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Signes tirés des modifications du tégument externe. — A peine l'enfant est-il né qu'il subit dans sa constitution physique des changements qui sont la condition même de la vie et qui marquent pour ainsi dire chacun des pas qu'il fait dans sa nouvelle existence. La peau en offre un exemple facile à saisir.
Il n'y a pas à compter beaucoup sur les modifications qui s'opèrent dans la couleur générale du corps. Car, si considérable qu'elles aient pu être pendant la vie^, elles se sont effacées et ont perdu toute signification sur le cadavre du nouveau-né.
Ce qui est beaucoup plus important du côté du tégument externe, c'est l'exfoliation de l'épiderme qui suit de près la naissance. Le changement de milieu qu'éprouve le nouveauné qui passe du sein des eaux de l'ammios à l'air libre, rend nécessaire et inévitable un changement dans la structure de la peau ; l'enduit qui la protégeait contre le contact prolongé du liquide intra-utérin devient inutile; d'inactive et d'imperméable qu'elle était, elle doit devenir accessible à l'air et apte à une perspiration continue, c'est-à-dire perméable et active. Elle se débarrasse alors de Tenduit sébacé et des couches épidermiques superficielles qui la recouvraient.
Cette exfoliation de l'épiderme est un phénomène constant qui commence quelquefois dès le premier jour, plus souvent du deuxième au troisième, et qui est en pleine activité vers le cinquième jour. Il consiste dans la formation de petites écailles très-minces, des pellicules analogues à celles que l'on observe dans la desquamation furfuracée de certaines fièvres éruptives qui se détachent d'une manière à peu près générale sur les diverses parties du corps, mais principalement à la poitrine et sur l'abdomen. Cette exfoliation se continue et se prolonge quelquefois pendant vingt ou trente jours.
B/i MOYENS DE RECONNAÎTRE QUE l'eNFANT EST NE VIVANt.
Il est à peine nécessaire d'insister sur le danger de confondre ce phénomène avec le soulèvement de l'épiderme produit par la putréfaction, qui ne se montre que dans un degré avancé de la décomposition putride sur des corps ramollis verdûtres, et sous une forme phlycténoïde tout à fait différente de l'exfoliation naturelle propre au nouveau-né ; ou à la suite de la submersion et du séjour prolongé du cadavre dans l'eau, par larges lamelles plissées et blanchies.
Signes tirés des modifications de V appareil ombilical. — L'une des modifications les plus promptes à s'opérer dans la constitution physique du nouveau-né, l'une des plus significatives au point de vue de la durée et des progrès de la vie extra-utérine, est celle de l'appareil ombilical. Destiné à unir l'enfant à sa mère tant que celui-ci est contenu dans l'œuf et à lui fournir les éléments de sa nutrition, il ne peut subsister dès que le nouveau-né mis au jour est appelé à vivre de sa vie propre. De là une série de changements dans les parties qui composaient l'appareil ombilical et dans la conformation du nouveau-né qui, à mesure qu'il se débarrasse de celte dépouille fœtale si l'on peut parler ainsi, subit des modifications anatomiques dont la succession sera très-heureusement mise à profit par le médecinlégiste.
L'appareil ombilical se compose de deux parties, l'une extra-abdominale qui forme le cordon proprement dit, l'autre intra-abdominale formée par le prolongement des vaisseaux ombilicaux. Entre les deux se trouve un anneau fibreux qui circonscrit l'ouverturç ombilicale et embrasse la base du cordon au-dessous du prolongement cutané par lequel il est fixé à l'abdomen du nouveau-né.
