‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 2)Chapitre 58 sur 88 · LA STRANGULATION ET LA SUFFOCATION · texte numérisé non relu

LA STRANGULATION ET LA SUFFOCATION

DE LA PENDAISON

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Définition. — J’ai préféré le mot pendaison à celui de suspension , employé par les auteurs, par la raison très-simple que le sens du premier est parfaitement clair et nettement défini, tandis que le second a une signification beaucoup plus générale et compréhensive; la pendaison représentant exclusivement, dans le langage > vulgaire et à proprement parler, la mort du pendu, l’action d’attacher au gibet, l’exécution de pendre (1) ; tandis que la suspension, pour désigner ce genre de violences, exige la périphrase dont se servent les lexiques latins « suspensio per laqueum collo injectum (2)

On pourrait se contenter de cette définition purement iominale. 11 est possible cependant d’en donner un développement plus scientifique dans le sens de l’application à la médecine-légale; et dans les termes suivants :

(1) Dictionnaire de L'Académie.

(2) Dictionnaire de Forcellini.

Tardieu. — Pendaison.

DE LA PENDAISON

La pendaison est un acte de violence dans lequel le corps pris par le cou dans un lien attaché à un point fixe et abandonné à son propre pouls, exerce sur le lien suspenseur une traction assez forte pour amener brusquement la perte du sentiment , V arrêt des fonctions respiratoires et la mort.

M. Durand-Fardel fait entrer dans sa définition (1) une remarque ingénieuse, tirée de l’action particulière du lien qu’il oppose dans la strangulation et dans la pendaison. C’est que chez les pendus, la compression est exercée par une force tendant à se rapprocher de l’axe du cou et à l’aide d’un lien serrant inégalement sur les divers points de sa circonférence, tandis que la strangulation s’opère par une force agissant perpendiculairement à Vaxe du cou et à l’aide d’un lien serrant également sur tous les points de la circonférence.

De l'état de la question historique et pratique de la

pendaison. — Il semblerait que, dégagée de tous les faits de strangulation , dont on l avait à tort surchargée et renfermée dans ses limites propres, l’histoire de la pendaison devrait être toute simple et pourrait être tracée sans difficulté. Il n’en est rien cependant, et je ne sais pas de question moins clairement traitée dans les auteurs, plus obscure, et que l’on me permette cette expression, plus embrouillée.

Ce n’est pas que les termes du problème à résoudre soient bien compliqués. Il s’agit toujours et presque exclusivement dans les cas de pendaison, d’établir que l'individu à examiner a été pendu vivant ; et que sa mort n’a pas eu d’autre cause que la pendaison ; car, disons-le sans plus attendre, la pendaison simple implique dans l’immense majorité des cas le suicide; et la question dominante dans les faits de celle nature est, on ne saurait trop

(1) Durand-Fardel , Supplément au Dictionnaire des Dictionnaires. Paris, 1851, p. 700.

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le répéter, la distinction du suicide et de l’homicide. La science exige donc avant tout, et doit pouvoir fournir à l’expert, des signes certains de la pendaison opérée pendant la vie.

Mais c’est là que se sont accumulées des difficultés et des obscurités, dont il n’est pas sans intérêt ni sans profit de rechercher les principales causes. L’histoire de la pendaison s’est constituée pièce à pièce, pour ainsi dire, à travers des polémiques et des contradictions sans nombre. De nombreuses erreurs avaient cours, touchant les phénomènes les plus apparents, les plus faciles à constater : la position du corps, l’état de la face des pendus. D’un autre côté, dès qu’un observateur avait reconnu quelque particularité, non encore signalée, sur le cadavre d’un pendu, il s’empressait de l’ériger en signe caractéristique, absolu, de la pendaison pendant la vie; mais un autre s’empressait d’en contester la valeur ; l’expérimentation ruinait bientôt les résultats trop hâtifs d’une observation superficielle; et le champ de la science restait jonché et embarrassé de débris. C’est encore aujourd'hui une étude attachante et presque dramatique, que celle de cette lutte dans laquelle Orfila et Devergie, entre tous, ne se lassaient pas d’apporter avec des succès divers, des faits, des arguments, des expériences que faisaient trop tôt disparaître des opinions et des preuves contraires. Il y a eu là bien des coups portés à faux, mais en même temps un grand effort et une des premières et des plus utiles applications de l’expérimentation aux recherches médico-légales.

