‹ Étude médico-légale sur l'avortement (volume 4)Chapitre 23 sur 30 · ET SIMULÉES · texte numérisé non relu

ET SIMULÉES

Les questions relatives à la constatation de la grossesse, si importantes et si délicates déjà pour la simple pratique, acquièrent en médecine légale une gravité et un intérêt particuliers. Tous les auteurs spéciaux ont insisté sur ce point. Fodéré (1) surtout signale la fréquence et la gravité des questions relatives à la grossesse, et les méprises dont elles peuvent être l'objet. Et M. Devergie fait remarquer au sujet des grossesses simulées que : « les dispositions de l'art. 27 du Code pénal, et des art. 145 et 752 du Code civil sont tellement importantes que l'on ne saurait apporter trop de soins à résoudre cette question. » Il engage l'expert à apporter la plus scrupuleuse attention dans son examen; lui recommandant « d'avoir présent à la pensée qu'il est peut-être plus facile de prouver l'existence que de démontrer l'absence de la grossesse (2). » Mais si l'on examine la doctrine, on voit que

(1) Trailé de médecine légale, deuxième édition. Paris, 1813, t. I, p. 420.

(2) Médecine légale théorique et pratique, deuxième édition. Paris. 1840, t. I, p. 459.

Smi I.ES GROSSESSES FAUSSES ET SIMULÉES. IG7

les médecins légistes se sont contentes d'emprunter aux accoucheurs leurs divisions et leurs théories scolastiques. Ils n'ont guère ajouté que quelques préceptes généraux, sans chercher à réunir et à grouper les observations qui peuvent seules par leur nombre et leur variété fournir dans chaque circonstance particulière les éléments d'une bonne solution. 11 serait donc très-important de faire connaître les cas qui sont de nature à jeter quelque jour sur un sujet si obscur. Et, à ce titre, il nous a paru qu'un intérêt singulier s'attachait à un fait extrêmement remarquable qui s'est présenté à notre observation et que nous publions de nouveau aujourd'hui. Nous y joignons quelques recherches nouvelles dont il nous a fourni l'occasion, touchant la question des grossesses apparentes et simulées.

Obs. I. — Grossesse prétendue datant de troh ans et demi. — Efforts d'accouchement revenant lotis les neuf mois.

La femme qui fait le sujet de cette observation se nomme Catherine Artaud, née Beziot; elle est âgée de quarante-quatre ans, a toujours habité Rochefort (Charente-Inférieure) , oii elle est née et n'a jamais eu d'autre état que d'aller travailler en journées. Cette femme, d'une constitution peu robuste, d'un tempérament lymphatique bien dessiné, est arrivée à l'âge de quarante ans sans avoir été sérieusement malane. lille ne parait avoir eu aucune affection aiguë, et n'a présenté aucun tmuble du côté du système nerveux ni de la menstruation. En somme elle a joui d'une bonne santé; mais sa vie a toujours été assez misérable. Mariée à un marin qui était souvent éloigné d'elle, elle avait peine â se suffire à elle-même. 11 ne semble pas qu'elle ait été soumise à aucune influence morale particulière; et rien n'est à noter non plus dans les antécédents de sa famille.

Catherine n'a eu qu'un enfant il y a environ six ans : sa grossesse et ses couches ont été parfaitement régulières. VÀ\o, n'avait pas été réglée pendant la durée de la gestation, et était accouchée k terme d'un enfant bien conformé qu'elle a perdu. Sa santé, bien rétablie, ne s'est pas altérée pendant les deux ou trois jiremières années qui suivirent sa (-ouche. Aucun dérangement n'était survenu notamment dans la nu iislniation, lorsqu'il y a trois ans et demi environ les règles se supprimèrent sans (|ue la santé en souffrit, les seins se développèrent et en même temps le ventre commença à grossir. C'est de ce moment que date l'histoire que raconte cette femme.

