ANALYSE CHIMIQUE DU MÉCONIUM
et réduit en poudre, était parsemé d'une infinité de petits poils, au point qu'avant d'être pulvérisé, on ne pouvait les séparer que difficilement, les molécules se trouvant entrelacées comme une étoffe feutrée. Il en a trouvé également dans la matière verte rendue par un enfant à la suite de tranchées. Cette première observation a donné à Bouillon-Lagrange l'idée de poursuivre ses expériences sur des méconiums de plusieurs enfants et de fœtus de différents âges que lui avaient procurés Chaussier. Tous ces méconiums furent séchés avec soin, et tous ont donné les mêmes résultats. Des méconiums desséchés d'agneau ont présenté le même résultat, avec cette seule différence que les poils étaient blancs et analogues à la laine, tandis que ceux qui proviennent du méconium des enfants étaient de la nature des cheveux.
Nous croyons devoir citer les conclusions auxquelles est arrivé Bouillon-Lagrange : 1° le méconium d'un enfant nouveau-né, ou celui provenant d'un fœtus à plusieurs époques de la grossesse, est toujours de même nature ; 2° lorsqu'il est frais, il contient 70 pour 100 d'eau; 3° les divers méconiums examinés, ainsiquecelui provenant des agneaux, sont mêlés de poils; 4" celui d'un enfant contient 2 centièmes d'une matière analogue au mucus nasal, 70 centièmes d'eau et 28 centièmes d'une substance que l'on peut regarder comme le méconium pur; S" il se rapproche beaucoup plus des substances végétales que des matières animales ; 6° cette substance ne contient pas de bile, comme on l'avait pensé : ainsi, le peu d'amertume qu'elle peut présenter paraît plutôt se rapporter à l'amer des végétaux; 7« le méconium des agneaux, desséché, a une odeur de musc, et dans sa composition il présente quelques caractères analogues au méconium d'enfant; 8° la matière colorée mêlée aux excréments que rendent les enfants, à la suite de tranchées, est purement végétale et
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combinée à une substance colorante Ycrte et à de la graisse.
Dans toutes ces recberches,' les savants que nous venons de citer avaient presque exclusivement porté leur attention sur des réactions chimiques, et s'étaient attachés surtout à des différences dans les proportions des divers éléments contenus dans les matières analysées et notamment de l'albumine. Cette voie ne pouvait conduire qu'à des résultats trop incertains et trop peu précis pour permettre des conclusions positives. Aussi, pour que la science ne restât pas au-dessous de ce que la justice attend d'elle lorsqu'elle fait appel à ses lumières, imporlait-il de prendre une autre direction et de puiser à une autre source des éléments de solution que l'analyse chimique et les caractères extérieurs des taches dont il s'agit ne pouvaient fournir.
C'est dans cette pensée que nous avons eu recours au
microscope. , .
Nous exposerons d'abord les caractères extérieurs des taches produites par le contact du corps d'un enfant nouveau-né puis les caractères normaux de l'enduit sebace de l'épiderme fœtal et du méconium, et enfin les résultats de l'examen microscopique des taches formées par ces substances.
De. cractàre, extérieur, *e. tache, produite, p.r I. eoutaet au c p, a-uu eu.aut „,»,eau.ué. " ^j;; ]
vnns mieux taire, pour donner une idée exacte des carac Tes "i r-Lrs d s taches produites par le contact du corps d un en nt nou.eau-né, que de reproduire la descr.pt.or, de celles nui existaient dans les deux premiers cas soumis n blervalion. Cet exposé nous fournira l'o-asion de donner un aperçu des circonstances dans lesquelles s sou présentées les questions médico-légales intéressantes et neuves que nous nous proposons d'étudier.
CARACTÈRES EXTÉRIEURS DES TACHES. 257 Dans le premier de ces faits, il s'agissait d'une jeune fille R. dont l'enfant avait été retrouvé dans une fosse d'aisances, la tête écrasée par le passage à travers l'orifice étroit des latrines, qui alléguait, entre autres moyens de défense, qu'elle était accouchée à l'improviste pendant qu'elle était sur le siège même des lieux d'aisances. Maîs^ outre les preuves tirées de l'état du cadavre de l'enfant, on saisit les vêtements de cette femme, qui présentaient des taches caractéristiques que M. le juge d'instruction Genreau nous fit l'honneur de soumettre à notre examen.
La robe de cotonnade bleue offrait sur le devant de la jupe une tache qui en occupait transversalement presque toute la largeur et qui, située à peu près au milieu de la hauteur, se prolongeait par quelques souillures irrégulières et sous forme de bandes jusqu'au bout de la jupe. L'aspect général de cette tache, sa disposition, son siège, ses dimensions, donnaient très nettement l'idée d'un corps long de 50 centimètres environ, qui aurait été enveloppé dans la jupe relevée. Cette tache, d'un blanc grisâtre, formait dans plusieurs de ses parties une épaisseur due au dépôt d'une matière desséchée, compacte, graissant légèrement le tissu et qui s'enlevait aisément sous forme de lamelles. Quelques points offraient une teinte rougeâtre foncée et de petites écailles, manifestement dues au contact d'une petite quantité de sang.
Ces taches reconnues par les procédés qui vont être indiqués comme formées de sang et d'enduit sébacé, fournirent la preuve évidente que l'accusée n'était pas accouchée dans les conditions qu'elle indiquait et que le corps de l'enfant, loin de tomber directement du sein de sa mère dans la fosse, avait été transporté dans un pli de la robe et jeté dans les latrines. La condamnation prononcée dans cette affaire fut certainement déterminée en partie
Tardieu. — Infanticide. j 7
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par la démonstration qui fut faite à l'audience, devant le jury, des taches existant sur les vêtements.
Le second fait est relatif à la fille B., domestique dans un château de l'arrondissement d'Aix, qui avait nié sa grossesse et avait voulu cacher son accouchement. Elle n'en fit l'aveu que lorsque les médecins de la localité eurent constaté la nécessité de compléter la délivrance, et que le cadavre de son enfant eût été découvert dans une armoire. Cette fille nia avoir donné la mort à son enfant. Elle prétend qu'il a vécu environ deux heures, qu'elle l'a vu remuer, qu'il n'a point crié.et qu'il a seulement poussé une espèce de râle. Elle l'aurait placé dans son lit, à côté d'elle jusqu'au moment oii il a expiré.
Tout dans l'information semble démentir le système de cette fille. Des taches de sang trouvées sur la toile supérieure de la paillasse du lit de cette fille, et celles qui existaient en même temps sur la toile inférieure du matelas, semblaient indiquer par leur forme, leur nature, leur couleur et leur aspect, qu'elles ont pu être produites par la présence du corps d'un enfant nouveau-né placé entre le matelas et la paillasse où il serait mort étouffé. Cette présomption, dans la pensée du magistrat instructeur, eût été plus évidente s'il eût été reconnu que ces taches contenaient du sang, du méconium et de la matière sébacée.
L'inculpée soutient que ces taches proviennent d'un large drap de lit dont elle avait frotté le sol qui était imprégné de sang et qu'elle aurait caché à dessein entre la paillasse et le matelas. Cette allégation ne peut être admise : car, d'une part, ce drap de lit qu'elle dit avoir laissé dans cet endroit n'y a pas été retrouvé, et personne n'a déclare l'en avoir retiré; et d'une autre part, ce point a ete l'objet d'expériences spéciales instituées par les experts d'Aix.
Ces honorables médecins, dans le but de déterminer si