Mais par malheur, une circonstance capitale contribuait à entretenir les discussions stériles et à empêcher la lumière de se faire sur ces difficiles questions, c’est la rareté des occasions offertes au médecin légiste, d’observer des pendus. En effet* dans les habitudes de nos par-

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quels, les au lopsies judiciaires ne sont jamais ordonnées dans les cas de suicide avéré , et presque tous les cas de pendaison rentrent dans celte catégorie. C’est donc avec toute raison que M. Devergie a pu dire « que la suspension est encore, dans beaucoup de circonstances, l’écueil de la médecine légale. »

Aujourd’hui sans me dissimuler les difficultés de la tache cl sans prétendre y échapper tout à fait, je crois possible, grâce aux travaux de nos devanciers, grâce à leurs erreurs même, grâce surtout à la longue expérience pratique qui m’a permis de multiplier mes observations personnelles, et de m’appuyer sur un nombre de faits suffisant, je crois possible de simplifier beaucoup l’histoire médico-légale de la pendaison ; de donner de ce genre de mort une description exacte et complète, en me tenant toujours fidèlement comme je l’ai fait dans toutes mes précédentes études, au point de vue de la pratique et de l’observation.

Je commencerai par donner dans un exposé général l’analyse des phénomènes de la pendaison, l’aspect extérieur, les lésions internes qui lui sont propres ; puis, à l’occasion de chacune des questions médico-légales qu’elle peut soulever, je reprendrai chacun des signes et des caractères de ce genre de mort, et je m’efforcerai d’en déterminer la valeur précise, d’où doit découler avec certitude la solution pratique que doit seule poursuivre le médecin expert.

C’est dire que je m’attacherai à fixer les traits caractéristiques de la mort par pendaison, bien plus qu’à en rechercher le mécanisme physiologique. Toutefois, il est impossible de ne pas tenir grand compte des données précises que nous apporte aujourd’hui sur cette question même le progrès de la physiologie. Et mieux éclairé par elle, nous pourrons nous appuyer sur les faits nouveaux

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

qu’elle a révélés pour combattre avec plus de force encore celte fausse doctrine qui, au lieu de les distinguer comme la pratique delà médecine légale l’exige, confondait dans le groupe artificiel des asphyxies, la suffocation, la strangulation et la pendaison.

Des conditions dans lesquelles se présentent les laits

tit» pendaison. — Mais avant d entier dans le sujet luimême, il convient d’indiquer dans quelles conditions se présentent le plus ordinairement les faits de pendaison. Le suicide, nous l’avons dit déjà, en fournit presque tous les exemples ; je voudrais pouvoir donner le chiffre proportionnel des morts volontaires accomplies par pendaison ; mais j’ai dit ailleurs la regrettable confusion qui existe dans toutes les statistiques entre la pendaison et la strangulation, et l’impossibilité où l’on est de faire la part exacte de chacun de ces genres de suicide.

Il est juste et intéressant pour la pratique de remarquer que le suicide par pendaison a le plus souvent lieu dans des circonstances qui ne peuvent laisser de doute sur le véritable caractère de l’acte ; dans les prisons, notamment, dans les asiles d’aliénés, dans des conditions matérielles en un mot et dans des lieux qui facilitent singulièrement l’appréciation du médecin expert. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et, dans certains cas, le fait de la pendaison se présente environné de circonstances obscures et compliquées qui, pour peu qu’il s’y joigne quelques motifs de suspicion morale, peuvent rendre la mission de l’expert d’une difficulté extrême. 11 n’est pas permis d’oublier que c’est précisément l’un de ces faits de suicide contesté, celui du prince de Condé qui, en suscitant à la vérité et à la justice des défenseurs savants et convaincus, et en mettant en lumière des observations jusque-là négligées, a fait voir tout l’intérêt et toute l'importance de la question médico-légale de la pendaison, et

DE LA PENDAISON

a été l’occasion d’une révolution salutaire dans quelquesunes des idées qui avaient cours sur ce point à une époque encore bien rapproché de nous. Aussi sommesnous en mesure aujourd’hui, et nous allons nous efforcer de tracer une histoire de la pendaison tout entière fondée sur les faits et dégagée des nuages que de fausses doctrines, de mauvaises observations et des interprétations

erronées avaient amoncelés autour d’elle.

DES SIGNES DE LA PENDAISON

La pendaison doit être étudiée d’abord dans les phénomènes qu’elle produit et dans les effets que l’on observe chez les pendus, soit pendant le temps qui s’écoule entre la pendaison et la mort, soit après qu’ils ont été rappelés à la vie; et ensuite dans l’état du corps du pendu considéré tant à l’extérieur que dans les organes internes ; de manière à ne laisser échapper aucune des traces matérielles que peut laisser la pendaison. C’est la description de ce genre de violence et de mort que nous devons donner avant tout ; l’appréciation des différents signes viendra plus tard et nous fournira la solution des graves questions médico-légales qui se rapportent à la pendaison.