168 SUK IJ:S GRO.'^.^i.SStS FAUSSliS LIT SIMULÉES.

Quatre mois et demi après la cessation des règles, elle sentit remuer et n eut plus de doute sur l'existence d'une nouvelle grossesse. Cependant les règles reparurent vers le cinquième mois, et revinrent dès lors régulièrement jusqu'à l'époque actuelle (nous en avons nous-nième constaté rexistence). Au bout de neuf mois de gestation, le terme étant arrivé, le travail commença, il fut extrêmement pénible, et dura deux jours et deux nuits. Catherine, qui était instruite par sa propre expérience, sentit le produit de la conception descendre ; elle sentit même les eaux s'écouler el des débris de poche sortir. Enfin, pour compléter l'iiccouchement, il ne manqua qu une seule chose : un enfant. Les douleurs cossèrent; mais le ventre, les seins conservèrent leur volume; la gestation continua

Depuis cette époque, le ventre n'a pas cessé d être le siège de mouvements analogues à ceux qui avaient lieu pendiml la grossesse. Ces mouvements sont d'autant plus violents que l'enfant et la mère .sont restés plus longtemps sans prendre de nourriture. Ils s'accompagnent alors de douleurs très-fortes dans les reins. Dans cet état, Catiierine ne peut plus travailler; elle ne marche qu'avec peine, et a été forcée de passer qu'^lque temps à l'hôpital de Rochefort où elle a été soumise à l'observation de M. le docteur Clémot. Les approches de son mari, répétées comme à l'ordinaire, lu^ causaient une assez vive douleur. Jamais il n'est sorti de gaz par les parlies génitales. Ce n'est pas tout : lorsque arrive le terme fatiil de ueuf mois, un nouveau travail recommence tout aussi pénible, mais tout aussi infructueux que le premier. Cette époque doit arriver pour la cinquième fois au mois d octobre prochain. En attendant, lasse de ne trouver dans son pays aucun soulagement, la malade est venue à Paris implorer les secours delà science. Elle est entrée à l'hôpital de la Charité vers la fin du mois de mai 184-5, et a été placée dans le service de M. Rayer, d'où elle est momentanément ]»assée à la clinique de M. le professeur Rouillaud, qui en a fait l'objet d'une leçon extrêmement intéressante.

L'aspect extérieur de cette femme est assez remarquable. Sa taille trèspetite, offre une disproportion frappante entre les extrémités inférieures, qui sont extrêmement courtes, et le buste, qui est assez développé; la tète est aussi très-forte, l'embonpoint est assez considérable; la peau, et surtout celle do la face, est blafarde, quoique un peu colorée par le hâle. Les cheveux sont d'un blond jaunâtre, conits et rudes. L'expression de la physionomie est presque hébétée ; et cependant les veux respirent parfois une certaine astuce. La parole est libre, les réponses assez nettes, la mémoire très-présente en ce qui concerne les détails que nous venons de rapporter. Les seins présentent un certain développement; ils ne contiennent pas et n'ont jamais contenu de lait. Quant à l'abdomen, il a le vohime de celui d'une femme au septième ou au huitième mois de la grossesse: il est d'ailleurs plus globuleux, mais cependant assez uniformément distendu; la dépression ombilicale n'est pas effacée. La palpation constate une dureté, une résistance générale est presque partout égale. En déprimant les parois, on ne trouve du reste aucune tumeur dans le venirc. La

percussion, soit superlicielle, soit piofonde, donne partout un son clair presque tympanique, si ce n'est peut-être tout à fait dans le flanc droit où le son est par moments obscur; il n'y a cependant pas dcmatité, pas plus que dans la région suspubienne. L'auscultation permet de constater avec certitude l'absence de tout bruit de souffle dans le système vasculaiie abdominal.

Lorsqu'on applique la main sur le ventre, ou même par la simple inspection, on découvre qu'il est le siège de mouvements très-énergiques, très-variés et presque continuels. Tantôt c'est une ondulation qui va d'un côté à l'autre; tantôt la masse tout entière se déplace et se porte alternativement à droite et à gauclie en s'allongoant de manière à former une saillie considérable d'un côté pendant quo l'autre est aplati. Enfin, pai moments, c'est un choc rapide, violent, dirigé de haut en bas ou d'arrière en avant, et qui heurte et soulève les parois du venti-e. Pendant que ces mouvements s'exécutent, le bassin et le reste du corps demeurent complètement immobiles; la femme est étendue sur le dos; les mains seules s'appuient quelquefois sous les reins qui, au dire de Catherine, sont comme décbirés par de vives douleurs. 11 est à noter, du reste, que l'observation à laquelle elle est soumise, l'attention dont elle est l'objet, augmentent beaucoup ces accès, qui sont presque nuls lorsqu'elle est tranquille. Quand on la fait descendre de son lit, on voit qu'elle marche péniblement, le corps renversé en arrière, les jambes très-écartées; elle se balance presque continuellement en se soutenant le ventre avec les mains, afin, ditelle, de bercer son enfant. Du reste les mouvements ne cessent pas dans la station, ils sont seulement moins violents.

