‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 3)Chapitre 34 sur 52 · SIGNES ET DATE DE L'ACCOUCHEMENT · texte numérisé non relu

SIGNES ET DATE DE L'ACCOUCHEMENT

la cavité du col, une surface dont la densité plus grande est (lue à la rélraclion des fibres musculaires, et alors on sent manifestement par le toucher que les muqueuses qui n'ont pas suivi le mouvement de retrait peuvent glisser dans des limites très-restreintes sur le plan musculaire. La membrane interne n'offre plus seulement les plis verticaux, dont le nombre a augmenté ; elle s'est aussi froncée circulairement; les plis obliques de l'arbre de vie, que la distension excessive des orifices avait fait disparaître pour quelque temps, sont nettement appréciés. Ces plicatures en divers sens de la muqueuse, qui alors remplit pour ainsi dire toute la cavité du col^, font sentir, lorsque le doigt est introduit, une surface comme tomenteuse et inégale, et font paraître le revêtement interne du col utérin plus épais qu'il n'est réellement. L'orifice interne est plus étroit, les bords en sont moins épais et présentent un peu moins de hauteur ; son diamètre n'a pas plus d'un centimètre en général. L'orifice externe est le plus souvent allongé transversalement et dirigé à gauche; il a de 1 centimètre et demi à 2 centimètres environ dans le sens antéro-postérieur;, un peu plus dans le sens transversal ; le bord de l'orifice est nettement dessiné. C'est le quatrièine jour et quelquefois un peu plus tôt^ chez les femmes primipares ou chez celles qui n'ont encore eu qu'un ou deux enfants, qu'on peut bien sentir les solutions de continuité qui divisent le bord de l'orifice inférieur et se prolongent ordinairement jusqu'à l'insertion du vagin, rarement plus haut.

» A mesure qu'on s'éloignede Tépoque deraccouchement, on observe que l'orifice supérieur continue à se rétrécir, est moins facilement accessible, à cause de la consistance plus grande des parois du col, qui continuent à se rapprocher, et c'est à la partie supérieure surtout que ces modifications sont plus marquées. Souvent, du huitième au dixième jour, le doigt n'arrive pas jusqu'à Forifice supérieur; avec quel-

ques efforts, on y parvient cependant; le plus souvent, il admet alors à peine l'extrémité de l'index. C'est vers le cinquième ou le sixième jour que quelquefois les lèvres du col se renversent et lui donnentlaforme indiquée par M. Négrier; ce renversement disparaît assez rapidement. L'orifice inférieur reste entr'ouvert jusqu'au douzième, quelquefois jusqu'au quinzième jour, et il peut arriver qu'à cette époque, les déchirures ne soient pas encore cicatrisées dans toute leur étendue.

» C'est toujours à la partie inférieure que se termine le travail de réparation; cependant, le plus généralement, la cicatrice est faite au huitième jour. Au douzième jour, dans sa moitié inférieure, le col n'a pas acquis toute sa consistance, il est plus mou, circonstance qui permet encore, à cette époque, l'introduction de l'index jusqu'à la racine de l'ongle. Du vingt-cinquième au trentième jour, le museau de tanche offre la forme cylindrique, qu'il conservera plus tard; il a encore alors un peu plus de volume qu'il n'en conservera. L'orifice externe est transversal, irrégulier; ses bords sont déchiquetés, et le toucher fait constater que le tissu est encore un peu plus mou que partout ailleurs au pourtour de l'orifice, et que les lèvres peuvent en être assez facilement écartées. Ce n'est que chez les femmes que j^'ai examinées dix ou onze semaines après l'accouchement, que j'ai rencontré le col tel qu'on le trouve normalement chez les femmes multipares; il avait une longueur de 20 à 25 millimètres, quelquefois un peu moins; il était cylindrique, d'une consistance égale, l'orifice était fermé; chez une seule, je l'ai trouvé entr'ouvert, mais elle avait au pourtour une petite ulcération qui pénétrait dans la cavité du col.