Effets de la pendaison. — Depuis le moment ou le corps abandonné à son propre poids ressenties premiers effets de la pendaison jusqu’à celui où la mort s’en suit, des phénomènes divers se produisent et se succèdent; et il est d’une haute importance d’en étudier avec soin les caractères. Cette étude délicate et difficile, nous avons pu la faire d’une part àl’aide des expériences sur les animaux, celles de M. le docteur Faure surtout (1) et les miennes propres; et, d’une autre part, à l’aide des observations recueillies dans des cas de suicide avorté et des impres-

(1) Faure, Pæcherches expérimentales sur l'asphyxie. Paris, 1850.

DES SIGNES DE LA PENDAISON

sions ressenties par les pendus qui ont été rendus à la vie. Fleichmann (1), on le sait, a tenté sur lui-même des expériences qui lui ont permis de faire connaître les premières sensations que détermine la pendaison. J’ai déplus, pour compléter ces données, eu la bonne fortune de pouvoir

puiser à une source d’information très-riche et très-sûre dont l’accès m’a été libéralement ouvert par mon excellent et savant confrère M. le docteur Jacquemin, médecin en chef de la prison Mazas, qui, dans sa longue pratique des établissements pénitentiaires n’a laissé perdre aucune des observations qui pouvaient intéresser la science et en particulier, la médecine légale. Il a ainsi réuni la plus vaste collection de cas de pendaison-suicide qui se puisse trouver, et il l’a rendue plus précieuse encore par les dessins fidèles qu’il y a joints. Les emprunts qu’il m’a permis d’y faire, ajouteront beaucoup, je n’en doute pas, à l'intérêt de celte élude.

Au moment où le corps du pendu retenu par le lien suspenseur , s’abandonne à son propre poids, une grande chaleur se fait sentir à la tête, des sons bruyants et comme une musique éclatante retentissent dans les oreilles ; l’œil voit luire des éclairs : les jambes semblent avoir acquis un poids extraordinaire, puis toute sensation s’éteint , quelquefois même , dès le premier moment, le pendu n'éprouve absolument rien; c’est ce qu’ont affirmé de la manière la plus positive plusieurs suicides rappelés à la vie; et, ce qui, je suis porté à le croire, est plus fréquent qu’on ne le dit généralement : il y a dans ces cas syncope immédiate. Je n’ai trouvé nulle part, dans aucune observation sérieuse, rien absolument,

(1) Heichmann (d’Erlangen), Des différents genres de mort par strangulation , trad. des Ann. de méd. polit, de Henke, par le DrL. Paris {Ann. d'hygiène publ.et de méd. lég., l'° série, t. VIII, p. 452).

UH J,\ PENDAISON.

qui autorise celte opinion très-répandue cependant, que les premiers moments de la pendaison sont marqués par une sensation voluptueuse. Il n’y a là rien de particulier rien surtout qui se rattache ainsi que je le dirai plus loin à un état spécial des organes sexuels. Si quelques pendus revenus à la vie ont pu par leur récit autoriser cette hypothèse, ils se sonL mépris eux-mèmes, et n’ont pu rendre compte que de cet état bien connu de vague langueur qui précède souvent la perte de connaissance et la syncope.

La seconde phase de la pendaison commence; elle est marquée par des convulsions, par des contractions spasmodiques des traits du visage, par le resserrement de la pupille et des contorsions du globe oculaire qui donnent à la physionomie une expression horrible. C’est pour la dissimuler que, dans les pays où la pendaison est encore en usage, on a soin de rabattre jusqu’au menton le bonnet des suppliciés. Les mouvements convulsifs se généralisent et agitent violemment les membres, principalement les membres inférieurs. Je n’ai jamais vu manquer ce phénomène dans les expériences sur les animaux, et il a donné lieu à une remarque fort curieuse faite à la prison cellulaire. Dans le principe, quelques détenus avaient tenté de se pendre au-dessus de leur porte; mais les gardiens avaient été avertis par des coups violents et répétés qui résonnaient sur le bois. C’étaient les talons du pendu qui, agités par les convulsions, heurtaient contre la porte et donnaient ainsi l’alarme. Plusieurs suicides furent empêchés delà sorte; mais, celte circonstance trop tôt connue se répandit malheureusement bien vite ; et, plus tard ceux qui voulaient mettre tin à leur jour par le même procédé, prenaient la précaution d’appliquer leur matelas devant la porte de manière à étouffer le bruit que, dans les convulsions de l’agonie, ils auraient pu faire avec leurs pieds. J’ai eu récemment l’occasion de mettre cette notion à

DES SIGNES DE IA PENDAISON

profil, dans un cas difficile de pendaison, avec présomption d'homicide.

