (l'iO grammes), de couleur lie de vin^ troub e, pulvérulent; fillré et évajioré, il dépose delà poudre d'ergot et de quinquina. Ce mélange a du être injecté dans la matrice, car il en restait de tout semblable dans la seringue. 11 pouvait, du reste, quelles qu'aient été sa nature et sa composition, déterminer l'avortement.
T.\!\Wt:iI, AVORT.
ÉTUDE MÉDIC;0-LÉGAI>i: SUR l'avORTEMENT.
IV. — ATOi'tenicntM i>i-ovo<|iié!4 par nianœuvrcH «lirccf es, compliquées de lilossiii'eiîi et «lo perrorutionH «le lu matrice.
Obs. XXXV. — Avortemenl provoqué à cinq mois par manœuvres directes. — Blessure de la matrice. — Mor/. (1).
En 1781, comparut devant le tribunal de Durliam une accoucheuse du nom de Ms. Tiiickler, accusée d'avoir fait périr une femme appelée Jeanne Parkingson en lui introduisant dans l'utérus une baguette de bois. Cette femme, durant sa maladie, avait déclaré que, enceinte de cinq ou six mois, elle avait cédé aux conseils du père de son enfant, qui l'avait engagée à aller trouver la sage-femirie pour savoir de quelle manière elle pouvait être débarrassée. L'opération, à laquelle elle s'était soumise, avait en effet amené l'expulsion du fœtus vivant, mais avait été promptenient suivie de la mort de la mère. Les chirurgiens appelés à examiner le cadavre constataient que la mort était le résultat des violences à l'aide desquelles avait été provoqué l'avortement, et dont ils trouvaient la trace dans les nombreuses déchirures et perlorations faites à la matrice par les fragments de bois qui j avaient été introduits, et qui avaient déterminé une inflammation gangreneuse.
Obs. XXXVI. — Avortement provoqué à trois mois. — Perforation de la matrice sans issue du fœtus. — Métro -péritonite rapidement mortelle [2).
Une jeime fille, âgée de vingt-deux ans, enceinte de trois mois, se rend chez une sage-femme qui lui introduit dans les parties un instrument très-aigu. Au moment où celui-ci a pénétre profondément, elle ressent une violente douleur dans le ventre. Un peu de sang s'écoule, et les souffrances augmentant, elle est obligée de passer la nuit chez cette sage-femme, qui la ramène le lendemain matin à son domicile, où elle l'abandonne. Les douleurs vont en augmentant rapidement, et malgré le traitement le plus énergique, la mort survient le quatrième jour. — A l'autopsie, on trouve une péritonite très-aiguë, dont le principal foyer est concentré autour de la matrice. Celle-ci contient un fœlus enveloppé de ses membranes intactes et non enflammées, et des eaux de l'amnios restées limpides. Dans l'épaisseur des parois du col on découvre une perforation étroite qui se prolonge en haut et en arrière jusqu'à 6 centimètres environ, et s'ouvre à la partie postérieure de l'utérus. La surface de la plaie fistuleuse était noire, mais le tissu environnant était sain. 1 n'y avait aucune trace de caillot sanguin. L'œuf n'avait pas été intéressé
(1) Smilh, Médec. lég., p. T>29, cité par Sglingenlierg, loc. cit., p. 67.
(2) Oilivier (d'Angers), mémoire cité.
OBSERVATIO>S ET EXPERTJSKS.
Obs. XXXVIl. — Avortement provoque à quatre mois rt. demi. ■■- Perforation de la matrice. — 3!ort (1).
Marie S..., âgée de vingt-six ans, enceinte de quatre mois et demi, se rend chez un officier de santé, le mardi 24 février 1835, à dix heures du matin, avec toutes les apparences de la meilleure santé. Elle prend le même jour, à quatre heures du soir, un bain; un second le lendemain, à onze heures du matin, et vers deux heures, elle subit une opération tendant à déterminer l'avortement. Elle succombe trente heures après, dans la soirée du 26. On trouve à l'autopsie le col de la matrice dilacéré ; au fond de l'utérus, une ouverture de 4 à 5 centimètres d'étendue dans laquelle sont engagés des débris de placenta. Enfin, dans le péritoine, un vaste épanchement de sang en partie coagulé et des signes d'inflammation commençante.
Obs. XXXVni. — Avortement provoqué 'par manœuvres directes. — Blessure de la matrice. — Mort.
Nous avons reçu mission, le 16 décembre 1850, de procéder, de concert avec M. le docteur Ivan, à l'autopsie d'une fille de dix-huit ans, chez laquelle nous avons trouvé les désordres suivants :
Putréfaction avancée, principalement sur le ventre. Pas de traces extérieures de violences.
Ventre très-tuméfié. Péritonite, Épiploons très-injectés, noirâtres. Fausses membranes. Épanchement sanieux dans le bassin. Estomac contenant du sang décomposé. Pas d'inflammation intestinale.
Matrice grosse comme la tête d'un fœtus de six à sept mois ; sanie trèsfétide accumulée dans sa cavité. Col raraolb', tuméfié, verdâtre. Vers l'angle gauche de l'orifice, déchirure qui se prolonge jusque dans Pépaisseur du col et jusqu'au corps de l'organe. Intérieur de la cavité enflammé à un moindre degré que le col ; débris de placenta au fond. Lait dans les seins.
Poumons très-congestionnés. RamoUissement putride.
En résumé, cette femme avait succombé à une métro-péritonite suraiguë, suite d'un avortement.
L'existence d'une déchirure au col et la violence de Pinflammation, beaucoup plus grande dans le col que dans le corps, démontraient d'une manière presque certaine que l'avortement avait été provoqué par des manœuvres directes, et notamment par une piqûre fiiite à la matrice.
La grossesse de la fille M... pouvait être parvenue au troisième ou quatrième mois, et l'avortement pouvait remonter à dix ou quinze jours au plus.
(1) Devergie, loc. cit.
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SLR l' AVOUTEMENT.
Obs. XXXIX. — Avortement. provoqué par manœuvres directes. — Blessure de la matrice. — Hémorrhagie. — Mort.
' Une sage-femme de Paris a été traduite devant la Cour d'assises de h Seine, et condamnée le 15 juillet 1853, dans les circonstances suivantes ;
La jeune 0. M... passait pour avoir des mœurs relâchées. Au mois de janvier, le bruit de sa grossesse se répandit dans son village. Le 9 février^ elle se rendit à Paris à Tinsu de sa mère. Dès le lendemain, elle écrivait à sa sœur qu'elle était malade, et elle la priait de lui envoyer des vêtements sous un nom supposé. Le 12, au soir, 0. revenait ; elle avait l'air souffrant. Dès le lendemain, elle était piise d'une hémorrhagie considérable, suivie d'une fausse couche, et elle se délivrait d'un fœtus de trois ou quatre mois. Bientôt les accidents devenaient [)lus graves, et, malgré les soins du médecin, la jeune fille périssait d'hémorrhagie, le 18 février, au bout de six jours de maladie. Près de ses derniers moments, elle se décida à révéler à sa mère et au médecin les causes de son mnl, qui n'étaient pas douteuses pour un homme de Part. Le 9 février, 0. était allée à Paris chez la fille M..., qui avait habité Ris, et dont l'enfant était sa filleule. La fille M... l'avait conduite chez une sage-femme, qui, pour 100 francs, avait consenti à l'opérer. Cette femme hii avait introduit dans la partie un instrument qui lui avait causé une vive douleur; elle lui avait ensuite ordonné une longue promenade suivie d'un bain chaud.
L'autopsie du cadavre de la victime a fait retrouver les traces de cette opération; les médecins otit constaté deux déchirures dans le trajet du col de l'utérus, c'est-à-dire des traces du passage d'un instrument ATilncrant dirigé dans la cavité utérine.
Dès lors il était certain que des manœuvres et violences ahortive.'^ avaient été pratiquées sur la personne d'O. M..., et que les blessures résultant de ces violences avaient occasionné par l'hémorrhagie la mort de cette jeune fille.
Obs. XL. — Avortement tenté par manœuvres directes. — Blessure de la matrice et de l'artère iliaque interne. — Hémorrhagie mortelle{i).
Une femme âgée de trente-six ans, enceinte de six mois, s'adresse à un charlatan qui, sur sa demande, se mit en devoir de la faire avorter, et pratiqua une opération qui, au bout de douze heures, était suivie de la mort delà patiente et amenait cet homme devant la justice. L'autopsie, à laquelle procédèrent quatre médecins, permit de constater les faits suivants : le cadavre est exsangue ; la cavité abdominale renferme une énorme quantité de sang en partie coagulé ; la paroi postérieure de l'utérus offrait une ouverture du diamètre d'une sonde ordinaire, qui s'étendait jusqu'il
[i] Docteur Rnynurd, Americ. Journal ofthe med. sciences, 1853, p. 77.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
Tartère iliaque interne du côté droit, qui était elle-même perforée un peu au-dessous de son origine. L'ouverture du vaisseau aurait pu admettre une plume d'oie ; trois autres piqûres existaient à travers Tutérus, dans une direction à peu près semblable. Toutes les quatre avaient leur point de départ au col de Tutérus, de sorte qu'un stylet, introduit dans le vagin, en suivait très-aisément le trajet. Malgré leur multiplicité, aucune de ces ponctions n'avait atteint l'œuf. Les membranes étaient intactes, ainsi que le fœtus.
Obs. XLl. — Avortement provoqué à Vaide d'une aiguille introduite dans la matrice. — Perforation de la matrice. — Guérison [i).
Froriep rapporte l'histoire d'une femme qui, s'étant introduit une aiguille dans la matrice, afin de se faire avorter, ne put retirer cet instrument. Au bout de quelques semaines, un abcès se forma dans la région de l'aine, et donna issue à ce corps étranger, dont la femme fut ainsi délivrée sans accidents sérieux. Ce fait, si heureusement terminé, peut être, malgré le résultat différent, rapproché de celui qui précède.
Obs. XLII. — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Blessure de la matrice suivie de mort.
La fille A. V... a succombé, en décembre 1858, après quinze jours d'une maladie consécutive, à une fausse couche caractérisée par de violentes douleurs dans le ventre avec perte de sang et symptômes de plus «n plus graves d'une inflammation de la matrice. L'autopsie a révélé des lésions qui de cet organe s'étaient étendues au péritoine et sur lesquelles nous aurons à revenir. L'accident auquel la fille V... a cherché à attribuer sa fausse couche, c'est-à-dire une chute faite dans un escalier, n'a été vérifié par aucun témoignage, ni par aucune constatation faite sur le cadavre. D'ailleurs, il est une remarque décisive, c'est qu'à l'époque 'a laquelle était arrivée la grossesse de cette fille, deux mois environ, si une chute peut déterminer la fausse couche, elle ne peut, dans aucun cas, attemdre et léser la matrice, dont le volume est encore très-peu considérable, et y déterminer les désordres que nous avons nous-même reconnus. Il n'y a pas à s'étonner que le produit de la conception n'ait pas été retrouvé par les personnes qui ont assisté la fille V... La délivrance a dû suivre de très-près l'opération, qui a dû provoquer l'avortement, et cette mie n a pris le lit et n'a appelé du secours que lorsque les accidents inllammatoires consécutifs à l'avortement se sont développés et ne lui ont plus permis de résister.
L examen direct des organes extraits du cadavre confirme pleinement ces
vV ^f°"^P' ^otizen aus dem Gebieie der Natur und lleilkunde, Weimar, t. VI, n« 18; cité par bliiigenber, loc. cit., p. 68.
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SUH l'aVOIITEMENT.
premières données. Il nous sera permis de faire remarquer que si nous n'avons pas procédé à l'autopsie complète, nous avons eu sous les yeux la matrice et ses annexes, siège de lésions caractéristiques; une observation jmursuivie plus loin dans la profondeur du tissu montre d'une manière plus évidente encore, Ks altérations qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'origine et la nature des violences auxquelles a succombé la fille V...
En effet, l'utérus, dont le volume répond à une grossesse de deux mois environ, présente vers l'angle droit de la lèvre antérieure du col une piqûre qui pénètre dans l'épaisseur du tissu de la matrice et vient s'ouvrir, après un trajet de 4 centimètres, à l'intérieur de l'organe. Il est très-facile de suivre l'instrument vulnérant, dont le passage est marqué par un caillot (le sang altéré qui adhère à la paroi du tissu utérin traversé. Cette blessure, cette plaie intérieure a été le point de départ d'une inflammation aiguë qui s'est terminée par la formation d'un abcès et par la tension du foyer purulent dans la substance même de la matrice et jusque dans les ligaments et les annexes de cet organe.