» Ce n'est donc, d'après ce que je viens de dire, que soixante et dix ou quatre-vingts jours après l'accouchement que l'organe de la gestation est ce qu'il a été ou ce qu'il doit

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être, jusqu'à ce qu'une nouvelle grossesse vienne y apporter la série des modifications dont j'ai essayé de donner une description aussi fidèle que possible. »

L'état des seins peut aussi ajouter des signes de quelque valeur à ceux que je viens de passer en revue, leur développement, leur dureté, la teinte plus foncée et parfois presque noire de l'aréole qui entoure le mamelon, la présence du lait ou, pour mieux dire, du colostrum qui s'écoule à la pression, caractérisent l'accouchement récent. Plus tard, même quand la femme n'a pas allaité, on peut encore tardivement retrouver du lait et constater des éraillures à la peau et la persistance de la coloration brune de l'aréole, qui permettent de reconnaître que la femme a eu un ou plusieurs enfants. 11 s'en faut cependant que ces signes soient constants. Certaines femmes, par un privilège rare, après avoir été mères plusieurs fois, ne présentent pas autour du mamelon le moindre dépôt de matière pigmentaire et conservent, à cet égard, une apparence virginale.

Je n'ai autant insisté sur ces divers signes de l'accouchement que parce que, malgré tout, la constatation de ce fait offre souvent une difficulté réelle; et que ce n'est pas trop de l'ensemble de ces caractères et de toute l'attention d'un médecin expérimenté pour se prononcer avec certitude sur la question de savoir si une femme est accouchée. La détermination de l'époque complique le problème. Mais il faut bien prendre garde que l'on ne doit jamais la fixer d'une manière absolue, à moins qu^il ne s'agisse d'une délivrance toute récente. Il suffit que l'expert démontre que la date de l'accouchement de la femme inculpée peut coïncider avec l'époque de la naissance de l'enfant dont le cadavre lui est représenté, et qu'une relation peut être établie entre la maternité de l'une et le meurtre de l'autre. La justice fera le reste.

Des circonstances relatives h la grossesse et ù. Taccou-

chement. — J)ans l'immcnse majorité des infanticides, la grossesse a été dissimulée avec soin et l'accouchement s'est opéré clandestinement; aussi toutes les circonstances qui s'y rapportent restent enveloppées de mystère, et l'expert chargé de les apprécier n'a, pour s'éclairer, que les déclarations de la mère accusée, c'est-à-dire des allégations trop intéressées pour n'être pas bien souvcntarrangées suivant les nécessités de la défense, ou même absolument fausses. Il faut, dans ces cas, que le médecin légiste s'attende aux inventions les plus grossières, aux théories les plus chimériques^ dont il semble qu'il pourrait laisser le ridicule faire justice, mais qu'il doit cependant discuter et réfuter sérieusement, même lorsqu'elles sont le moins sérieuses. Que de fois il lui arrivera d'entendre soutenir que la femme a ignoré sa grossesse, qu'elle ne se savait pas enceinte, qu'elle est accouchée sans le savoir. Ce sont là autant de questions qui se produisent au grand jour de la Cour d'assises, et auxquelles il faut être préparé.

La femme a-t-ellepu ignorer sa grossesse?— L'une des charges qui frappent le plus l'esprit des jurés dans toute accusation d'infanticide, c'est le fait de la part de la mère d'avoir dissimulé sa grossesse et de n'avoir rien préparé pour recevoir son enfant. De là l'empressement avec lequel la plupart des accusées cherchent à se disculper de ce reproche en alléguant qu'elles ne se savaient pas enceintes. Si l'on devait résoudre la question d'une manière abstraite et dire si, oui ou non, une femme peut ignorer sa grosssesse, on risquerait de se tromper bien souvent et d'égarer la justice. Il faut se défier en médecine légale desfaits exceptionnels et des possibilités. On doit juger chaque cas particulier d'après les conditions propres dans lesquelles il se présente.