A cette période convulsive qui ne manque presque jamais succède la mort apparente, et c’est dans cette phase ultime que se produit, non pas, ainsi qu’on l’a dit à tort d’une manière constante, loin de là , mais dans quelques cas seulement, le relâchement des sphincters d’où résulte l’évacuation des matières fécales et de l’urine, et l’émission du sperme. Je trouve sur ce point une indication fort importante dans les observations si complètes et si scrupuleusement exactes du docteur Jacquemin ; sur quarante et un cas de pendaison, deux fois seulement on a noté qu’une certaine quantité d’urine et de fèces avaient été rendue.

La mort ne se fait pas en général longtemps attendre. Mais il importe de préciser davantage et d’établir autant que cela nous sera possible les conditions et la durée de la résistance. Pour les premières, il ne paraît pas que l’on puisse les fixer avec certitude, et je ne vois pas qu’il soit permis d’attacher quelque importance aux circonstances indiquées par les auteurs. Ainsi, rien ne me paraît moins prouvé que le rapport établi par Ollivier d’Angers entre la position du lien suspenseur et la rapidité de la mort qu’il prétend plus grande, lorsque le lien est appliqué au-dessus du larynx. Le contraire plutôt serait vrai si l’on s’en rapporte aux expériences de Fleichmann.

Quant à la durée de la résistance, les animaux que l’on fait périr par pendaison succombent au bout de douze à vingt minutes presque jamais plus tôt, cela est très-nettement établi par M. Faure. Chez l’homme il y a tout lieu de penser que la mort est habituellement encore plus rapide.

1 n est pas tacite de rencontrer des faits dans lesquels on misse calculer avec certitude le temps qu’un pendu a mis i mourir. M. Brierre de Boismont rapporte le fait suivant :

une femme qui se défiait des intentions de sa sœur enfonce brusquement la porte ; elle la trouve sur son lit la corde passée autour du cou; elle s’élance pour la décrocher, l’autre la regarde fixement, ploie les genoux fait quelques soupirs; tous les secours furent inutiles (1).

En voici deux autres où les meilleures garanties d’exactitude sont heureusement réunies; dans l’un il s’agit du suicide à Mazas du nommé Meignant, assassin de sa fille qu’il avait violée. 11 se pendit aux barreaux du promenoir cellulaire. Or, il y avait été conduit à dix heures et demie très-précises, et à dix heures quarante minutes, le gardien du préau le trouvait pendu et mort. Moins de dix minutes certainement avaient donc suffi pour que cet homme succombât à la pendaison. Dans l’autre cas rapporté par M. Faure, une femme a pu être rappelée à la vie après sept minutes au plus de pendaison. Elle avait été vue au dépôt de la préfecture se pendant à sa persienne ; on courut chercher une échelle, on la détacha dans le cours eapace de temps que nous venons de dire, et l’on put lui faire reprendre ses sens. Elle déclara n’avoir nullement souffert et avoir perdu connaissance aussitôt après avoir été lancée dans l’espace.

Le professeur A. Taylor (2) considère la résurrection comme possible en général après cinq minutes de pendaison. Il rappelle que Fleichmann étudiant sur lui-même les effets de la pendaison, indiquait comme marquant le moment où devait cesser l’expérience, l’apparition de certains symptômes : la sensation de poids, un commencement de stupeur et un bouillonnement dans les oreilles. Il les avait

(1) Brierre de Boismont, Observations médico- légales sur les diverses espèces de suicide (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. XL, p. 425).

(2) A. Taylor, the Principles and practice of medical Jurisprudence. London, 1865, ch. lu, Hanging., p. 640.

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sentis et avait fait cesser la suspension, au bout de deux minutes, dans la première expérience, et de une demi-minute dans la seconde. L’application du lien sur la trachée les provoquait immédiatement. Le savant médecin légiste anglais cite encore le cas de mort survenu en janvier 1840 de l’Américain Scott qui avait coutume de se pendre en public. Par une circonstance fortuite, il ne put interrompre son expérience, et les spectateurs crurent qu’il la prolon- | geait pour leur plus grande satisfaction; on le laissa ainsi pendu treize minutes ; et ce ne fut qu’après avoir été transporté à l’hôpital, au bout de trente-trois minutes qu’il reçut de trop tardifs secours. Un fait pareil a été publié par le docteur Chowne concernant un individu du nom de Hornshaw. Avant de périr victime de son dangereux métier, celui-ci avait été précédemment rappelé à la vie en trois occasions dans lesquelles il avait pu rendre compte de ses sensations. Il disait avoir perdu connaissance presque tout à coup; il lui semblait qu’il ne pouvait reprendre sa respiration, qu’un très-grand poids était attaché à ses pieds ; il ne pouvait faire pour se sauver aucun mouvement des bras ni des jambes et avait perdu la faculté de penser.

