CHAPITRE VII
DE l'expertise MÉDICO-LÉGALE, DBS RAPPORTS ET CONSULTATIONS |
EN MATIÈRE D'INFANTICïDE. I
J'ai terminé cette longue étude; je demande la permission de la résumer dans ce qu'elle a d'essentiellement pratique en rappelant les préceptes qui doivent guider le médecin dans les diverses phases de l'expertise médico-légale, et en citant un certain nombre d'exemples choisis, de rapports et de consultations sur des cas intéressants d'infanticide qui auront de plus l'avantage de servir de preuves à l'appui des principes qui ont été développés dans ce travail.
Le premier devoir pour l'expert, est de ne fonder ses conclusions que sur des constatations positives et sur un examen complet tant du cadavre du nouveau-né que de la femme à laquelle on impute la naissance et la mort de l'enfant. Il sera bien fort dans ce cas pour venir devant le jury, soutenir son opinion, contre les sophismes ou les arguties de la défense.
Celle-ci ne sort pas, en général, du cercle des arguments que j'ai déjà exposés et qu'il est facile à l'expert de prévoir et de réfuter. Tantôt elle met en avant l'excessive délicatesse du nouveau-né qui semble le vouer à la mort au moment même où it entre dans la vie. J'ai vu un avocat sortir des plis de sa robe le crâne d'un enfant et faire remarquer la transparence et la ténuité des os en s'écriant qu'une tête si peu solide devait être bien facile à écraser ! Tantôt c'est sur les dangers sans nombre du travail de l'accouchement qu'on rejette la mort du nouveau-né, comme si, au contraire, il n'y avait pas là un fait physiologique qui, dans l'immense majorité des cas et malgré la douleur qui en est une loi,
DE l'expertise médico-legâle. 265
s'accomplit sans péril ,iii pour la femme, ni pour Tenfant. Enfin, dans d'autre cas, on s'en prend à l'ignorance de la mère, à son trouble, à l'oppression de ses forces, à l'égarement de sa raison. J'espère avoir donné au médecin les moyens de faire justice de ces hypothèses si souvent gratuites.
Pour conclure, je dirai à l'expert qui est appelé à discuter devant la cour d'assises et à soutenir les conclusions qu'il a formulées : ne vous laissez pas entraîner hors de la question môme qui s'agite dans le débat ; ne vous arrêtez pas aux abstractions, aux théories générales qu'on vous oppose; ramenez la discussion au fait particulier actuellement soumis au jury^ et puisez dans le fait même les preuves péremptoires que l'examen anatomique vous aura fournies.
C'est de l'enfant dont vous avez fait Tautopsie qu'il faut parler. Vous constatez qu'il est né vivant, c'est un prenjier point. Tous établissez pour chaque cas particulier la nature des violences qui ont causé la mort. Que vous reste-t-il à faire? A distinguer avec toute la rigueur possible les signes de la mort violente, des causes de mort naturelle ou accidentelle qu'un procédé banal de la défense cherche à faire prévaloir.
Ce n'est pas à vous qu'il appartient déjuger. Vous ne devez jamais apporter dans une expertise ce mauvais sentiment qui vous pousse à faire de l'accusation votre propre affaire. Vous devez rester indifférent au verdict qui^ même quand il est le plus opposé aux données de la science, ne saurait vous atteindre, car il n'émane que de la conscience des jurés, et se fonde plus encore sur des considérations morales que sur des preuves matérielles, les seules qu'il appartienne au médecin légiste d'apporter à la justice.
Il ne me reste qu'à montrer pour ainsi dire l'expert à l'œuvre, en réunissant àlafm de cette étude médico-légale sur l'infanticide, un choix de rapports et de consultations em-
266 BAPPORTS BT CONSULTATIONS.
pruntés à ma longue pratique. Je les grouperai d'après U genre de mort^ dans Tordre que j'ai précédemment suivi,
InfiMitlcMe par «iiei^catkwi»
Obsbbv. I. — Infanticide par suffocation. Occlusion
des voies aériennes.
Je donnerai cette première observation dans tous ses détails, afin qu'on prenne une idée aussi complète que possible de la manière dont se présentent les faits d'infanticide.
L'accusée est une fille de vingt-sept ans, qui déclare se nommer Marie-Anastasie, née dans le département de la Marne.
Voici les faits qui résultent de Tinstruction : — P. était domestique à Arzillières ; dans les premiers jours de mars 4 854 , elle quitta Arzillières dans un état de grossesse très-avancée, mais elle n'en avait fait part à personne : loin de là, lorsqu'on la questionnait sur r^paisseur do sa taille, elle cherchait à détourner ces soupçons, et tantôt répondait d'une manière évasive, tantôt affirmait qu'elle n'é(ait pas enceinte.
D'Arzillièreg, la fille P. vint à Paris et, presque aussitôt son arrivée, elle entra comme domestique chez les époux Mercier, marchands plumassierSy rue Saint-Sauveur, 5, pour remplacer momentanément leur propre domestique absente. Dès les premiers jours, la dame Mercier crut s'apercevoir que la fille P. était enceinte ; elle fît part de ses conjectures à son mari, mais, par un sentiment de délicatesse louable, elle n'osa pas déclarer ses soupçons à celle qui en était l'objet, dans la crainte de l'humilier s'ils n'étaient pas fondés.