En résumé, 1° la fille V... a succombé à une inflammation aiguë de la matrice consécutive à un avortement ;
2° L'avortement a été provoqué par des manœuvres directes qui ont consisté dans l'introduction d'un instrument piquant qui a perloré la matrice et amené le désordre profond dont la mort a été la conséquence;
3° Il est absolument impossible d'attribuer à une chute accidentelle les lésions tout à fait caractéristiques que nous avons constatées à la matrice.
Obs. XLIII. — Avortement criminel. — Perforation de la matrice attribuée par Vaccusée à une rupture spontanée. — Discussion du Mémoire présenté par la défense.
Au mois de février 1857, la cour d'assises du département de l'Aisne jugeait et condamnait, pour crime d'avortement, un médecin de Saint- Quentin, que son âge et son titre de docteur n'avaient pas préservé de l'infamie. Sa défense, habile autant qu'audacieuse, souleva, pendant l'instruction d'abord, puis devant le jury, la discussion la plus vive et la plus intéressante à laquelle il m'ait été donné de prendre part, et dans laquelle j'ai eu l'avantage de me sentir soutenu par les efforts unanimes de cinq confrères honorables de Saint-Quentin, MM. Cordier, Cattiau, Blin, Doublet et Lobgeois, qui m'aidèrent à faire partager à la justice notre conviction. Je reproduis ici, comme résumant très-exactement la question débattue dans celte déplorable affaire, le Mémoire que je rédigeai quelques jours avant les débats en réponse à celui de l'accusé.
En l'absence de renseignements précis sur les circonstances qui ont précédé et suivi l'avortement de la dame G..., les constatations anatomiques faites sur le cadavre formeront l'unique base de notre jugement et nous-
ODSEUVATlO^iS ]:T EXPEKTISES.
serviront à contrôler les assertions contenues dans leMémoire justificatif du docteur F...
Quant au récit qu'il donne de la marche et de la nature des symptômes observés soit avant, soit après la fausse couche, nous n'avons aucun moyen d'en apprécier la véracité, et nous n'en tiendrons compte que sous toute réserve.
De ces derniers renseignements il résulte que la femme C... a succombé, le 27 octobre dernier, vers minuit, après avoir fait, le 25 au soir, une fausse couche à deux ou trois mois de grossesse ; et qu'à l'autopsie on a trouve dans la matrice et dans la cavité abdominale des désordres profonds auxquels la mort doit être attribuée.
Que cette femme ait fait déjà d'autres fausses couches, que durant cette dernière grossesse elle ait éprouvé divers accidents, chute dans un escalier, choc contre un meuble, ou enfin qu'elle ait eu recours à différents moyens réputés propres à rappeler la menstruation, tels que applications de sangsues, bains de siège, ce sont là des circonstances dont la réalité ne nous est pas démontrée, mais qui, dans tous les cas, ne sont que secondaires en présence des lésions constatées par l'autopsie.
Celles-ci sont tout à fait caractéristiques, et il importe de les rappeler succinctement.
Le péritoine est le siège d'une inflammation presque générale et des plus intenses, caractérisée par la production de fausses membranes étendues, de pus épanché à la surface de l'épiploon et entre les anses intestinales. — Du sang altéré baigne les organes contenus dans le petit bassin. — La matrice, qui ne renferme que quelques débris du placenta et qui offre tous les caractères d'une récente délivrance, est perforée vers le fond de sa cavité. Les bords de l'ouverture sont noirâtres, ])ulpeux et inégaux; le tissu qui l'entoure, à une distance de 2 centimètres environ, est aminci et ramolli superficiellement ; mais, au delà, la texture de 1 organe n'est nullement altérée.
Les honorables experts qui ont procédé à l'autopsie ont conclu que ces lésions, consécutives à un avortement, étaient la cause de la mort; et qu'elles avaient été elles-mêmes produites par des manœuvres directes exercées sur la matrice et notamment par l'introduction violente d'une tige métallique; se refusant ainsi à admettre que la perforation qu'ils avaient constatée au fond de la matrice eût pu survenir spontanément.
C'est précisément contre cette interprétation des désordres existant sur le cadavi e de la femme C... que l'inculpé s'est efforcé de lutter en cherchant à en donner une explication différente; et c'est entre les deux systèmes que je suis apjielé moi-même à me prononcer.
Je ne crois pas devoir suivre l'inculpé dans les explications personnelles par lesquelles il cherche à prouver que, si l'avortemcnt a été provoqué, il n en est pas l auteur. Je ferai remarquer seulement ce qu'il y a de contradictoire dans ces explications qui admettent, d'un côté, la réalité de l'avor- , tcment provoqué, tandis que, de l'autre, le sieur F... fait tous ses efforts
KTUDE MÉDICO-LÉGALE SUH l'aVORTEMENT.
pour démontrer qu'il n'y a pas eu avortement. Je ne relèverai pas l'insinuation par liiquellc il essaye de faire croire qu'un coup de scalpel maladroitement dirigé aurait pu perforer la matrice au moment de l'examen cadavérique. Si rincuipé avait cru sincèrement à la possibilité de cet accident, que contredisent formellement les caractères de la perforation, si nettement et si explicitement consignés dans le rapport, il ne se serait apparemment pas donné la peine de poser et de discuter la thèse d'une perforation spontanée.
C'est donc cette seconde partie de son Mémoire justificatif que je me bornerai à examiner, en comparant les assertions qu'elle renferme avec les données positives de l'autopsie, qui, mieux qu'une argumentation théorique, peuvent éclairer le cas particulier qu'il s'agit de juger.
L'hypothèse à laquelle se rattache l'inculpé peut être exactement résumée en ces termes : La femme C... est morte d'une métro- péritonite, six jours après Tavortement, et d'une rupture de l'utérus arrivée une heure avant qu'elle succombât, et parfaitement indiquée par le cri perçant et la syncope, sur lesquels a insisté le professeur Dé&ormeaux. Cette rupture elle-même serait le résultat d'une inflammation et d'une gangrène, déterminées par une forte contusion qui aurait eu lieu sur la matrice à une certaine époque de la grossesse.
Il n'est pas une seule de ces propositions qui ne soit en contradietion formelle avec les données générales de la science et avec les circonstances les m eux établies du fait dont il s'agit.
L'inculpé a bien compris que l'on ne pourrait se contenter d'attribuer l'avortement de la femme C. .. à une cause naturelle, telle que la prédisposition, ou l'état d'affaiblissement de la constitution, ou encore une émotion morale. Une simple fausse couche ordinaire n'amène pas ces accidents terribles et ces désordres si étendus et si profonds. C'est pourquoi il a invoqué une violence extérieure, ime chute, un choc. Mais alors même qu'il serait démontré que la femme C... est tombée de sa chaise ou s'est heurtée contre un meuble, ce n'est pas à l'époque peu avancée où elle était de sa grossesse que la matrice peut être atteinte, dans de telles circonstances, par une contusion assez forte pour déterminer une inflammation et une <lésorganisation du tissu de l'organe. Les cas dans lesquels une violence extérieure directe a pu agir sur la matrice et en amener la rupture diffèrent essentiellement de celui-ci, soit par le développement plus considérable que présentait la matrice, soit par l'énergie plus grande de la cause vulnérante.
Dans l'hypothèse de l'inculpé, on a vu que la rupture ne serait survenue qu'au dei'nier moment de la vie et consécutivement à l'inflammaliou de la matrice. C'est là le point capital de son argumentation ; et il insiste, pour le prouver, d'une part, sur le cri perçant qu'aurait poussé la femme C. quelques instants avant de mourir, et, d'une autre part, sur le temps qui s'est écoulé entre l'avortement et la mort.
Mais le cri et la syncope, auxquels le sieur F... paraît attacher tant
OBSKIWATIOINS KT EXPERTISES.
(l'importance, ont, dans les auteurs auxquels il emprunte ce caractère, une signification toute différente de celle qu'il leur attribue. C'est dans les cas de rupture subite survenant soit dans le travail, soit dans un état de santé apparente, que ces phénomènes, marquant le début des accidents, peuvent avoir une valeur pathognonionique, et non chez une femme atteinte depuis plusieurs jours d'une maladie mortelle et prête à rendre le dernier soupir. Ce n'est pas d'une syncope qu'il s'agit chez la malheureuse femme C..., mais des dernières douleurs de l'agonie.
Quant à l'objection tirée de la durée excessive qu'aurait eue la maladie à laquelle elle a succombé, elle ne mérite pas qu'on s'y arrête. Il est bon d'abord de faire remarquer que ce n'est ni six jours ni huit jours, comme le prétend, à quelques lignes de distance, l'auteur du Mémoire justificatif, que la femme C... a survécu à l'avortement, mais seulement quatre jours; car, d'après le propre récit de l'inculpé, délivrée dans la soirée du 23 octobre, elle n'existait plus le 27 à minuit, c'est-à-dire après quatre jours. Or, ce terme de quatre jours est précisément celui qui marque la limite dans laquelle est contenue le plus ordinairement la durée de la métropéritonite consécutive à l'avortement provoqué par des manœuvres directes, maladie qui dure en général, ainsi que je l'ai établi d'après le relevé d'un grand nombre de faits, d'un à quatre jours. En 1856, j'ai été appelé à procéder, dans l'un des grands hôpitaux de Paris, à l'autopsie d'une feumie qui avait succombé après quatre jours de maladie aux suites d'une perforation de la matrice résultant de violences abortives, qui offrait avec le cas de la femme C... la plus complète et la plus frappante analogie ; tandis que les deux exemples de blessures de la matrice cités par l'inculpé, par un coup de corne dans un cas, par une fourche dans l'autre, n'ont pas avec celui qui nous occupe le moindre rappoi t.
Mais il est d'autres preuves plus décisives encore à opposer aux assertions du sieur F... Elles résultent du caractère même des lésions si bien décrites dans le procès-verbal d'autopsie. L'aspect de la perforation, la couleur et la disposition de ses bords, la consistance des parties voisines, indiquaient de la manière la plus positive que la solution de contmuité n'était pas toute récente et n'avait pas précédé la mort de quelques instants seulement. La présence de sang altéré dans le bassin ajoute à cette démonstration, en prouvant que l'épanchement remonte à une époque assez éloignée déjà du moment de la terminaison funeste. Enlin, la généraUsation et l'intensité de rinllammation du péritoine constituent des caractères tout à fait propres à la péritonite par perforation, et ne permettent pas d'attribuer la présence du pus à la surface des intestins et de l'épiploon à d'autre cause qu'à la déchirure de l'utérus.
Il n'est donc pas douteux que celle-ci ait eu lieu au début même des accidents et en soit la cause déterminante : dès lors on ne peut l'expliquer que par une lésion directe de la matrice, et, comme l'ont pensé les experts, par l iritroduction d'un instrument vulnérant dans l'intérieur de i' organe ; car nous avons vu qu'une contusion extérieure n'avait pu atteindre
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SUR l'aVORTE.MENT.
la matrice au point de la désorganiser. Quant aux autres causes de rupture spontanée, qui ont pu être signalées d'une manière générale, il est à peine nécessaire de l'aire remarquer qu'elles s'appliquent toutes à des conditions tout autres que celles dans k-squelles s'est trouvée la femme C... C'est dans le travail d'un accouchement difficile, ou sous l'influence d'un trèsviolent effort, ou encore dans le cas d'une désorganisation générale de la matrice due à une maladie putride, que la perforation pourrait s'opérer spontanément. Ajoutons que l'état d'intégrité du tissu utérin exclut toute idée d'un travail morbide capable de favoriser la perforation.
En résumé, m'associant sans réserve aux conclusions des premiers experts, et répondant aux questions posées dans la commission rogatoire, je n'hésite pas à conclure que :
1° 11 est possible de distinguer les cas de rupture spontanée de la matrice des cas où cette lésion est occasionnée par des causes traumatiques ; et, en admettant comme exactes les constatations faites sur le cadavre de la dame C, il est permis d'affirmer que cette dame a succombé à une perforation de la matrice résultant de manœuvres abortives directes et à la péritonite aiguë qui en a été la suite.
2° On ne peut s'arrêter un seul instant à l'idée que la lésion observée soit le résultat d'un coup de scalpel porté par les médecins chargés de l'autopsie : cette lésion a eu lieu très-positivement pendant la vie.
