HIPPOLYTE BAILLIÈRE C. BAILLY-BAILLIÈRE
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INTRODUCTION
Des trois études qui composent ce volume, les deuxder-
Inières ont été déjà publiées, l’une en 1855(1), l’autre il y a dix ans (1), et j’en donne aujourd’hui une édition plus complète et devenue nécessaire ; la première, celle qui est relative à la pendaison est entièrement neuve. Elle achève dans ma pensée le travail que j’ai dès longtemps entrepris, en vue de faire disparaître la confusion si fâcheuse, qui a régné jusqu’ici dans la science, parmi des genres de mort violente essentiellement différents les uns des autres et obstinément réunis sous la dénomination impropre d ’ asphyxie, et de restituer à chacun d’eux ses caractères propres et distinctifs.
Si, sous le nom d’asphyxie, on comprend les effets de la privation de l’air et de la suspension plus ou moins complète de la respiration, celte définition générale peut
(1) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 2° série, 4. 4 855, t. IV.
(2) Ibid., 1865, t. XXIII.
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s’appliquer très-justement à la suffocation, à la strangulation, à la pendaison et même à la submersion. Mais, si, au point de vue purement physiologique, le rapprochement et la comparaison de ces diverses espèces de mort violente peut être utile et donner à l’ensemble du tableau plus de vérité en mettant en lumière leurs traits communs, il n’en est pas ainsi au point de vue de la médecine légale. Ce qui, tout à l’heure était une vue féconde devient confusion ; et, tant que les médecins légistes se sont contentés d’étudier d’une manière générale l’asphyxie chez les individus étouffés, étranglés, noyés ou pendus, ils n’ont rien fait pour éclaircir les questions toujours si délicates et si difficiles que soulèvent dans toute affaire criminelle la recherche et la constatation des causes de la mort.
Il est arrivé pour la médecine légale ce que l’on verrait se produire au lit des malades, si, par un retour impossible vers les premiers âges de l’art de guérir, on réduisait la science des maladies à leurs symptômes communs, la fièvre, l’oppression des forces, les altérations de la sensibilité, en négligeant les signes propres que l’on peut déduire de l’exploration méthodique des organes lésés. Il importe de ne pas laisser subsister plus longtemps le vague et la confusion qui ont, jusqu’à ces derniers temps, obscurci l’histoire médico-légale des genres de mort violente si fréquents que l’on avait coutume de réunir sous le nom d’asphyxie.
L’expérimentation sur les animaux vivants a fait faire un grand pas à cette histoire; et, moins que personne, après l’avoir tant de fois interrogée, je voudrais con-
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vu
tester les immenses progrès que lui doit la médecine légale. Mais il ne faut pas perdre de vue que le plus souvent ces expériences ont été entreprises au nom de la physiologie et qu’il convient de discerner, au milieu des recherches de cet ordre, les faits qui peuvent être utilement appliqués à la solution des problèmes de la médecine légale.
M. le docteur Faure, dont j'aurai tant de fois l’occasion de citer les beaux travaux, bien que, s’attachant surtout aux ressemblances, ne méconnaît pas les différences des diverses espèces d’asphyxie : « Parmi les « phénomènes, dit-il, il en est un certain nombre qui « sont constants, revêtant toujours les mêmes carac- « tères ; ce sont ceux qui se rapportent directement à ce la privation d’air, tandis qu’il en est d’autres qui, « très-variables de forme ont une excessive irrégularité « dans leur ordre d’apparition : ce sont ceux qui dé- « pendent du genre de violences que l’on a fait subir à « l’individu pour arriver à le priver d’air. » Là, est la vraie question ; et, dans ces derniers mots, se trouve contenue la seule manière d’aborder au point de vue de la médecine légale pratique, l’étude non pas de l’asphyxie, mais de la pendaison, de la strangulation et de la suffocation. L’œuvre de l’expert, c’est de distinguer et de préciser le genre de violences.
Ladi stinction, heureusement, n’est pas au-dessus des efforts de la science, et c’est à l’établir que j’ai consacré tous mes soins dans les études que l’on va lire. On remarquera, en effet, qu’il existe dans ces différents genres de mort, deux périodes ; la seconde, période ultime,
vm INTRODUCTION,
celle de la mort apparente, dans laquelle les signes communs attestent seulement l’atteinte profonde portée à la vie. La médecine légale est tout à fait désintéressée dans celle constatation suprême. Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer que cette dernière période de l’asphyxie est si peu caractéristique du mode par lequel la mort survient, qu’elle a pu être comparée physiologiquement par Blundell et par Burdach, à la mort par hémorrhagie.