Le cordon vasculaire qui sert de lien entre le placen et le fœtus doit être fatalement divisé après la naissance. Lorsque celle-ci a lieu régulièrement et dans les conditions sociales ordinaires, la personne qui assiste la femme au
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moment de la délivrance coupe le cordon à huit ou dix centimètres de son insertion sur l'abdomen du nouveau-né après ravoir entouré d'une ligature destinée à prévenir une hémorrhagie. Dans les cas d'accouchement clandestin, la femme, forcée de se délivrer elle-même, divise le cordon soit avec un instrument tranchant, des ciseaux le plus ordinairement, soit en le rompant par une traction énergique ; presque jamais elle ne le lie. Toutes ces particularités doivent, ainsi que je l'ai dit déjà, être soigneusement notées par l'expert. Si le cordon a été tranché, il l'est tantôt tout près de Tabdomen, tantôt et le plus souvent à une hauteur indéterminée, mais presque toujours plus loin que ne le fait l'homme de l'art dans un accouchement régulier. Dans tous les cas, le cordon coupé offre une section nette sur laquelle on voit facilement l'orifice béant des vaisseaux ombilicaux. Si le cordon a été rompu, la déchirure a lieu en un point très-variable de la longueur totale, mais le plus ordinairement sans qu'il y ait lieu d'attacher une grande signification à cette circonstance, plus près de l'insertion placentaire que de l'ombilic ; l'extrémité est tordue, frangét*^ inégalement déchirée, et ne laisse pas voir les vaisseaux. Cette double disposition est si importante à connaître et appelle si vivement l'attention du médecin dans tous les cas où il a à examiner le cadavre d'un nouveau-né, que je l'ai fait reproduire d'après nature et que je la mets sous les yeux de ceux que cette étude peut intéresser [PL II, fig. 3 et h).
Aussitôt que le cordon a été divisé, soit par section, soit par rupture, et par ce mot j'entends quelques secondes après, les artères ombilicales cessent de battre, la circulation cesse dans le cordon, et même chez les nouveau-nés qui ont été tués très-peu de temps après leur naissance, on trouve dans ces vaisseaux de petits caillots longs de 5 à 6 millimètres et très-bien formés. Je suis convaincu, pour l'avoir observé bien des fois, qu'il n'est pas besoin de plusieurs heures pour
que ces caillots apparaissent. Ils s'étendent et se consoliilont, et au bout de vingt-quatre heures ils occupent le quart, quelquefois la moitié de la longueur des artères.
Le cordon abandonné à lui-môme, séparé d'une part du placenta et de l'autre de l'organisme du nouveau-né par l'interruption de la circulation n'est plus et doit disparaître, cette disparition a lieu par suite d'un travail dont il est utile de bien marquer et de suivre toutes les phases. Le cordon commence par se tlétrir et par se dessécher. Quelquefois dès les premières heures après la naissance, quelquefois plus tard on le voit devenir mou, flexible, et prendre une teinte bleuâtre, puis brunir, se rétrécir, diminuer de longueur, se contourner en forme de vrille, et se dessécher d'autant plus rapidement qu'il est plus maigre, c'est-à-dire qu'il contient moins de cette matière que Ton a appelée la gélatine de Warthon : il arrive à ne plus former qu'une sorte de bande de parchemin aplatie, large de 8 à 10 ou 12 millimètres, sur laquelle se dessinent des lisérés noirs formés par les vaisseaux ombilicaux, très-visibles à travers l'enveloppe desséchée.
Ce phénomène de la dessiccation du cordon a été l'occasion d'une incroyable erreur, qu'il est impossible de ne pas relever, d'abord parce qu'elle émane d'un observateur, justement estimé et ordinairement exact, mais encore et surtout parce qu'elle a eu, en médecine légale, et pourrait avoir encore des conséquences désastreuses. Billard a écrit les lignes qui suivent (1): u La dessiccation cesse aussitôt » que la vie s'éteint. La présence d'un cordon desséché i) aplati peut servir à démontrer qu'un enfant a vécu et » même un ou deux jours , cet état ne pouvant être un phé- )) nomène cadavérique. )> Rien n'est plus faux qu'une pareille proposition, faux quant au fait, faux quant à la doc-.