3° Les circonstances indiquées par Tinculpé comme ayant pu déterminer, chez la dame G..., une fausse couche naturelle eussent été absolument impuissantes à produire les désordres qui ont été constatés sur le cadavre.
4» La nature, la marche et la durée des symptômes qui ont été observés chez la daraeC... sont, de même que les lésions trouvées dans les organes, caractéristiques d'un avortement provoqué par des manœuvres criminelles.
Obs. XLIV. — Perforation de la viatrice, suite de manœuvres ayant pour but de terminer violemment un accouchement à terme clandestin.
L'affaire dont je vais parler est plus horrible encore que celle qui précède. Il s'agit d'un père qui, après avoir abusé de sa fille pendant plusieurs années et l'avoir rendue cinq fois mère, en faisant chaque fois disparaître le fruit de l'inceste, l'aurait enfin fait périr elle-même en la délivrant violemment. Les graves questions de médecine légale que soulevait ce fait inouï m'ont été soumises concurremment avec M. le docteur P. Lorain.
Nous commencerons par résumer, d'après les déclarations recueillies dans l'instruction, les antécédents relatifs à la santé de la fille P..., et lea faits qui ont précédé, accompagné et suivi l'accouchement.
Depuis sept ans environ cette fille, qui était âgée de trente-neuf ans lors de son décès, était, au dire de sa sœur, dont le récit, empreint de la
OBSERVATIONS KT EXPERTISES
plus expressive naïveté, mérite d'être reproduit textuellement, « alti-inte d'une maladie qui lui faisait beaucoup grossir le ventre, et qui, vers la fin, lui donnait de fortes coliques. Cette nial;idie s'est renouvelée tous les dix ou onze mois. La première fois qu'elle fut malade, son ventre était énorme, ses jambes et ses bras étaient enflés, et une nuit, vers deux heures du matin, elle souffrait beaucoup ; elle se plaignait, disant : « Cela ne finira donc jamais, » puis tout d'un coup elle me dit : « Tiens, je sens quelque chose qui s'en va.» J'ai porté la main, j'ai senti que cela se balançait comme une vessie, puis cela s'est crevé et le lit a été inondé d'eau. » Tels étaient la marche et les symptômes de cette maladie singulière, qui s'est répétée avec la périodicité la plus frappante, et dans laquelle il est impossible de ne pas reconnaître l'évolution régulière de plusieurs grossesses et les premiers indices du travail de l'accouchement. Il convient d'ajouter que l'examen du col de la matrice nous a fait reconnaître des traces de déchirures anciennes qui démontrent l'existence de grossesses et d'accouchements répétés.
Pour ne parler que du dernier accouchement, celui qui a été suivi de la mort et sur lequel nous devons plus particulièrement donner des explications, aucune des phases qu'il a présentées n'est à négliger. Elles sont d'ailleurs retracées de la manière la plus nette et la plus précise dans la déposition remarquable de la sage-femme Combault.
Lorsque celle-ci a été appelée, dans la soirée du 4 mars dernier, les douleurs de l'enfantement, qui avaient paru depuis deux ou trois jours, étaient arrivées au dernier période, et le travail était assez avancé pour que, à travers le corps dilaté, la sage-feimne trouvât la tête au détroit inférieur, la poche des eaux bien formée et les membranes intactes. Il n'est pas douteux qu'à ce moment la délivrance fût imminente et se fût accomplie rapiment si la poche eût été percée ; il est non moins constant qu'il n'y avait pas alors de déchirures de la matrice, puisque les eaux faisaient saillie à travers le canal largement dilaté et étaient encore contenues dans la poche régulièrement formée. D'ailleurs la fille P... n'éprouvait alors que les douleurs ordinaires de l'enfantement; elle pouvait descendre de son lit, aller prendre une chemise sur un meuble, et ne présentait, en un mot, aucun des terribles symptômes de la déchirure ou de la rupture de la matrice.
Huit heures plus tard, lorsque la sage-femme qui avait été éloignée revint, la scène avait complètement changé ; les traits de la fille P... étaient décomposés, les extrémités froides, le pouls presque insensible ; du côtide la matrice les choses étaient aussi dans une situation bien différente : l'accouchement, qui, la veille au soir, était sur le point de se terminer naturellement, n'avait pas eu lieu, et cependant on ne retrouvait plus la tetedc l'enfant au seuil en quelque sorte du bassin; elle était considérablement remontée, quoique les membranes fussent rompues. La faiblesse de la fille P... était telle, qu'immobile et sans voix, elle perdait à chaque instant connaissance. Quelques instants après elle expirait.
ÉÏL'DE MÉDICO-LKGALE SUR l'aVORTEMENT.
La cause de ce changement inattendu et de cotte mort si rapide a été révélée par Tautopsie, qui a permis de constater une lésion profonde de la matrice, sur laquelle nous avons dû fixer toute notre attention. En effet, la question qui nous est souniise a précisément pour objet de déterminer la véritable nature de cette lésion, et de reconnaître si elle est le résultat d'un accident en quelque sorte spontané du travail de l'accouchement, ou d'une manœuvre directe exercée sur la matrice dans le but d'opérer la délivrance violemment et contre toutes les règles par ime personne étrangère à l'art.
L'examen, que nous avons fait de concert, des organes extraits du cadavre de la fille P..., a pleinement confirmé les observations consignées dans le procès-verbal d'autopsie ; aussi, a|ii ès les iivoir rappelées succinctement, nous n'aurons ici qu'à en rechercher et à en démontrer la signification.
La matrice de la fille P.. . était déchirée, et l'enfant, parfaitement conformé et parvenu au terme de la vie intra-utérine, a passé dans le ventre à travers la déchirure. Celle-ci est située en arrière, au-dessus du col, transversale, d'une étendue de 12 à 15 centimètres, irrégulière, et à bords déchiquetés, présentant toute l'apparence d'une plaie par arrachement, des débris du tissu utérin étant en partie détachés. Nous constatons de la manière la plus positive que ce tissu n'est d'ailleurs nullement altéré, qu'il n'a subi aucun ramollissement morbide et n'offrait aucun changement dans sa texture qui pût l'exposer à se rompre. Il est à remarquer, en outre, que le col est notablement dilaté, et que son ouverture répond Irès-cxaclement aux constatations faites par la sage-femme Combault, c'est-à-du'e à un travail régulièrement commencé et déjà assez avancé; les membranes ont été trouvées, lors de l'autopsie, complètement rompues, preuve nouvelle du progrès qu'avait fait l'accouchement naturel.
Les caractères de cette lésion sont tellement tranchés, les circonstances dans lesquelles elle s'est produite sont si évidentes, qu'il suffit de les avoir exposées pour en faire apprécier les causes et la véritable nature. Cependant il ne saurait être inutile de l'aire ressortir les différences principales qui permettront de distinguer la déchirure de la matrice, observée chez la fille Victorine P..., des ruptures spontanées qui peuvent survenir durant le travail de l'accouchement.
Une première remarque ne doit pas être négligée, c'est que ces ruptures spontanées de la matrice constituent en réalité un accident fort rare, surtout chez une femme qui a eu plusieurs enfants. Les conditions dans lesquelles elles se produisent ont en outre quelque chose de caractéristique. Tantôt elles résultent d'une altération du tissu de l'organe, d'un ramollissement partiel qui rend la matrice facile à rompre sous un effort peu considérable ; rien de semblable n'existait chez la fille P... Tantôt, et c'est là le cas le plus commun, le lissu de l'utérus cède et se rompt pendant un travail dil'licile, lorsque le col ne se dilatant pas et l'ouverture naturelle par laquelle l'eulant doit sortir ne cédant pas, des contractions
OBSKHVATlOiNS lOT KXPERTISIJS.
énergiques, répétées, violentes, parviennent à sunnonler la résistance des parois de la matrice, les déchirent et chassent le produit de la conception dans le ventre au lieu de le pousser hors du sein de sa mère. C'est là le mécanisme nécessaire, essentiel des ruptures spontanées de l'utérus pendant l'accouchement. Mais si, au contraire, le travail se préparant naturellement, le col a subi une dilatiition suffisante pour que la poche des eaux fasse saillie au dehors ; si la tête de l'enfant, régulièrement engagée dans les voies naturelles, les a déjà parcourues presque tout entières, et se trouve descendue au détroit inférieur, qui ne comprend que c'est par cette issue facile et libre, et non par une rupture impossible, que sortira l'enfant, sous l'influence des contractions utérines? Or c'est précisément dans ces conditions que se trouvaient les organes de la fille P..., lorsque ont eu lieu les constatations si précises, et, nous ne craignons pas de le dire, si exactes de la sage-femme Combault. Tout se préparait chez elle pour une délivrance naturelle, que l'on pouvait regarder comme imminente, et, si le travail avait été un peu lent, ce qui paraît résulter de l'apparition de quelques douleurs, dans les deux ou trois jours qui ont précédé celui où elle a été examinée, il n'en est pas moins vrai que ce travail n'avait pas été stérile et avait amené une dilatation suffisante du col, la formation d'une poche des eaux et la descente de l'enfant jusqu'au détroit inférieur. Que l'on suppose à ce moment les contractions les plus énergiques, les plus désordonnées de la part de la matrice, celle-ci étant saine, exempte de toute lésion de tissu, l'enfant sera rapidement expulsé par les voies naturelles, la matrice ne se rompra pas.
Cependant cet enfant n'est pas sorti du sein de sa mère, on l'a retrouvé dans la cavité abdominale, dans une position qui indique qu'il se présentait, non dans une position tout à fait vicieuse, mais la tête un, peu déviée de la position la plus ordinaire. 11 n'est pas difficile de voir comment il avait pu ainsi changer de direction. Quelque dilaté qu'ait été le col utérin, quelque libres que se soient trouvées les voies naturelles, elles n'étaient ni aussi larges, ni aussi faciles que l'ouverture béante offerte par la déchirure de 15 centimètres faite à la paroi postérieure de la matrice. C'est par là que devait nécessaiiement passer l'enfant, au moment même où la déchirure s'est produite; mais, nous le répétons, celle-ci ne pouvait, chez la fille P.,,, se produire spontanément, l'intégrité du tissu de l'utérus, le progrès régulier du travail s'y opposaient d'une manière absolue.
Tout concourt ainsi à démontrer que la déchirure est le résultat d'un véritable arrachement : sa l'orme, son siège dans la partie la plus accessible à une main inhabile, ses bords irréguliers, déchiquetés, en partie détachés, son étendue lui assignent tous les caractères des plaies par arrachement, et viennent ainsi confirmer, en établissant sa nature, ce que nous avons dit de son origine. Des tractions opérées avec violence et précipitation pour saisir l'enfant, dans une intention que nous n'avons pas à
Ii2 ÉTUDE MIÎniCO-LÉGALE SUR l'aVORTEMENT.
l echercher, ont presque nécessairement dû amener cette déchirure de la matrice, par laquelle l'enfant devait forcément échapper d'une manière subite à la main inhabile ou criminelle qui voulait le saisir.
En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent, des constatations et de la discussion à laquelle nous nous sommes livrés, nous n'hésitons pas à conclure que :
1° Les prétendues maladies qu'aurait eues à cinq reprises la iille Victorine P..., et qui auraient présenté des caractères et une durée identiques, ne sont autre chose que des grossesses répétées et successives.
9° La mort de la fille P... est le résultat de la déchirure de la matrice.
5° Cette déchirure a été manifestement produite par des manœuvres directes et violentes opérées au dernier moment d'un accouchement qui était sur le point de se terminer d'une manière naturelle.
4° Elle ne saurait, dans aucun cas, être attribuée aune rupture spontanée de la matrice ou à une c;iuse accidentelle quelconque sun'enue pendant le travail.
Obs. XLV, — Perforation de la matrice par un instrument introduit pour provoquer Vavortement.
Ce dernier exemple, que je crois inutile de rapporter en détail, est celui auquel j'ai fait allusion dans la XLIll" observation. Il s'agit de la femme Froment, qui, au mois de décembre 1856, succomba à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. le docteur Béhier, quatre jours après un avoi tement provoqué par des manœuvres directes, vers le quatrième mois. Chargé de procéder à l'autopsie, je constatai une perforation de la matrice large comme une pièce de cinq francs environ, située sur le fond de l'organe, qui avait été traversé de part en part jjar la tige volumineuse et mousse d'un fera papillotes. La plaie de la matrice était le siège d'une violente inflammation avec infiltration de pus dans le tissu voisin, dont l'état contrastait avec l'intégrité des autres parties de l'utérus,
V< — ATOi'tementH provoqués par manœuvres directes. — Ulessures <iu fœtus.
