CARACTÈRES DE L' ENFANT MORT-NÉ
poumons, due très-probablement au genre de mort auquel avait succombé les nouveau-nés qui font le sujet des quatre observations du professeur de Berlin. 11 est en réalité trèsfréquent de retirer de cadavres d'enfants nouveau-nés, dans un état de décomposition déjà avancée, des poumons parfaitement intacts et sur lesquels les résultats de l'épreuve docimasique n'étaient nullement troublés par la présence des gaz putrides.
Cependant il arrive un moment où les poumons euxmêmes sont envahis par la putréftiction. Mais ils se présentent alors avec des caractères tellement tranchés qu'il est impossible de s'y tromper. Ils ont perdu leur forme régulière, et leur surface est comme mamelonnée par suite du développement d'ampoules plus ou moins volumineuses, qui leur donne l'apparence des bulles multiples que Ton forme en soufflant à l'aide d'un tube à travers de l'eau de savon. A l'intérieur, le tissu pulmonaire est ramolli, de couleur mélangée de rouge, de gris et de vert ; il a conservé encore quelque élasticité, mais a perdu notablement de sa consistance. C'est là le degré le plus avancé de la décomposition ; mais elle n'est pas toujours arrivée à ce point. Le poumon peut avoir conservé à peu près sa forme et présenter seulement à sa surface de petites bulles disséminées en plus ou moins grand nombre dans le tissu cellulaire interlobulaire, et de volume variable suivant les points où les gaz se sont répandus. Il existe là un véritable emphysème pulride. Il faut alors percer chacune des petites poches^ diviser le poumon en petits fragments, et par une pression douce faite sous l'eau, donner issue aux gaz putrides qui s'échappent et viennent se dégager à la surface de Teau en une foule de bulles qui exhalent une odeur fétide caractéristique. Cette petite opération, continuée pendant quelque temps avec patience et précaution, arrive à débarrasser le poumon de tous les gaz produits par la
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putréfaction et le restitue dans son état primitif à l'épreuve (locimasiquo. S'il surnage alors, c'est qu'il avait été.pénétré par l'air avant de se pourrir, c'est qu'il avait respiré.
11 peut se faire que la surnatalion de la masse des organes thoraciques soit due non plus à la légèreté spécifique des poumons, mais à celle du cœur et du thymus. Il n'est pas rare, en effet, lorsque la putréfaction est très-avancée, de voir le cœur transformé en une sorte de vessie remplie de gaz putrides, et le thymus lui-môme complètement ramolli et pénétré par des produits de la décomposition. Il importe alors, comme on doit au reste le faire dans tous les cas, après avoir soumis à la docimasie les organes réunis, de séparer les poumons et de les éprouver isolément. Toute cause d'erreur disparaît alors et Ton ne peut plus attribuer la surnatation à la formation des gaz putrides.
J'ai dit qu'il fallait comprimer doucement sous Teau les fragments de poumons que l'on a divisés pour en faire sortir ces gaz. Cette recommandation est très-importante, ear le tissu pulmonaire, altéré par la putréfaction, peut se dissocier, se laisser écraser sous les doigts; et si la pression est trop forte ou faite sans ménagement, le poumon se réduit en une sorte de bouillie plus dense que l'eau, qui gagne le fond du vase et dans laquelle il n'est plus possible de retrouver ni la trame de l'organe, ni l'air qui y aurait été introduit par la respiration naturelle. Celui-ci en effet, qui a pénétré jusque dans les vésicules des poumons, au contraire de ce que l'on observe pour les gaz putrides, n'en saurait être chassé par la seule pression tant que la trame organique elle-même n'est pas complètement désagrégée.
L'insufflation artificielle, comme la respiration naturelle, peut introduire l'air jusque dans les dernières ramifications des canaux aériens, et faire que des poumons qui n'ont pas
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respiré se comportent à l'épreuve de la docimasie comme ceux qui ont respiré. Mais il ne faut pas s'exagérer cette objection et, pour peu que l'on réfléchisse, on sera bien vile convaincu que dans le cas de suspicion d'infanticide, l'expert a bien peu chance, si tant est que cela puisse arriver jamais, de rencontrer des poumons insufflés. II est en effet bien difticile de concilier la pratique de l'insufflation, essentiellement conservatrice, avec le soupçon d'infanticide. De plus, cette opération suppose l'assistance et l'intervention d'une personne étrangère, très-probablement d'un homme de l'art qui s'est efforcé de ranimer l'enfant né dans un élat de mort apparente, tandis que dans l'immense majorité des cas l'infanlicide suppose un accouchement clandestin. Je ne veux pas dire que le crime ne pourra jamais être commis sur un nouveau-nc dont les poumons auront été insufflés, mais dans ce cas ce ne serait qu'après que l'insufflation aurait réussi à réveiller les sens et à provoquer l'établissement de la respiration naturelle. Je ne m'arrête pas à l'hypothèse tout à fait gratuite d'un infanticide simulé à l'aide de l'insufflation.