1) Billard, ioc. cit.^^, 16.
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trine. M. le docteur P. Loraiii, qui montrait déjà dans une thèse inaugurale tout à fait hors ligne les qualités dont il a l'ait preuve dans sa carrière trop courte et volontairement interrompue de médecin légiste, a très-énergiquement combattu et très-justement réfuté (1) cette opinion erronée de Billard. Il a établi sans réplique que la dessiccation du cordon était un phénomène purement physique, et ne pouvait en aucun cas être donnée comme une preuve de la vie du nouveau-né. Il a fait mieux, il l'a démontré expérimentalement. « J'ai^ dit M. Lorain, pendant plusieurs semaines et tous les jours coupé sur des enfants naissants des portions de cordon ombihcal que je plaçais sur moi dans la poche de mon gilet ; là, à une température qui est à peu près celle du corps, ces cordons ombilicaux se desséchaient tout aussi bien et aussi vite que sur le ventre des enfants auxquels je les avais pris. J'ai depuis varié ces expériences et j'ai vu que la dessiccation était d'autant plus rapide que les cordons étaient exposés à une température plus élevée et à une chaleur plus sèche. Sur les enfants emmaillottés, le cordon est maintenu a une température de + 37<*. centigrades et se dessèche. Gela est facile à comprendre : il ne faut point invoquer ici l'inflammation ni toute autre théorie. La dessiccation du cordon est un fait purement physique. Par conséquent il serait peut-être utile que les médecins-légistes ne s'en rapportassent plus à Billard et qu'ils voulussent bien chercher non pas dans la dessiccation du cordon, phénomène purement physique, mais dans les modifications vitales de l'ombilic et des vaisseaux ombilicaux intra-abdominaux, les preuves dont ils doivent faire un si terrible usage en justice. Ce qui fait que le cordon ne se dessèche pas généralement sur les enfants morts c'est que les cadavres sont froids. » Je peux aller plus loin que M. Lorain dans la démonstration
(1) P. Lorain, De la . fièvre puerpérale chez la femme, le fœtus et le nouveau-né. Paris, 5 .
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du fait qu'il a si bien établi de la nature purement physique et nullement vitale de la dessiccation du cordon. J'ai été assez heureux en effet pour rencontrer un cas d'infanticide dans lequel le cordon a présenté des caractères tout à fait décisifs.
Le fait s'est produit aux Batignolles il y a quelques années. Une jeune personne placée dans de bonnes conditions de famille était devenue mère, et avec la complicité présumée des parents, l'enfant avait été étouffé immédiatement après sa naissance, puis enveloppé et enfermé dans une boîte hermétiquement close que l'on avait placée dans un placard confinant au tuyau d'un calorifère par conséquent dans un endroit chaud et sec. Au bout de huit jours la boîte avait été emportée et enfouie dans un champ. C'est là que dès le lendemain la justice informée retrouvait le cadavre. Chargé d'en faire l'examen^ je trouvai le cordon coupé très-près du placenta, et par conséquent dans presque toute sa longueur, Il était desséché et formait un ruban aplati, parcheminé, rayé de noir par les vaisseaux ombilicaux que la transparence du tissu laissait voir. Mais vers le milieu de la longueur une portion du cordon, 5 à 6 centimètres environ^ qui s'était trouvée engagée sous quelque partie du corps, avait échappé à la dessiccation et se trouvait dans les conditions les plus opposées, c'est-à-dire gonflée, ramollie, de couleur verdâtre, en voie de décomposition putride.
Ainsi sur le même enfant, le cordon ombilical en partie desséché, en partie mou et putréfié : est-il une preuve plus convaincante de l'erreur de Billard, et ce seul fait n'eûtil pas suffi pour le détromper lui-même? Il demeure désormais constant que les changements qui s'opèrent dans le cordon chez le nouveau-né ne sont à aucun degré la conséquence d'un acte vital et dépendent uniquement des conditions physiques de température et d'humidité dans lesquellei^
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le corps se sera trouvé place. L'expérience et l'observation ne laissent subsister à cet égard aucun doute.
