‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 16 sur 88 · IMBÉCILLITÉ · texte numérisé non relu

IMBÉCILLITÉ

.autres, ils sont la proie facilede toutes les suggestions et peuvent se laisser entraîner aux plus dangereux méfaits. Les femmes surtout peuvent exercer sur eux une domination absolue ; en effet, quelles que soient les apparences de sociabilité que présentent quelques individus frappés d’imbécillité, l’esprit de conduite leur. fait toujours et complètement défaut, leur soumission tient moins à leurs sentiments affectifs qui sont trèsbornés qu’à leur faiblesse et à la crainte que leur inspire toute autorité ; il ne faut d’ailleurs attendre d’eux ni reconnaissance, ni attachement sérieux. Leur entêtement et leur obstination habituels qui semblent en contradiction avec cette faiblesse et cette docilité n’ont d’égal que l’inconsistance de leurs desseins, la mobilité de leurs impressions et de leurs désirs, ils changent d’idées avec une facilité extraordinaire, mais s’attachent avec opiniâtreté à celle qui prévaut dans un moment donné, si déraisonnable qu’elle puisse être. De là des instincts dangereux que l'imbécile n’a pas toujours la possibilité de réfréner. J’ai vu plus d’une fois des jeunes gens de cette espèce se livrer aux plus violents emportements envers leurs parents, euvers leurs mères, et les menacer de coups.

Le rôle du médecin légiste n’est pas en général difficile lorsqu’il est appelé à se prononcer sur des individus de cette catégorie ; il reconnaît bien vite la faiblesse originelle de l’intelligence et la perversion des facultés affectives qui en est la suite. L’impossibilité de diriger la personne, la facilité aux suggestions et aux captations, le défaut de suite dans les idées, l’inconsistance de la volonté, sont des motifs péremptoires pour admettre que les imbéciles sont incapables et doivent être le plus souvent interdits ou tout au moins placés sous la tutelle d’un administrateur ou d’un conseil judiciaire.

L interdiction, en effet, appliquée à ces êtres incomplets, doit être considérée comme une mesure essentiellement protectrice, qui peut leur éviter des chutes déplorables, et préserver leur famille de bien des malheurs , quelquefois même de la honte-. Je reconnais cependant qu’il y a dans les

cas de cette nature, de réelles difficultés d’appréciation, et. qu’il faut se garder de confondre des erreurs et des torts de conduite avec les effets de l'imbécillité et d’un trouble maladif de la raison. Je citerai plus loin un rapport trèsdéveloppé dans lequel Parchappe, Grisolle et moi, avons donné un avis contraire à l’interdiction d’une jeune personne que sa famille prétendait folle et chez laquelle il nous fut impossible de voir autre chose que des torts de conduite et de caractère et non les signes d’un trouble intellectuel et moral défini.

Faiblesse d’esprit.

Ce ne sont pas tout à fait des imbéciles, encore moins des idiots, ceux que je range dans la catégorie des faibles d’esprit. La somme d’intelligence qui leur a'été départie est très-inférieure à la moyenne du commun des hommes ; ils n’en sont cependant pas dépourvus tout à fait. Dans leurs premières années ils ont été des enfants retardés, toujours en arrière de ceux de leur âge, au jeu comme au travail; esprits et mémoires rebelles, n’arrivant jamais qu’à une instruction très-incomplète. Plus tard, s’ils ne sont pas restés dans l’état d’infirmité et d’inactivité intellectuelles et morales de l’imbécile , ils sont néanmoins restés incapables de toute initiative sérieuse, propres tout au plus à une besogne journalière toute tracée , et en quelque sorte mécanique , en général doux et dociles , mais souvent aussi offrant ces grands caractères de l’imbécillité, l’obstination dans la faiblesse, et la facilité à se laisser dominer et entraîner au mal plus souvent qu’au bien.

Par quel côté, et jusqu’à quel point ces individus appartiennent-ils au médecin, et ont-ils leur place marquée dans une étude médico-légale sur la folie? Ce n’est pas tant à cause de leur incapacité : car la loi n’exige pas qu’on soit un homme de génie pour faire un testament ou pour contracter mariage ; et j’estime que la faiblesse d’esprit n’empêche pas l’accomplissement volontaire et suffisamment raisonné de certains actes simples qui n’exigent ni une

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