Il faut néanmoins que l'expert soit capable de reconnaître les poumons insufflés, ne fût-ce que pour éloigner par cette constatation toute idée d'infanticide.
Les poumons insufflés ressemblent quelquefois, au premier abord, aux poumons qui ont respiré. Mais la similitude est loin d'être constante. Ils sont ordinairement d'une couleur rosée uniforme sans marbrure; Tintroduction artificielle de l'air ne provoque pas, comme la respiration naturelle, l'afflux du sang, et les bronches et la trachée ne contiennent qu'une petite quantité de mucus spumeux. Si l'on coupe les poumons et que l'on comprime sous l'eau les fragments, on n'en fait sortir que de l'air, mais pas de sang. M. le professeur Depaul qui a plus que personne contribué à répandre le bienfait de l'insufflation, et qui en a dès
longtemps bien étudié les effets (1), a vu que rarement elle était complète. Il en résulte que les poumons ne sont pénétrés par l'air que d'une manière inégale. Ils présentent alors de petites plaques irrégulièrement disséminées, les unes rosées, les autres de la couleur du foie. De plus, il arrive presque toujours que dans Tinsufllation, l'air poussé trop fort déchire quelques-unes des vésicules pulmonaires et détermine ainsi un certain degré d'emphysème. Enfin^, Irès-souvent, lorsque l'insufflation est pratiquée de bouche abouche, ou qu'à défaut du tube laryngé spécial, la sonde, à l'aide de laquelle on opère, est introduite non par les fosses nasales, mais simplement dans Tarrière-gorge, l'air pénètre non-seulement dans les voies aériennes, mais encore dans le canal digestif; il en résulte que l'on trouve l'estomac et les intestins insufflés eux-mêmes, distendus et plein d'air.
Il me reste à parler d'une circonstance rare, sans doute, et non encore signalée, mais qui peut influer sur la densité des poumons et produire la surnatation, môme en l'absence de toute respiration naturelle ; je veux parler de la congélation. Je dois à M. le docteur Herbet d'Amiens la connaissance d'un fait de ce genre extrêmement curieux que je citerai dans tous ses détails. Au mois de décembre 1863, notre distingué confrère avait été appelé à pratiquer l'autopsie du cadavre d'un enfant nouveau-né h terme, retiré de la Somme. Il gelait depuis quelque temps et le froid était encore très-vif. Le cadavre, renfermé dans un cercueil, avait été conservé pendant une nuit dans la salle de la maison commune. Le cadavre en partie revêtu d'une couche de glace, était entièrement gelé. Je ne reproduis pas les précautions prises et les constatations faites avec beaucoup de soin par l'habile expert, j'arrive à la description des organes
(1) Depaul, Mémoire sur l'insufflation de l'air dans les voies aériennes chez les enfants qui naissent dans un état de mort apparente . Paris, 1845.
thoraciques. A l'ouverture de la poitrine, on découvre seulement le poumon droit d'un rouge vineux; le poumon gauche est presque entièrement caché derrière le péricarde. Le péricarde contient une assez grande quantité de petits morceaux de glace rougeâtre. La masse des organes thoraciques détachés tous ensemble pèse 80 grammes environ. Plongée dans un baquet d'eau chaude, dont la température était assez élevée pour qu'il fût difficile d'y tenir les mains^ elle surnage, le cœur se trouvant à la partie supérieure et sortant même un peu hors de l'eau. La surnatation a lieu de la même manière dans un vase plein d'eau froide. Le cœur examiné à part était plein de sang congelé plus abondant dans les cavités droites que dans les cavités gauches. Plongés de nouveau dans l'eau chaude, sans le cœur, les deux poumons et le thymus surnagent encore, mais moins complètement; ils restent entre deux eaux; débarrassés du thymus, les deux poumons jetés successivement dans l'eau chaude et dans l'eau froide, ne surnagent plus et gagnent lentement le fond du vase. Séparés l'un de l'autre, le poumon gauche reste submergé, mais le droit surnage encore et vient affleurer la surface du liquide. Les poumons ne sont pas crépitants, ni emphysémateux; ils n'offrent point de traces de putréfaction, mais contiennent dans leur épaisseur de petits glaçons qui s'écrasent entre les doigts. Ce n'est qu'après avoir séjourné quelque temps, cinq à six minutes, dans l'eau chaude, que le poumon droit cesse de surnager et finit par s'enfoncer à son tour. Coupés en morceaux et pressés sous l'eau, les poumons ne laissent échapper aucune bulle de gaz et les fragments tombent rapidement au fond. Il existait quelques petits glaçons rosés dans la trachée.
Cet exemple si bien observé et si probant ne peut laisser de doute sur le trouble que la congélation apporterait dans les donnéesdocimasiques, et sur la nécessité d'imiter lacon-
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(luite si habile et si pratique de M. le docteur Herbet, en soumettant les poumons gelés à l'action suffisamment prolongée de l'eau chaude, et surtout en examinant isolément les diilerents organes thoraciques. Il est évident, en effet, que dans le cas qui précède, les poumons n'ont été ramenés à leur état primitif, et la docimasie n'a conduit ;i des résultats vrais que lorsque les poumons ont été détachés du cœur et du thymus, et débarrassés des nombreux glaçons qui, plus légers que l'eau, les faisait surnager accidentellement, quoiqu'ils n'eussent pas été pénétrés par l'air et appartinssent à un enfant qui n'avait pas respiré.