Cependant, le 24 mars, la fille P., souffrante d*un rhume, était restée dans son lit ; la dame Mercier voulut la faire expliquer nettement sur sa position. Elle lui demanda, à plusieurs reprises, si elle était enceinte, et cette fille nia avec persévérance ; la dame Mercier insista pour triompher de ce qu'elle considérait avec raison comme i)n mensonge ; elle lui tint le langage le plus bienveillant, le plus propre à la rassurer ; elle lui fît connaître qu'il y avait à Paris des établissements où elle serait reçue pour faire ses couches, où on lui faciliterait le moyen d'élever son enfant.
L'inculpée persista dans ses dénégations, et la dame Mercier, à laquelle ce silence donnait des inquiétudes, lui fit clairement entendre qu'elle soupçonnait qu'elle pouvait avoir de mauvais desseins sur son enfuit, el que la loi était très-'Séyère pour ces sortes de
Plos tard, dans la même journée, la dame Mercier interpella do nouveau la fille P.; elle lui annonça que son mari et elle, convaincue de son état de grossesse, étaient décidés à la faire visiter par un médecin : enfin elle fit appel à ses sentiments religieux, et lui demanda de jurer sur ce Christ qu'elle n*était pas enceinte.
Après avoir cherché à nier, l'inculpée finit par avouer qu'elle 98^ croyait enceinte, mais elle fit remonter sa grossesse tantôt à six mois, tantôt à huit moia, ajoutant, lorsque sa mattresse lui offrait de la faire conduire dans une maison d'accouchement, qu'elle était loin encore de Tépoque de sa délivrance.
Ceci se passait dans la journée du 24 mars.
Le lendemain matin, à six heures et demie, le sieqr Mercier en« trait dans la chambre de sa domestique qui, à une question sur sa santé, se contentait de répondre que ça n'allait pas, sans entrer dans aucun autre détail.
A huit heures moins un quart, la dame Mercier, étonnée de n'avoir pas vu encore paraître la fille P., entrait à son tour dans sa chambre, et celle-ci lui déclara qu'elle avait fait une fausse couche; qu'au milieu de la nuit, de quatre à cinq heures, elle avait éprouvé de vives coliques ; qu'à six heures du matin elle avait cru avoir l>esoin d'aller à la garderobe ; qu'en se plaçant sur le vase de nuit Son enfont était venu, qu*il était tombé dans le vase, avait poussé un petit cri, fait deux soupirs et qu'il était mort aussitôt ; quelques insiantd après, elle varia dans ces détails et dit que l'enfant était tombé, non dans le vase, mais par terre.
Les sieur et dame Mercier envoyèrent de suite chercher leur médecin, le sieur Lebreton; il arriva aussitôt, Tenfant était mort, mais son cadavre était encore chaud ; il n'existait aucune trace de lésions ou de violences extérieures, mais il trouva l'enfant empaqueté dans un jupon qui le recouvrait de toutes parts. Il lui parut bien con-s stitué, né à terme et parfaitement viable, et il attribua sa mort soit au défaut de soins, soit à une pensée coupable par suite de laquelle il aurait été enveloppé de façon à ne pouvoir respirer.
J'ai été chargé, le 27 mars 4 854, de procédera l'autopsie dç l'enfant nouveau -né issu de la fille P. et j'ai fait les constatation^ suivantes :
Enfant du sexe féminin, forte et vigoureuse, 2kil,,750, 5S oentimètres de long, point épiphysaire très-déveioppé, cordon noi^ CQupé, déchiré, non lié, pas de putréfaction.
Tète et cou, aîMi que la partie supérieure de to poitrine d'une couleur vidaeée tréa-fonoée ; pas d'exooriation apparente sur le visage et le oou.
A la surfiice du périoràne, on trouve im très-gfand nombre de
petits épanchements très-limités de sang coagulé, distincts de la bosse sanguine syncipitale ; os intacts.
Organes thoraciques surnageant.
PouDQons gorgés de sang ; nnais sur la surface d'un ronge foncé on distingue une multitude de petites ecchymoses ponctuées, disséminées sous la plèvre, d*une couleur noirâtre, et qui donnent aux deux poumons un aspect granitique.
Larynx et trachée contenant une certaine quantité d'écqme sanguinolente.
Cœur offrant aussi à sa surface des ecchymoses sous-péricardiques vers la base et à l'origine des gros vaisseaux. Il contient du sang tout à fait fluide.
Viscères abdominaux à l'état normal.
Estomac distendu par une grande quantité de mucosités teintes de sang.
4 ° Enfant né à terme, viable et très-vigoureusement constitué;
V Cet enfant a vécu et respiré ;
^^ La mort est le résultat d'une asphyxie par suffocation, produite par un obstacle violemment apporté à l'action de l'air dans les voies aériennes :
4*^ Il n'existe pas de lésion apparente à l'extérieur ; mais les altérations des organes respiratoires ne peuvent laisser des doutes sur la cause de la mort, qui ne peut être attribuée ni aux difficultés naturelles de Taccouchement, ni à un état de faiblesse congénital de l'enfant.
Obsbrv. II. — Infanticide par suffocation. Discussion
médico-légale.
J'ai été chargé, au mois d'octobre 1849, de concert avec mon honorable confrère, M. le docteur Gaide, en vertu d'une commission rogatoire de M. le juge d'instruction de Nogent-sur-Seine, de résoudre plusieurs questions relatives à une grave affaire d'infanticide. « II s'agissait d'émettre notre avis sur les rapports des docteurs C. » et P., en les rapprochant des données de Tinstruction com- » mencée contre la fille B., inculpée d'infanticide. Dire si la dé- » claration de l'inculpée paratt concorder avec les observations » faites sur le cadavre de l'enfant, ou si la mort n'est pas due au » défaut de soins apportés à l'enfant, ou à un acte coupable fait » directement, comme Tapposition de la main ou de tout corps » étranger sur la bouche de Tenfant. » Après avoir prêté serment entre les mains de M. le juge d'instruction, nous avons reçu communication des pièces suivantes : i° deux interrogatoires subis par l'inculpée ; 3° la déposition de la sage-femme ; 3^ le rapport de Toffi-
cicr de santé Poopelier, et 4® le rapport du doctear Cherlier et du docteur Poupelier.