D’autres faits encore semblent autoriser cette conclusion que dans les conditions ordinaires et dans le plus grand nombre des cas, la pendaison amène la mort dans l’espace de dix minutes environ. Je sais qu’il y a des exemples de résistance beaucoup plus prolongée ; et que l’on a prétendu faire revivre des pendus, des suppliciés notamment après un temps bien plus considérable. Le fait en soi et à titre d’exception n’a rien d’absolument impossible, pas plus que ceux où l’on a vu des noyés dépasser les bornes où la submersion amène d’ordinaire la mort. Mais, dans l’un comme dans l’autre cas, il faut se défier des récits apocryphes, des exagérations qui dépassent toute limite et.

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toute croyance. Les histoires de résistance très-prolongée à la pendaison ne présentent pas en général des caractères d’authenticité suffisants. Tels sont les récits empruntés à Bru hier par M. Bouchut (1) : l’un d’une certaine Anne Green, exécutée à Oxford, le 14 décembre 1050, qui fut rappelée à la vie après une demi-heure de pendaison, malgré les tractions et les violences exercées dans la bonne intention d’abréger ses souffrances ; l’autre beaucoup moins croyable qui, concerne un voleur pendu de la veille, et sauvé par un meunier après vingt-quatre heures de pendaison.

Mais, parmi les faits de ce genre, aucun n’est plus curieux que le suivant. Je le cite textuellement d’après l’excellente thèse de M. Parrot (2) . Il s’agit d’un pendu qui fut l’objet d’observations suivies , notamment en ce qui touche les mouvements du cœur, par les docteurs Clark, Ellis et Shaw de Boston.

« Le supplicié pesait 150 livres; il était très-vigoureux et âgé de vingt-huit ans. La pendaison eut lieu à dix heures du matin. On rapporte qu’il n’v eut pas de lutte ni de convulsions (not the least perceptible struggle or convulsion).

« Nous ferons remarquer qu’en admettant que les observateurs émus n’aient pas pu étudier avec toute l’attention nécessaire ce qui s’est passé, on est forcé d’admettre, au moins, que la mort a eu lieu sans de notables convulsions, car s’il y enavait eu, l’émotion n’aurait pu empêcher de les voir. Leur absence est une particularité intéressante qui montre que la mort n’a pas été causée par une asphyxie

(1) Bruhier, Dissertation sur l'incertitude des signes de la mort et l'abus des enterrements et embaumements précipites. Paris, 1752, t. Il, p. 134 et lit. — E. Bouchut, Traité des signes de la mort. Paris, 1849, p. 355.

(2) Parrot, De la mort apparente . Thèse de concours. Paris, 1800,

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rapide, circonstance qui s’accompagne toujours de violentes convulsions.

« Chez le pendu examiné à Boston, on a trouvé les poumons et le cerveau à l’état normal. Comment la mort at-elle donc eu lieu? Sans aucun doute elle a eu pour cause première une syncope subite due à l’émotion ou à l’excitation de l’encéphale produite par la chute du corps (de 7 à 8 pieds de haut), au moment de la pendaison..., le corps j étant encore suspendu, on entendit distinctement les bruits j du cœur qui battait 100 fois par minute, sept minutes après : la suspension. Deux minutes plus tard il y avait 98 battements, et trois minutes après 60 seulement, et très-faibles. Après deux autres minutes les bruits avaient disparu.

« A dix heures vingt-cinq minutes, on fit cesser la suspension : il n’y avait plus ni bruit ni impulsion du cœur; la face était pourpre, bien qu’un petit espace près de l’oreilleeûtprobablementpermis lepassage du sang. La langue et les yeux ne proéminaient pas; les pupilles étaient dilai tées. La corde avait été attachée juste au-dessus du cartilage thyroïde. A dix heures quarante minutes la corde fut relâchée, ainsi que les liens fixant les bras au corps. Ceci fait, le corps et la face devinrent graduellement pâles. La colonne vertébrale n’avait pas été lésée. Il n’y avait pas eu 1 l’émission de sperme, particularité en harmonie avec ‘absence d’asphyxie et l’absence de lésion de la moelle.