La première période, au contraire, fournit à la médecine légale des indications précieuses, par cette seule raison que c’est celle durant laquelle l’individu vivant se défend contre l’obstacle qui s’oppose au libre exercice de ses fonctions respiratoires et que les signes par lesquels elle se manifeste sont en rapport avec chaque genre particulier de violences.
Il suit de là que l’histoire de l’asphyxie n’appartient pas à la médecine légale. Les différents genres de mort confondus sous ce nom, bien que dus les uns et les autres à la privation de l’air, doivent être soigneusement distingués et présentent entre eux une diversité réelle. Celle-ci dépend surtout de la diversité des accidents de la première période qui précède l’asphyxie proprement dite; elle est capitale en médecine légale. Dans mes écrits, dans mon enseignement, dans ma pratique, je me suis appliqué à en poursuivre l’étude dans les diverses espèces et à donner pour chacune d’elles des signes précis et certains. J’ai marqué le but que doit se proposer l’expert : c’est de reconnaître et de prouver devant la justice qu’un individu a été étranglé et non pendu ou étouffé.
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11 en trouvera, je l’espère, les moyens dans les trois études sur la pendaison, la strangulation et la suffocation que je réunis à dessein afin d’en faire mieux ressortir les caractères particuliers et d’en constituer au point de vue pratique l’histoire médico-légale exacte el distincte. Je n’ai pas joint à ces études l’histoire de la submersion, précisément parce qu’elle ne s’y rattache que par des analogies physiologiques, tandis que, en fait, et dans les expertises judiciaires, elle s’en distingue absolument, et qu’elle constitue un genre de mort tout à fait spécial, et doit conserver une place à part dans le cadre de la médecine légale.
Comme rien n’est plus instructif que l’exemple, j’ai multiplié sur chaque sujet les citations de faits, les uns célèbres dans les annales judiciaires et pleins d’enseignements, les autres empruntés à ma propre pratique. Ainsi, entre autres cas intéressants, on trouvera pour la pendaison les récits authentiques de la mort de Calas, de eelle du prince de Condé, les consultations rédigées par moi, à l’occasion de l’affaire Duroulle et d’un cas remarquable de suicide faussement attribué à un meurtre dans lequel j’ai pu détourner de la tête d’un innocent une inculpation injuste ; pour la strangulation, de nombreuses observations déjà consignées dans mon premier mémoire, et, déplus, les détails relatifs à l’affaire Douls prise pour un assassinat et où j’ai été assez heureux pour obtenir devant la Cour d’assises du Tarn, l’abandon de l’accusation, ainsi que le mémoire étendu que j’ai composé à l’appui de la défense dans l’affaire Armand,
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dont je n’ai pas besoin de rappeler les péripéties et qui restera comme un exemple de la plus audacieuse simulation ; ‘enfin, pour la suffocation, j’ai joint aux faits que j’avais précédemment publiés quelques cas nouveaux observés par moi, notamment la relation médico-légale de l’accident survenu au pont de la Concorde, à Paris, le 15 août 1866.
Des planches représentant quelques cas curieux de pendaison et les lésions propres à la suffocation, complètent cette nouvelle publication, et je veux espérer que l’utilité pratique n’en sera pas moins appréciée que celle de mes précédentes études.
Janvier 1870.
Ambroise TARDIEU.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION v
DE LA PENDAISON
Considérations générales 1
Définition 1
De l’élat de la question historique et pratique de la pendaison ^
Des conditions dans lesquelles se présentent les laits de
pendaison 5
Des signes de la pendaison 0
Effets de la pendaison ici.
Effets consécutifs de la pendaison 14
Examen du cadavre des individus morts par pendaison. —
État extérieur 17
Examen des organes internes chez les individus morts par
pendaison 39
Questions médico-légales relatives a la pendaison 45
Appréciation des signes de la pendaison et de leur valeur
dans la détermination de ce genre de mort 46
Des signes propres à établir la durée de la pendaison, la rapidité et l’époque de la mort 56
Des moyens de distinguer le suicide de l’homicide dans les
cas de pendaison . 58
! Exemples de pendaison suicide prise par erreur pour homicide. 67
— avec présomption d’iiomicide 92