‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 4)Chapitre 20 sur 48 · SIGNES TIRÉS DE L'ÉTAT DU SANG · texte numérisé non relu

SIGNES TIRÉS DE L'ÉTAT DU SANG

leur West, l'autopsie d'un enfant nouveau-né qui portait à la tête deux blessures : l'une intéressant la peau, l'autre ayant traversé le pariétal gauche. Au voisinage de la première, située sur l'occiput, on trouvait une large ecchymose avec sang infiltré dans le tissu cellulaire sous-cutané; dans la blessure du bord supérieur du pariétal , l'instrument avait ouvert le sinus longitudinal de la dure-mère, du sang s'était épanché entre les deux lobes du cerveau : le cervelet avait été contus et offrait deux caillots de sang coagulé à sa base et dans sa propre substance. Les poumons, soumis à toutes les épreuves docimasiques, ne surnageaient pas.

Ollivier d'Angers (1) a fait de la question une étude spéciale et a très-explicitement démontré que d'une part l'enfant peut, dans certains cas, vivre plus ou moins longtemps après la naissance, et que d'une autre part les blessures s'accompagnent dans ces cas d'un phénomène particulier qui ne se manifeste que sur le corps vivant, la coagulation du sang; tandis que les solutions de continuité pratiquées sur un corps privé de vie ne produisent que des infiltrations de sang liquide. Ollivier rapporte à l'appui de ces propositions deux observations, l'une d'un enfant à terme n'ayant pas respiré et présentant des fractures multiples des os du crâne avec épanchement de sang coagulé au niveau des fractures ; l'autre d'un enfant né deux mois environ avant terme n'ayant pas respiré, et chez lequel on trouvait la tête broyée en près de vingt fragments et du sang noir coagulé sous le cuir chevelu et à la surface du cerveau. M. Bardinet, dans le mémoire que j'ai déjà cité (2), a récemment publié un cas

lèg., lre série, t. XVII, p. 400); Consultation médico-légale en matière d'infanticide (ibid., t. VIII, p. 347).

(1) Ollivier (d'Angers), Observations et rapport médico-légal sur cette question : L'absence complète de la respiration sur un enfant nouveau-né n'exclue pas la possibilité de l'infanticide (ibid., t. XXIX, p. 149).

(2) Bardinet; Bull. del'Acad. imp. de méd. (loc, cit.)

1k MOYENS DE RECONNAÎTRE QUE l'ENFANT EST NÉ VIVANT.

analogue recueilli par lui il y a quelques années, et où il est question d'un enfant né avant terme et jeté dans un égoût, chez qui la docimasie hydrostatique dénote l'absence de respiration, et qui, à côté de pertes de substances à la peau, plaies déchiquetées, pâles, décolorées, provenant de morsures de rats et manifestement postérieures à la mort, a présenté au sommet de la tête, à la région lombaire, au niveau des hanclres, au-devant du genou, de larges ecchy-: moses avec infiltration de sang coagulé dans les tissus sousjacents. L'ecchymose du cuir chevelu nettement dessinée est accompagnée d'épanchement de sang coagulé sur les hémisphères du cerveau; il existe du sang liquide et de petits caillots à la base du crâne, preuve évidente que la vie avait existé chez l'enfant.

J'ai moi-même observé plusieurs faits absolument semblables à ceux qui précèdent, et que je rapporterai à la fin de cette étude. Il en ressort avec évidence que toutes les fois que, même sur un enfant qui n'aurait pas respiré et dont les poumons seraient encore à l'état fœtal, on trouve des lésions traumatiques, des blessures au voisinage desquelles le sang est coagulé, on doit admettre qu'elles ont été faites du vivant de l'enfant, et que par conséquent celui-ci a vécu hors du sein de sa mère. Il restera à déterminer si ces blessures sont la cause réelle de la mort et si elles sont le résultat de violences criminelles, ce sont là d'autres questions; mais celle qui nous occupe en ce moment, à savoir si l'enfant est né vivant, reçoit ici une solution positive en dehors et en l'absence des preuves fournies par l'établissement de la respiration et la docimasie pulmonaire.