Catherine prétend qu'elle entend souvent l'enfant qu'elle porte dans son sein soupirer et pousser des gémissements plaintifs dont elle imite le son et qu'elle dit avoir fait entendre à une de ses voisines. Celle-ci, interrogée sur cette circonstance, déclare qu'elle a entendu de simples borborygmes et qu'elle s'est bien gardée d'attribuer ce bruit aux plaintes d'un enfant. Mais une des filles de service n'hésite pas à affirmer que c'est le cri d'une grenouille ou d'un crapaud. Lanuil, bien que la malade soutienne qu'elle ne dort pas, elle a un sommeil très-calme et se réveille senlenient une ou deux fois pour manger.

Le toucher pratiqué par le vagin et par le rectum montre diï la manière la plus évidente l'état de vacuité de l'utérus, et l'absence de toute tumeur abdominale. Le col de la matrice est dur et allongé; l'orifice est étroit, les lèvres assez fortes et d'une bonne consistance.

Aucun autre trouble n'existe dans l'état général de la femme Artaud. Son appétit est très-'non, ses digestions faciles. Les mouvements et la sensibilité ont partout conservé leur intégrité. Aucun spasme, aucune convulsion, même passagère, ne se remarquent dans les muscles des membres (^n de la faec. La respiration est pure; le pouls un peu animé par l'examen, bat DG fois par minute, la chaleur de la peau est normale; l'urine est saine. Kn un mot la santé est bonne; il n'existe rien autre

170 SL'R LES GROSSESSES FAUSSES ET SnîTJLÉES.

chose d'appréciable que le développement du ventre et les mouvements insolites dont il est le siège.

En résumé, dans l'observation qui précède et sur les détails de laquelle nous avons insisté, parce que, comme il sera facile de s'en convaincre bientôt, ce sont surtout les détails qui manquent dans tous les faits analo^rues publiés jusqu'à ce jour, on voit, en s'en tenant simplement aux circonstances les plus remarquables et les plus positives, une femme, déjà mère, présenter, à la suite d'une aménorrhée, un développement (;raduel et considérable de l'abdomen, des mouvements évidents, des contractions très-énergiques du ventre, sans que l'examen le plus complet et le plus attentif fasse constater dans cette cavité autre chose qu'une accumulation de gaz dans l'intestin. Cependant, au neuvième mois de cette prétendue grossesse, commence une sorte de travail d'enfantement qui, bien que s'accompagnant, au dire de la malade, de phénomènes caractéristiques, tels que l'expulsion des eaux et de quelques débris de membranes, n'aboutit en réalité qu'à de stériles douleurs; et, chose plus extraordinaire encore, laisse la femme exactement dans le même état. Enfin, depuis cette époque, c'est-à-dire depuis plus de trois ans, le ventre conserve son volume, est toujours agité des mêmes mouvements, la femme ne doute pas qu'elle ne porte dans son sein un enfant, dont elle entend les cris, qu'elle berce pour l'apaiser, qui s'agite lorsqu'il a faim, et qui enfin tous les neuf mois tente un nouvel effort pour s'échapper de la prison où il est retenu.

En présence de ce cas, à la fois si extraordinaire et si complexe, il était impossible que l'attention ne fût |)as vivement frappée, et que des idées très-diverses ne s'éveillassent pas dans l'esprit des observateurs. Mais, ce n'était qu'après avoir cherché dans la science les faits analogues et réuni les éléments d'un jugement comparatif, qu'il était permis de Tinter-

prêter sûrement, et de lui restituer avec certitude le sens qui lui appartieut : cette étude pouvait en même temps conduire à une appréciation plus complète et plus juste des différentes formes qu'il convient d'établir, au point de vue de la médecine légale, parmi les grossesses apparentes. Je ne puis espérer d'avoir résolu les questions très-nombreuses que soulève ce sujet; j'aurai seulement tenté de les poser plus nettement et dans un nouveau jour.