J'appelle en terminant l'attention sur un cas moins important sans doute, mais qui peut se présenter plus fréquemment et troubler quelquefois l'expertise docimasique; c'est celui où les poumons d'un nouveau -né, avant d'être soumis à l'examen du médecin, auraient séjourné plus ou moins longtemps dans l'alcool. Imprégnés de ce liquide plus léger que l'eau, ils peuvent surnager au moins pendant un certain temps. C'est ainsi que s'est expliquée pour moi la contradiction apparente observée dans les résultats de la docimaise pulmonaire hydrostatique dans un cas qui mérite d'être cité. Un premier expert avait conclu au premier moment que la respiration n'avait pas eu lieu; et cinq jours plus tard, après que les poumons avaient été renfermés dans un bocal rempli d'eau-de-vie, M. le docteur Lacaze (de Château-Thierry), qui me faisait l'honneur de me soumettre le cas, voyait les mêmes organes surnager d'abord, et ne gagner le fond du vase que lentement, et après avoir été comprimés sous l'eau.
En résumé, la conclusion médico-légale à tirer du fait de la surnatation des organes extraits de la poitrine du nouveau-né est celle-ci: lorsque les poumons surnagent; soit en masse, soit isolément, entiers ou divisés, et qu'ils ne sont ni pourris, ni insufflés artificiellement^ ni congelés, ni
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macérés dans l'esprit-de-vin, il est permis d'affirmer que l'enfant a respiré et que, par conséquent, il a vécu.
Cette conclusion, je ne crains pas de le dire, est formelle et prévaudra contre toutes les objections. Je pourrais me dispenser d'examiner celles qu'on a tenté de lui opposer et me borner à rappeler les réflexions pleines de sens que j'ai empruntées à Casper sur Tinanité de ces théories subtiles, qui ne résistent pas un seul instant au contrôle de la pratique, et qui ne s'arrêtent même pas à l'absurde, puisque suivant l'un de leurs auteurs, un fœtus peut avoir res-^ pire et n'avoir pas vécu.
Je ne m'arrêtera^i qu'à une difficulté plus apparente que réelle, que l'on a singulièrement exagérée en disant qu'un enfant peut respirer avant de naître ou pendant le travail. Mais qu'y a-t-il au fond dans ce fait? Si l'on a voulu dire qu'un enfant sortant du sein de sa mère, ayant déjà la tête hors de la vulve et par conséquent en train de naître pouvait déjà respirer, il n'y a là rien que de très-simple, car dès ce moment l'enfant est né, et si l'on venait à lui couper le cou avant que le reste du corps fût sorti, le crime d'infanticide serait manifestement consommé et l'expert constaterait facilement et le fait de la respiration et la trace des violences criminelles.
Mais avant que la tête soit complètement sortie, et même lorsque l'enfant est encore contenu dans la cavité utérine, il est généralement admis aujourd'hui que dans quelques cas exceptionnels, des vagissements ont pu se produire et que par conséquent il y a eu respiration intra-utérine ? Le fait n'a aucun intérêt au point de vue de la recherche médicolégale de l'infanticide. Il est en effet à remarquer en premier lieu que dans les observations en petit nombre de vagissement utérin qui méritent confiance, des circonstances identiques se sont toujours rencontrées. Le travail s'est prolongé longtemps, il était sur le point de se terminer, Tac-
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coucheur a introduit la main dans les parties profondes de la iomme et a pu les écarter assez pour que l'air pénètre librement dans la cavité du vagin et môme dans la matrice; ajoutez à ces conditions obstétricales celle plus rare encore que l'enfantait résisté à un travail démesurément long sans tomber dans un état de mort apparente. C'est alors que le vagissement utérin a pu se produire^ et l'on reconnaîtra qu'il a fallu un concours de circonstances très-exceptionnel et dans tous les cas absolument incompatible avec la clandestinité et la facilité ordinaire de raccouchement suivi d'infanticide.
Mais ce n'est pas tout : cette respiration intra-utérine, bien qu'accompagnée de vagissements, est toujours et nécessairement fort incomplète, à ce point que les poumons en conservent à peine la trace et demeurent à l'état fœtal, ou ne sont que très-partiellement pénétrés par Fair ; ils rentrent dans la catégorie de ceux qui ne surnagent pas et dont nous donnerons bientôt les caractères en examinant les résultats négatifs de Tépreuve docimasique.