Afin d'apporter, dans la solution des questions qui nous sont posées, toute Texactitude et toute la rigueur possibles, nous commencerons par exposer succinctement les faits matériels qai résultent de lexamen auquel se sont livrés les premiers experts, ainsi que les allégations contenues dans les interrogatoires de l'accusée. Nous discuterons ensuite les conclusions du rapport de MM. Cbertier et Poupelier, et nous terminerons par Ténoncé de notre propre opinion.
Exposé de» faits. — Malgré certaines omissions importantes que nous devrons signaler, Tautopsie cadavérique de l'enfant né de la fitlle B. a établi d'une manière positive les faits suivants :
L'enfant paratt être né à terme ; bien que le poids ne soit pas indiqué, les dimensions et le diamètre de la tôte montrent que le volume du corps était plutôt au-dessous qu'au-dessus de la moyenne ordinaire.
La coloration d'un blanc mal suffirait, s'il n'en existait d'autre preuve, pour exclure l'idée de la mort du fœtus longtemps avant la délivrance et du séjour du cadavre dans le sein de la mère.
Il existait sur différentes parties du «corps , au front, à la peau, sur les bras , des excoria^tions légères ou des ecchymoses toutes situées du côté gauche, et qui ne paraissent avoir présenté aucune gravité.
L'état des organes respiratoires doit, au contraire , fixer notre attention d'une manière toute spéciale. En effet, à Textérieur, les lèvres sont brunâtres, violacées, la langue fait saillie entre les mâchoires, la peau du cou est, dit-on, intacte ; mais rien n'indique que le tissu cellulaire et les muscles sous-jacents, que l'épaississement des lèvres, l'intérieur de la bouche, et même le fond de la gorge aient été examinés dans le but d'y rechercher ces ecchymoses, ces traces de violences qu'il est si fréquent de rencontrer dans ces parties, lorsqu'une main criminelle a été portée sur un nouveauné. Quoi qu'il en soit, les poumons décrits avec beaucoup de soin sont distendus par l'air; ils offrent une coloration générale rosée; mais, chose très-importante à noter, « ils présentent quelques petite» marbrures irrégulières d'un rouge plus foncé 9, Ils sont d'ailleurs congestionnés, et une sérosité spumeuse sanguinolente s'écoule de leur tissu divisé. Ce n'est pas tout : c La membrane interne du » larynx, de la trachée et des bronches est injectée, et Ton trouve • dans ces conduits de la sérosité spumeuse^ abondante surtout dam » les petites bronches ».
. Le cœur ne contient pas de sang coagulé.
Du côté de la téte^ on constate les signes d'une congestion asseï
'i70 liAJPPÔftTS ET éONStfLTÀTIONS.
con«idérabl6 qai va jusqu'à produire tine exhalation sanguine à la surface du cerveau.
L'Mtomao n'a pae été ouvert; et il est à regretter que l'on n'ait pu reoonnattre, la déglutition e*étant opérée, quelles matières auraiebt été ainsi portées dans rastomac, ce qui eût permis de mesurer en quelque sorte l'énergie et la durée de la vie du nouveau-né.
Quant aux déclarations de la fille B., elles tendraient à établir que la délivrance qui B*est opérée sens trop de douleurs a eu lieu pendant que l'inculpée était accroupie; que l'enfanta mis de dix à quinze minutes ^ sortir tout à fait. Les pieds ayant passé d'abord, la tête a mis sept ou huit minutes à se dégager, et a été immédiatement suivie du délire. Cette fille syoute que le corps du nouveauné était tout froid, qu'il n'a ni bougé ni poussé un seul cri, et qu'elle a vu tout de suite qu'il était bien mort et ne respirait pas.
Tels sont les faits et allégations d'après lesquels doit se former notre conviction, et qui ont dû servir de base aux conclusions des premiers experts, sur lesquelles nous sommes appelés à donner notre avis.
Discusswn du rapport des premiers experts et des faits précédemment exposés. — Les trois premières conclusions qui établissent que l'enfant issu de la fille B. est né à terme, qu'il a vécu et respiré, sont parfaitement en rapport avec les coastatations nécroscopiques, et découlent rigoureusement de la conformation et de l'apparence du corps, ainsi que de la structure des poumons, et des expériences auxquelles ces organes ont été soumis.
Sur la quatrième conclusion , nous ne saurions partager l'avis de MM. Ghertier et Poupelier, et nous avons besoin d'entrer dans quelques développements. Ces honorables médecins pensent < qu'il est » très-^obable que la mort est le résultat du fait de Vaceeouchemenî » et non d'un infanticide ». Et pour soutenir cette opinion, ils s'appuient non plus sur les faits matériels qui ressortent de l'autopsie, mais presque œdusivement sur les allégations de la fille B., et principalament sur le mode d'accouchement que l'inculpée a déclaré, mais dont rien absolument ne saurait faire admettre la réalité. Ainsi, dès le principe, nous sommes obligés de faire remarquer que les premiers experts acceptent sans réserve une simple hypothèse, peutêtre même une déclaration inexacte.