Avant de présenter le résultat de ces recherches, il convient d'exposer d'une manière sommaire la doctrine que professent, d'un commun accord, les accoucheurs et les médecins léj^isles, relativement à la constatation de l'état de grossesse. On sait que les signes sur lesquels se fonde la connaissance de la grossesse sont divisés en signes certains et signes incertains. Ceux-ci comprennent en général tous les phénomènes propres à la mère, tels que l'aménorrhée, le développement du ventre et des seins, la sécrétion du lait, le bruit de souffle qui s'entend dans les gros vaisseaux du bassin, l'inappétence, les nausées, les vomissements et tous les troubles sympathiques que provoque l'état nouveau de l'utérus. Quant aux premiers, ils se composent exclusivement des phénomènes que l'on peut dire propres à l'enfant, ou du moins physiquement produits par sa présence : c'est-à-dire les mouvements actifs ou passifs et les bruits du cœur. Il nous semble qu'il faudrait ajouter encore, pour embrasser tous les cas, le travail de l'accouchement et l'expulsion d'un fœtus mort ou vivant; ou enfin sa présence anatomiquement constatée dans un point autre que la cavité utérine et abstraction faite des monstruosités par inclusion. Mais à part les bruits du cœur et l'existence avérée d'un produit de conception mis au jour, ou mort et retenu dans le sein de sa mère, l'un et l'autre

ordre de signes, certains ou incertains, peuvent, dans des circonstance particulières, se produire plus ou moins nettement, et avec une apparence de réalité plus ou moins grande en dehors de l'état de gestation. De cette incertitude de presque tous les signes de la grossesse, admise à des degrés divers par les auteurs (1), est résultée, pour les médecins légistes, la nécessité de poser en principe qu'il ne fallait se prononcer qu'alors que l'on avait constaté d'une manière positive l'ensemble des signes certains (2). Cependant on a bien été forcé de reconnaître que, d'une part, la constatation positive n'était pas toujours possible, que, de plus, certains faits se présentaient entourés d'une obscurité telle que des méprises nombreuses avaient été commises, et qu'il était, par conséquent, nécessaire d'admettre et de distinguer des grossesses fausses, apparentes et simulées. C'est ce qui a fait dire à M. le professeur Tourdes, dans son excellente dissertation, que : « Si l'existence de la grossesse en médecine légale ne peut être établie que sur les signes certains, il n'en est pas moins important de rechercher quelles sont les affections qui la simulent (3). » Or, ces cas de grossesses sinmlées ne peuvent être convenablement distingués et classés qu'à la condition de prendre pour point de départ une analyse exacte et soigneusement étudiée de leurs éléments mêmes, c'est-à-dire des phénomènes qui, par une fausse analogie, rappellent plus uu moins complètement quelques-uns des signes les plus certains de la grossesse.

C'est là la marche que nous suivrons; et, sans nous atta-

(1) E. G. Brenner, De fallacia signonim in graviditate , dissert. 19, in J. C. Scblegel, Sylloy. operum minorum praestantiorum ad artem ohtetricam speclanlium. Lipsia», i795, t. 1, p. 581.

('/) Orfila, Traité de médecine légale, quatrième édition, Paris, 1846, t. t. — I*. Maigne, Du toucher, considéré sons le rapport des accouchevients. Paris. 1859.

(5) Des cas rares en médecine légale. Thèse de concours. Strasbourg, 1840, p. 21.

AMÉNOKRHÉi:, llÉVELOPl'EMKNT DU VKNTUE, ETC. 175

cher à ceux des phénomènes de la grossesse qui sont décidément sans valeur, ou qui ne peuvent donner isolément que de vagues soupçons, nous aurons à rechercher dans quelles conditions, autres que l'état de gestation, peuvent se produire chez la femme, la cessation des règles, le développement du ventre, le gonflement de la glande mammaire et la sécrétion du lait; des mouvements particuliers, des contractions abdominales énergiques et caractéristiques; et enfin un ensemble de douleurs et d'efforts prolongés pkis ou moins analogues au travail de l'enfantement. Lorsque nous aurons terminé cette étude, dans laquelle nous ne hasarderons pas un mot qui n'ait pour appui les faits que la science possède, nous serons en mesure d'établir quelques espèces bien caractérisées parmi les diliérentes formes de grossesses apparentes, et d'assigner au fait remarquable que nous venons de rapporter la place qui lui convient au milieu de ces affections extraordinaires.