Obs. XLVL — Avortement provoqué à six mois. — Piqûre sur la tête
du fœtus (1).
Le cadavre d'un enfant nouveau-né trouvé, dans le cimetière du Nord, et dont le développement est celui d'un enfant de six mois révolus, présente au sommet de la tête une plaie anguleuse d'un centimètre d'étendue,
[i] Oliivicr (d'Angers), mémoire cilé.
OBSERVATIONS ET EXI'KRTISICS.
à bords nettement arqués, paraissant laite par un instrument très-acéré, à lame triangulaire évidée sur l'une de ses faces, et traversant toute l'épaisseur de la plaie. Un épanchement de sang noir coagulé existe autour de la plaie. L'instrument vulnérant n'avait pas dépassé le tissu cellulaire sous-cutané.
Obs. XLVII. — Avortement provoqué à huit mois par manœuvre directe. — Blessure du fœtus à la tête (1).
Un enfant nouveau-né trouvé sur la voie publique, et parvenu au huitième mois de la vie intra-utérine, présentait, outre les signes de la mnrt par strangulation, une plaie située sur la ligne médiane, et à la partie moyenne de l'occipital, dirigée verticalement, longue de 8 millimètres, à bords très-nets, à angle supérieur aigu et inférieur obtus. La paroi osseuse a été traversée par l'instrument qui a pénétre jusque dans l'épaisseur du cervelet, et du sang coagulé est épanché à la surface du cerveau. — D'où l'expert, appelé k prononcer sur ce fait, conclut, avec raison, qu'il y a eu provocation de l'accouchement prématuré par la rupture de la poche des eaux, et leur écoulement au moyen d'un instrument piquant et tranchant, comme un bistouri droit, plongé dans la tète du fœtus.
Obs. XLVin. — Avortement provoqué à quatre mois par manœ.uvres directes. — Blessures du fœtus sur la poitrine et sur la tête (2).
Un fœtus, trouvé à Paris, dans un égout, et parvenu à quatre mois environ de la vie intra-utérine, présentait, d'une part, sur la peau du crâne, depuis le sommet jusqu'au niveau des vertèbre? cervicales, une incision très-nette, avec épanchement de sang sous les bords de la plaie; et d'une autre part, sur la partie antérieure de la poitrine, quatre incisions linéaires de 3 à 5 centimètres, Irès-nettes, dirigées obhquementde gauche à droite, et ayant les bords infiltrés de sang. — Bayard, chargé de l'autopsie, conclut que la forme particuHère des incisions indiquait qu'elles avaient été produites par un instrument qui, après avoir perforé les membranes amniotiques, avait glissé à plusieurs reprises sur la poitrine et sur la tête, en n'intéressant que la peau, sans doute à cause de la mobilité du fœtus!
Obs. XLIX. — Avortement provoqué par manœuvre directe. — Blessure
de la tête du fœtus.
Le 30 janvier 1846, la dame de S... est entrée comme pensionnaire chez une sage-femme; le 2 février, dans la journée, elle s'est absentée,
(1) H. Bayard, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, première série, loc. cil. ' i 12) Bayard, loc. cit.
ÉTUDE MKDICO Ll'XALE SL'l! i/av OliTEMEKT.
quatre jours après, un médecin, appelé par la sage- femme, trouvait cette (lame au lit, dans un élut de faiblesse extrême, et se plaignant de suffocation et d'engourdissements dans les membres inférieurs, et de douleurs vives dans la fosse iliaque gauche. La peau était pâle, anhémique, recouverte d'une sueur froide. Le col de l'utérus était dilaté. Le lendemain, dans la soirée^ l'arfaiblissement était arrivé au dernier degré, la vue était éteinte et l'expulsion du fœtus eut lieu sans que la mère en eût connaissance. Elle expira presque aussitôt.
Chargé, avec notre confrère Bayard, de procéder à l'autopsie des deux cadavres, nous avons constaté les faits suivants :
Examen et ouverture du corps de la dame de S... — La conservation du corps est parfaite, quoique la mort ait eu lieu le 7 de ce mois ; mais pendant cinq jours la température a été très-basse, il y avait plusieurs degrés de froid.
Pâleur générale du corps. — Absence de toute trace de violence k la surface du tronc et des membres. Dans la région abdominale la peau a une teinte légèrement verdâlre. On sent une tumeur volumineuse faisant saillie au-dessus de l'arcade des pubis et formée par l'utérus.
Les parties génitales sont baignées par des mucosités séro -sanguinolentes; le vagin est élargi, béant, et permet l'introduction facile de l'extrémité de la main.
Nous n'apercevons pas de traces de piqûres ou de déchirures sur les grandes et les petites lèvres, non plus que sur les parois du canal vaginal.
La section de l'arcade pubienne nous permet d'examiner dans leurs rapports naturels les organes génitaux. Le col de l'utérus est élargi, distendu, sans que cependant il soit très-aminci. — Il n'existe pas sur les bords du col de traces de piqûres ou de déchirures.
L'utérus est très-voluminenx. il renferme dans sa cavité du sang en caillots. Le placenta a été expulsé.
Des adhérences nombreuses unissent la surface extérieure de l'utérus avec les portions voisines des intestins.
A gauche, près de l'insertion des trompes, la paroi externe est le siège d'une injection sanguine notable dans une étendue de 8 à 10 centimètres.
A droite, nous constatons une injection sanguine analogue, mais elle existe plus profondément sous le péritoine.
Dans le petit bassin, il y a 500 grammes environ d'un liquide jaunâtre, sans flocons blanchâtres.
Ces altérations dénotent une métro-péritonite à son début, et dont les svmptômes se sont manifestés pendant les derniers jours qui ont précédé la mort.
La pâleur générale que nous avons déjà notée existe aussi sur les intestins. — L'estomac et le tube intestinal ont été ouverts sur toute leur longueur, il n'y a pas de traces d'inllainmation ni d'altération organique. Nous avons mis à p;" ' l'estomac et Irs intestins pour examiner avec soin
OBSERVATIONS ET EXPERTISES. 145
les matières qu'ils renferment. Ou aperçoit une substance pulvérulente grisâtre, dont on ne peut déterminer la nature que par des recherches spéciales. Le foie et les autres viscères sont décolorés, pâles. Ils ne contiennent que ti'ès-peu de sang.
Les organes contenus dans cette cavité sont à l'état normal, le cœur est assez volumineux; son tissu est très-pâle, mais le ventricule droit renferme du sang coagulé.
Il n'y a pas de liquide épanché dans les plèvres.
Le cerveau présente la décoloration, l'absence du sang que nous avons déjà signalées pour les autres parties du corps. — Il n'y existe d'ailleurs aucune lésion morbide.
Examen et autopsie du fœtus. — Le foetus est du sexe masculin. — Poids, 670 grammes; longueur totale, 32 centimètres; du sommet de la lête à l'ombilic, 18 centimètres; le cordon ombilical a été coupé avec un instrument tranchant à 48 centimètres de l'insertion abdominale; la coloration générale du corps est d'un rouge brunâtre, sur les parois abdominales la teinte est plus foncée ; l'épiderme est détaché sur les parties latérales du tronc et des membres inférieurs. — Il est conservé sur les autres régions, il n'y a pas de traces de duvet sur la tête.
Nous constatons à l'union antérieure des pariétaux et des frontaux, dans cette partie désignée sous le nom de fontanelle antérieure, ime ecchymose noirâtre de 3 centimètres d'étendue. La dissection de la peau fait reconnaître que cette ecchymose est formée par du sang coagulé et liquide. U existe à peu près au miheu une plaie longue de 2 millimètres, linéaire, dirigée transversalement. Cette plaie a intéressé l'épaisseur de la peau, et elle existe sur la dure-mère, immédiatement au-dessous.
Entre la dure-mère et le cerveau, du sang coagulé est épanché en nappe, le sinus a été ouvert et a donné issue au sang infiltré.
Sur les autres parties de la tête, nous n'avons pas aperçu de plaies ou de déchirures ni aucune ecchymose.
L'examen des viscères de la poitrine et de l'abdomen n'a rien offert de particulier, tous les organes sont à l'état normal et ont le développement ordinaire 'a cet âge de la vie intra-utérine.
Conclusions. — De l'ensemble de ces faits nous n'hésitons pas à conclure :
Que des manœuvres criminelles avaient été exercées sur la dame de S..., dont la grossesse était parvenue au cinquième mois ; — Qu'à l'aide d'un instrument piquant, tel qu'une sonde à dard, ou un stylet aplati, on avait perforé les membranes et atteint la tète du fœtus, sur la fontanelle anténeure; — Que cette blessure avait occasionné sa mort ; — Que la mort du fœtus avait eu lieu plusieurs jours avant l'accouchement; — Qu'en rapprochant de la pâleur extrême du corps, de l'absence du sang dans les organes que nous avions constatée, les remarques faites pendant la vie sur la faiblesse excessive de la dame de S... et sur son état d'anhômie, dans notre conviction, la dame de S... avait dù éprouver des hémorrhagies abon-
TAKDIEU, AVORT. 10
KTUUE MÉItlCO-LÉGALli SUIl l'aVORTEME.NT.
dantes antérieurement au G février; — Que les douleurs ressenties dans la région iliaque gauche par la malade, étaient un des symptômes de la métro-péritonite que nous avons constatée par l'autopsie; — Qu'enfin, la mort de la dame de S... avait été la conséquence de manœuvres exercées sur elle pour provoquer l'avortement.
Obs. L. — Avortement provoqué à deux viois et demi par manœuvres directes. — Blessure de la matrice et du fœtus. — Mort.
Une femme âgée de trente-quatre ans arrive de la province à Paris, le 7 avril 1853 ; elle passe toute la journée du 8 chez une sage-femme, d'où elle ne sort que pour se mettre au lit, se plaignant des plus vives douleurs; et après avoir réclamé en vain tous les secours de celle à qui elle attribuait sa mort, elle expire dans la soirée du surlendemain, le 10, à onze heures du soir.
Chargé de procéder à l'autopsie, nous trouvons le cadavre de cette femme, jeune et vigoureusement constituée, dans un état de putréfaction avancée. Il n'existe sur les diverses parties du corps aucune trace de violences.
Les téguments et les os du crâne sont intacts. Il n'y a rien à noter de ce côté.
Les organes thoraciques sont sains. Les poumons sont fortement engorgés à la base et vers les parties postérieures. Le cœur est presque complètement vide; on ne trouve que quelques caillots très-peu volumineux dans les ventricules.
Les viscères abdominaux sont à l'état normal. L'estomac renferme quelques cuillerées de liquide biliaire. Il n'est le siège d'aucune inflammation ou lésion quelconque. Il en est de même du reste du tube digestif.
On ne trouve dans le péritoine ni épanchement, ni inflammation, ni perforation.
Les seules lésions qui existent sur le cadavre sont limitées aux organes génitaux.
Les ovaires sont notablement tuméfiés et ramollis par une infiltration sanguine considérable.
L'utérus dépasse de deux travers de doigt environ l'arcade du pubis. Son volume dépend en grande partie de la congestion des vaisseaux qui sont gorgés de sang. Son tissu est violacé.
Le col est allongé, ramolli, gonflé et dilaté au point d'admettre facilement le doigt. La surface du col lui-même ne présente aucune déchirure. Mais de chaque côté du museau de tanche, à la face interne du vagin, à \ centimètre environ du cul-de-sac uréthro-vaginal, on voit trois petites ])iqûrcs récentes caractérisées par une plaie très-régulièrement arrondie, dont le trajet est marqué par une infiltration de sang coagulé. En suivant ce trajet, on voit que deux de ces plaies n'intéressent que la membrane
OnSERVAÏ10i>S ET EXPERTISES.
muqueuse. Mais la troisième est plus profonde et pénètre assez loin dans Je tissu cellulaire sous-muqueux. Toutes les parties voisines sont comme lutérus même fortement congestionnées, — L'intérieur de la matrice est ■vide, on y trouve seulement quelques débris de placenta et quelques détritus de sang coagulé. Mais, entre les grandes lèvres, à l'entrée même de la vulve, nous découvrons des fragments de caillots irréguliers, longs, et ayant a peu près le volume d'une amande verte. L'examen attentif de ces caillots nous permet d'y reconnaître, de la manière la plus positive, les débris d'un fœtus. Nous distinguons l'un des pariétaux, les deux membres supérieurs, sous forme de filaments bien dessinés mais non ossifiés, un tronçon de colonne vertébrale auquel adhèrent plusieurs côtes. Tous ces fragments sont déformés, en partie brisés et réunis en un amas informe agglutiné par du sang coagulé.