En effet, à quels signes peut-on reconnaître que l'enfent s'est présenté par le siège, ainsi que la mère le déclare? Sera-ce aux matières qui ont souillé le pourtour de l'anus f Mais quel qu'ait été le mode d'accouchement, le méconium peut s'échapper dès les pre« miers moments delà naissance; et, d'ailleurs, s'il n*est pas douteux que l'enfant ait vécu , nul ne peut dire pendant combien de temps. Sera-ce la présence dû pftaoenla adhérant encore au cordon? Gette
iinrAimciDs fàA siiFfDaitôir. Ï7t
eireoilsiance «st encore loitoitis probante que la première, et peat se présenter dans les conditions les plus diverses de la délivrance. Il en eet de même de Cette prétendue compression du cordon ombilical et du col, pendant le quart d'tienre durant lequel la tète serait restée au pasMge ; sappoeîtions qu'aucun fait ne confirme, qui n*ont été soaniises à aucun contrôle, et qui, au contraire, paraîtraient formellement contredites par la facilité de cet accouchement que la fille B. elle^néme dit s'être opéré sans trop de douleur.
Quant aux lésions qui ont dA produire là mort, nnterprétaiion qu'en donnent MM. Chertier et Poupelier est évidemment dominée par ia manière dont ils ont admis que raCcoutbement avait eu lieu. Sans s'arrêter à Tétatjdes Organes respiratoires, et de préoccupant surtout de la congestion évidemment secondaire qui existait vers la tète, ils ont cru reconnaître un état apoplectique consécutif à la snuspension de la circulation placentaire; mais c'est là, nous ne craignons pas de le dire, une nouvelle hypothèse que dément de la manière ia plus évidente l'état des poumons si bien décrit dans le rapport d'autopsie.
La distension des vésicules pulmonaires par Pair atmosphérique « cette preuve physique de Taccomplissement le plus régulier et le plus complet de l'acte respiratoire, est absolument incompatible avec un état apoplectique et une suspension de la circulation placentaire portée asses loin pour déterminer la mort. Gela est si vrai que MM. Chertier et Poupelier ont été frappés les premiers de certaines contradictions singulières ; et il n'est pas inutile de citer à ce sujet les remarques qui terminent leur consciencieux rapport. « Toute-*
• fois, disent-ils, si ces faits peuvent rendre Compte de la mort, ils » ne sont pas complets. La respiration, dans ces cas d'apoplexie
• des nouveau-nés, n*a souvent pas lieu ou est incomplète. Dans
• l'espèce^ elle a été complète ; nous ne nous rendons pas bien » compte de l'intégrité des poumons, de Tabsence du sang dans les » cavités du cœur. Aussi avons-nous cru devoir formuler notre » quatrième conclusion sous forme de probabilité. »
En résumé, on voit que, à part la déclaration de l'inculpée, cette dernière conclusion, en attribuant la mort du fœtus au fait de l'accouchement, ne repose sur aucune autre preuve suffisante.
Il nous sera facile de montrer que la seconde partie de cette môme conclusion, qui exclut toute idée d'infanticide, est complètement en désaccord avec les faits matériels résultant de l'autopsie, et les allégations contradictoires de la fille B.
Si nous nous reportons, en effet, à Ces déclarations, nous devons, avant tout , faire remarquer qu'il est tout à fait impossible d'ad^ mettre que le corps du nouveau^^né ait été tout à fait froid; fût-iî mort pendant le travail, la chaleur eût persisté après la délivrance.
272 BAPPORTS ET CONSULTATIONS.
11 est également de toute impossibilité que l'enfant n'ait ni bougé ni poussé un seul cri ; les poumons ont été complètement pénétrés par Tair, la respiration a eu lieu, et pour le nouveau-né le premier mouvement vital, la première inspiration est un cri.
Ajoutons que les contusions et les ecchymoses observées sur le côté gauche de la tête et des membres, et que Ton attribue à la position du corps sur le chaume, sembleraient, d*aillenrs, indiquer que la vie n'était pas éteinte au moment où le nouveau-né a été transporté dans le champ où il a été trouvé inhumé.
Mais outre la preuve de la vie et de la respiration accomplie, on trouve dans Tétat des poumons et des voies aériennes des signes qui jettent une vive lumière sur la cause de la mort.
A la saillie de la langue, à la coloration des lèvres, à la congés^ tion du tissu pulmonaire, à la présence d'une écume abondante dans le larynx , la trachée et jusque dans les plus petites divisions des bronches, enfin, et surtout à ces petites taches irrégulières d'un rouge foncé disséminées à la surface des poumons,- à ces signes constants, joints à la liquidité du sang, on ne saurait méconnaître les lésions caractéristiques de Tasphyxie par obstacle à l'entrée de l'air dans les organes respiratoires. La congestion cérébrale signalée dans le procès -verbal d'autopsie est un effet secondaire du trouble profond et de la gène apportée dans la respiration. Dans tous les cas, ces lésions sont tout à fait indépendantes du mode suivant lequel la délivrance s'est opérée.
