‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 4)Chapitre 33 sur 48 · LA FEMME PEUT-ELLE ACCOUCHER SANS LE SAVOIR · texte numérisé non relu

LA FEMME PEUT-ELLE ACCOUCHER SANS LE SAVOIR

c'est l'état de maladie, tel que le coma apoplectique, l'ivresse profonde et prolongée, le narcotisme. Tout le monde connaît le fait de la comtesse de Saint-Céran qui accoucha sans s'en douter pendant le sommeil artificiellement provoqué en vue de soustraire l'enfant, et de s'approprier les biens dont il pouvait hériter.

Parmi les accidents qui compliquent parfois le travail, il en est qui méritent une place à part au point de vue qui nous occupe: cesontl'éclampsieet l'hémorrhagie.L'écIampsie est suivie d'un état de stupeur, durant lequel la femme perd toute notion du monde extérieur, toute perception sensoriale et peut fort bien accoucher sans. le savoir. Mais c'est là un état fort grave; il est difficile d'admettre que les convulsions éclamptiques n'amènent pas quelque intervention étrangère; et je ne sais pas bien ce que deviendrait la femme abandonnée à elle-même dans cet état ; je sais surtout que l'enfant aurait beaucoup de chance pour mourir avant de naître, et qu'il n'y a guère place ici pour l'infanticide.

Quant à l'hémorrhagie, si elle peut déterminer une syncope assez prolongée pour que la femme évanouie accouche à son insu, il est plus que probable qu'elle ne passera pas inaperçue. Et il y a également de grande chance pour que la mère et l'enfant succombent. Ce ne sont donc pas là, à vrai dire, des difficultés qui puissent, dans la pratique, embarrasser sérieusement l'expertise médico-légale en matière d'infanticide.

Il ne reste donc que le sommeil, et sur ce point, je me fais un devoir de citer l'opinion de M. le professeur P. Dubois, consignée dans une leçon clinique publiée il y a quelques années (1) :

(1) P. Dubois, Revue clinique hebdomadaire (Gazette des hôpitaux, 1854, n° 39).

22fr CONDITIONS QUE PRÉSENTE LA FEMME ACCUSÉE.

«Une femme peut-elle accoucher sans le savoir et sans être dans un état pathologique particulier? M. Devergie résout négativement cette question. La femme ne pourrait accoucher sans le savoir qu'en étant alors plongée dans un sommeil profond; mais M. Devergie dit que le sommeil serait tout de suite interrompu par les douleurs du travail, et, selon lui, une femme qui alléguerait un pareil motif serait sans excuse. Cependant un accoucheur célèbre a pensé que les voies peuvent être assez dilatées, le travail assez rapide, les sensations assez obtuses et la femme plongée dans un sommeil assez profond, pour qu'il ne soit pas impossible qu'elle accouchât sans le savoir.

» Pour ne prendre qu'un exemple entre mille, je citerai le fait d'une primipare de vingt-deux ans, qui entra un samedi à la Clinique sans souffrir beaucoup; cet état se continua jusqu'au lundi. Le soir de ce jour, elle dormit depuis huit heures jusqu'à minuit; à cette heure, elle se réveilla, se sentit mouillée et crut qu'elle avait uriné ; elle prit un vase de nuit, et, au momentoù elle allait uriner, elle sentit quelque chose de gras à la vulve; l'enfant allaitsortir. Ainsi donc, pendant son sommeil des contractions utérines s'étaient montrées ; la tête était descendue dans l'excavation pelvienne, et cependant elle était primipare. Le moment le plus pénible de l'accouchement, celui où la tête franchit le col de l'utérus, elle ne l'avait pas senti.

» DansMontgomery, on trouve deux faits analogues empruntés à deux accoucheurs anglais distingués. L'un d'eux, Douglas, fut appelé auprès d'une femme qui était déjà accouchée ; cette femme, qui était enceinte, couchait avec une petite fille de quatre ans; elle fut réveillée par cette petite fille, qui criait parce qu'elle avait senti les mouvements d'un petit enfant qui criait aussi; la femme s'aperçut alors qu'elle était accouchée. L'autre accoucheur auquel Montgomery emprunte le deuxième fait, raconte que la femme d'un lord

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