INFANTICIDE PA» FRACTURE DU CRANE
rechercher : 4 ^ dans quelles conditions d*âge et de développement cet enfant est né, 2° s'il est sorti vivant du sein de sa mère, S* si sa mort est le résultat des causes naturelles, d'un accident ou d'un crime. Les éléments de solution de ces trois questions sont complètement et très-explicitement contenus dans le rapport de M. le docteur Tercinier, et sans avoir pu apprécier par nous-môme l'état matériel du cadavre, nous pouvons néanmoins nous former une opinion très-formelle sur les différents points qu'il s'agit d'examiner.
Expw de$ faits. — Le corps de l'enfant de la femme G.., retiré de la terre où il avait été enfoncé, pesait près de % kilogrammes et demi, et n'avait pas moins de 6t centimètres de long ; bien que Ton ne trouvât pas encore de point osseux bien formé dans les cartilages épiphysaires dea fémurs, mais seulement la vascularité qui précède Tossification. Le développement était d'ailleurs très-avancé et l'enfant avait toutes les apparences de la force. Il n'existait rien de particulier à noter à l'extérieur du corps, si ce n'est le phénomène de la putréfaction déjà très-prononcée.
Celle-ci n'avait pas épargné les organes externes. Les poumons notamment étaient le siège d'une infiltration de gaz putrides considérables qui les faisaient d'abord surnager, ainsi que la masse des viscères thoraciques. Mais lorsque, par une pression mesurée, le tissu divisé des poumons avait été débarrassé de ces gaz, il se montrait d'un rouge foncé, non pénétré par l'air et chaque fragment se précipitait rapidement au fond du vase. Les expériences docimasiques faites avec beaucoup de soin et de précision par l'honorable expert de Cognac ne peuvent laisser le moindre doute sur l'exactitude des résultats qu'il a obtenus.
La tête était le siège des lésions les plus graves et les plus caractéristiques. Au premier aspect, elle se montrait aplatie et comme écrasée, les os du crâne étaient fracturés en plusieurs endroits et en fragments tauUipies, dont l'un avait perforé les téguments et faisait saillie à travers le cuir chevelu. Ces fractures, de forme irrégulière, s'étendant d'un côté à l'autre du crâne et comprenant les deux pariétaux et les deux temporaux, étaient en outre accompagnées d'un épanchement de sang nettement circonscrit, c'est-à-dire coagulé sur le lieu môme où il s'était extravasé, et d'une infiltration sanguine résistant à des lavages et à des frictions répétés et occupant toute l'épaisseur du cuir chevelu au niveau des fractures.
Appréciation des faits. Discussion des questions qu ils soulèvent. — Tels sont les points essentiels qu'établissent, comme une base solide de discussions, le procès-verbal d'autopsie et les constatations si exactes et si complètes consignées dans le rapport de M. le docteur Tercinier. Nous sommes en mesure à présent d'apprécier les faits 9t d'en d^uire la solution des questions que nous avons posées plus haut.
2é8 Rapports et coNsûLtATioNs.
4 ° Dans quelles conditions d'âge et de développement V enfant issu de la femme C, . . est-il venn au monde ? — Celte question D*a pas pour objet de rechercher si cet enfant est né viable, la viabilité n'étant pas une condition nécessaire de Hnfanticide ; mais seulement d'apprécier si les conditions d'âge et de développement dans lesquelles Tenfant est né, étaient de nature à Tempècher de vivre tiors du sein de sa mère et à expliquer sa mort d'une manière naturelle ; en même temps qu elles pouvaient servir de contrôle aax affections de la femme C, touchant Tépoque et les circonstances de sa grossesse. Or, les caractères analomiques que nous avons rappelés établissent de la manière la plus positive, que si Tenfanlde cette femme n'était pas parvenu tout à fait au terme extrême de la vie intra-utérine, ce que démontre l'absence de point osseux complètement formé dans les extrémités des fémurs, il est certainement né à une époque extrêmement voisine du terme; que sa laille, son poids, l'ensemble de son développement extérieur ne peuvent laisser de doute à cet égard, et qu'en outre il était dans des conditions de force qui excluent toute idée de mort survenue naturellement par débilité ou par maladie, soit dans le sein de sa mère, soit au moment de la naissance.
2° U enfant est-il né vivant? — On peut dire d*une manière générale qu'un enfant est né vivant, lorsque Ton trouve dans l'état des organes la preuve anatomique, qu'une des fonctions vitales s'est exercée alors qu'il était déjà sorti du sein de sa mère. Si le plus ordinairement c'est à la fonction de la respiration nouvellement établie chez l'enfant qui vient de nattre que Ton demande la preuve de la vie, il faut bien se garder de croire que ce soit là une preuve nécessaire et unique, et que demander si un enfant a vécu, ce soit rechercher s'il a respiré. Il peut arriver en effet que le nouveau-né vienne au monde dans un état tel que la respiration tarde à s'établir, et pendant un certain temps la vie ne se manifeste chez Inique par le cours non interrompu de la circulation du sang. U peut dans cet état être tué comme il peut être rappelé à la vie ; et. si plus tard on a à rechercher la preuve qu'il était vivant, ce n'est plus dans les poumons, c'est dans les organes de la circulation qu'il sera possible de la retrouver.
Il n'était peut-être pas inutile de rappeler ces principes qui trouvent une application si directe et si frappante dans le cas qui nous occupe. L'état des organes respiratoires chez l'enfant de la femme C..,, les expériences docimasiques auxquelles les poumons ont été soumis, démontrent péremptoirement que cet enfant n'a pas respiré. Mais, d'un autre côté, l'épanchement de sang circonscrit, c'est-àdire coagulé, qui existait au niveau de la fracture des os du crâne, et l'infiltration de sang également coagulé, puisqu'il résistait au