Conclusions, — De l'exposé des faits et de la discussion qui précède nous concluons que :
4° L'enfant issu de la fille B. <est né viable à ^ne époque probablement très-voisine du terme naturel de la grossesse ;
2*^ Cet enfant a vécu et respiré ; la vie s'est prolongée assez longtemps pour que la respiration ait eu lieu largement et à plusieurs reprises ;
3^ Les déclarations de l'inculpée ne concordent en aucune façon avec les observations faites sur le cadavre de l'enfant;
i^ La mort du nouveau-né n'est pas le fait de l'accouchement ni mémo du défaut de soins ;
5° Elle est le résultat de l'asphyxie par obstacle apporté à l'en* trée de l'air dans les voies aériennes ou par étouffement;
6° Il est impossible de déterminer d'une manière précise, en raison de l'omission de certains détails non consignés dans le rapport d'autopsie, si l'acte coupable qui a déterminé la mort a consisté dans l'apposition de la main ou d'un corps étranger quelconque sur la bouche de l'enfant, ou dans une pression violente exercée directement sur les parois de la poitrine.
tNFÀNtiGiDE ^AR SUf'FOGATIONk 2)3
Obsbkv. m. — Mort accidentelle par tuffacation, Compreêsion des parois de la poitrine et du ventre.
Le 28 novembre 4 855^ j'ai pratiqué l'autopsie de l'enfant de la Glle D..., âgé de deux mois, laissé seul par sa mère, couché près de sa petite sœur, âgée de dix-huit mois. La mère, après une absence de trois heures, dit avoir retrouvé les deux enfants dans la nuit, l'atnée couchée sur la plus jeune.
Cadavre d'un enfant de deux mois très-vigoureusement constitué. Il n'existe à Textérieur du corps que quelques petites excoriations au front et à la tempe du côté gauche. Cette dernière parait avoir été faite par le frottement de la tète contre le mur. Les autres ont Taspect et la forme de coups d'ongle. Dans le flanc gauche, on voit une petite cicatrice croûteuse plus amincie que les trous qui viennent d'être indiqués, et qui parait résulter d'une piqûre. On remarque aussi en travers du ventre et de la poitrine une sorte de dépression assez large, et qui a laissé une empreinte sur les téguments.
La tète n'offre aucune lésion ; les os sont intacts : le nez et la bouche ne sont pas aplatis. Il n'existe non plus au bras aucune marque de violence.
Les deux poumons sont le siège d'altérations caractéristiques : ils sont volumineux. Congestionnés dans quelques parties, pâles, au contraire, dans d'autres : mais, sur les unes et sur les autres, il existe un assez grand nombre de taches ecchymotiques, noirâtres, reconnues sous la plèvre. Les vésicules sont en outre déchirées dans une grande étendue ; le cœur ne renferme que du sang tout à fait liquide.
L'estomac est absolument vide et rétracté.
Ce jeune enfant est mort étouffé par une pression violente et continue exercée sur les parois de la poitrine et du ventre.
Les excoriations n*ont en aucune façon contribué à la mort; celle-ci a eu lieu au moins plusieurs heures après que l'enfant a été allaité pour la dernière fois.
Observ. IV. — Infanticide par suffocation. Pression exercée sur les parois de la poitrine et du ventre,
La fille Anne T..., Agée de vingt-quatre ans, est accouchée dans une étable dans la nuit du 44 au 45 février 4 855, et d'après ses propres indications, que nous n'obtenons qu'à grand'peine, elle reconnaît avoir eu sa dernière époque menstruelle au mois de mai dernier, date qui correspondait effectivement au terme naturel de la grossesse. Les suites de couches ont été très-régulières. Pressée par nous de s'expliquer sur la manière dont s'est opérée sa délivrance,
A. TARDIBU. — Infanticide. i^
71k RAPPOETS BT GONSULTATIOHS.
la 611e T. aptre dans des explications embarrassées et eonlradictoires qui révèlent néanmoins une astuce et une intelligence que n'aurait pu faire soupçonner la physionomie stupide de cette fille. Il est absolument impossible d'obtenir d'elle une réponse précise sur le point dé savoir dans quelle position elle est accouchée. Elle dit tantôt qu^elle était debout, tantôt accroupie ou agenouillée j mais si cette circonstance est obscure, elle n*a qu'un intérêt très-secondaire. Ce qui est plus important, c'est Texplication que doqne la fille T. des copditioiis dans lesquelles l'enfant s'est trouvé. Elle soutient que dans les ténèbres où elle était elle n'a pas vu son enfant, que celuici n'a pas crié, et qu'étant tombée près de lui après la délivrance, elle a, en se relevant, posé le pied sur ce petit corps. Nous la fai> sons préciser davantage, et elle lyoute que s'étant apergue du fait, elle a immédiatement retiré le pied sans l'avoir appuyé beaucoup. Mais l'enfant ne donnant, à ce qu'elle prétend, aucun signe de vie, elle l'enveloppa dans un linge et le porta dans un coip de l'écurie où elle le coucha derrière un tonneau.
Ces dernières circonstances, sur leiqoelles nous avons insisté à dessein parce qu'elles se rapportent directement à la cause de la mort de Tenfant, sont tout à fait en opposition avec les constatations qui résultent de l'autopsie cadavérique.
Le ;cadavre est celui d'un enfant nouveau-né du sexe masculin, long de 64 centimètres, et présentant le développepient régulier d'un enfant né à terme, notamment un point osseux bien formé dans l'épaisseur des cartilages fémoraux. Ce cadavre a été gravement mutilé par un chien qui a enlevé toutes les parties molles du dos, du cou et de la région temporale du côté gauche. La surface de cette large plaie, qui pénètre jusqu'aux os, est dans toute son étendue blaferde, et ne présente pas d'infiltration de sang ooagulé.