Mais il est un autre phénomène d'une bien autre valeur et qui^ [\u\y est bien réellement vital ; c'est le travail d'élimination qui aboutit à la chute du cordon, et qui, commençant peu de temps après la naissance, dure plusieurs jours et peut être facilement suivi. Personne ne conteste que ce soit là l'un des meilleurs indices sur lesquels l'expert puisse se fonder pour établir qu'un enfant a survécu pendant un certain temps au moment où il est né. Aussi n'y a-t-il absolument aucun compte à tenir du fait fort difficile à comprendre et à admettre que M. Devergie dit avoir vu^ à savoir^ la phlegmasie du pourtour du cordon chez un mort-né. 11 y a là très-certainement une erreur d'observation, ou tout au moins d'interprétation, car si à la rigueur quelque maladie du fœtus, une péritonite par exemple, peut avoir amené l'inflammation de la partie abdominale aux environs du cordon, cette lésion n'a ^rien de comparable avec l'inflammation éliminatrice du cordon.
C'est bien en réalité par un travail inflammatoire qui s'établit au niveau de l'anneau cutané qui entoure le cordon à son insertion abdominale que s'opère l'élimination et la chute de cet appendice fœtal inutile au nouveau-né. Cette inflammation est plus ou moins vive, elle forme une aréole rouge plus ou moins étendue et un sillon plus ou moins profond autour du cordon, détermine un suintement séropurulent plus ou moins abondant, et finit par amener la chute du cordon. L^époque à laquelle tombe le cordon n'est pas absolument fixe. La plupart des auteurs la placent du quatrième au cinquième jour, et les observations les plus récentes consignées dans une bonne thèse de M. le docteur Théas (1), qui a puisé ses observations à la cli-
(1) A. Théas, De quelques considérations sur le cordon ombilical, thèse de Paris, 186Û, n" 138.
nique et dans les leçons de M. le professeur Depaul, confirment cette donnée. En réunissant aux chiffres contenus dans ce travail, ceux que M. Bouchaud (1) a recueillis de son côté avec le concours de madame AUiot, sage-femme en chef de la Maternité de Paris, en tenant compte de l'heure de la naissance et de l'heure à laquelle est tombé le cordon, je réunis un total de 153 cas dans lesquels la chute du cordon a eu lieu.
Le 2® jour dans 5 cas.
Le 3« — 22 — Le 4« 36 — Le 5» ^ 47 — Le 6« — 31 —
Le 7^ jour dans 9 cas.
Le se 3 — Le 9« 2 —
Le 10»^ 2 —
Ce tableau donne comme on le voit, comme le terme le plus habituel auquel se détache le cordon le cinquième jour, puis dans l'ordre de fréquence le quatrième, le sixième et le troisième, ce qui ne permet pas d'admettre, au moins pour notre pays, la proposition de l'Allemand Winckel (2) qui prétend que chez la moitié des enfants la chute du cordon a lieu le troisième jour, chez un quart le quatrième. Il est vrai que Gasper donne le même chiffre que les observateurs français et fixe la chute du cordon du quatrième au sixième jour après la naissance.
Quant aux causes qui font varier l'époque où elle a lieu, M. ïhéas a établi d'une manière positive que la chute du cordon est d'autant plus prompte que l'enfant est plus gros, plus pesant et plus vigoureux, elle est au contraire retardée quand l'enfant est petit, grêle et faible. En effet, dans l'un des cas consignés au tableau qui précède et où le cordon ne s'est détaché que le dixième jour, époque exceptionnellement tardive , il s'agissait d'un enfant pris à l'infirmerie
(1) Bouchaud, thèse citée, p. 29.
(2) Union médicale j i^^^.