TACHES DE MÉCONIUM ET D’ENDUIT FOETAL
granulations moléculaires fines, grisâtres. Quelques-unes pourtant sont plus foncées par suite de la présence d’un plus grand nombre de granulations et du plus grand volume de celles-ci. Aucune cellule ne contenait de noyau.
L'acide acétique et la glycérine rendaient les cellules plus pâles, plus transparentes, sans pourtant les dissoudre, et en même temps permettaient de les dissocier plus facilement.
Nous avons, en outre, rencontré, à la surface des lambeaux d'épiderme, des granulations microscopiques de forme et d'aspect divers, que leurs caractères extérieurs- et leurs réactions chimiques nous ont fait reconnaître pour des grains de poussière.
De l’examen des caractères de structure ci-dessus comparés aux caractères en tout semblables que présente l’épiderme des fœtus et des nouveau-nés, nous avons conclu que ces pellicules grisâtres étaient formées par de l’épiderme détaché de la surface du corps d’un nouveau-né, par suite de pression avec frottement entre la paillasse et le matelas, et resté adhérent à chacune des faces de ces objets de literie avec lesquelles il était en contact.
Dans l’examen des taches mêmes qui entouraient les pellicules épidermiques que nous venons de décrire, nous avons rencontré quelques cellules épithéliales un peu plus petites que celles de l’épiderme proprement dit, et se rapprochant beaucoup des caractères offerts par celles du smegma cutané. Mais leur nombre était peu considérable, et nous n’avons pu y trouver des caractères aussi probants que ceux fournis par l’épiderme qui, du reste mieux que tous les autres tissus, démontre qu'un enfant a été placé entre la paillasse et le matelas et a fourni la matière des taches qu’on observe, soit par le sang qu’il a répandu, soit par l’eau de l’amnios dont il était humecté lorsqu’il y fut placé.
Examen des taches que Von suppose formées par du méconium.
EXAMEN MICROSCOPIQUE
— Après avoir enlevé avec des ciseaux une portion des parties de toile à paillasse portant des taches que l’on soupçonne être dues à la présence du méconium, nous les avons placées dans des capsules contenant de l’eau pure à la température ordinaire.
Nous avons vu peu à peu la matière de ces taches se gonfler et plus que doubler de volume en moins d’une demiheure.
Ayant ensuite enlevé par le raclage la substance gonflée, l’ayant placée entre deux lames de verre après l’avoir étalée légèrement, nous l’avons examinée à un grossissement de 500 diamètres réels.
Nous avons reconnu alors que cette matière qui, en se gonflant; avait pris une teinte verdâtre et une certaine viscosité, se composait des éléments suivants :
Elle nous a présenté une matière muqueuse incolore; parsemée de granulations grisâtres et de quelques granulations graisseuses, telles que celles qu’on trouve dans les mucus intestinal et biliaire.
Nous y avons rencontré, en outre, quelques rares cellules d’épithélium prismatique de l’intestin, reconnaissables à leur forme, à leur longueur, qui était de U centièmes de millimètre, sur une largeur de 6 à 8 millièmes. Toutes étaient finement granuleuses, teintes légèrement en jaune verdâtre, mais la plupart dépourvues de noyau. Comparées à des cellules épithéliales prismatiques prises dans le méconium d’un enfant nouveau-né, elles nous ont offert des caractères identiques.
Des cristaux sous forme de lamelles très-minces, incolores, transparentes, rhomboïdales, isolées ou superposées les unes aux autres, existaient en certaine quantité dans cette matière. Indépendamment delà similitude de ces caractères avec ceux qui sont propres à la cholestérine en général, nous avons reconnu leur identité avec ceux du méco-
TACHES DE MÉCONIUM ET D’ENDUIT FŒTAL.
nium rendu en notre présence par des enfants nouveau-nés et examiné comparativement à la matière des taches.
Enfin cette matière des taches s’est présentée à nous comme composée principalement de granules de couleur verte, dont le volume variait de 5 à 30 millièmes de millimètre. Beaucoup étaient ovoïdes, mais la plupart, surtout les plus gros, étaient un peu polyédriques à angles arrondis. Leurs bords étaient nets, plus pâles que leur centre. Traités par Facide nitrique, ils ont pris rapidement une teinte rougeâtre passant bientôt au brun violet, réaction propre à la
matière colorante de la bile. Examinés comparativement au
méconium d’enfants nouveau-nés, ces corps nous ont offert une identité complète de caractères avec ceux qu’on trouve abondamment dans le méconium normal, et lui donnent principalement sa couleur propre.
Ayant ainsi trouvé dans la matière de ces taches tous les corps qui entrent dans la composition du méconium normal, nous en avons conclu qu’elles étaient réellement formées par cette substance.
Nous avons trouvé, en outre, dans la matière des taches un certain nombre de filaments cylindriques, larges de 1 à 2 centièmes de millimètre, les uns incolores, les autres teints en bleu et offrant d’espace en espace de petites nodosités ou articulations. Enfin ces diverses matières étaient mélangées d’un assez grand nombre de granulations microscopiques, très-irrégulières, de volume variable, dont plusieurs se dissolvaient dans l’acide chlorhydrique étendu avec dégagement de gaz. Ayant examiné comparativement des toiles de paillasse et de matelas qui n’étaient pas tachées, en raclant légèrement leur surface mouillée, nous avons retrouvé les mêmes filaments et les mêmes grains de poussière. Les filaments étaient identiques, chacun en particulier, avec ceux dont nous venons de parler, et les granulations microscopiques irrégulières, considérées dans leur ensemble, étaient
EXAMEN MICROSCOPIQUE
semblables aux précédentes ; elles offraient aussi les memes réactions au contact de l’acide chlorhydrique étendu. Il nous a de la sorte été facile de reconnaître que ces filaments et ces granulations irrégulières, que nous n’avions pas rencontrés dans le méconium normal et qui existaient dans la matière des taches, n’étaient autres que des filaments de chanvre enlevés à la toile de matelas et de paillasse, et des grains de poussière adhérents à ces étoffes, mais invisibles avant d’être soumis à l’examen microscopique.
Si l’on résume les faits contenus dans ce chapitre, et que de nombreux exemples ont confirmés depuis mes premières recherches, on voit que le médecin légiste peut être appelé, dans les poursuites judiciaires relatives au crime d’infanticide, à rechercher la nature et l'origine de taches particulières existant sur des objets de literie ou d’habillement, et que l’on a lieu de supposer produites par le contact plus ou moins prolongé du corps d'un enfant nouveau-né. Ces taches ont en général une forme et un aspect extérieur assez tranchés, mais qui ne permettent pas de les caractériser d’une manière suffisante. L'analyse chimique est le plus souvent * impuissante à en démontrer avec certitude la nature, et ne conduit ordinairement qu'à des probabilités fondées sur des réactions qui sont communes à la plupart des matières animales. Le microscope, au contraire, fournit pour ces diverses espèces de taches des caractères distinctifs constants, faciles à obtenir en toutes circonstances, sur des quantités même minimes et que l'on peut aisément contrôler par la comparaison des éléments normaux de même nature recueillis sur le corps de l’enfant nouveau-né.