La tête offre un aplatissepient considérable dans son diamètre transversal, et l'on remarque dans les muscles temporaux et sous le cuircheveluducôtédroitunépanchement de sang coagulé. Si l'on n'en constate pas la présence du côté opposé du crâne dans le point correspondant, cela peut tenir à la destruction des parties dans lesquelles le sang se serait infiltré; les os ne sont pas fracturés.
Les organes thoraciques extraits de la poitrine en totalité et plongés dans un vase rempli d'eau surnagent ; leurs poumons, qui sont volumineux, pénétrés par l'air dans toutes leurs parties, offrent une couleur rosée sur laquelle tranchent à la surface, ^t principalement vers les bords, une innombrable quantité d'ecchymoses ponctuées dont quelques-unes sont réunies en plaques, et qui toutes résultent d'extravasations sanguines disséminées sous la plèvre. Une véritable exsudation de sang recouvre le bord postérieur du poumon gauche. Les poumons, du reste, isolés, et par fragments.
INFANSriCIDE PAR SUFFOCATION. 275
plongés dans Tean, surnagent invariablement. Le cœnr est volor mineux et distendu par du sang liquide.
Bien que les parois abdominales n'offrent à rextérieur aucune apparence de contusion, on trouve dans les cavités du ventre un épancbement très-abondant de sang coagulé qui recouvre tous les viscères, et qui résulte manifestement de Texbalation sanguine qui s*est faite à la surface du péritoine, sous rinfluence d*une forte pression. Les organes abdominaux ne sont le siège d'aucune déchirure. L'estomac contient une assez grande quantité de liquide spumeux, mélange de salive et d'eau.
£n résumé, cette fille est accouchée d'un enfant né à terme viable et bien conformé.
Cet enfant a vécu et respiré, et a certainement dû faire entendre des cris.
La mort est le résultat d'une asphyxie par suffocation, et d'un obstacle violent et prolongé apporté à l'entrée de Tair dans les voies respiratoires.
La suffocation a été produite par une pression exercée à l'aide d'un corps ci surface large, et placé sur le ventre, la poitrine et la tète.
La profondeur et l'étendue des lésions constatées dans les organes thoraciques et abdominaux, en attestant l'énergique résistance que le nouveau -né a opposée à ces violences, démontrent qu'elles ne résultent pas d'un simple accident, et d'une pression passagère du pied posé par mégarde sur le corps, mais, au contraire, d'un effort puissant et soutenu qu'atteste également la déformation de la tète.
Cette fille a fini par avouer, dans le cours de l'instruction, qu'elle avait tué son enfant en l'étouffant sous le poids d'un tonneau vide.
Obsbrv. y. — Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps vivant dans la cendre.
J'ai pratiqué à la Morgue, le 4 6 janvier 4854, l'autopsie d'un enfant nouveau-né du sexe féminin, trouvé dans un fossé sur le territoire de la commune d'Ivry,
Enfant très-fort, 2 kilogrammes 900 grammes, à terme.
Tout le corps est enduit de cendre. Les narines et les lèvres en sont obstruées, la bouche remplie. On trouve la poussière dans toute la longueur de l'œsophage, et jusque dans l'estomac, où des parcelles de cendre sont mêlées à des mucosités grasses.
Du cèté des voies aériennes, la cendre n'a pas pénétré au delà de l'épiglotte. 11 n'en existe ni dans le larynx ni dans la trachée où l'on trouve seulement de l'écume sanguinolente.
Les poumons ont été distendus par l'air, la respiration a été<x>m-
576 ÊAFPORtâ ET CONSUtTATlONâ.
plète. Ils sont volamiaeux, de couleur rosée médiocrement foncée. Toute leur surface est sillonnée par des plaques emphysémateuses, et tachetées par de nombreuses ecchymoses ponctuées, disséminées sous la plèvre. Le rupture simultanée des vésicules pulmonaires et des vaisseaux superficiels donne un aspect tout particulier aux poumons. Le cœur est volumineux, et ne contient que du sang liquide. Sous le cuir chevelu, on voit un grand nombre d'épanchementa circonscrits de sang coagulé. Il n'existe d'ailleurs aucune trace de violence à Textérieur. Le cordon ombilical n'a pas été coupé^ mais rompu et non lié.
Observ. YI. — Infanticide par suffocation. Enfouissement du corps vivant dans du son.
J'ai pratiqué, le 35 octobre 4 854, Tautopsie de renfant de la fille Bazin, trouvé dans un tonneau rempli de son.
Enfant très-fort, mâle, 2 kilogrammes 950 grammes 53 centigr., point osseux très-développé; cordon non coupé, rompu, et non lié à 35 centimètres de son insertion abdominale. Tout le corps est couvert d*une poussière assez fine qui paraît être du son.
Téguments et os du crâne intacts. On trouve seulement sous le cuir chevelu de nombreuses exlravasations de sang coagulé, trèscirconscrites, et qui ne résultent pas du travail de l'accouchement.
Les narines et la bouche sont remplies par la poussière, qui ne pénètre pas dans les voies digestives au delà de l'isthme du gosier ; lèvres aplaties, sans excoriations.
Organes thoraciques surnageant en totalité. Poumons très-volumineux, d'une couleur marbrée. Leur surface présente à la fois de nombreuses ampoules d*emphysème et des ecchymoses sous-pleurales disséminées et assez profondes, surnageant soit en totalité, soit par fragments comprimés sous l'eau. La trachée contient une petite quantité de liquide sanguinolent non spumeux, et quelques petits grains de poussière semblables à celle qui enduit le corps.
Le cœur est tout à fait vide.
Les viscères abdominaux sont à l'état normal.