Une considération importante et de nature à fixer l'attention avant toute autre, c'est de savoir si la femme a déjà eu

LA FEMME A-T-ELLE VU fGNOREIt SA GROSSESSE? 219

des enfants ou si elle osl primipiirc. Dans le premier cas, à moins de maladie constatée, il est difficile d'admettre qu'elle ait pu se tromper sur les premiers signes de la grossesse, et à plus forte raison sur les avant-coureurs de l'accouchement. La femme, il est vrai, ne manque pas de dire qu'il y avait un dérangement dans sa santé, et elle attribue l'ignorance où elle est restée à une suspension des règles ou à une irrégularité habituelle de ce côté. Mais si la suppression des menstrues a pu ne pas la surprendre, elle n'a pu se méprendre aux phénomènes qui se montrent plus tard, notamment aux mouvements de l'enfant qu'il suffit d'avoir sentis une fois pour ne jamais les méconnaître. Mais certaines femmes ne craignent pas de dire qu'elles n'ont jamais senti remuer leur enfant ; l'expérience unanime des accoucheurs s'élève contre cette assertion. Si des états pathologiques divers peuvent, en l'absence de toute grossesse, simuler les mouvements d'un fœtus, dans les conditions normales, la présence de l'enfant est toujours accompagnée de mouvements qui peuvent se montrer plus ou moins tardivement, qui peuvent être plus ou moins énergiques^ plus ou moins fréquents, mais qui, toujours à un certain moment, seront perçus par la femme enceinte.

Si celle-ci est primipare, il est très-certain qu'on peut, jusqu'à un certain point, se montrer moins absolu et ne pas lui refuser le bénéfice de circonstances exceptionnelles qui lui auraient permis d'ignorer complètement sa grossesse ; cependant une jeune fille, si innocente qu'on la supposedu fait de la conception, doit se préoccuper des modifications physiques qui Raccompagnent. Laissons de côté l'hypothèse d'un trouble ordinaire de la santé; admettons, comme on doit le faire dans la réalité, qu'elle est réglée comme le sont toutes les femmes, la disparition et la suppression prolongées des règles durant plusieurs mois de suite, doivent lui être à la fois un avertissement et un sujet d'alarme.

Les questions relatives à l'irrégularité des menstrues, à la possibilité de leur apparition pendant un temps ou même pendant toute la durée de la grossesse, donnent souvent lieu à des discussions scientifiques qui se mêlent aux débats judiciaires. On en trouvera un exemple curieux et instructif dans l'attaire Lcmoine, dont je rapporterai plus loin les détails. J'engageà rechercher, dans cette relation, lesrenseignements qu'adonnés sur ce point, avec toute l'autorité qui lui appartient, M. Danyau, le savant professeur de la Maternité. C'est surtout sur le terme de la grossesse, sur l'époque à laquelle elle est parvenue, que beaucoup de femmes cherchent à donner le change, et que peuvent se produire les calculs les plus compliqués touchant la date de la suppression.

Si l'on ajoute la déformation de la taille, le développement du ventre, l'augmentation de volume des seins, l'apparition souvent précoce de la sécrétion lactée, les mouvements d'abord peu sensibles, mais de plus en plus accusés, de l'enfant, en voilà certes plus qu'il n'en faut pour qu'une femme primipare s'aperçoive qu'il se passe en elle quelque chose d'insolite, et il y a lieu de s'étonner si elle ne s'est confiée et n'a demandé conseil à personne.

Malgré tout et si rares, si exceptionnels qu'ils soient, il reste un certain nombre de faits parfaitement avérés et positifs dans lesquels des femmes sont arrivées au moment de la délivrance sans se douter qu'elles étaient enceintes. Mais, chose remarquable et bien utile à relever ici, ce n'est pas chez des jeunes filles primipares que ces faits se produisent, c'est plutôt chez des femmes parvenues à l'âge où elles peuvent se croire délivrées des chances de la maternité et qu'une suppression des règles n'a pas lieu de surprendre. J'en connais un exemple des plus frappants observé dans des conditions sociales et dans des circonstances faites pour éloigner tout soupçon, et dans lequel l'erreur entretenue par

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