AVORTEMENT PAR CONSTRICTIOX DU VENTRE
qu'aux coups de pieds, peut, dit le premier (1), amener un avortement, manière de voir conforme à celle du second de ces médecins légistes, lorsqu'il dit : (1) « Les agents mécaniques qui exercent leur action sur l'u- » térus sans agir directement sur lui sont les coups, la compression » soutenue, etc. »
Des faits et opinions que nous venons de faire successivement connaître, il découle, qu'en réponse à la seconde question, nous dirons : Oui, les compressions dont se sont rendues coupables Mélanie Castel el Julie Maraval à l'aide d'une ceinture ou d'un mouchoir, constituent des moyens mécaniques capables d'amener un avortement.
Troisième question. — L'organisation anormale et les désordres pathologiques observés chez l'enfant ont-ils été le résultat de ces pressions ?
De cette question nous rapprocherons la quatrième, qui n'en est qu'une modification, la même réponse suffisant.
Quatrième question. — Tout au moins les désordres tels que les adhérences anciennes, solides, résistantes, l'atrophie de certains organes, .le développement excessif de certains autres, etc., tout ou partie seulement de ces désordres s'expliquent-ils et se justifient-ils par ces violences exercées sur l'abdomen pendant la vie intra-utérine ?
Les lésions ou malconformations observées sur l'enfant né de Mélanie Castel sont évidemment de divers ordres, les uns sont, en effet, caractéristiques de ce qu'on est convenu d'appeler monstruosités par arrêt de développement. Telles sont l'atrésie ou occlusion de l'intestin rectum, sa continuité avec la vessie par l'intermédiaire d'une sorte de cordon ligamenteux, trace de la fusion de ces deux organes pour former le cloaque commun aux appareils digestif, urinaire et reproducteur des premiers temps de le vie embryonnaire, la bifurcation du pénis ou du clitoris ; les autres sont, au contraire, les effets d'une maladie du péritoine qui aboutit à la formation de pseudo-membranes solides, résistantes, anciennes, qui ont fait de la masse intestinale et du foie une sorte de masse comme adhérente elle-même aux parois de l'abdomen. A un troisième groupe nous paraît se rattacher l'augmentation de volume du foie, des reins, des capsules surrénales et même de la vessie, en vertu de cette loi du balancement des organes qui veut que certains organes prennent un développement exceptionnel, lorsque ceux qui sont placés dans leur voisinage ne prennent pas leur développement habituel.
Ces divers ordres de lésions ne nous en paraissent pas moins pouvoir être considérés comme conséquence, comme effets plus ou moins directs ou indirects des manœuvres déjà indiquées dans l'instruction.
Pour ce qui est des effets pathologiques qui, nous venons de le faire pressentir, se rattacheraient à une irritation du péritoine de l'enfant contenu dans le sein de sa mère, irritation qui aurait abouti à la sécrétion
(1) Devergie, t. I, p. 674 de sa Médecine légale.
d'une matière plastique qui se serait organisée en '[^fause membrane, rien de plus facile à comprendre que les compressions violentes qui ont fait subir à la mère de si violentes tortures aient eu un retentissement plus ou moins violent sur le péritoine de l'enfant, car c'est vers les points inférieurs de son corps que devait se faire sentir l'action du lieu constricteur placé au niveau de la région ombilicale de la mère, puisqu'il est établi par l'observation que sur cent grossesses l'enfant a quatre-vingt-quatorze ou quatre-vingt-quinze fois la tête en bas, et le siège vers le fond de la matrice, qui correspond au niveau et au-dessus de l'ombilic de la mère à partir du cinquième mois. Or, c'est à partir aussi de cete dernière époque que Mélanie Castela eu recours à l'agent de compression quia fatalement étendu son influence sur l'enfant.
Les adhérences une fois constiuées, les viscères qu'elles entouraient de toutes parts n'ont pu se développer comme ils l'auraient fait sans cela privés de toute mobilité, ils n'ont pu occuper dans la cavité qui les con, tenait l'espace qu'ils occupent normallement, ils n'ont pu exercer sur les organes du voisinage ces pressions harmoniques qui ont pour effet de donner à chacun d'eux la forme habituelle. De là une sorte de liberté laissée aux organes non enveloppés par les pseudo-membranes de se développer d'une manière exceptionnelle, tandis que ceux qui étaient soumis au contraire, à l'action de ces adhérences restaient dans un état d'infériorité relative dans leur accroissement. Ces faits concordent de la manière la plus satisfaisante avec les appréciations et interprétations si judicieuses de l'immortel auteur de la Pliilosophie anatomique, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, dont les recherches ont démontré de la manière la plus péremptoire combien était "active l'influence de certaines adhérences dans la constiution de monstruosités complexes, caractérisées par le développement'exagéré de certains organes et l'atrophie de certains autres.
Pour ce qui est enfin des monstruosités par arrêt de développement se rattachant à une perturbation du nisus formativus^ nous trouvons déjà dans Ambroise Paré que la petitesse de la matrice lui paraît être la cause de celles qu'il a rangées dans sa sixième classe (1), et l'auteur du mémoire sur la dégénérescence de l'espèce humaine par suite de l'usage des corps de baleine, n'hésite pas à rattacher à leur influence certaines malconformations fatales, mais ce qui n'était en quelque sorte qu'à l'état d'intuition s'est révélé avec toute son authenticité à Geoffroy Saint-Hilaire. Ainsi, dit son fils Isidore (2) : « On doit tout à la fois à mon père la première découverte et la démonstration de ce fait remarqu9,ble, qu'il est des genres de monstruosités dont la production résulte constamment d'une action mécanique exercée sur l'abdomen, telles, qu'un coup violent ou une compi'ession 'prolongée sur cette région. »
(1) Ambroise Paré, Œuvres, édition Malgaigne.
(2) Isidore Geofl'roy Saint-Hilaire, Histoire des anomalies, t. III, p. 534 .