L'estomac ne contient que quelques mucosités teintes de sang.
4® Le cadavre que nous avons examiné est celui d*un enfant nouveau-né, né à terme, violet et très- vigoureusement constitué.
2° A vécu et respiré.
3° La mort est le résultat de la suffocation, et les poumons portent la trace des efforts énergiques qu'ils ont faits pour vaincre l'obstacle apporté à l'entrée de l'air dans les voies aériennes.
4® Ces lésions ne peuvent être attribuées aux difficultés du travail de Tenfant mort.
Obsbbv. VII. — Infanticide par suffocation. Enfant enfermé
dans une boite.
Enfant du sexe féminin, né à terme, et bien conformé. Gordon ombilical coupé, non lié ; coloration générale du corps très-pàle.
Pas de trace de blessure à l'extérieur.
Tête. — Les téguments et les os du crâne sont intacts. On trouve sous le péricrâne de nombreuses ecchymoses et de petits épanchements de sang coagulé.
La face présente une conformation très-remarquable, et tout à fait caractéristique. La lèvre inférieure est renversée de haut en bas, et aplatie sur la hauteur. La membrane muqueuse qui en revêt la face interne est comme parcheminée, et porte Tempreinte d'un tissu dont quelques fragments sont même restés adhérents à la lèvre. L'extrémité de la langue est également comprimée, desséchée et couverte d'un léger duvet. Il n'y a d'ailleurs ni excoriations ni ecchymoses.
Au devant du cou est une très-légère excoriation sans importance.
Les organes thoraciques extraits en totalité et plongés dans un vase rempli d'eau surnagent. Les poumons sont très-volumineux, distendus complètement par l'air. Ils sont d'une couleur rosée assez pâle, marbrée et violacée dans quelques points seulement. A leur surface, il existe une vingtaine de petites ecchymoses disséminées sous la plèvre, et un certain nombre de vésicules pulmonaires sont rompues. II n*y a d'ailleurs pas de congestion générale des poumons. Le cœur est volumineux, et contient une grande quantité de sang tout à fait liquide.
Viscères abdominaux à l'état normal. L'estomac contient des mucosités spumeuses et verdâtres.
Cet enfant, né à terme, a vécu et respiré.
Il a été étouffé par occlusion des voies aériennes opérée à l'aide d'un linge appliqué sur la bouche, et a succombé à l'asphyxie par suffocation.
Il n'existait aucune autre cause de mort naturelle ou accidentelle.
Oessav. VIIL— Meurtre par suffocation d'un enfant de quatre jours.
J'ai eu à pratiquer, le 27 février 4 855, l'autopsie d'un enfant appartenant à unefemmeMu nom de H..., qui était accouchée à l'Hôtel-Dieu, et dont l'enfant avait été trouvé mort auprès d'elle. Cette femme avait déjà, deux ans auparavant, perdu un enfant de la même façon, à l'hôpital Sainte-Marguerite.
Le cadavre, par sos dimensions, par son développement, par son aspect extérieur et la formation complète d'un point osseux dans
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Fépaifigeur des cartilages fémoraux, réanissait tous les caractères d'un enfant né à terme. Il n'était pas davantage douteux que la vie extra-otérine se fût établie et entretenue régulièrement : car la dessiccation do cordon ombilical, qui n'était pas encore détaché, indiquait que cet enfant avait vécu trois ou quatre jours.
Le corps n'offrait à l'extérieur aucune trace de violencOi aucune blessure apparente. On remarque seulement une déformation assez marquée du nez, dont l'extrémité est aplatie assez fortement pour qu*on ne puisse rendre aux narines leur disposition naturelle. Le cou et la poitrine ne sont notamment le siège d'aucune lésion extérieure.
Les téguments et les os du cr&ne sont intacts. Mais on trouve sous le cuir chevelu, dans le tissu cellolaire péricrânien, un assez grand nombre de petits épânchements de sang coagulé , disséminés à une assez grande distance les uns des autres. Il n'y a d'ailleurs pas de bosse sanguine au sommet, mais seulement une teinte roageàtre, uniforme, qui répond à une exsudation séro-sanguinolente survenue pendant l'accouchement et en partie disparue, qui, dans tous les cas, est tout à fait distincte des ecchymoses circonscrites et récentes que nous venons d'indiquer. La face et les lèvres offrent une teinte violacée.
Les organes thoraciques extraits de la poitrine surnagent dans un vase rempli d'eau, ainsi qu'on devait s'y attendre. Les poumons, dans toute leur étendue, dans toute leur épaisseur, présentent une coloration uniforme d*un rouge lardacé, due à laccumulation du sang dans leur trame la plus profonde. Mais en outre, à leur surface et notamment sur leur bord libre, et en avant, au niveau de la face médiastinOrOn voit un certain nombre de petites taches d'un rouge noirâtre, dont les dimensions varient, depuis celles d'une pointe d'aiguille jusqu'à celles d'une grosse tète d'épingle. Elles sont formées par du sang extravasé sons la plèvre. Dans quelques points, les vésicules rompues ont donné lieu à ces emphysèmes inlerlobulaires. — Le cœur ne contient qu'une petite quantité de sang tout à fait fluide.
Les viscères abdominaux sont sains : Testomac ne renferme que quelques mucosités mélangées d*air; on n'y trouve pas trace de lait ou de résidu quelconque de la digestion.
En résumé, cet enfant né viable et parfaitement conforméi après avoir vécu quatre jours avec toutes les apparences de la force et de la santé, est mort étouffé par une preasion cousidérabie et assez longtemps continuée, exercée à la fois sur la poitrine et sur la face. L'état des organes respiratoires indique que l'enfant a énergiquement résisté à Tobstacle qui empêchait l'air de pénétrer dans les poumons.