J'en dirai autant des cas oîi Tenfant succombe pendant le travail et par suite des difficultés de Taccouchement et où l'on a supposé la possibilité de violences apparentes et la respiration en partie accomplie. Je ne sais pas bien à quels faits s'applique en réalité cette hypothèse. Mais là encore, je déclare sans hésiter que l'expert sera à l'abri de toute erreur s'il sait, comme j'espère le lui enseigner^ ne pas confondre les traces d'un accouchement laborieux et celles des opérations obstétricales avec des violences criminelles, et s'il est bien pénétré des caractères que doivent offrir les poumons qui ont franchement et complètement respiré, les seuls qui permettent d'affirmer qu'un enfant a vécu.
Je n'adopte en effet à aucun degré les idées récemment émises en Allemagne, et dont M. le docteur Senator, de
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Berlin s'est lait le promoteur (1). Je n'admets pas que le médecin légiste, dans les allaires d'inl'anticide, « ne doive » pas parler d'enlant mort-né », et doive surtout se préoccuper de dire si un enfant est mort avant^ pendant ou après Taccouchement, ce qui conduit à imaginer cette dangereuse et fausse doctrine de l'infanticide commis avant la naissance.
J'espère qu'il ne reste rien des obscurités et des doutes qui, pour certains auteurs entourent les résultats positifs de la docimasie. Il nous reste à en apprécier les résultats négatifs.
Au lieu de surnager, la masse des organes thoraciques, plongée dans un vase rempli d'eau, peut en gagner le fond et rester submergée. Les poumons séparés du thymus et du cœur, coupés par fragments et comprimés sous l'eau, s'enfoncent également et ne reviennent plus à la surface. Il y a dans ce fait la preuve physique que le poids spécifique de ces organes est supérieur à celui de l'eau, et qu'ils se trouvent dans la condition inverse à celle dans laquelle on les a vus surnager, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas été pénétrés par l'air. Ce résultat négatif de la docimasie est en rapport avec l'une des trois conditions anatomiques suivantes : la persistance de l'état fœtal des poumons, l'augmentation de la densité du tissu pulmonaire par une altération pathologique, la désorganisation de l'organe par le progrès de la putréfaction ou par toute autre cause.
Sur ce dernier point, j'ai indiqué déjà que la décomposition, parvenue à son plus haut degré, amène le ramollissement du tissu du poumon, en fait disparaître la structure aréolaire, et en même temps les gaz qu'il contenait, l'air même introduit par la respiration, et le réduit à une sorte
(1) Senator, S</r la mort de l'enfant pendant l'accouchement (Vierteljahrsschr. far gcrichtl. und offentl. Medicin^ nouv. série, t. IV, n" I, et Ann. d'hyg. pull, et de méd. légale, 2^ série, 1867, t. XXVIII, p. 217). A. TAUDiEU. — Infanticide, 6
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de magma diftîiient, plus dense que l'eau, et qui se précipite au fond du vase où il est plongé. Mais pour que ce phénomène se produise spontanément, il faut que la putréfaction soit extrêmement avancée et remonte à plusieurs semaines, à plusieurs mois même, et dans ce cas toute constatation médico-légale utile concernant la question de savoir si un enfant nouveau-né a vécu est devenue à peu près impossible.
Il est d'autres circonstances exceptionnellesdans lesquelles le poumon, primitivement pénétré par l'air, peut être ramené à une densité plus considérable et perdre la propriété de surnager, telle est la coction : Je citerai des cas dans lesquels des cadavres de nouveau-nés ont été mis à bouillir dans des marmites. A l'occasion d'un fait de ce genre, M. le docteur Thoinnet, d'Ancenis, a eu l'idée de comparer avec les poumons du fœtus ceux d'un veau qui avait vécu plusieurs jours et dont les poumons, soumis à l'ébullition dans l'eau, avaient perdu le pouvoir de surnager.
Le cas de maladie du poumon chez le nouveau-né n'est pas assez fréquent pour apporter un grand trouble dans les données de la docimasie. Il est de fait cependant que l'on peut rencontrer, même au moment de la naissance, différentes formes de pneumonie ou de congestion qui déterminent l'hépatisation ou la splénisation, et ce que l'on a appelé ratélectasie,et dans tous les cas augmentent la densité des poumons de manière à les maintenir submergés dans l'épreuve docimasique. Les productions morbides caractéristiques de la syphilis congénitale que Ton rencontre, mais rarement encore dans les poumons, amènent le même résultat. Mais dans ces derniers cas, il est nécessaire de procéder avec le plus grand soin à l'examen des organes malades.
Ils diffèrent des poumons qui sont réellement à l'état fœtal par leur volume beaucoup plus considérable, par l'inégalité de leur surface et le défaut d'uniformité de leurcolo-
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ration, parla grande quantité de sang et d'écume sanguino" lente qui s'en échappe lorsqu'on les incise. Enfin ils ne sont presque jamais envahis dans leur totalité. Et si on a la précaution de les diviser en nombreux fragments, pour peu que l'enfant soit né vivant et quil ait respiré, on trouvera des parties de poumon qui surnageront, tandis que les fragments altérés gagneront le fond du vase. Il y aura là un de ces cas de surnatation incomplète et d'immersion partielle qui ne sauraient avoir de signification absolue, et qui, dans chaque cas particulier et suivant les circonstances, doivent être appréciés par l'expert.
