INFANTICIDE PAR PLAIES ET MUTILATIONS
Il n'est pas très-rare de trouver des cadavres d'en&nts nouveau-nés coupés en morceaux; mais ce n'est pas pendant la vie que ces mutilations ont été faites; et elles n'ont servi qu'à faciliter la disparition du corps après l'infanticide accompli. Je ne connais pas d'exemple de cas dans lesquels on ait constaté avec certitude qu'un nouveau -né ait été ainsi découpé vivant. Toulmouche en cite un qui peut laisser quelque doute (1). Toutefois, il y a souvent dans le fait même delà division du cadavre par fragments et dans la manière dont elle a été opérée, plus d'un indice impor-
(i) Toulmouche, Observation et rapport médico-légal relatif à un eas '^are d'infanticide {Ann, d'hyg, et de méd, lég,, l'« série, l. L, p. 300}»
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tant à recueillir et pouvant jusqu'à un certain point dénoncer la main qui a agi.
Tantôt^ en effets le petit cadavre a été coupé par quartier comme un animal destiné à quelque préparation culinaire^ et Ton reconnaît là le procédé familier aux servantes habituées à manier le couperet : on sait combien il est fréquent de voir les accusations d'infanticide peser sur cette classe. D'autres fois les q uatre membres ont été désarticulés^ la tête séparée du tronc, et l'opération peut révéler une main plus ou moins habile. Dans le plus grand nombre des cas, il est manifeste que la division du cadavre a simplement été destinée à en diminuer le volume, et à faciliter la dispersion des fragments, qui sont jetés au hasard dans une mare, une rivière, un égout, ou plongés dans une fosse d'aisance ou enfouis. Mais quelquefois la mutilation précède une véritable coction, et les fragments placés dans une marmite pleine d'eau sont soumis à TébuUition prolongée. Les faits de cet ordre méritent d'être cités, car ils soulèvent naturellement des doutes sur l'état mental de la femme accusée. Dans l'un, une femme tue son enfant, le découpe et en fait cuire un membre dans des choux (1). Une autre jette le cadavre dans un chaudron où elle avait fait bouillir de la lessive; et après Ty avoir laissé un certain temps, elle le retire et se met à le déchirer avec les mains; puis elle le divise en très-petits morceaux et à Taide d'une pelle fait entrer violemment ces lambeaux informes dans la bonde d'un baril de vinaigre (2). Parfois, ce sont les pourceaux qui se chargent de faire disparaître les
(1) D^ Reisseisen^ de Strasbourg, Examen médico-légal d'un cas extraordinaire d'infanticide, extrait des Annales de Kopp^ par Marc (Ann, d'hyg, et deméd. lég., 1832, 1" série, t. VIII, p. 397).
(2) D' Thoianet d'Anceniey ikxpport médico-légal dans une affaire d'infanticide, jugée le 16 décembre 1865 par la Cour d'assises de la Loireluférieure.
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produits de cette cuisine immonde. Il ne serait pas difficile à l'expert de reconnaître que les fragments du cadavre mutilé ont subi la coction. Les chairs se détachent facilement des os et ont pris la teinte de la viande cuite ; la peau est décollée, le cristallin durci est devenu blanc et opaque ; le tissu des poumons est compacte et de couleur ardoisée et ces organes se précipitent au fond de Teau et restent submergés, même quand ils ont respiré. Les expériences comparatives faites par M. le docteur Thoinnet (d'Ancenis) sur des poumons de veau et que j'ai déjà citées, établissent ce résultat important au point de vue de la docimasie pulmonaire.
Mais ces mutilations faites après la mort ne sont pas les seules que Ton rencontre dans Tinfanticide. Il y a des cas dans lesquels le meurtre du nouveau-né est la conséquence . directe de blessures faites avec des instruments piquants ou tranchants dont la nature n^est pas indifférente à rechercher. En effet, il n'est pas sans intérêt de constater que les instruments vulnérants le plus souvent employés sont des poinçons, des aiguilles, des ciseaux, les armes de la femme .
A l'aide des premières, des piqûres sont faites à la tête, au niveau des fontanelles; et l'hémorrhagie qui suit l'ouverture des sinus de la dure-mère, plus que la lésion du cerveau, détermine rapidement la mort. C'est là un procédé très-connu et qui jouit d'une funeste notoriété. D'autre fois, l'instrument perforant est dirigé sur le rachis et sur la moelle épinière ; ou encore dans la région du cœur. On connaît l'exemple d'une pauvre idiote qui avait enfoncé des aiguilles en grand nombre dans le cœur de son enfant.
Les blessures faites avec les ciseaux sont souvent au sommet de la tête, et intéressent s'oit le cuir chevelu seul, soit les membranes, soit les lames osseuses elles-mêmes. Leur