Au moment où la mort a eu lieui il y avait déjà quelque temps, plus d'une heure, que l'enfant n'avait teté ou pris aucun aliment.
Obskby. IX. — «• Infanticide par suffocation* État remarquable
du cordon.
Autopsie le %5 mai 4 857, de l'enfant nouveau-né de la jeune P., né huit jours auparavant ; état de conservation extraordinaire à Textérieur; quelques meurtrissures au dos et aux lèvres et dans la bouche; cordon très-long tourné autour du cou sans le serrer; desséché siu point de former un ruban aplati comme du parchemin avec liseré formé par les vaisseaux vides ; an milieu du cotdon, une portion non desséchée eni molle et en putréfaction ; pas de sillons ni ecchymoses au cou ; aplatissement du nez et des lèvres; excoriation à l'extrémité du nez, dessèchement des lèvres; poumons parsemés de taches sous-pleurales. — Cœur Rempli de sang âuide ; estomac moins sanguinolent.
4** Enfant né à terme, sexe féminin viable et bien conformé.
î^ Avait respiré et fait entendre plusieurs cris.
3° Est mort étouffé par une forte pression exercée avec la main sur le nez et sur la bouche et par l'occlusion forcée des voies aériennes.
4° La disposition du cordon tourné autour du cou peut avoir été naturelle, mais n'a en aucune façon contribué à la mort qui est le résultat de ta suffocation et hcn de la strangulation.
5® Malgré Tabsence des signes extérieurs de la putréfaction et ndtamment de Todeur putride, la mort de cet enfant peut remonter à huit jours, et le retard de la décomposition peut s'expliquer par les conditions dans lesquelles le cadavre a pu se trouver placé hermétiquement enveloppé à l'abri du contact de l'air et de Thumidité.
Observ. Xé — Infanticide par suffocation. Mutilation du cadavre.
Autopsie le 13 novembre 49l8, d'un enfdnt trouvé au dépotoir, issu dé Ml fille P.. . On n'a trotivé dans le toïineatt mobile que six fragmenta: ilmatnque la tète et uil pied. — La putréfaction est assez avancéef. — Le point osseui épiphysaîfe est bien fbrmé. — Le cordon rompu â 6 centimètres ehviron. — ^ Le trotte li*est pas ouvert. — Les poumons et les aotfes viscères lont intacts. — A la sùN face des poumons on voit des ecchymoses sous-pleurale*.^^ Lss fragments ont été grossièrement divisés à{)rè8 la mort à Pàide d'mi instrument mal tranchant.
En résumé, le cadavre que nous avonst examiné est celui d'un enfant nouveau-né, né à terme et 3uivant toute apparence viable et bien conformé. *
Le corps a été mutilé et divisé en plusieurs fragments, dont six seulement ont été retrouvés et parmi lesquels manquent la tète, les organes sexuels et un pied.
Malgré ces mutilations, il est facile de reconnaître que cet enfant est né vivant, qu*il a vécu et respiré.
L'impossibilité d'examiner la tète et le cou empêche de déterminer l'existence de violences qui auraient pu exister sur le crâne, le cou et la face ; mais les constatations que nous faisons sur les poumons nous permettent d'affirmer que l'enfant est mort étouffé et qu'un obstacle a été apporté par violences au libre entretien de la respiration.
La section du corps a eu lieu après la mort avec un instrument peu tranchant et d'une manière qui n'indique aucune habileté opératoire, aucun dessein autre que de faciliter la disparition du cadavre.
Tôte découverte le 30 novembre, dans la plaine de Montmartre.
Bien en rapport par^ ses dimensions, la forme de la section du cou et la décomposition avancée, avec le cadavre de Tenfant Paquelin.
Os du crâne peu fracturé , mais séparé et laissant couler la matière cérébrale; rien sur le cuir chevelu.
A la face, de chaque côté des ailes du nez, infiltrations de sang coagulé s'étendant jusque dans l'épaisseur de la lèvre supérieure. Rien à noter de l'intérieur de la bouche.
Ces traces de compression robuste confirment mes précédentes constatations et la conclusion que nous en avons tirée touchant la cause de la mort de l'enfant delà fille Paquelin, qui a succombé à la suffocation produite par l'occlusion forcée des voies respiratoires.
Obsbrv. XI. — Infanticide par suffocation à Vaide d'un tampon
de papier dans la bouche.
Autopsie le 3 juin 4 855, à la Morgue, d'un enfant presque à terme, huit mois et demi. — Retiré d'une fosse d'aisances et de la bouche duquel on a retiré un tampon de papier.
Enfant de petite taille, du poids de 2 kilogrammes! — Putréfaction peu avancée, peut-être cinq à six jours dans la fosse. — Cordon non coupé. Placenta adhérent. — Pas de violences au cou. Excoriations cadavériques aux genoux et au devant des jambes. Bouche déformée. Lèvres distendues et déprimées. — Poumons trèsvolumineux ayant respiré, couleur rouge livide pâle. Très-nombreuses taches sous-pleurales caractéristiques. — Cœur, beaucoup de sang fluide. Dans l'estomac sang décomposé. — Rien autre.
Mort par saJ9bcation ft l'aide de l'occlusion forcée des voies aériennes.
Avait cessé de «vivre lorsqu'il a été précipité dans la fosse, où il n*a dû séjourner que quelques jours seulement.