En dehors des deux catégories de faits qui viennent d'être indiqués, à savoir la désorganisation des poumons putréfiés ou cuits et l'hépatisation ou l'induration des poumons malades, la submersion complète de la masse des organes thoraciques est l'indice certain du défaut de pénétration de l'air dans les poumons. Mais loin que la conclusion médicolégale se déduise ici nettement du fait physique, de même que Ton pouvait affirmer d'après la surnatation le fait delà respiration et de la vie, on ne peut pour les poumons qui ne surnagent pas nier qu'ils aient appartenu à des enfants nés vivants, on ne peut même nier absolument qu'ils aient respiré d'une certaine façon.
Le nouveau-né peut en effet venir au monde dans un état de mort apparente pendant lequel, bien que vivant, il ne respire pas. Pour cet enfant il faut chercher la preuve de la vie autre part que dans les traces de la fonction respiratoire, c'est ce que nous ferons bientôt. Mais il est encore d'autres cas dans lesquels l'enfant né vivant ne respire pas ou respire trop faiblement pour que l'air pénètre ses poumons, soit par suite de naissance avant terme, de débiUté extrême, ou d'atteinte profonde portée aux forces vitales par la longueur du travail dans l'accouchement, ou enfin par quelque vice de conformation. Chez ces enfants les pou-
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mens sont restés à l'état fœtal et ne surnagent pas. Il importe de s'arrêter un instant sur ces faits singuliers que le médecin légiste a besoin de connaître, bien qu'ils n'occupent dans la pratique qu'une place fort restreinte.
Les exemples de faits semblables ne sont pas absolument rares, et il y a lieu de s'étonner du caractère de nouveauté avec lequel ils ont été présentés récemment. Tous ceux qui ont exercé la médecine légale en ont vu, et pour ma part, dès 1855 (1), j'en citais trois cas dont l'un était relatif à un enfant né dans mon service à l'hôpital Lariboisière, qui avait poussé quelques cris et n'était mort que le lendemain de la naissance. Chez lui comme chez les deux autres, qui n'avaient survécu que quelques heures , les poumons ne surnageaient pas et étaient encore dans Fétat fœtal le mieux caractérisé. J'ajoutais, dès cette époque, point très-important qui a été tout à fait passé sous silence par les uns (2), ou dont la signification a été négligée à tort par les autres (3), que, dans ces conditions, les poumons présentaient à leur surface quelques ecchymoses ponctuées disséminées sur la plèvre et analogues à celles que Ton rencontre chez les enfants qui ont péri étouffés. L'explication physiologique de ces faits soulève des problèmes dont je suis loin de nier l'intérêt, mais qui sont tout à fait étrangers à la médecine légale. Il suffit pour nous de mettre hors de doute ce fait que des enfants nés avant terme, chétifs, malades ou mal conformés, peuvent venir au monde vivants, s'agiter, exécuter des mouvements de la face ou des membres et même crier, et cela non-seulement pendant quelques instants,
(1) A. Tardicu, Mémoire sur la mort par suffocation {Ann. d'hjg. et de méd. lé(j., 2« série, t. IV. 1855).
(2) Bardinet, La vie sans respiration citez les nouveau-nés ; et Devergic, Rapport sur le précédent mémoire {Bull, de l'Acad. impér. de méd., t. XXX, p. 77 et 1052, 1864-1865).
(3) Casper, loc. cit., p. 323.
CARACTÈRES DE L'ENKANT MORT-NK. 69
mais pendant plusieurs heures et môme plus d'un jour, sans que leurs poumons aient été pénétrés par l'air, sans qu'à l'autopsie ils aient présenté d'autres caractères que ceux de l'état fœtal, sans qu'enfin ils surnagent à l'épreuve hydrostatique. Billard (1) a très-bien décrit l'état dans lequel se présentent ces enfants. Il l'avait observé sur le plus petit de trois jumeaux qui l'avait frappé par la lenteur de ses mouvements, l'état d'affaissement dans lequel il se trouvait et la nature particulière de son cri, qui ne consistait qu'en une reprise aiguë, entrecoupée et pénible. La poitrine s'élevait et s'abaissait assez régulièrement, mais elle rendait à la percussion un son mat dans toute son étendue, et l'application du stéthoscope ne faisait nullement entendre la respiration. Le cœur battait cinquante fois par minute. L'enfant pouvait avaler quelques cuillerées d'eau sucrée. Malgré les soins qui lui furent donnés, il s'éteignit huit heures après sa naissance ; et à l'autopsie les poumons et le cœur plongés dans Teau se précipitaient sur-le-champ au fond du vase. Cependant leur tissu n'était pas engorgé; le droit seulement offrait à son bord postérieur une légère congestion. Les lobes du poumon séparés et plongés dans l'eau se précipitèrent ensemble avec une égale vitesse. Je ne crois pas utile de multiplier ces exemples, ainsi qu'il serait facile de le faire (2). Il est beaucoup plus utile pour nous de nous demander
(1) Billard^ Traité des maladies des enfants nouveau-nés, Z^ édition. Paris, 1837,
(2) Voyez notamment Fodéré, Traité de médecine légale, i. IV, p. 453; Ueisicr, Dissert, de fallaci pulmon» infant, expcrimento; Maschka, La vie des nouveau-nés sans ^respiration {Prager Vierteljahrschrift, 1854, t. III, p. 1). — Bezeth de Rotterdam, Anektasis pulmonum neonatorum viventium {Gazette des hôpitaux, 26 mars 1859). — Journal de Casper, 1852, p. 146, et 1857, p. 239. — Blot,Swr l'insuffisance de la docimasie pulmonaire [Mémoires de lu Société de biologie, 2* série, t. Il, Comptes rendus des séances, p. 110,1856).
