‹ Étude médico-légale sur l'infanticide (volume 5)Chapitre 21 sur 47 · CARACTÈRES DE L'ENFANT MORT-MÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE L'ENFANT MORT-MÉ

poumons^ due très-probablement au genre de mort auquel avait succombé les nouveau-nés qui font le sujet des quatre observations du professeur de Berlin. Il est en réalité très* fréquent de retirer de cadavres d*enfants nouveau-nés, dans un état de décomposition déjà avancée, des poumons parfaitement intacts et sur lesquels les résultats de l'épreuve docimasique n'étaient nullement troublés par la présence des gaz putrides.

Cependant il arrive un moment où les poumons euxmêmes sont envahis par la putréfaction. Mais ils se présentent alors avec des caractères tellement tranchés qu'il est impossible de s'y tromper. Ils ont perdu leur forme régulière, et leur surface est comme mamelonnée par suite du développement d'ampoules plus ou moins volumineuses, qui leur donne l'apparence des bulles multiples que Ton forme en soufflant à l'aide d'un tube à travers de l'eau de savon. A l'intérieur, le tissu pulmonaire est ramolli, de couleur mélangée de rouge, de gris et de vert ; il a conservé encore quelque élasticité, mais a perdu notablement de sa consistance. C'est là le degré le plus avancé de la décomposition ; mais elle n'est pas toujours arrivée à ce point. Le poumon peut avoir conservé à peu près sa forme et présenter seulement à sa surface de petites bulles disséminées en plus ou moins grand nombre dans le tissu cellulaire interlobulaire, et de volume variable suivant les points où les gaz se sont répandus. Il existe là un véritable emphysème putride. Il faut alors percer chacune des petites poches^ diviser le poumon en petits fragments, et par une pression douce faite sous l'eau, donner issue aux gaz putrides qui s'échappent et viennent se dégager à la surface de Teau en une foule de bulles qui exhalent une odeur fétide caractéristique. « Cette petite opération, continuée pendant quelque temps avec patience et précaution, arrive à débarrasser le poumon de tous les gaz produits par la

58 MOYENS DS RSOONNAtTRE QUE L'ENPàNT BBT NÉ VIVRNT.

putréfaction et le restitue dans son état primitif à répreuye docimasique. S'il surnage alors, c'est qu'il avait été pénétré par l'air avant de se pourrir, c'est qu'il avait respiré.

Il peut se faire que la surnatation de la masse des organes thoraciques soit due non plus à la légèreté spécifique des poumons^ mais à celle du cœur et du thymus. Il n'est pas rare, en effet, lorsque la putréfaction est très*avancée, de voir le cœur transformé en une sorte de vessie remplie de gaz putrides, et le thymus lui-môme complètement ramolli et pénétré par des produits de la décomposition. Il importe alors, comme on doit au reste le faire dans tous les cas, après avoir soumis à la docimasie les organes réunis, de séparer les poumons et de les éprouver isolé«ment. Toute cause d'erreur disparaît alors et Ton ne peut plus attribuer la surnatation à la formation des gas putrides.

J'ai dit qu'il fallait comprimer doucement sous Teau les fragments de poumons que l'on a divisés pour en faire sortir ces gaz. Cette recommandation est très-importante, car le tissu pulmonaire^ altéré par la putréfaction, peut se dissocier» se laisser écraser sous les doigts ; et si la pres*sion est trop forte ou faite sans ménagement, ie poumon se réduit en une sorte de bouillie plus dense que l'eau, qui gagne le fond du vase et dans laquelle il n'est plus possible de retrouver ni la trame de l'organe, ni l'air qui y aurait été introduit par la respiration naturelle. Geiui*ci en effet, qui a pénétré jusque dans les vésicules des poumons^ au contraire de ce que l'on observe pour les gaz putrides, n'en saurait être chassé par la seule pression tant que la trame organique elle-même n'est pas complètement désagrégée.

L'insufflation artificielle, comme la respiration naturelle, peut introduire l'air jusque dans les dernières ramifications des canaux aériens^ et faire que des poumons qui n'ont pas

CARACTÈRES SE L'ëNFART MORT-RÉ. 59

respiré se comportent à l'épreuve de la docimasie comme ceax qui ont respiré. Mais il ne faut pas s'exagérer cette objection et, pour peu que Ton réfléchisse, on sera bien vite convaincu que dans le cas de suspicion d'infanti«» cide, Texpert a bien peu chance, si tant est que cela puisse arriver jamais, de rencontrer des poumons insufflés. Il est en effet bien difficile de concilier la pratique de l'insuffla* tion, essentiellement conservatrice, avec le soupçon d'infanticide. De plus, cette opération suppose l'assistance et l'intervention d'une personne étrangère, très-probablement d'un homme de l'art qui s'est efforcé de ranimer Tenfant né dans un élat de mort apparente^ tandis que dans l'immense majorité des cas l'infanticide suppose un Recouche^ ment clandestin. Je ne veux pas dire que le crime ne pourra jamais être commis sur un nouveau-né dont les poumons auront été insufflés, mais dans ce cas ce ne serait qu'après que l'insufflation aurait réussi à réveiller les sens et à provoquer l'établissement de la respiration naturelle. Je ne m'arrête pas à Thypothèse tout à fait gratuite d'un infanticide simulé k l'aide de l'insufflation.

Il faut néanmoins que l'expert soit capable de reconnaître les poumons insufflés, ne fût-ce que pour éloigner par cette constatation toute idée d'infanticide.

Les poumons insufflés ressemblent quelquefois^ au premier abord, aux poumons qui ont respiré. Mais la similitude est loin d'être constante. Ils sont ordinairement d'une couleur rosée uniforme sans marbrure; l'introduction artificielle de l'air ne provoque pas, comme la respiration naturelle, l'afflux du sang, et les bronches et la trachée ne contiennent qu'une petite quantité de mucus spumeux. Si l'on coupe les poumons et que l'on comprime sous l'eau les fragments, on n'en fait sortir que de l'air, mais pas de sang. M. le professeur Oepaul qui a plus que personne contribué à répandre le bienfait de l'insufflation, et qui en a dès

Page 1