II. j%^inénorrIiée« développement dn ventre et des seins, etc.

Nous n'aurions pas à insister sur ces phénomènes, en raison du peu de valeur qu'oil leur attribue dans la constatation de la grossesse, si leur existence, à peu près constante au début de la gestation, ne leur donnait une grande importance aux yeux des femmes, et si, par suite, ils ne devenaient ordinairement le point de départ de tous les accidents qui se montrent plus tard dans le cours des fausses grossesses. Du reste, c'est à ces signes incertains que se sont le plus attachés les auteurs (1). On comprend, en effet, combien sont nombreuses et variées les causes qui, outre la grossesse, peuvent amener chez les femmes une intumescence du ventre (2). Et,

(1) Heilmann respond. Pollau, Dissert, sistens intumescentias ventrh ssepe (jraviditatem menticntes. Wurtzbourg, 1799. J'ai eu le regrot de ne pouvoir me procurer cette thèse, mais j'ai cru néanmoins devoir la citer.— Capuron, Dissert, de spuria ijraviditate. Thèse de concours, 1<S 1 1 . Cette dissertation ne contient malheiiMisemcnt aucun fait particulier

(2) Orfila, loc. cit.

ce qui est à la fois plus remarquable et plus important pour notre sujet, c'est que les seins participent en général à cette augmentation de volume, et présentent, lors même que l'utérus est tout à fait étranger au gonflement du ventre, un surcroît de vitalité quelquefois très-marqué. Sans vouloir énumérer toutes les conditions dans lesquelles se montrent les signes dont il est question ici, nous indiquerons les principales.

Mauriceau cite quatre observations dans lesquelles le développement naturel de l'embonpoint, coïncidant avec la diminution ou la cessation des règles, avait fait croire à une grossesse. Les femmes, qui pour la plupart étaient près de l'âge de retour, avaient cru sentir remuer alors qu'elles n'éprouvaient que de simples tressaillements, et l'une d'elles s'était crue à terme et même en travail (Ij.

L'aménorrhée peut produire les mêmes résultats. Russel parle d'une ftmme qui ayant tous les symptômes de la grossesse, suppression des règles, volume du ventre, seins gorgés de lait, mouvement du fœtus, en fut débarrassée au bout de neuf mois par une perle. Les mêmes phénomènes revinrent ainsi tous les neuf mois pendant vingt ans. A l'autopsie on trouva les organes génitaux dans l'état naturel (2).

Les états organiques variés qui ont leur siège, soit dans l'utérus, soit dans les autres viscères abdominaux, soit enfin dans le péritoine, forment un groupe très-distinct et facile à caractériser, parmi les grossesses apparentes. C'est ainsi que la physométrie (5), l'hydrométrie (4), le développement d'hy-

(1) Observations sur ta grossesse et sur V accouchement, etc. Paris, 1694, obs. LCLXKV, CGCLXIX, DLXVI, DLXXIX.

('i) Meissner, Progrès de Vart des accouchements, de 1801 à 1825, cité par Velpeau, Traité complet de l'art des accouchements, deuxième édition. Paris, 1855, t. I, p. 244.

(3) J. P. Frank, Traité de médecine pratique, nouv. édit. Paris, 1842, t. Il, p. 21.

(4) Cliambon de Montaux, des Maladies des femmes, Paris, 1841. t. H, p. ôô2.

AMÉNORRÉL, DÉVELOPPEMENT DU VENTUK, ETC. 175

datides dans l'ulérus (1), etc., ont pu donner lieu à des méprises. Mais il y a là une question de diagnostic anatoniique qui ne doit pas nous occuper, et que les moyens physiques, et en particulier la percussion, doivent d'ailleurs rendre beaucoup moins obscure. La tympanite intestinale est plus fréquente et donne lieu à des phénomènes plus complexes et plus saillants. L'exemple suivant en donnera une idée trèscomplète :

Obs. II. — Grossesse apparente produite par une tympanite intestinale (2).