De l'examen qui précède nous concluons que la mort de la demoiselle B... est la suite d'un avortement provoqué.
L'avortement a été déterminé par des manœuvres directes, exercées sur la matrice, et dont les trois piqiîres constatées au voisinage du col utérin «ont l'indice manifeste. Ces manœuvres, qui n'ont exigé ni beaucoup de temps ni beaucoup d'adresse, n'ont certainement pas été exercées plus de quarante-huit heures avant la mort.
Le fœtus a été expulsé; et l'état dans lequel ont été trouvés ses fragments prouve que le produit de la conception avait été violemment dilacéré dans le sein de la mère. La grossesse était parvenue environ à deux mois ou deux mois et demi.
Dans cette affaire, qui amena devant la cour d'assises de la Seine l'une des sages-femmes les plus connues de Paris, l'éloquence de M. Chaix d'Est- Ange réussit à faire naître des doutes sur l'auteur, mais non sur les circonstances et la réalité d'un crime dont les traces étaient pour ainsi dire palpables. L'argumentation de l'habile défenseur eut principalement en vue de faire admettre que l'opération avait été pratiquée à une époque antérieure à l'arrivée de la victime à Paris ; ce que le caractère tout récent des lésions que nous avons constatées ne nous a pas permis de confirmer dans nos déclarations; et que la blessure de la matrice supposait une inhabileté qu'on ne pouvait imputer à une sage-femme, et qui était incompatible avec l'emploi du spéculum. Nous n'avons pas besoin de dire combien <le faits contredisent cette prétendue inhabileté.
— Avortement» provoriiién par manœuvres directes coniplûiuécM de mutilations et d'arrachement.
i. LI — Avortement à sept mois par arrachement du fœtus, de la matrice et des intestins.
^".^^""^6, qu'une condamnation capitale a frappé, en 18-47, aux assises tinistère, avait plusieurs fois déjà fait avorter sa femme et iui'avait
introduit, à différentes reprises, la main tout entière dans les parties sexuelles. Elle était parvenue au septième mois d'une dernière grossesse, lorsque, pour mettre le comble à ces atroces brutalités, il lui fit subir d'effroyables mutilations qui amenèrent un avortement suivi de la mort. — L'autopsie cadavérique pratiquée par M. le docteur Morvand, ancien interne fort distingué des hôpitaux de Paris, et par M. Salzat, tous deux médecins à Lanilis, montre alors les désordres suivants : La vulve et l'anus sont béants et excoriés. Une déchirure longue de 10 centimètres comprend la partie supérieure gauche du vagin et une portion de l'utérus lui-même. Le péritoine est ouvert en trois parties différentes, et les bords de ce.*; plaies sont irréguliers. Il existe, en outre, une perte de substance qui intéresse les parois internes de la matrice. Enfin, la plus grande partie de l'intestin grêle a été arrachée. Il n'en reste en tout qu'un tronçon supérieur long de 50 centimètres, et un inférieur qui n'en a pas plus de 8, formant de part et d'autre des lambeaux inégaux et frangés. Entre les jambes était le fœtus, qui fut reconnu avoir vécu et respiré.
Obs. lu. — Avortement à quatre mois par violences, suivies de déchirures du vagin et du péritoine; renversement et issue de la matrice au dehors (1).
La femme Grand succomba au quatrième mois de la grossesse à des violences qui ont amené dans les organes génitaux les désordres les plus graves. La cloison postérieùre du vagin aurait été déchirée; la matrice, complètement renversée, faisait saillie hors de la vulve. Le péritoine était largement ouvert dans une étendue de 7 centimètres, et l'on remarquait de chaque côté de cette plaie des déchirures semblables à celles qu'auraient produites des coups d'ongles. Les intestins étaient mis à nu, mais non lésés. La mort, arrivée seulement sept heures après, a été attribuée à l'hémorrhaifie et à la violence des douleurs.
Obs. lui, — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Mort.—
Mutilation du cadavre.
L'un des procès criminels les plus considérables de ces dernières années est sans contredit celui qui a eu pour objet l'avorleraent commis rue Thérèse, à Paris, dans le cours du mois d'avril 1852, et qui, né dans les circonstances les plus singulières, compliqué par les manœuvres intéressées des accusés, l'obscurité et le peu de précision de certains témoi- "^na'^es, s'est néanmoins terminé par la condamnation de la sage-femme chez laquelle avait succombé la victime. Je ne puis reproduire ici tous les détails de cette importante affaire. Je me bornerai à l'exposé suc-
(1) P. Dubois et Dcvergie, Annales d'hygiène et de médecine légale, t. XIX, p. 425.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
finct des faits matériels qui ont servi de base à l'accusation. 11 est cependant une remarque qu'il me semble impossible de taire : c'est que ce fait, en apparence inouï, n'est pas sans analogue, et que l'on aurait pu, en rappelant les observations que j'en rapproche ici, arriver à une interprétation extrêmement probable, sinon à une certitude sur l'origine des désordres anatomiques qui ont été constatés. En effet, l'ablalion complète des organes génitaux externes et internes peut-elle avoir d'autre but de la part des criminels auteurs d'un avortement, que de faire disparaître les parties sur lesquelles ont porté leur manœuvre ? Je reviendrai sur ce fait, dont je me contente en ce moment de consigner r,ne analyse exacte
Le 21 avril 1852, entre huit et neuf heures du matin, le docteur de Ch... se présenta à la mairie du 2' arrondissement, et y fit la déclaration qu'une jeune tille, nommée Caroline, était décédée dans la soirée de la veille, rue Thérèse, chez la dame A..., sage-femme.
Aux questions qui lui furent adressées, il répondit qu'on ne connaissait à la jeune fille d'autre nom que celui de Caroline ; que c'était sans doute une fille de campagne venue à Paris pour y faire ses couches, et à laquelle on avait dù donner quelques drogues dans son pays, car elle était morte subitement.
Une telle déclaration était de nature à faire naître des soupçons. Elle fut signalée à l'attention du docteur Guindet, ehargé d'examiner l'élat du cadavre et de vérifier les causes du décès.
Le docteur Guindet, en arrivant chez la sage-femme, fut frappé de certains désordres que présentait le corps soumis à sa visite. Il lui fut déclaré soit par la sage-femme, soit par de G..., qui ne s'éloigna pas un instant, que la jeune fille morte était enceinte de cinq mois, et que de certaines paroles prononcées par elle pendant son délire on pouvait conclure qu'on lui avait donné, dans son pays, quelque boisson pour la faire avorter.
Le docteur Guindet décida que le permis d inhuraer ne pouvait être accordé.
Instruit de ces faits par une lettre du maire du deuxième arrondissement, le commissaire de police se transporta chez la sage-femme, accompagné du docteur Favrot. Il était alors cinq heures du soir.
Introduits dans un salon au premier étage, éclairé par deux fenêtres donnant, l'une, sur la rue Thérèse, l'autre, sur la rue Sainte-Anne, ils virent sur un lit, dans un état de putréfaction déjà avancé, le cadavre d'une jeune fille de vingt à vingt-deux ans environ ; l'ayant découvert, ils reconnurent qu'un écoulement sanguin avait eu lieu par les parties génitales, et que le drap inférieur et le matelas en portaient la trace.
Le docteur Favrot eut bientôt à constater des désordres plus graves. Les organes de la génération avaient été enlevés en totalité. Les ouvertures du vagin et du rectum ne formaient plus, suivant les expressions du docteur, qu'un vaste cloaque. Le docteur put y introduire d'abord le to'gt, puis la main, puis le bras, sans rencontrer d'autre obstacle que les intestins.
L'uutopsie du cadavre fut pratiquée à la Morgue, le 22 avril, par les soins (les docteurs Favrot cl Maisoniieuve.
Cette opération eut pour résultat de confirmer les observations faites la veille et révéla que l'enlèvement déjà signalé de certains organes avait été pratiqué après la mort, par une main exercée.
On lit dans le rapport rédigé à cette occasion :
« La vulve, le périnée, le vagin, l'utérus, l'urèthre, le rectum sont absents. A leur place existe une large ouverture à bords irréguliers s'étendant d'une part de la symphyse du pubis au sacrum, et, d'autre part, d'une tubérosité sciatique à l'autre.
« Par cette ouverture une main a pu s'introduire facilement dans l'intérieur du ventre.
fl De tous les organes contenus ordinairement dans le petit bassin il ne reste plus que la vessie. L'urèthre, le vagin, l'utérus, les ovaires, le rectum ont été complètement enlevés, sans qu'il en reste aucune trace.
a En examinant les draps dans lesquels le corps était enveloppé, nous avons trouvé quelques caillots sanguins et une masse informe dans laquelle un examen at);entif nous a fait reconnaître les débris d'un fœtus, âgé d'environ de quatre ou cinq mois. Ces débris consistaient en un mélange de chairs écrasées et de parties osseuses, parmi lesquelles nous avons reconnu plusieurs os du crâne, de la poitrine, de la colonne vertébrale et des membres.
« De tout ceci il résulte : 1° qu'au moment de la mort, la fille Carobne était enceinte, ou récemment accouchée; 2° que le fœtus contenu dans son sein en a été expulsé avaht terme ; 3° que les organes ont été enlevés après la mort, au moyen d'un instrument tranchant ; 4° que cette ablation a été faite par une main exercée. »
En présence de faits aussi décisifs, il n'était pas douteux que la tille Caroline était morte victime d'un crime, et que la désorganisation constatée lors de l'autopsie avait pour but de faire disparaître les traces de ce crime.
Je n'ajouterai qu'un mot à ce court exposé, c'est que les accusés n'ont imaginé, pour expliquer les mutilations du cadavre, que les hypothèses les plus absurdes, telles que les investigations peu mesurées du médecin appelé par le commissaire, qui aurait, en quelque sorte, dilacéré, broyé et détruit les organes en introduisant le bras tout entier dans le ventre ; ou encore, la voracité des rats et des souris. D'un autre côté, les experts se sont bornés a exprimer leur étonnement à la vue d'un si énorme délabrement, qui leur a paru ne pouvoir être expliqué raisonnablement et constituer l'acte le plus stupide. Appelé par M. le procureur général à suivre les débats, où mon intervention lui paraissait pouvoir devenir nécessaire, j'ai conçu une opinion beaucoup plus formelle et tout à fait en rapport avec les autres faits que la science possède. 11 m'a semblé que les criminels pour se décider à cette mutilation barbare dont les caractères anatomiques, très-nettcincnl tracés par MM. Maisonneuve et Favrot, démontrent
OBSERVAT! OISS ET EXPERTISES.
qu'elles ont été faites après la mort à r.iiile d'un inslruinciit très-tr.inchant et assez artistement ; il m'a semblé que pour prendre ce parti, les auteurs de ravortcment ont dû y être forcés par le renversement et l'issue au dehors de la matrice survenus sous l'influence de tractions violentes mal dirigées et compliquées de dilacérations qui auraient certainement déterminé des douleurs atroces par lesquelles la mort si rapide s'expliquerait mieux que par toute autre cause. On comprend que l'on ait cherché même au prix de cette mutilation, que son improliabilité même semblait rendre plus fiicile à faire accepter, à effacer les traces llagrantes, et comme le cachet même du crime imprimé sur les organes.
Tll. — Avorteiuents provoqués par manoeuvres directes. — Acei« dents consécutifs éloignés. — Appréciation des faits.
Obs. LIY. — Avortement provoqué à deux mois et demi par manœuvres directes. — Accidents consécutifs éloignés.
Au mois de mars 1850, une fille âgée de vingt et un ans, après une suppression de deux mois et demi, subit, de la part d'une sage-femme, une opération qui consiste dans l'introduction, étant debout, d'une aiguille à tricoter dans la matrice. Elle ressent une douleur instantanée, suivie de perte de connaissance ; elle rentre cependant chez elle à pied, mais ne peut remonter l'escalier sans être portée. Dès le lendemain survient une perte; elle ne sait s'il est sorti des caillots ou autre chose. Depuis elle est restée atteinte de dysménorrhée.
Ces faits n'ayant été que tardivement déférés à la justice, nous sommes chargé de la visiter seulement trois ans après. Nous ti ouvons une constitution flétrie, une défloration complète et ancienne; pas de signes de grossesses antérieures développés jusqu'au terme ; le col de la matrice est allongé, ramolli, largement ouvert.
