‹ Étude médico-légale sur l'infanticide [electronic resource]Chapitre 2 sur 50 · CoHBBiL. Typ. et siér. l'.iiiiTS · texte numérisé non relu

CoHBBiL. Typ. et siér. l'.iiiiTS

PRÉFACE

L'éminent médecin qui a consacré trente années de sa vie à la pratique et à l'enseignement de la médecine légale a recueilli et publié, dans une série d'études distinctes, les résultats de ses recherches et de ses observations personnelles sur les principaux sujets qui forment le fond de la pratique dans cette branche de l'art médical. Après les attentats aux mœurs, l'avortement, la strangulation, la suffocation, l'empoisonnement, il offrait en 1868 à ses élèves et à ses confrères une monographie de l'infanticide — que suivirent des études sur la foHe, sur les blessures, sur les maladies accidentellement et involontairement produites.

L'auteur de tant de travaux qui font autorité dans la science est mort le 12 janvier 1879, et nous avons eu le désir d'honorer sa mémoire en publiant aujourd'hui une nouvelle édition de V Étude médico-légale sur l'infanticide.

Il n'est pas de questions plus ardues, plus complexes, que . celles qui se rattachent à la démonstration scientifique du crime d'infanticide. 11 n'en est pas non plus qui se présentent plus souvent au médecin, et qui sollicitent plus vivement son attention. En effet, l'infanticide n'appartient pas seulement à la pratique spéciale de la médecine légale, ni à l'exercice des grandes villes oii les ressources abondent et où la responsabihté peut être déclinée ou partagée. Il faut que le médecin, l'officier de santé comme le docteur, soit prêt en tout lieu à contester des faits qui se montrent partout, dans les campagnes plus peut-être qu'aucun autre genre de crime, et que la justice trouve en lui un auxiliaire éclairé, sûr de sa science comme de sa conscience, également incapable de précipitation et de néghgence, et sur les jugements de qui elle puisse guider son action.

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11 n'en est pas toujours ainsi : M. Tardieu recevait chaque année un nombre considérable de lettres dans lesquelles des confrères lui confiaient leur embarras, leurs hésitations, et réclamaient ses avis à l'occasion de cas divers d'infanticide.

M. Tardieu n'avait pas besoin de ce témoignage pour être convaincu des difficultés de. toute nature que présente ce genre d'expertise. S'il est parvenu à s'en faire une idée exacte et à les surmonter, c'est parce que son expérience, vieille de trente années, se fondait sur plus de huit cents faits particuliers, observés par lui, étudiés avec tout le soin possible, et dans lesquels se sont reproduits un grand nombre de fois les formes les plus variées de l'infanticide, et les questions souvent les plus inattendues auxquelles il peut donner naissance.

Sur ce sujet comme sur la plupart des autres parties de la médecine légale, les enseignements anciens et les livres classiques sont insuffisants pour fournir les éléments pratiques d'une expertise et les notions précises dont le médecin, peu habitué aux recherches de cette nature, a besoin pour ne pas rester au-dessous de sa tâche. Et cependant il n'est pas de matière qui ait été plus souvent, plus longuement et plus ^ compendieusement traitée. On formerait une bibliothèquo de * ce qui a été écrit sur l'infanticide, et le nombre des thèses seulement qui ont été soutenues dans les universités allemandes depuis un demi-siècle, lasserait la patience du collectionneur le plus ardent.

Aussi n'est-ce pas pour ajouter à son tour quelques pages à tant d'autres que M. Tardieu a publié cette étude. Il a voulu, suivant la règle qu'il s'est tracée dans chacun de ses précédents travaux, rendre l'histoire de l'infanticide plus simple et plus claire ; se placer toujours invariablement au point de vue des faits et dans la situation exacte où se trouve le médecin légiste en face de ce fait qu'il doit constater, analyser et juger, faire de la médecine légale en un mot, comme on fait de la clinique.

M. Tardieu a supprimé tout ce qui lui a paru inutile dans les interminables développements que les auteurs ont donnés

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au chapitre de l'infanticide; il ne donna place à aucune de ces discussions théoriques auxquelles se sont complus certains casuistes de la médecine légale qui ont pris librement carrière dans ce champ démesurément agrandi, et ont mis le doute là où il faut de la certitude, Tobscurité là oii il faut la lumière. Il a réussi à être complet sans être long, à poser nettement les questions et à y répondre avec précision, sans méconnaître ni dissimuler, sans trancher surtout témérairement les difficultés qui peuvent, dans certains cas, s'opposer à une solution positive et à des conclusions absolues. Les considérations historiques et critiques tiennent peu de place dans cette étude. Il signale et relève cependant quelques opinions fausses, quelques erreurs de fait d'autant plus dangereuses qu'on les trouve dans des ouvrages récents et réputés classiques tant en France qu'à l'étranger.

Il est, sur cette question de l'infanticide, quelques observations personnelles dont M. Tardieu revendique la priorité ; l'une avant tout qui a introduit dans la constatation des crimes d'infanticide un élément d'une importance capitale, autrefois méconnu et qu'il a mis en lumière. Nous voulons parler des signes de la mort, qui, tracés et étudiés par lui il y a vingtdeux ans, ont permis de reconnaître et de caractériser avec évidence le procédé d'infanticide le plus usuel et en même temps celui qui, faute de démonstration et d'indices suffisants, échappait le plus souvent aux recherches. Il a trouvé dans cette étude l'occasion de reprendre et de cornpléter ses premières observations sur les lésions anatomiques que produit la suffocation, et l'a saisie avec d'autant plus d'empressement que la valeur de ce signe, dont chaque jour a confirmé pour lui la réalité, n'a pas été toujours bien comprise et qu'il l'appuie maintenant de preuves plus fortes encore et plus puissantes.

M. Tardieu a rassemblé dans ce travail un grand nombre d'exemples d'infanticide, de rapports et de mémoires qu'il a rédigés à l'occasion de faits intéressants qui viendront ainsi éclairer en quelque sorte l'exposé didactique. Nous devons à

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l'obligeance de MM. Brouardel, professeur à la Faculté de médecine, Tarnier, chirurgien de la Maternité, membre de l'Académie de médecine et de la Société de médecine légale, et à M. Devilliers, communication d'intéressants rapports à la Société de médecine légale, qu'ils ont bien voulu nous autoriser à publier. — Le rapport de M. Brouardel a trait à un nouvel exemple de momification d'un nouveau né et grâce aux recherches auxquelles se sont livrés, en cette circonstance, MM. Perier, professeur au Muséum d'histoire naturelle, et Mégnin, ce fait trouve utilement sa place près du cas de M. le D"" Bergeret d'Arbois. Le rapport de M. DevilHers est relatif à plusieurs cas d'infanticide attribués à la même femme à l'occasion desquels des opinions quelquefois contradictoires s'étaient produites ; adopté par la Société de médecine légale, il réussit à éclairer la justice.

M. Tardieu a joint à son livre, dans une série de planches exécutées avec art et surtout avec la plus scrupuleuse exactitude, la représentation de certains détails d'anatomie normale ou pathologique, et d'inspection microscopique, très nécessaires à connaître et qui se graveront ainsi aisément dans la mémoire.

Cette étude restera un guide pratique et sùr dans les expertises toujours délicates auxquelles donne lieu l'infanticide.

J. B. B. et F.

Août ISIO.

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