« A onze heures trente minutes, un mouvement de pulsion régulier se montra dans la veine sous-clavière droite.

t'm appliquan 1 oreille à la poitrine on s’assura que cela lépendait bien du cœur, et Bon entendit quatre-vingt fois )ar minute un battement seul, régulier et distinct, accom- )agné d’une impulsion légère. On ouvrit alors le thorax et on mit à nu le cœur, ce qui n’arrêta aucunement ses nouvemenls pulsatoires. L oreillette droite se contractait t se dilatait avec énergie et régularité. A midi, le nombre

UE LA PENDAISON

dos pulsations était de 40 par minute. À une heure quarante-cinq minutes, il y en avait 5 par minute. Les mouvements spontanés cessèrent à deux heures quarante-cinq minutes, et l’irritabilité ne disparut qu’à trois heures dixhuit minutes, plus de cinq heures après la pendaison. Bien que le docteur Clark ne le dise pas, il est infiniment probable que le choc entendu par l’auscultation avant l’ouverture du thorax provenait des mouvements de l’oreillette et non des ventricules. »

Effets consécutifs cïe la pendaison. — NOUS venons de

décrire la pendaison terminée par la mort, mais il importe de combler une lacune qui existe dans les auteurs au sujet des pendus qui sont rappelés à la vie. Le fait n’est heureusement pas très-rare, et le médecin légiste a besoin de connaître quels sont les effets consécutifs de la pendaison et à quels signes il pourra reconnaître qu’un individu a subi réellement un commencement de pendaison. Mes propres observations m’ont fourni, sur ce point, des données précises et peu connues. J’en consignerai ici les plus remarquables.

Un homme s’était pendu, après avoir tenté de tuer sa maîtresse. Transporté à l’hôpital Saint-Louis , privé de sentiment, il y resta deux jours sans connaissance. Visité par moi le troisième jour, il portait au-devant du cou un sillon parcheminé profond ; il ne parlait qu’avec une extrême difficulté et d’une voix presque éteinte. Sa mémoire était complètement perdue. Il présentait en outre une incontinence d’urine et une paralysie du rectum ; des douleurs assez vives et des secousses persistantes dans les membres inférieurs. La respiration était embarrassée et des râles humides se faisaient entendre des deux côtés dans toute la poitrine. Une toux catarrhale, une expectoration épaisse et de la fièvre attestaient la lésion des organes respiratoires.

DES SIGNES DE IA PENDAISON

Je citerai encore le cas suivant : Un garçon d’accessoires du théâtre du Vaudeville est apporté, à cinq heures du soir, à rhôpital Lariboisière ; la figure bouffie, les lèvres violettes, respirant avec peine et rejetant quelques crachats striés de sang noir; l’intelligence nette d’ailleurs et répondant avec précision. 11 raconte qu’il y a environ une heure, résolu d’en finir avec la vie, il s’est pendu dans les coulisses du théâtre, à 8 ou 9 mètres au-dessus du sol. Il a immédiatement perdu connaissance et il ignore ce qui s’est passé depuis ce moment. Il se rappelle seulement qu’on fa porté dans une voiture, et c’est chemin faisant qu’il est revenu tout à fait à lui. Il n’a pas été possible de savoir, exactement combien de temps cet homme était resté pendu, mais il paraît qu’au moment où on l’a secouru, il était complètement privé de sentiment et de mouvement et dans l’état de mort apparente. Les sensations qu’il éprouve sont curieuses à noter. Lorsqu’il est au repos, étendu la tête sur l’oreiller, il ne souffre nullement et ne ressent qu’un peu d'engourdissement dans la tête et dans le cou; mais, s’il remue la tête, soit qu’il la tourne de côté, soit qu’il cherche à la relever, il se plaint de violentes douleurs et ne parvient à se mettre sur son séant qu’avec de très-vives souffrances dans le cou. La voix est naturelle et il parle sans difficulté, mais les mouvements de déglutition sont extrêmement pénibles; et, bien qu’il soit tourmenté par une soif ardente, c’est à peine s’il consent à boire un demi-verre d’eau sucrée.— Au cou, les traces laissées par la corde se voient en arrière à deux travers de doigts environ, au-dessus de l’apophvse épineuse de la vertèbre proéminente; en avant, elles sont marquées au niveau de l’angle supérieur du cartilage thyroïde. Sur les côtés, une ligne oblique réunit ces deux points en suivant la racine de la barbe. Cette empreinte circulaire, large de 2 centimètres, est rouge et

DE LA PENDAISON

présente quelques excoriations; du côté droit, elle est plus marquée et nuancée de plusieurs marbrures violacées. Ni pendant, ni après la suspension, il n’y a eu de pertes séminales; il n’y a pas eu non plus d’évacuations d’urine ou de matières, et l’on n’a pas constaté d’érection. Le lendemain, après une bonne nuit, il se sent mieux : la déglutition est moins douloureuse et l’appétit peut être satisfait. Aucun symptôme nouveau ne s’est produit, mais, pendant une huitaine de jours, il reste du côté droit un certain engourdissement dans la tôle, le cou et l’épaule, qui plus tard se change en une sensation désagréable de fraîcheur, se montrant surtout pendant la nuit; et, de temps en temps, il se produit soudainement, dans différents points de la face, des élancements assez violents pour rendre tout travail impossible. Quant aux traces extérieures de la pendaison, elles s’effacent lentement, et, après quinze jours, on voit encore, à droite, en dehors du cartilage thyroïde et sur la masse latérale des muscles postérieurs du cou, une ligne d’un rouge foncé, qui doit rester visible quelque temps encore.