L'époque éloignée à laquelle remonterait l'avortement, qui aurait été pratiqué sur la personne de celle fille, ne permet pas d'en retrouver actuellement les traces; mais l'absence d'indices appréciables n'exclut pas la possibilité des manœuvres rapportées par elle au mois de mars 1850.
Les malaises que signale celte iillc peuvent provenir d'un avortement.
Les détails qu'elle donne sur l'opération qu'elle aurait subie, bien qu'incomplets et insuffisants, peuvent, dans les circonstances données, s'appliquer à un avortement provoqué par des manœuvres criminelles.
Obs. LV. — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Cancer consécutif. — Mort.
Une jeune dame veuve, d'une famille des plus honorables, eut le double malheur de devenir enceinte et de céder à la funeste influence d'un offi-
KTUDE MÉDICO-LÉGALE SUR l'aVOUTKME.ST.
cier de santé et d'une sage-femme, qui lui firent subir a deux reprises de douloureuses opérations ayant pour but de lui procurer un avortement. Depuis la dernière, elle resta constamment et de plus en plus souffrante, et nous la vîmes près d'un an après, dans les derniers jours de sa vie.
Chargé par M. le procureur général de procéder à l'autopsie, nous trouvâmes un ulcère cancéreux du col de la matrice, avec fistule vésico et recto- vaginale. Les désordres étaient tout à fait locaux, et le corps de l'utérus était intact. Il n'y avait pas trace de péritonite. La mort était le résultat de la cachexie et de la fièvre hectique qui, avait amené une éraaciation squelettique.
Cette dame a donc succombé aux suites d'un ulcère cancéreux de la matrice.
Cette maladie était parvenue à un degré trop avancé pour qu'il fût possible de retrouver la trace appréciable de violences directes exercées sur la matrice à une époque plus ou moins éloignée. Quant à l'influence que de semblables violences auraient pu avoir sur le développement du cancer, elle ne saurait être douteuse, et s'il est vrai que des causes variées peuvent produire cette maladie, il est permis d'affirmer qu'il n'en est pas de plus active que les manœuvres criminelles destinées à provoquer l'avortement.
Ajoutons que les circonstances du crime parfaitement établies et la condamnation des coupables ne peuvent laisser de doutes sur la cause déterminante de la maladie et de la lésion profonde qui a conduit cette malheureuse femme au tombeau.
Obs. LVI. — Avortement provoqué par manœuvres directes. — Accidents cottsécutifs éloignés. — Mort.
L'affaire que nous allons rapporter dans les plus grands détails est une des plus importantes que l'on puisse citer, en raison de la difficulté qu'offrait la constatation des faits et de la nature des preuves qui ont amené la conviction dans l'esprit des jurés et justifié la condamnation de la sagefemme accusée.
Le 1" juillet 1854, je fus chargé de visiter, à la Maison municipale de santé où elle était entrée depuis un mois, une femme que je trouvai dans l'état le plus grave, en proie au dernier degré du marasme et de l'amaigrissement, tellement faible, qu'elle peut à peine articuler quelques paroles, atteinte de cette éruption de muguet qui complique les derniers moments delà fièvre hectique : la femme G... était vouée à une mort prochaine. En l'interrogeant avec tous les ménagements possibles, nous parvenons à apprendre d'elle qu'il y a trois mois, étant enceinte de six semaines environ, elle s'est soumise à des manœuvres abortives consistant dans l'introduction de la main à l'intérieur de la motrice. C'est depuis cette époque qu'elle a commencé à avoir des pertes répétées, et à souffrir dans le basventre et dans la cuisse.
OBSERVATIO.NS ET EXPERTISES
L'examen très-sommaire auquel nous nous livrons nous permet de reconnaître un engorgement du tissu cellulaire du petit bassin et des vaisseaux de la cuisse.
En résumé, la femme G. . . était dans un état de maladie qui ne laissait plus d'espoir, et qui devait se terminer prochainement par la mort.
Cette maladie était localisée dans les organes génitaux internes. 11 était impossible en ce moment d'en préciser exactement le siège et la nature.
Quoique cette femme fût déjà presque complètement incapable de répondre aux questions qu'on lui adressait, on distinguait au milieu des explications entrecoupées qu'elle donnait des détails qui ne peuvent être attribués qu'à des manœuvres abortives exercées sur sa personne.
Quelques heures après, la malheureuse avait succombé, et le 8 juillet, nous sommes chargé de procéder à l'autopsie.
Le cadavre est dans un état d'émaciation arrivé au dernier degré, et qui annonce que la mort a été précédée de longues souffrances. La putréfaction n'est pas commencée.
Les seules lésions que l'on constate sont concentrées dans le bas-ventre et dans le petit bassin . 11 n'existe aucune altération, soit récente, soit ancienne, ni du côté de la tête ni dans les organes de la poitrine, qui offrent seulement quelques adhérences de la plèvre. 11 n'y a pas notamment de tubercules.
La cavité du petit bassin est remplie par un épanchement composé de matière séro-purulente grisâtre. Des adhérences unissent la matrice avec ]es organes voisins. Une collection de pus mal lié occupe le cul-de-sac postérieur sur le côté gauche de la matrice, le long de la trompe, et jusqu'à l'ovaire correspondant, on suit un trajet fistuleux qui offre une teinte noirâtre et qui communique avec un autre foyer purulent. La matrice a ses dimensions à peu près normales ; mais la membrane interne est le siège d'une inflammation chronique caractérisée par l'épaississement et le ramollissement de la membrane muqueuse qui sécrète une matière sanieuse et putride. L'inflammation s'étend jusqu'au corps de la matrice, dont le tissu, dans la partie correspondant au fond, est manitestement ramoUi et d'une couleur grisâtre qui tranche avec la consistance et la coloration du reste de l'organe. Le col est sain et seulement entr'ouvert. La suppuration s'est propagée dans la gaine du muscle psoas, du côté gauche, qui est en grande partie détruit. Les ganglions de l'aine du même côté sont engorgés et ramollis. Nulle part on ne trouve de tubercules.
Il n'y a pas de lésion des parties génitales externes ni du vagin.
Nous concluons que la femme G... a succombé à une inflammation chronique du petit bassin et à la fièvre hectique qui en a été la suite.
Cette inflammation a eu pour point de départ une lésion de la matrice et de ses annexes.
Le siège, la nature et Tétendue des désordres indiquaient d'une manière a peu près certaine que la cause de ces altérations profondes et la lésion directe de la matrice produite par des manœuvres abortives exercées sur
ÉTUDK MKDICO-LÉGALE SUR l'avOIITKMENT.
cet organe, et dont la trace primitive ;i disparu par suite de l'iiifiammation chronique qu'elles ont engendrée, et qui n'a amené la mort qu'après plusieurs mois Ae souffrances.
L'état de la matrice indique que la grossesse était parvenue à une époque encore peu avancée lorsque Tavortement a eu lieu.
Il n'existait chez la dame G... aucune autre cause de mort que l'inflammation de la matrice et des organes voisins.
Commis par M. Brault, juge d'instruction, à l'effet de prendre connaissance des déclarations tant de la femme G... que de son mari et de la sage-femme; d'examiner au point de vue médico-légal quelle valeur peuvent offrir ces déclarations, et jusqu'à quel point elles concordent soit entre elles, soit avec les constatations directes faites sur la personne même de la femme G...; nous avons reçu communication des pièces recueillies dans la première partie de l'enquête, et les avons soumises à un examen attentif dont nous allons faire connaître ici les résultats bien propres à faire apprécier la gravité de cette affaire.
Avant d'apprécier la valeur de ces différents documents, il est utile d'en extraire et d'en résumer les principaux détails relatifs aux manœuvres que la femme G... dit avoir subies, et aux accidents qui en ont été la suite. Mais nous commencerons pur faire remarquer que parmi les assertions des époux G... et de la sage-femme, il en est quelques-unes qui s'accordent, d'autres au contraire qui sont essentiellement contradictoires.
Ainsi, d'une part, il est constant que c'est vers le commencement du mois de mars 1854 que la femme G... serait devenue enceinte, et que six semaines après, au 15 avril environ, elle s'est rendue chez la sage-femme. Il est également «Habli qu'à partir de cette époque, la femme G... est tombée gravement malade d'une affection caractérisée par une perte de sang assez abondante pour que son mari déclare l'avoir trouvée dans son lit couverte de sang, et accompagnée de très-vives douleurs dans le basventre, dans le flanc et dans la cuisse gauches, douleurs accusées par la femme G... et constatées par la sage-femme qui reconnaît avoir été consultée par la malade dix jours après la première visite, et avoir prescrit pour les combattre des cataplasmes et une application de sangsues. Depuis ce moment, la santé de la femme G... est restée profondément altérée; son mal a toujours été en s'aggravant. Entrée à la Maison municipale de santé le 3 juin, elle y succombait, après les plus cruelles souffrances et dans le dernier degré du marasme, le 6 juillet, deux mois et demi après le jour où elle se serait soumise pour la première fois à l'examen de la sage-femme, et où auraient commencé la perte de sang et les douleurs. Aucun de ces faits n'est contesté.
Mais il n'en est pas de même de l'origine de ces faits et de leur interprétation. Sur ce point, il s'agit de rechercher, au mibeu des assertions eontradictoires de la femme G... et de la sage-femme K..., de quel côté apparaît la vérité, et quelle explication rationnelle peut rendre compte des faits.
OUSEllVATlONS ET EXI KliTISES.
La femme G..., ayant toute raison de se croire enceinte de six semaines, se piésente chez la sage-femme. Elle affirme n'avoir éprouvé jusque-lh aucun trouble, aucun accident particulier, et n'avoir eu d'autre intention que d'obtenir un avortement. Elle dit notamment qu'elle ne perdait pas de sang, et que la perte n'a commencé qu'après que la sagefemme lui eut fait subir une opération qu'elle décrit en ces termes : « Elle m'introduisit la main dans la partie, et presque aussitôt après, le sang parut; je perdis continuellement du sang jusqu'au lendemam. et dans la matinée, j'expulsai des caillots de sang. Je ne crois pas qu'il y ait eu un fœtus, ce qui me fait penser que je n'étais pas enceinte. » La sage-femme conteste le but, mais non le fait de l'introduction de la main dans les parties : elle dit avoir touché la femme G..., et avoir reconnu qu'elle faisait une fausse couche. « Je me suis bornée à la toucher comme cela se pratique habituellement ; j'ai reconnu un petit écoulement de sang, et prédit une fausse couche si la femme G... ne prenait pas de repos. »
Plusieurs questions ressortent de ces différentes versions et doivent être discutées avec soin. Nous les réduirons aux trois suivantes : 1° La simple introduction de la main dans la partie a-l-elle pu produire l'avortement? 2° L'issue de caillots sans apparence de fœtus exclut-elle la réalité de la grossesse, et par suite l'avortement? 3° Y a-t-il lieu de penser que la fausse couche de la femme G... ait été commencée lorsqu'elle a été touchée parla sage-femme K...?
1° Sur le premier point, il n'est sans doute pas possible d'admettre que le simple toucher, c'est-à-dire l'introduction du doigt dans le vagin, soit suffisant pour déterminer l'avortement; mais rien n'est plus facile pour une personne exercée, et disons-le, rien n'est plus commun, que de dissimuler à une femme l'introduction simultanée d'un instrument capable de pénétrer dans la matrice et de produire directement l'avortement. Dans le cas présent, il est d'autant plus probable qu'il en a été ainsi, que cette manœuvre a été suivie non pas d'un léger écoulement de sang, mais d'une perte considérable et prolongée, de douleurs violentes, et d'accidents d'une extrême gravité que l'introduction du doigt, et même de la main non armée d'un instrument, eut été impuissante à produire. L'opération pratiquée par la femme K... sur la femme G... peut donc avoir consisté, à l'insu même de cette dernière, dans l'introduction à l intérieur de la matrice d'un mstrument et non du doigt seulement.