Il est un fait que l'on a invoqué à tort comme se ratta-

' chant à l'ordre de preuves que je viens d'établir, c'est la

tumeur œdémateuse séro-sanguinolente, la bosse sanguine

que l'on rencontre au sommet de la tête des enfants nou-

l'enfant est-il né vivant? 75

veau-nés. Il faut se garder de croire que cette bosse ne se forme que sur les fœtus vivants. M. le docteur Blot (1) a montré que, même chez le fœtus mort, depuis un certain temps, la partie qui répond au vide du col utérin et du petit bassin peut, si le travail dure quelque temps après la rupture des membranes, devenir le siège d'une tumeur œdémateuse séro-sanguinolente. Celle-ci a été en effet faussement attribuée à la gêne de la circulation veineuse ; elle est due en grande partie à l'action de la pesanteur qui s'exerce aussi bien après la mort que pendant la vie. Elle ne peut donc, à aucun titre, être invoquée comme un signe de vie pendant le travail, ce qui ne serait pas encore une preuve de Vie après la naissance, seul point intéressant pour l'histoire médico-légale de l'infanticide.

Résumé des si y nés propres à établir que V enfant est né vivant. — Si nous résumons les longs développements qui précèdent, nous voyons que les signes propres à établir que l'enfant est né vivant sont en principe comme en fait dominés par les résultats de la docimasie pulmonaire. C'est donc à préciser en une conclusion dernière sa véritable valeur que nous devons surtout nous attacher.

Cette valeur est évidemment relative ; il ne faut pas prendre le fait brut de la surnatation ou de la submersion des organes extraits de la poitrine et placés dans un vase rempli d'eau pour en déduire immédiatement la preuve de la vie ou celle de la mort du nouveau-né. Ce n'eét là qu'un résultat physique qui a besoin d'être raisonné et interprété, et dont la signification doit être soigneusement recherchée. Si je me suis fait bien comprendre, on doit reconnaître que la valeur de la docimasie hydrostatique est inséparable de l'état du poumon, et qu'il ne faut conclure qu'en rappro-

(1) H. Blot, Tumeur œdémateuse séro-sanguinolente développée sur le crâne de plusieurs fœtus mort-nés {Mémoires de la Société de biologie, loc, cit., p. 63).

chant les données qu'elle fournit des caractères anatomiqucs que présente le poumon. La surnatation doit être mise en rapport d'une part avec la position des poumons dans la cavité thoracique, leur couleur, leur structure, le développement des vésicules pulmonaires, et d'une autre part avec l'absence de gaz putrides et des phénomènes de la décomposition, ou encore avec les signes de l'insufflation artificielle. De même, pour le fait de la submersion, il importe de le rapprocher de l'état du poumon et de considérer si celui-ci est franchement à l'état fœtal ou si l'augmentation de densité tient à une lésion pathologique, hépatisation, atélectasie, induration, ou à la désorganisation du tissu pulmonaire putréfié. Ramenée à ces conditions, la docimasie se montre avec sa valeur réelle et constitue une preuve d'une importance considérable au-dessus de toute objection et véritablement sans égale.

Ce n'est, pas toutefois le seul moyen à l'aide duquel le médecin légiste puisse résoudre la question de savoir si un enfant nouveau-né est né vivant.

Il peut trouver une preuve négative dans l'état de macération plus ou moins avancé que présente le corps des fœtus mort-nés qui ont séjourné un certain temps, déjà privés de vie, dans la cavité utérine.

Enfin, un dernier ordre de preuves propres à démontrer que l'enfant est né vivant est fourni par la persistance de la circulation et la coagulation du sang extravasé dans les blessures reçues après la naissance. Ce fait a cela de particulièrement intéressant qu'il peut suppléer ceux qui résultent de l'établissement de la respiration, et qu'on peut le constater et y trouver une preuve de vie, même chez les enfants nés en état de mort apparente et dont les poumons sont restés à l'état fœtal. Toutefois il faut bien reconnaître que la valeur de ce dernier ordre de preuves est bornée, puisqu'il ne peut être acquis que dans les cas où le cadavre

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