quelle peut être leur signifieation vraie et leur importance au point de vue de la recherche médico-légale de l'infanticide. Pour peu qu'on y rélléchisse, on reconnaîtra qu'ils n'ont en réalité qu'une valeur purement négative. D'un côté, en effet, on n'admettra jamais^ lorsque les poumons ne surnageront pas, que l'enfant ait vécu dans le sens où il convient d'entendre la vie extra-utérine pleine et entière; mais on ne niera pas que l'enfant ait pu naître vivant, si l'on trouve sur des poumons non pénétrés par l'air des ecchymoses sous-pleurales, indice de la lutte plus ou moins prolongée qu'il a soutenue contre sa propre faiblesse avant de s'éteindre. D'un autre côté^ le défaut de surnatation des poumons^ chez un enfant nouveau-né sur lequel on reconnaîtra des traces de nature criminelle, ne contredira pas formellement le fait de la vie, et ne s'opposera pas à ce que l'on admette que l'enfant, bien que n'ayant pas respiré, est néanmoins né vivant et a pu périr victime d'un crime; mais c'est à la condition que l'on trouvera des signes de la vie dans d'autres actes que dan^ la respiration, dans d'autres organes que les poumons.
Des signes de vie tirés de la persistance de la circulation et de Vétat du sang. — On ne peut douter que l'enfant né en état de mort apparente et pendant tout le temps qu'il reste dans cet état soit cependant très-réellement vivant, puisque des soins appropriés peuvent l'en faire sortir et lui rendre le sentiment et le mouvement; mais par cela même qu'il est vivant, il peut être tué, et périr avant d'avoir respiré, victime d'un infanticide. Ce n'est plus dans ce cas à l'établissement d'une fonction nouvelle et aux changements apportés dans les organes par les premiers actes de la vie extra-utérine qu'il faut demander la preuve que l'enfant vivait encore lorsqu'il a été l'objet de violences criminelles, et que par conséquent il était sorti vivant du sein de sa mère, quoique avec les apparences de la mort. Ces preuves on les trouvera dans la per-
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sistîuice de la fonction vitale par excellence, de celle qui appartient aussi bien au fœtus qu'au nouveau-né, et qui ne cesse qu'avec la vie elle-même, c'est-à-dire la circulation. Même en l'absence de la respiration, elle continue pendant un certain temps à s'accomplir d'une manière réi^^ulière et constante chez le nouveau-né et tant que dure l'état de mort apparente. L'enfant n'a pas fait un mouvement, n'a pas poussé un cri, mais le sang circule et porte la vie dans toutes les parties; ce sang lui-même est vivant. Or l'un des caractères du sang qui vit, c'est que, sorti des vaisseaux et soustrait au mouvement de la circulation, il se coagule immédiatement. La coagulation du sang extravasé est donc une preuve dévie; et toute blessure, toute violence capable d'amener une extravasation sanguine, laissera dans les organes la marque propre à faire reconnaître si elle a été faite pendant la vie ou après la mort. C'est là un fait constant et qui, particulièrement en ce qui touche la démonstration de l'infanticide^ a été dans un assez grand nombre de cas consacré par des observations décisives. Je ne puis comprendre la résistance obstinée que Casper (1) oppose à cette preuve et les reproches fort injustes qu'il adresse à ce sujet aux médecins légistes français. J'ai montré ailleurs (2) que le professeur de Berlin confond tantôt la transsudation du sang, effet de la décomposition cadavérique, avec l'extravasation sanguine, et la dessiccation du liquide sanguin produite par l'évaporation avec la coagulation, phénomène essentiellement et exclusivement vital. J'ai pris soin de discuter et de réfuter un à un les faits cités par Casper à l'appui de sa fausse doctrine. Il serait superflu d'y revenir ici; je me bornerai à faire remarquer que fort heureusement cet
(1) Casper, loc. cit., p. 532 et 18.
(2) A. Tardieu, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques\ Vdivis, 1866, art. Blessures.