2° La femme G..., dans ses dernières réponses, a fini par dire qu'elle n'avait rendu que des caillots, parmi lesquels elle n'avait pas reconnu de fœtus, et, qu'après tout, elle n'était pas certaine d'avoir été enceinte. Mais, sans parler des circonstances dans lesquelles ces paroles sont sorties des lèvres d'une moribonde, il suffit de faire remarquer qu'il s'agit ici d'une grossesse j)arvcnue seulement à six semaines ou deux mois, c'est-àdire à une époque où le produit de la conception, en raison de son volume, passe le plus souvent inaperçu au milieu des caillots, alors même qu on cherche à en constater la présence. Cette allégation de la femme G..v,
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SUIl l'avOUTEMENT.
cpii est en contradiction avec tous les faits les mieux établis de cette affaire, et quoique émanant de la personne en réalité la plus désintéressée, ne saurait en aucune façon être adoptée. L'issue des caillots, qui ne saurait être douteuse, suffit pour faire admettre la réalité de la fausse couche, et Ton ne peut raisonnablement pas contester la grossesse de la femme G..., dont ni son mari, ni la sage-femme K..., ni elle-même, n'ont pas sérieusement douté un seul instant.
5° Enfin y a-t-illieu de supposer que la fausse couche de la femme G..., fût commencée lorsqu'elle a été examinée et touchée par la sage-femme ? Sur ce point, la femme G... a très-explicitement affirmé qu'elle ne perdait pas de sang avant la visite, et la sage-femme ne l'a contredite qu'en déclarant avoir constaté un léger écoulement de sang. Nous n'avons aucun moyen direct de contrôler l'une ou l'autre de ces assertions contraires- Mais ce qui ressort positivement des fails, c'est que, d'une part, la fausse couche n'était certainement ni déclarée ni faite de l'aveu môme de la sage-femme au moment de son exploration, et que, d'une autre part, les accidents formidables qui l'ont immédiatement suivie, accidents avoués par le mari et par la sage-femme, et si tristement confirmés par leurs conséquences fatales, ainsi que par les lésions que nous avons constatées sur le cadavre même de la femme G.., ces accidents ne peuvent être attribués à une fausse couche naturelle, et sont la preuve la plus certaine des manœuvres à l'aide desquelles l'avortement a été provoqué.
En résumé, de tous les faits consignés dans l'enquête, et par les motifs que nous venons de développer dans la discussion qui précède, il était permis de conclure que la femme G... a bien réellement subi, au début de la grossesse, une opération tendant à produire l'avortement, et que les accidents qui ont suivi immédiatement cette opération, ainsi que la maladie à laquelle elle a succombé, ont été la conséquence de cet avortement.
Obs. LVII. — Avortement provoqué à six mois environ à l'aide d'épongés préparées. — Circonstances du fait. — Accidents consécutifs. — Moyens de défense de r officier de santé accusé.
Le fait suivant est l'un des plus intéressants que nous ayons observés, tant par la nature du moyen employé pour produire l'avortement que par les raisons scientifiques alléguées par l'accusé, qui appartenait à la profession médicale. On y trouvera également un exemple frappant de condamnation obtenue en l'absence du corps de délit sur les seules preuves fournies par la discussion médico-légale des circonstances recueillies dans l'instruction.
Nous sommes appelé, le 12 janvier 1854;, àvisiter la demoiselle A. M... Cette jeune fille, dont il est difficile de vaincre le silence obstiné et l'extrême abattement, est d'une constitution assez délicate. Bien qu'elle dise souffrir encore fréquemment du côté des reins et de la matiice, et être
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
fatiguée par des pertes blanches considérables, elle n'a confié ses souffrances à personne et n'a pas réclamé les conseils des médecins de la prison. Elle ne donne que des renseignements fort incomplets sur la maladie Ténérienne dont elle aurait été affectée, et paraît d'ailleurs très-réellement ignorante de ces sortes de choses. Cependant il semble qu'elle a eu un écoulement blennorriiagique qui a pu motiver l'emploi de quelques-unes des substances qui lui ont été prescrites, notamment les astringents, tels que le tannin elle ratanhia.
Mais, outre cette affection qui n'a laissé aucune trace actuellement appréciable, il est un point sur lequel la fille M... est plus explicite, c'est celui de sa grossesse. Elle ne dissimule en aucune façon, ni la réalité de cette grossesse, ni les tentatives qui ont été faites pour l'interrompre. Sans insister sur les breuvages qui lui ont été administrés, et qui, comme l'armoise et le safran, sont réputés capables de procurer l'avortement, elle décrit d'une manière très-ex:icte un procédé beaucoup plus direct et plus énergique auquel elle aurait été soumise; nous voulons parler de l'introduction d'épongés préparées. Cette opération a été répétée six ou huit fois, et la dernière a eu lieu trois jours avant l'époque de l'accouchement prématuré. Elle commença à souffrir quarante-huit heures après. Celui-ci aurait interrompu la grossesse sur la fin du sixième mois. Mais sur les circonstances mêmes du travail de l'accouchement, la fille M... est complètement muette : c'est à peine si elle semble comprendre les questions que nous lui adressons. Depuis son accouchement, elle n'a cessé d'éprouver du côté de la matrice les accidents que nous avons indiqués.
Les constatations qu'un examen direct et complet nous permet de faire sont parfaitement conformes aux allégations de la fille M... La paroi de l'abdomen ne conserve que quelques traces à peine visibles de la distension produite par la grossesse. Mais il est impossible de méconnaître les éraillements de la peau dans l'un et l'autre côté du ventre, qui, suivant la déclaration même de la fille M..., était d'ailleurs très-peu développé. La ligne médiane de la paroi abdominale de l'ombilic au pubis présente une teinte brune très-marquée. La partie supérieure des cuisses offre de même des éraillures. La matrice est abaissée, volumineuse, manifestement engorgée; le col est entr'ouvert, dur et un peu douloureux. Des flueurs blanches abondantes s'écoulent par la vulve. — Les seins sont, quoique petits, assez durs, et le mamelon est d'une couleur brune qui contraste avec la blancheur de la peau de la fille M... Les cheveux sont très-blonds.
En résumé, la fille M... est accouchée à une époque qui peut remonter au milieu du mois de novembre dernier.
L'accouchement a eu lieu prématurément; l'état des parois abdominales indique d'une manière à peu près certaine que le produit de la conception n'était pas parvenu à terme.
L avortement a pu être déterminé directement par l'introduction d'épongcs préparées ; plusieurs des substances médicamenteuses qui lui ont ete administrées sont de celles qui sont réputées abortives.
ÉTUDK médico-i.i':gale sur l avortement.
Les accidents et les souffrances qu'éprouve encore, actuellement la fîUe M... sont la conséquence do l avortement.
Il ne reste plus rie traces de la maladie vénérienne dont elle aurait été affectée et qui aurait justifié l'emploi de quelques-uns des médicaments astringents dont elle a fait usage.
Nous croyons utile de compléter les données fournies par l'examen direct de la jeune fille par l'exposé des principaux faits recueillis dans la procédure judiciaire, et des questions agitées dans les débats, qui, à deux reprises, devant la cour d'assises de la Seine et de Seine-et-Oise, se sont terminés par la condamnation de l'officier de santé accusé.
Il résulte de l'instruction, outre ce qui a été dit dans notre rapport, qu'après plusieurs introductions d'épongés que la fille M... désigne sous le nom d'épongés préparées, introductions concertées entre le père de l'enfant et le sieur M.., elle a été quarante-huit heures après la dernière, qui eut heu le 17 novembre 1855, prise de douleurs tellement vives, que les voisins entendirent ses plaintes. Elle envoya en hâte chercher l'officier de santé; celui-ci, après qu'il l'eut examinée, la quitta, et pendant ce temps, elle sentit l'accouchement s'opérer seul, et elle eut comme la sensation d'un enfant qui s'agitait entre ses jambes (sensation fausse, sans doute, due à l'écoulement des liquides, car l'enfant devait être mort, et iln'a pas fait entendre un cri). Une heure après, à ce qu'elle croit, il revini et la délivra. L'enfant fut empoi té et n'a pas été retrouvé.
La défense du sieur M... consiste à dire que cette fille, à sa connaissance, n'est nullement accouchée, qu'elle n'était pas enceinte pendant le temps où il lui a donné des soins du commencement d'octobre à la fin de novembre ; qu'il la traitait pour une maladie vénérienne caractérisée par un ulcère profond détruisant une moitié du col utérin et en oblitérant l'orifice ; des ulcérations et des végétations couvraient toute la sm-face de l'intérieur du vagin et des petites lèvres ; qu'il y avait un engorgement considérable et un abaissement de la matrice, et une très-vive sensibilité de toutes ces parties. -— Le traitement aurait consisté dans l'emploi des injections de tannin et Je roses de Provins, et en outre, dans l introduction, à l'aide du spéculum, d un morceau d'éponge non préparé, mais médiocrement comprimé, occupant tout le calibre du vagin, et destiné à relever et à soutenir l'utérus abaissé. — 11 ajoute que l'ulcère donnait ben à un écoulement continu de sérosité rance et très-fétide ; qu'il y avait rétention des règles, et que le 17 novembre il n"a eu à constater qu'une perte très-abondante, et les vives douleurs s'expliqueraient par l'expulsion de caillots volumineux et défibrinés. — L'accusé clierclic h expliquer les éraillemenis du ventre et des cuisses par un développement du ventre résultant, soit d'une maladie antérieure comme le carreau, soil d'une conformation naturelle, ou enfin, de la distension de la matrice par les caillots- Il ne s'explique pas sur les autres indices de grossesse et d'accouchement.
Appelé à contrôler ces diverses allégations, nous nous bornons à faire remarquer que, en premier lieu, l'exislence d'une maladie vénérienne
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
aussi grave que celle qui, au dire de Taccusé, aurait existé chez la fille M..., n'est démontrée ni par la déclaration de cette fille, ni par aucun signe persistrmt au moment de notre examen (qui n'avait lieu que deux mois après les faits), ni même, ce qui est plus grave, par aucun des moyens de traitement auxquels l'accusé reconnaît avoir eu exclusivement recours. Il se «léfend, il est vrai, sur ce dernier point en disant qu'il n'en emploie jamais d'autres contre la syphilis et qu'il la guérit parfaitement avec les injections de tannin et de roses de Provins. Mais cette proposition n'a pas besoin d'être réfutée. — En second lieu, on cherche en vain dans les déclarations de l'accusé une indication de l'introduction des éponges, en supposant même qu'il s'agît bien réellement d'épongés ordinaires et non d'épongés préparées, ce que nous n'avons aucun moyen de vérifier, mais ce qui est contraire aux déclarations de la fille M... Tous les détails qu'il donne, en effet, sur le siège, la forme et l'étendue des ulcères contre-indiqueraient formellement l'emploi d'un tel moyen. La sensibilité extrême des parties aurait rendu insupportable le contact d'un corps étranger assez résistant pour maintenir la matrice ; et la perméabilité d'une éponge non préparée eût dù faire rejeter cette substance s'il se fût agi d'exercer un tamponnement hémostatique. — Enfin, les explications de l'accusé, en les admettant même comme vraies, ne détruiraient nullement la réalité des signes matériels, dont la réunion, bien plus que les caractères considérés isolément, démontrent la grossesse et l'accouchement delà fille M..., les éraillements ne pouvant être attribués à des maladies qui n'ont jamais existé, ni à la distension prétendue de la matrice par des caillots.
La discussion très-longue qui s'est engagée avec le défenseur, M. Jules Favre, a porté surtout sur des généralités relatives aux signes des maladies de matrice et à la possibilité d'une confusion entre ceux-ci et les phénomènes de la fausse couche. Le seul fait important à noter et sur lequel ait insisté le défenseur, c'est l'inutilité d'une introduction répétée d'épongés, puisque, de notre aveu même, l avortement doit suivre de deux à trois jours la pénétration de l'éponge dans la matrice. Il ne nous a pas été difficile d'établir que les éponges préparées avaient précisément pour objet lie dilater lentement et progressivement le col, et ne pouvaient amsi déterminer l'avortement que lorsque la dilatation étant complète, le corps (lilatalcur était arrivé à ouvrir la cavité du corps.
L'affaire est revenue, après cassation, à la cour d'assises de Seine-et-Oise, le 25 novembre 1854; la même discussion médico-légale a eu lieu avec plus de développement; les points capitaux ont été la réalité de la grossesse, l'impossibilité de fixer la date de l'accouchement, le mécanisme de l'avortoment par les éponges, l'état de l'enfant, l'indication de l'emploi thérapeutique de l'éponge, soit comme moyen de contention, soit comme hémostatique.
— Accouchements prématurée artiliciciM. — Avortementit provoqués, non criminelM. — Procédés opératoires. — Effet* immédiats des opérations.