Une jeune daine éprouve quelque temps après son mariage une suppression de règles, accompagnée de dégoût, de salivation, de nausées, de légers vomissements, de gonflement dans les seins. Le ventre se tend peu à peu. A répoque du quatrième mois, cette dame sent des mouvements intérieurs qu'on prend pour ceux de l'enfant. Elle se porte d'ailleurs trèsbien, conserve son embonpoint ; ses digestions se font avec facililé. Les mamelles filtrent une sorte d'humeur laiteuse; Taréole brunit; tout, en un mot, fait croire à l'existence d'une bonne et vraie gro-sesse. Levret qui devait accoucher cette dame le pensait ainsi. La mort ayant enlevé cet accoucheur, on fait choix pour le remplacer de Baudelocque qui fait sa première visite avec Lorry. Ce médecin en portant la main sur le ventre de la dame dit qu'il sent les mouvements de rcnfanl. Baudelocque porte à son tour la main sur le ventre, sent un mouvement intérieur, mais déclare que ce n'est pas là le mouvement d'un enfant, il touche, trouve la matrice petits, non développée d dans un très-grand état de maigreur. Il annonce qu'il n'existe pas de grossesse, et que la tension des parois du ventre est due à de l'air contenu dans les intestins. Vingt-qualre heures après cet examen, la dame éprouve quelques douleurs et pL^n^e que son accouchement va se terminer. Se croyant à la fin du neuvième mois de sa grossesse, elle prépare tout ce qui lui est nécessaire, se couche et liait appeler Baudelocque qui revient, touche une seconde fois et porte le même jugement, l'eu de temps après il se manifeste des coliques qui sont suivies de l'expulsion d'une très-grande quantité d'air par l'anus et de l'affaissement du ventre.

(1) Fournier, Dictionn. des sciences viédic, art. Ces rares, p. 255.

(2) Mural, Dictionn, des sciences médic, art. Grossesse, p. 422. Cette observation est la même que celle qui est citée par Baudelocque dans son livre {l\irt des accouchements. Paris, 1789, t. 11, p. 658).

176 SUR LES GROSSESSKS FAUSSKS KT SIMULÉES.

On doit oncore indiquer l'ascite comme rentrant dans les faits de cet ordre. Mais il est bien entendu que l'ariection organique se présente ici avec les signes qui lui sont propres et qui doivent rendre l'erreur plus difficile.

Il n'en est pas de même dans ces gonflements du ventre <iue l'on pourrait appeler idiopathiques, et qui sont le degré le plus simple, la forme élémentaire, en quelque sorte, des grossesses fausses.

Obs. lil. — Grossesse dite nerveuse simple (1).

Une jeune femme de vingt ans, ayaat déjà eu un enfant, présente un développement considérable du ventre et de Tutérus sans cessation des règles, sans aucuns niouvenients dans le ventre ; et qui disparaît tout à «oup au bout d'un an sans issue de liquide ou de gaz par la vulve.

Enfin les cas de grossesse simulée se bornent quelquefois à la grossière supercherie d'un ventre postiche. Marc ne suppose pas d'autre simulation que celle qui a lieu au moyen de coussins appliqués sur l'abdomen (2). Boeder, sous un titre qui semble promettre lieaucoup, publie une observation complètement dépourvue d'intérêt (3). Il s'agit simplement d'une mendiante qui simulait une tuméfaction considérable du ventre au moyen d'un sac qu'elle portait sous les vêtements, et dont la fraude protégée par son refus opiniâtre de se laisser examiner, ne fut découverte qu'à sa mort. L'auteur, qui est saisi, à ce sujet, d'une indignation beaucoup trop vive, fait suivre son récit de plusieurs autres observations qui n'ont trait qu'à des fausses grossesses par hydropisie ou par maladie organique de l'utérus.

(1) Docteur Bouchard de Sauniur, Journal des connaissances médic. chirurgie, mai 1859, p. 300.

(2) Dictionn. des sciences médic, art. Grossesse [Màec. lég.).

(3) J. Bœcleri ad exteros mtdicos occasione fraudulentx mnlieris quse per Lotam fere vilani ficto monstroso ventre omnium decepif nculos, conscripla epistola. Argentorali, 1728, in Disput. de Haller, t. IV, p. 241, Lausanne, 1758.

MOUVEMEMS. 177

Page 1