Ces deux faits suffisent pour donner une idée très-exacte des effets secondaires de la pendaison. On voit que des symptômes, qui ne sont pas toujours sans gravité, suivent le retour à la vie. L’état de mort apparente peut se prolonger plus ou moins, suivant la durée de la pendaison, suivant aussi la violence de ses effets immédiats. Les troubles qui subsistent après que le pendu est ranimé sont de deux ordres : les uns affectent les organes respiratoires et sont en rapport avec le degré de congestion qui s’est produit, difficulté de respirer, toux, crachements de sang, râles bronchiques, fièvre ; les autres, les plus remarquables, se montrent du côté du système nerveux ef répondent manifestement aux actions réflexes qu’a provoquées la constriclion du cou et qui retentissent sur les

DES SIGNES DE LA PENDAISON

contres nerveux; extinction de voix, difficulté de la déglutition, engourdissement, sensation de froid, mouvements spasmodiques, élancements douloureux dans les régions voisines du cou, la face, l’épaule; parfois, phénomènes de véritable paralysie du côté de la vessie et du rectum; et perle plus ou moins prolongée de la mémoire. Enfin, les marques de la pendaison, les traces laissées sur le cou par le lien suspenseur, sont en général lentes à s'effacer.

Examen du cadavre des individus morts par pendaison.

— État extérieur. — Les phénomènes qui précèdent la mort chez les pendus, leurs phases successives, leur durée, s’offrent bien rarement d’une manière directe à l’observation du médecin expert; et si ces données doivent néanmoins toujours être soigneusement recueillies par lui et lui apportent parfois de très-utiles renseignements, c’est sur l’examen attentif, minutieux, approfondi du cadavre qu’il fondera surtout ses inductions et ses jugements.

Or, dans aucun genre de mort violente, l’état extérieur du corps n’est plus important à constater que dans la pendaison. La position générale du corps, l’altitude de la tête, celle des membres supérieurs et inférieurs, l’aspect de la face, les traces qu’a imprimées sur le cou le lien suspenseur, la coloration de certaines parties du corps, l’état des organes sexuels fournissent pour la solution des questions médicales les plus précieuses indications et doivent être étudiés avec tout le soin possible avant que l’autopsie pénètre dans l’intéreur des organes et y révèle les lésions que la pendaison y a déterminées.

Position générale du corps. — La mort par pendaison n’implique pas nécessairement la suspension du corps à une certaine hauteur au-dessus du sol, et l’on trouve souvent le cadavre du pendu en partie soutenu sur qucl-

Tardieu. — Pendaison. 2

que point du corps. Celte proposition qui, pendant longtemps a paru inadmissible, est aujourd’hui acceptée par tout le monde et sans contestation. 11 y a là un progrès considérable dans l’histoire médico-légale de la pendaison et pour en bien comprendre l’origine et la portée, il faut remonter au suicide du prince de Condé, non que je veuille ranimer les discussions dont celte catastrophe fut le prétexte, et où la science triompha heureusement des plus furieux entraînements de la passion politique, mais uniquement pour rappeler quelle était la position exacte dans laquelle le corps du prince avait ôté trouvé, et rattacher à cet exemple éclatant, les indications fournies depuis lors par un nombre considérable de faits semblables. On trouvera d’ailleurs dans les figures qui accompagnent cette élude, la reproduction de quelques-uns des plus remarquables et en premier lieu, de celui dont je vais parler.

Le 27 août 1850, à huit heures du matin, le prince de Condé fut trouvé dans la chambre à coucher de son château de Saint-Leu, « déjà froid et rigide, et pendu à l’attache du haut de l’espagnolette des volets intérieurs de la croisée , par le moyen de deux mouchoirs en toile blanche, dont l’un, fixé par les deux extrémités à l’espagnolette, se liait en forme d’anneau au deuxième mouchoir qui entourait le cou du prince. Le prince était vêtu d’un caleçon, d’une chemise, d’un gilet de flanelle sur la peau, il avait pour coiffure un mouchoir en soie; ses jambes étaient nues et la pointe des pieds touchait le plancher. La distance entre ce plancher et l’espagnolette est de six pieds et demi de hauteur. L’état du lit annonçait que le prince s’y était couché. Les deux croisées de l’appartement étaient exactement fermées, ainsi que les volets en dedans et en dehors; la porte d’entrée de l’appartement fermée intérieurement au verrou; aucune trace