Obs. LMII — Accouchements ■prématurés et artificiels provoqués à sept et à huit mois par Vusage exclusif de f ergot de seigle (1 ).
Une femme, arrivée à la fin du huitième mois, est soumise pendant cinq jours conséculifs à l'usage de pilules contenant ensemble entiron 6 grammes d'ergot de seigle. Dès le second jour, de petites douleurs se font sentir, et le col commence à se dilater le troisième. Le travail .^e décide dans toute sa force le septième jour, et la délivrance s'opère promptement sans aucun accident.
Deux cas de même nature, observés par feu Wardleworth sur des femmes parvenues à la fin du septième mois de la grossesse, chez lesquelles, après trois jours consécutifs de l'usage de l'ergot, le travail s'établit et se termina dans l'espace de dix heures.
Le docteur Ramsbotham affirme avoir observé plusieurs cas dans lesquels la délivrance anticipée a été produite par l'ergot seul. Et M. Millet ne pense pas que Ton puisse révoquer, dans ces cas, son efficacité.
Obs. LIX. — Awrtement provoqué par la ponction des membranes {2) .
Une femme de vingt-huit ans, parvenue au sixième mois d'une quatrième grossesse, fut prise d'accidents très-graves à la fois gastriques et cérébraux, que l'on reconnut plus tard devoir être attribués à une apoplexie utéro-placentaire, et qui parurent nécessiter la provocation de l'avortement comme seul moyen de sauver la malade. On y procéda en rompant les membranes. Il s'écoula une ou deux onces de liquide amniotique, et la dilatation du col commença J)ientôt. Cependant le travail ne marchant pas, l'accoucheur introduisit à plusieurs reprises la main dans le col de l'utérus sans qu'il survint de véritables contractions utérines. L'accouchement se termina pourtant après vingt-quatre heures, et malgré une hémorrhagie abondante, la femme se rétablit.
Obs. LX. — Accouchement provoqué à huit mois dans un cas de choléra par la ponction des membranes (3).
Le docteur Basedow, de Mersbourg, dans l'espoir de sauver une femme enceinte de huit mois et atteinte de choléra algide, eut l'idée de provo-
(1) Observation de M. Van Wagemuge, dans les Annales de la Société médico-chirurgicale de Bruges, citée i)ar Millet, p. H4.
(2) Observation du docteur Edwards, The Lancet, septembre 1846. (5) Leçons de M. P. Dubois, loc. cil., \h 490.
OBSlinVATIONS ET i^XPERTlSKS.
quer raccoudioineiit. Il trouva rorilice do la matrice eiitr'ouvcrt, et conduisant sur le doigt, introduit dans le col, une aiguille à tricoter, il perça les membranes. 11 s'écoula immédiatement une assez grande quantité de "liquide amniotique. Une demi-heure après, le travail se déclara, et en trois heures, la délivrance était complète. La malade guérit.
Obs. LXl. — Accouchement prématuré provoqué à sept mois par la ponction des membranes à l'aide du doigt (1).
Sur une dame âgée de vingt-cinq ans, et se disant enceinte d'un peu moins de sept mois, affectée d'une hydropisie de Tamnios compliquée d'accidents qui mettaient sa vie en danger, M, le docteur Duclos, de Toulouse, se décidant à provoquer la délivrance, parvint a introduire l'extrémité de l'indicateur dans l'orifice utérin, perça les membranes, et fit évacuer les eaux en quatre lois, à un quart d'heure d'intervalle ; il en sortit environ 7 litres. Cinq heures après, afin de hâter le travail, la main, introduite dans la matrice, reconnut la tête de l'entant, et l'amena peu à peu dans l'excavation pelvienne. L'enfant ne tarda pas à être expulsé vivant. Les suites de couches furent naturelles.
Obs. LXIl. — Avortement provoqué à deux mois et demi par le catliélérisme utérin dans un cas de vomissements incoercibles (2).
M. le professeur P. Dubois, dans le but de provoquer l'avortement chez une jeune femme âgée de vingt et un ans et enceinte de deux mois à deux mois et demi, de concert avec M. le professeur Trousseau, introduisit d'abord une bougie, puis une sonde de gomme élastique dans la cavité utérine; un peu de sang s'écoula. La sonde fut maintenue en place pendant deux heures environ, dans l'espoir que ce corps étranger provoquerait des contractions utérines. Celles-ci ne se manifestèrent cependant que le quatrième jour, et elles se terminèrent par l'expulsion du fœtus. L'extraction des débris ne fut faite que huit jours après. Le rétablissement fut d'ailleurs prompt et complet.
Obs. LXIU. — Accouchement prématuré artificiel provoqué à huit mois par ponction des membranes et ergot de seigle (3).
A la fin du huitième mois de la grossesse, chez une femme qui avait subi deux fois l'embryotomie, je fis une ponction aux membranes en
(1) Observation citée par M. P. Dubois dans les leçons cliniques recueillies par le docteur E. I.aboric, Union médicale, 1848, p. 469.
(2) Observation de M. P. Dubois citée dans la discussion académique, 30 mars 1852.
,3) Observation de Samuel Brame, Encyclograph. médic, t. 1, p. 298, cité par Millet, lue. cit., p 111.
TARDIEU, AVORT. 11
introduisant dans le col utérin un stylet pointu que je dirigeai sur l'indicateur de la main droite. Une demi-heure environ après cette opération, s'écoula près de deux litres de liquide amniotique, et la femme se plaignit en même temps de douleurs dans rabdomen. Des contractions irrégulières parurent bientôt, et le lendemain, trente-deux heures après Topéralion, deux doses d'ergot de seigle ayant été administrées, un enfant vivant fut expulsé. La femme se rétablit sans accident.
Obs. LXIV. — Accouche^nent prématuré artificiel provoqué à sept movi et demi par le tamponnement et V ergot de seigle (1).
Sur une femme de trente-six ans, à sept mois et demi de grossesse, le 4 mars, au soir, on tamponne le vagin avec de la charpie. Cette opération ne détermine pas de douleur immédiate, et seulement dans la nuit suivante, quelques douleurs de reins. Le tamponnement est renouvelé deux fois et maintenu pendant quatre jours, sans produire autre chose que des douleurs insignifiantes et une dilatation très-peu considérable. Le 9 et le 10, c'est-à-dire le lendemain et le surlendemain de l'enlèvement des tampons, on administra l'ergot de seigle, et, dans la soirée du second jour, les contractions deviennent plus fortes, les membranes se rompent. Ce n'est pourtant que le 12, à quatre heures du soir, huit jours après la première opération, et quatre jours après l'emploi de l'ergot, que l'accouchement se détermina sans dommage pour la mère ni pour l'enfant.
Obs. LXV. — Avortement provoqué dans un cas de rétrécissement extrême du vagin. Emploi de divers moyens successifs (2).
Par suite d'une plaie gangreneuse profonde et de la formation d'un tissu cicatriciel extrêmement résistant, il était survenu, chez une femme de trente-quatre ans, un rétrécissement du vagin tel qu'il pouvait à peine admettre l'extrémité du doigt indicateur. Parvenue au troisième mois d'une nouvelle grossesse, elle se présenta au docteur Oldham, qui jugea impossible d'attendre une délivrance naturelle, et se décida à recourir à r avortement.
Dans ce but, il donna sans succès des lavements de seigle ergoté, introduisit ensuite la sonde utérine dans l'intérieur de l'organe et lui fit exécuter quelques mouvements de rotation sans obtenir autre chose qu'un écoulement blanchâtre et quelques douleurs dans les reins et dans le basventre. L'électro-magnétisme ne réussit pas mieux. Vingt-six jours s'écoulèrent dans ces tentatives répétées sans succès. Ce fut alors que
(1) Observation du professeur Schœller, de Berlin, citée par Millet, ibid., p. 242.
(2) Observation du docteur Oldham, iondoti Medic. Gaz., août 1849.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES
M. OWham se décida à ponctionner les niembrjines ; il ne s'écoula que quelques gouttes de sang et de sérosité. Pendant cinq ou six jours, on put craindre que l'avortement n'eût pas lieu ; cependiint le travail se déclara et marcha régulièrement. Il n'y eut aucune suite fâcheuse.
Obs. LXVI. — Avortement provoqué à Vaide de C éponge préparée (1).
Une femme âgée de trente-cinq ans, rachitique, chez laquelle le bassin n'avait pas plus de cinq centimètres au détroit supérieur, fut soumise pour trois grossesses successives à des avortements provoqués à l'aide de l'éponge préparée, vers trois mois et demi et quatre mois de la gestation. La troisième fois, M. Lenoir pratiqua cette opération en portant dans le col utérin une pince à trois branches, et les branches écartées, un morceau d'éponge préparée, taillée en cône, et solidement fixée sur une canule de gomme élastique qui fut maintenue en place, et remplacée le lendemain par une éponge plus volumineuse. Le travail commença le jour suivant et se termina heureusement. Les suites de l'opération furent des plus simples et le rétablissement rapide.
Obs. LXVII. — Avortement provoqué pour rétrécissement du bassin. Emploi successif de V éponge, de r électricité et de la ponction des membranes (2).
Chez une femme rachitique et complètement contrefaite, parvenue à trois mois et demi d'une première grossesse, et admise à l'hôpital des Chniques, M. Ciizeaux provoqua l'avortement à l'aide de l'éponge préparée. Le résultat se lit attendre onze jours. Pendant deux jours seulement, les douleurs furent très-aiguës; les suites de la délivrance furent très-heureuses. La même femme étant redevenue enceinte une seconde fois l'année suivante, M. le professeur P. Dubois, reconnaissant également la nécessité de provoquer l'avortement, tenta vers le quatrième mois l'emploi de l'électricité ; mais l'expérience échoua en grande partie p;ir l'indocilité de la femme. L'éminent chirurgien se décida alors à décoller les membranes. Il se servit d'abord d'une sonde de gomme élastique soutenue par un mandrin. 11 put assez facilement l'introduire dans le col utérin, mais ne trouvant pas l'instrument suffisamment résistant, il le remplaça par une grosse sonde d'argent, ce qui lui permit de pousser assez loin le décollement. Les adhérences placentaires furent détruites dans un certain espace, ce qui donna lieu à un peu d'écoulement de sang. Du reste, les membranes n'avaient pas été perforées. Presque aussitôt après l'opéra-
[i] Observation de Lenoir, Bulletin de l'Académie de médecine, décembre 1851.
(2) Observation rapportée par M. le docteur E. Laboric, Union médicale, 1848, p. 94.
ÉTUDE MÉDICO-LÉGALE SVW l'aVORTEMENT.
lion, qui fut rapidement faite, les douleurs se développèrent peu violentes d'abord, mais tout à fait franches, pendant la journée qui suivit Topération. Vers le soir de ce jour, les membranes se déchirèrent spontanément, et une demi-heure après l'avortement eut lieu.
Obs. LXVIII. — Accouchement prématuré artificiel pratiqué à l'aide de douches utéro-vaginales (1).
Sur une femme de quarante ans, enceinte pour la treizième fois et affectée d'une tumeur osseuse du bassin, M. le docteur Perrin se décida à provoquer à sept mois et demi Taccouchement prématuré au moyen des douches utéro-vaginales. La première fut administrée le 27 août J859, à deux heures du soir, à l'aide d'un simple irrigateur muni d'une canule en gomme élastique droite, flexible, de vingt-deux à vingt-quatre centimètres de longueur à orifice unique. L'injection de huit à dix litres d'eau tiède fut dirigée pendant quinze à vingt minutes tantôt sur le col de la matrice, tantôt dans le col lui-même. Pendant l'action de la douche la femme accusa le réveil d'une douleur fixe au-dessus du pli de l'aine droite, ainsi qu'une sensation d'engourdissement général dans les membres inférieurs, et remontant le long du rachis dans les extrémités supérieures. Un quart d'heure plus tard survint un frisson avec pâleur générale, suivi d'un accès de fièvre maligne et d'une insomnie complète. Le lendemain deux douches sont données à onze heures du matin et à sept heures du soir; avant la première le col était plus ramolli et plus ouvert; avant la seconde, dilaté au point de permettre l'introduction du doigt dans la cavité utérine. Ce frisson et la réaction fébrile ne se sont plus reproduits après la troisième douche; la poche des eaux se rompt à cinq heures du matin. Deux douches sont encore administrées le 29 et le 30 à neuf heures du matin, mais la délivrance ne s'opère que ce même soir h neuf heures, c'est-à-dire trois jours et demi après la première douche. Les suites de couche ont été régulières.