72 MOYENS DE RECONNAÎTRE OUE l'ENFANT EST NÉ VIVANT.
auteur est seul de son avis. Mais lorsque je luttais avec toute l'énergie de ma conviction contre une aussi grave erreur en traitant des blessures en général, j'avais présente à la pensée l'extrême importance que le fait a surtout en matière d'infanticide, dans le cas où la coagulation du sang est le seul indice à Taide duquel l'expert peut reconnaître que l'enfant est né vivant, a vécu et a péri de mort violente.
Les exemples ne manquent pas dans lesquels des crimes commis sur des enfants nouveau-nés, tués avant d'avoir respiré, ont été très-positivement constatés par la science, et punis par la justice. Le docteur Bellot (du Havre) en a cité deux cas observés il y a quarante ans (1), et reproduits depuis par tous les auteurs à juste titre, car ils ont dès le principe très-nettement posé et éclairé ce point de doctrine important. Il s'agissait dans le premier d'un double infanticide commis sur deux jumeaux par leur mère, qui^ de son propre aveu, leur avait immédiatemer\/; après leur naissance écrasé la tête avec un sabot. L'un avait eu le temps de respirer; mais chez l'autre, qui présentait au crâne les mêmes blessures offrant les mêmes caractères de blessures faites pendant la vie, la docimasie hydrostatique la plus complète démontrait qu'il n'avait pas respiré. Le second cas de Bellot a trait à un enfant qui, avec des traces de strangulation et de fractures du crâne accompagnées des désordres caractéristiques de lésions opérées pendant la vie, présentait à la docimasie pulmonaire les signes certains du défaut absolu de respiration. M. Devergie (2) a fait en 1838, avec le doc-
(1) Bellot (du Havre), Rapport sur un infanticide coynmis sur des jumeaux {Ann. d'hyg. et de méd. lég., V^ série 1832, t. VIII, p. 199); Infanticide par strangulation et par brisement des pariétaux^ par le même [ibid., p. 205) ; Remarques sur ces rapports, par Marc {ibid.. p. 209).
(2) Devergie, Commentaire sur fart. 300 du Code pena/. Fait d'infanticide sur un enfant 'pii nyiioit'' pn.< rc'<piré {Ann. d'hyg. et de méd.
SIGNES TlHi:S DE LETAT DU SANG. 7ô
leur West, l'autopsie d'un enfant nouveau-né qui portait à la tête deux blessures : Tune intéressant la peau, Taiitre ayant traversé le pariétal gauche. Au voisinage de la première, située sur l'occiput, on trouvait une large ecchymose avec sang infiltré dans le tissu cellulaire sous-cutané; dans la blessure du bord supérieur du pariétal, l'instrument avait ouvert le sinus longitudinal de la dure-mère, du sang s'était épanché entre les deux lobes du cerveau : le cervelet avait été contus et offrait deux caillots de sang coagulé à sa base et dans sa propre substance. Les poumons, soumis à toutes les épreuves docimasiques, ne surnageaient pas.
OUivier d'Angers (1) a fait de la question une étude spéciale et a très-explicitement démontré que d'une part l'enfant peut, dans certains cas, vivre plus ou moins longtemps après la naissance, et que d'une autre part les blessures s'accompagnent dans ces cas d'un phénomène particulier qui ne se manifeste que sur le corps vivant, la coagulation du sang; tandis que les solutions de continuité pratiquées sur un corps privé de vie ne produisent que des infdtrations de sang liquide. Ollivier rapporte à l'appui de ces propositions deux observations. Tune d'un enfant à terme n^ayant pas respiré et présentant des fractures multiples des os du crâne avec épanchement de sang coagulé au niveau des fractures ; l'autre d'un enfant né deux mois environ avant terme n'ayant pas respiré, et chez lequel on trouvait la tête broyée en près de vingt fragments et du sang noir coagulé sous le cuir chevelu et à la surface du cerveau. M. Bardinet, dans le mémoire que j'ai déjà cité (2), a récemment publié un cas
%., 1" série, t. XVII, p. 400); Consultation médico-légale en matière d'infanticide {ibid., t. VIII, p. 347).
(1) Ollivier (d'Angers), Observations et rapport médico-légal sur cette question : L'absence complète de la respiration sur un enfant nouveau-né n'exclue pas la possibilité de l'infanticide {ibid., t. XXIX, p. 149).
(2) Bardinet, Bull. del'Acad. imp. de méd. {loc, cit.)
analogue recueilli par lui il y a quelques années, et où il est question d'un enfant né avant terme et jeté dans un c^oût, chez qui la docimasie hydrostatique dénote l'absence de respiration, et qui, à côté de pertes de substances à la peau, plaies déchiquetées, pâles, décolorées, provenant de morsures de rats et manifestement postérieures à la mort, a présenté au sommet de la tête, à la région lombaire, au niveau des hanches, au-devant du genou, de larges ecchymoses avec infiltration de sang coagulé dans les tissus sousjacents. L'ecchymose du cuir chevelu nettement dessinée est accompagnée d'épanchement de sang coagulé sur les hémisphères du cerveau; il existe du sang liquide et de petits caillots à la base du crâne, preuve évidente que la vie avait existé chez l'enfant.
