CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
répression des lois. Mais je ne crains pas d'affirmer que les poursuites seraient à la fois jjIus multipliées et plus efficaces si les circonstances dans lesquelles se produisent les avortements étaient plus connues non -seulement des officiers de police judiciaire, mais encore des experts qui sont appelés à les apprécier. Les'considérations dans lesquelles je vais entrer présenteront à ce titre quelque intérêt.
Une première distinction est à faire entre les avortemenls non suivis de mort, et ceux dont les suites ont été funestes.
Dans le second cas, qui est le plus commun, le médecin appelé par la justice se trouve en présence du cadavre de la femme qui a subi l'avortement, et quelquefois, mais non toujours, du produit de conception expulsé, sur lesquels il a à rechercher des traces matérielles du crime qui trop souvent, il convient de le reconnaître avec les auteurs, sont incomplètes ou font même absolument défaut. J'aurai à revenir sur ce sujet; mais, dès à présent, je dois faire remarquer que ces cas, à part ceux où la mort n'est arrivée que tardivement, par cela même qu'ils consistent en une simple constatation, et qu'ils exigent moins souvent une interprétation compliquée, ne sont ni les plus difficiles ni les plus délicats. J'ajoute qu'il est rare que les circonstances diverses, qui ont précédé et accompagné l'exécution du crime, soient assez connues pour prêter à une discussion approfondie. Celle-ci s'engagera seulement alors sur les moyens de défense auxquels j'ai déjà fait allusion.
Dans les cas, au contraire, où la femme a survécu aux suites de l'avortement, ce n'est presque jamais que par des dénonciations particulières ou par une sorte de notoriété que la juslice est informée; et les experts qu'elle appelle pour l'éclairer ont à résoudre les questions les plus diverses et les plus complexes. En effet, ce n'est pas seulement de la constatation du fait môme de la fausse couche, et de la nature des accidents qu'elle a produits, qu'il s'agit; il faut encore le plus souvent
in ÉTUDE MKDICO-LÉGALE SUR L AVORTEMENT.
discuter la sincérité des aveux que manquent rarement de faire les femmes qui se sont laissé entraîner au crime. C'est p.lors qu'il est indispensable de connaître, dans les plus petits détails, les procédés auxquels recourent les auteurs ordinaires du crime d'avortement, et surtout de savoir distinguer ce qu'il peut y avoir de vrai ou de faux dans les allégations très-souvent contradictoires des complices, qui deviennent forcément les plus ardents accusateurs les uns des autres. On comprend dès lors combien le cercle des questions relatives à l'avortement doit s'agrandir ; puisque, n'étant plus bornées au seul fait particulier, elles peuvent s'étendre aux généralités et aux indications pratiques de l'art des accouchements. On verra pourtant que, malgré leur multiplicité et leur apparente diversité, il n'est pas impossible de les prévoir jusqu'à un certain point, et de les ramener à quelques principes définis. C'est là ce que je vais tenter en analysant les faits que j'ai recueillis, et auxquels je m'attacherai exclusivement.
Mais je voudrais auparavant donner ici un aperçu du crime d'avortement considéré en lui-même.
Les renseignements statistiques précis sur les crimes d'avortement offriraient à tous égards un très-grand intérêt ; mais on doit comprendre combien de raisons s'opposent, pour ce crime encore plus que pour tout autre , à ce que les chiffres représentent exactement la réalité des choses. 11 est trop évident, en effet, que le plus grand nombre reste inconnu pour que l'on puisse attacher une valeur suffisante aux résultais d'une statistique nécessairement incomplète. Cependant, à défaut d'autre chose, on peut recueillir quelques données qui ont une importance relative, et qu'il serait regrettable de négliger complètement. C'est par cette raison que je crois devoir consigner ici des documents authentiques puisés aux seules sources qui puissent fournir, sur la question (pii nous occupe, des renseignements utiles.
Les Comptes rendue nninieh de la justice criminelle ne ren-
(ONSlDKHATrONS OllNKRALES. 11
forment, relalivement à l'avortement et aux tentatives d'avorlement, que les indications suivantes :
nSLEVÉ ANNUEL DES CRIMES d'avORTEMENT JUGES I)E 1851 A 1861, AVEC l'indication du SEXE DES ACCUSÉS ET DE LA QUALITÉ SPÉCIALE DES CONDAMNÉS.