CONDITIONS QU£ PRÉSENTE LA FEMME ACCUSÉE
cette défense banale qui se produit dans toute affaire dHnfan^ ticidc : ignorance prétendue de la grossesse qui a cepen* dant été dissimulée avec soin, surprise causée par les premières douleurs de renfanlement, égarement passager qui dure tout juste le temps de mutiler Tenfant avec des ciseaux ou avec un couteau, de lui nouer un cordon autour du cou, puis de le cacher sous les matelas ou de le jeter dans les latrines. Les aveux dont les auteurs cités se sont fait un argument en faveur de la folie transitoire sont-ils si difficiles à expliquer en présence d'un flagrant délit. J'en dirai autant des mutilations que Ton veut faire passer pour des violences inutiles, qu*un fou seul peut commettre. Ne savonsnous pas que dans l'infanticide elles coBstituent un moyen très-ordinaire et si Ton peut ainsi dire très-rationnel de faire disparaître plus aisément le cadavre du nouveau-né? Je ne peux donc admettre dans ces cas, et j'ajoute que je n'en con-!nais pas un seul exemple authentique et vraiment démons^ tralif, cette folie transitoire du moment de l'accouchechement dont Marcé a voulu faire une variété de la folie puerpérale.
Mais par contre, je reconnais/ort bien qu'il y a des cas où l'infanticide est l'œuvre de la folie, et où la femme accusée doit être déclarée irresponsable. Seulement, ces cas sont d'une toute autre nature que ceux qui précèdent.
Ce sont ceux dans lesquels la folie, qu'elle ait précédé ou suivi l'accouchement, n'est pas transitoire mais bien caractérisée par les symptômes habituels tantôt de la folie hys^ térique, tantôt et plus souvent de la mélancolie lypémaniaque avec hallucination, tantôt enfin, mais beaucoup plus rarement, de la fureur maniaque.
Qui ne connaît l'histoire fameuse de la fille Cornier, de laquelle il convient peut-être de rapprocher celle de Papavoiae. C'est à ce genre d'impulsions morbides que l'on peut rapporter quelques-uns des cas d'infanticide commis par
ETAT M£MTAL Dià M F£MMK APHKS L' ACCOUCHEMENT. 235
des filles irresponsables. J'emprunte au livre de Marcé (1) les faits suivants, qui appartiennent njanifestement à cette catégorie et qui appellent toute l'attention du médecin légiste. Il y joint d'ailleurs quelques préceptes excellents et tout à fait pratiques.
a Le docteur Barbier (d'Amiens) a communiqué à l'Académie de médecine un fait qui a eu un grand retentissement, et qu'Esquirol cite en détail dans son ouvrage (2). Il s'agit d'une femme nommée Marguerite Molliens, sujette à divers accidents nerveux, qui, cinq jours après son accouchement, ayant été vivement impressionnée par l'histoire de la fille Cornicr, qu'on avait racontée devant elle, fut prise d'une impulsion irrésistible qui la portait à tuer son enfant. Un jour, elle sent son bras se porter involontairement vers un couteau, et se met à crier au secours; on accourt, elle se calme et avoue eu pleurant l'impulsion qui la domine. La malade entra à l'Hùtel-Dieu d'Amiens; au bout de six semaines d'un traitement convenable, elle était assez bien rétablie pour pouvoir entrer comme domestique dans une maison; depuis, sa guérison ne s'est pas démentie.
n Le docteur Michu (3) a donné Thistoire d'une femme de la campagne, accouchée depuis dix jours de son premier enfant, qui, subitement, en jetant les yeux sur lui, se sentit agitée du désir de regorgement. Cette idée la fit frémir, ellp sortit aussitôt pour se soustraire à ce funeste penchant. Rentrée chez elle, elle éprouva la même impression. Alors elle s'éloigna de nouveau, se rendit à l'église, puis chez le curé, auquel elle confia tout; ce dernier l'adressa à un médecin qui lui donna les soins convenables; au bout de huit jours, la malade était revenue à des dispositions plus heu-
(1) Marcé, loc. cit.^ p. 300.
(2) Esquirol; Des maladies mentalesj t. Il, p. 825.
'^3) Esquirol, t, II, p. 808, et J. L. Michu, Discussion médico-légale sur la monomanie homicide, Paris, 1826.