J'ai moi-même observé plusieurs faits absolument semblables à ceux qui précèdent, et que je rapporterai à la fin de cette étude. Il en ressort avec évidence que toutes les fois que, même sur un enfant qui n'aurait pas respiré et dont les poumons seraient encore à l'état fœtal, on trouve des lésions traumatiques, des blessures au voisinage desquelles le sang est coagulé, on doit admettre qu'elles ont été faites du vivant de l'enfant, et que par conséquent celui-ci a vécu hors du sein de sa mère. Il restera à déterminer si ces blessures sont la cause réelle de la mort et si elles sont le résultat de violences criminelles, ce sont là d'autres questions; mais celle qui nous occupe en ce moment, à savoir si l'enfant est né vivant, reçoit ici une solution positive en dehors et en l'absence des preuves fournies par l'établissement de la respiration et la docimasie pulmonaire.
Il est un fait que l'on a invoqué à tort comme se rattachant à l'ordre de preuves que je viens d'établir, c'est la tumeur œdémateuse séro- sanguinolente, la bosse sanguine, que l'on rencontre au sommet de la tête des enfants non-
l'enfant est-il né vivant? 75
veau-nés. Il faut se garder de croire que cette bosse ne se forme que sur les fœtus vivants. M. le docteur Blot (1) a montre que, môme chez le fœtus mort depuis un certain temps^ la partie qui répond au vide du col utérin et du petit bassin peut, si le travail dure quelque temps après la rupture des membranes, devenir le siège d'une tumeur œdémateuse séro-sanguinolente. Celle-ci a été en effet faussement attribuée à la gêne de la circulation veineuse ; elle est due en grande partie à l'action de la pesanteur qui s'exerce aussi bien après la mort que pendant la vie. Elle ne peut donc, à aucun titre, être invoquée comme un signe de vie pendant le travail, ce qui ne serait pas encore une preuve de vie après la naissance, seul point intéressant pour l'histoire médico-légale de l'infanticide.
Résumé des signes propres à établir que V enfant est né vivant. — Si nous résumons les longs développements qui précèdent, nous voyons que les signes propres à établir que l'enfant est né vivant sont en principe comme en fait dominés par les résultats de la docimasie pulmonaire. C'est donc à préciser en une conclusion dernière sa véritable valeur que nous devons surtout nous attacher.
Cette valeur est évidemment relative; il ne faut pas prendre le fait brut de la surnatation ou de la submersion des organes extraits de la poitrine et placés dans un vase rempli d'eau pour en déduire immédiatement la preuve de la vie ou celle de la mort du nouveau-né. Ce n'est là qu'un résultat physique qui a besoin d'être raisonné et interprété, et dont la signification doit être soigneusement recherchée. Si je me suis fait bien comprendre, on doit reconnaître que la valeur de la docimasie hydrostatique est inséparable de l'état du poumon, et qu'il ne faut conclure qu'en rappro-
(i) H. Blot, Tumeur œdémateuse séro-sanguinolente développée sicr le crâne de plusieurs fœtus mort-nés {Mémoires de la Société de biologie , ioc, cit., p. 63).
76 MOYENS DE ïlECONNAiïRE UUE L'ENFANT EST NÉ VIVANT.
chant les données qu'elle fournit des caractères anatomiques que présente le poumon. La surnatation doit être mise en rapport d'une part avec la position des poumons dans la cavité thoracique, leur couleur, leur structure, le développement des vésicules pulmonaires, et d'une autre part avec l'absence de gaz putrides et des phénomènes de la décomposition, ou encore avec les signes de l'insufflation artificielle. De même, pour le fait de la submersion, il importe de le rapprocher de l'état du poumon et de considérer si celui-ci est franchement à Tétat fœtal ou si Taugmentation de densité tient à une lésion pathologique, hépatisation, alélectasie, induration, ou à la désorganisation du lissu pulmonaire putréfié. Ramenée à ces conditions, la docimasie se montre avec sa valeur réelle et constitue une preuve d'une importance considérable au-dessus de toute objection et véritablement sans égale.
Ce n'est pas toutefois le seul moyen à l'aide duquel le médecin légiste puisse résoudre la question de savoir si un enfant nouveau- né est né vivant.
Il peut trouver une preuve négative dans l'état de macération plus ou moins avancé que présente le corps des fœtus mort-nés qui ont séjourné un certain temps, déjà privés de vie, dans la cavité utérine.
Enfin, un dernier ordre de preuves propres à démontrer que l'enfant est né vivant est fourni par la persistance de la circulation et la coagulation du sang extravasé dans les blessures reçues après la naissance. Ce fait a cela de particulièrement intéressant qu'il peut suppléer ceux qui résultent de l'établissement de la respiration, et qu'on peut le constater et y trouver une preuve de vie, même chez les enfants nés en état de mort apparente et dont les poumons sont restés à l'état fœtal. Toutefois il faut bien reconnaître que la valeur de ce dernier ordre de preuves est bornée, puisqu'il ne peut être acquis que dans les cas oij le cadavre