DES SIGNES DE LA PENDAISON

d’effraclion ni de violence ; tous les meubles de la chambre à coucher étaient rangés dans leur ordre accoutumé (1). »

Les rapports des médecins experts ajoutent quelques détails, « le mouchoir qui formait anneau autour du cou, est noué par devant un peu sur le côté droit du cou, le corps accroché à ces deux mouchoirs est tourné la face à gauche, la tète inclinée un peu sur la poitrine, la langue hors de la bouche, le visage décoloré. Mucosités à la bouche et au nez ; les bras pendants et roides, les poings fermés ; les bouts des deux pieds touchant le tapis ; les talons élevés, les genoux à demi fléchis. Une chaise était placée à côté du corps (2). »

Ces particularités relatives à la position du cadavre se retrouvent plus explicitement énoncées encore dans la déposition d’un abbé Pélier, qui croyait à tort y trouver des preuves contre l’hypothèse du suicide. « Les deux pieds, le gauche plus que le droit, touchaient le tapis; les jarrets étaient ployés, de manière à perdre au moins deux pouces de la hauteur du corps, et le corps lui-même se trouvait encore ployé vers la ceinture de manière à perdre au moins deux pouces encore de sa hauteur, en sorte que l’infortuné vieillard eût pu frapper les pieds sur le tapis. Le corps était non suspendu, mais accroché à l’agrafe supérieur du volet intérieur de la croisée, par le moyen de deux mouchoirs passés l’un dans l’autre, dont le plus haut faisait un anneau entièrement aplati et le second formait un ovale dont la base inférieure supportait ce

(1) Rapport du procureur général au garde des sceaux [Répertoire général des causes célèbres anciennes et modernes, t. XIV p. 121. Paris, 1855).

(2) Marc, Examen médico-légal des causes de la mort de S. A. R. le prince de Conde (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. V, p. 156).

qu’il y avait de poids du corps par la mâchoire inférieure. Ce second mouchoir m’a paru être comme une mentonnière dont la partie supérieure se terminait, non point sur le cou, mais presque sur le haut de la Ici e par derrière, en sorte qu’il n’y avait aucune pression sur la trachée-artère ou sur la gorge, le point d’appui ne partant pas de derrière le cou. Le mouchoir ne faisait pas nœud coulant et les deux tours étaient passés dans le mouchoir supérieur. La bouche étant un peu ouverte, on n’apercevait que fort peu la langue, qui paraissait comme reployée sur elle-même. Mais le visage ne m’a point paru défiguré et il était beaucoup moins coloré que le derrière du cou. Le corps accroché, ainsi que je l’ai décrit, à la croisée, présentait le bras droit le long de l’espagnolette. Ce bras, ainsi que le gauche, était roidi et les poings fermés. (Voy. pi. I.) Le mouchoir qui était autour du cou était fermé par un nœud placé presque sous l’oreille droite (1). »

Il est curieux de voir en quels termes les savants experts requis par le procureur général, Marc, Marjolin et Pasquier formulèrent leurs conclusions : « 1° La mort de son altesse royale a été produite par strangulation (2). 2° Celle strangulation n’a pas été opérée par une main étrangère. 5° Il n’existe sur la surface du corps aucun signe de violence ou de résistance; on a seulement remarqué une contusion à la partie postérieure et supérieure de bavard-bras droit et des excoriations très -superficielles sur les deux jambes, mais que ces lésions légères paraissent le résultat de quelques

(1) Répertoire général des causes célèbres , etc., ibid , p. 128.

(2) Ainsi c’est là le genre de mort que l’on désignait sous le nom de strangulation. De. quelle dénomination se serait-on donc servi si le prince eût été trouvé couché dans son lit un mouchoir serré autour du cou? On m’excusera d’insister sur cet étrange abus de mot.

DES SIGNES DE LA PENDAISON

frottements de ces parties contre le Lord saillant de la chaise, voisine de la fenêtre, et contre la boiserie de celle-ci dans les derniers moments de la vie du prince. » Ce sont ces lésions superficielles évidemment dues, comme l’indiquent les experts, aux chocs résultant des convulsions caractéristiques de l’agonie des pendus qui ont servi en grande partie de base aux accusations d’assassinat, à l’appui desquelles un médecin, peu versé dans les questions de médecine légale, n’avait pas craint de rédiger un mémoire (1) ardemment exploité dans le procès civil où le testament du prince fut attaqué. Après avoir procédé à l’autopsie cadavérique, les trois experts Marc, Marjolin et Pasquier, confirmant leur premier jugement, déclarèrent « qu’il était évident : 1° que la mort avait eu lieu par strangulation (nous dirions par pendaison) et par l’accumulation et la stase du sang noir dans les vaisseaux du cerveau et plus encore dans ceux des poumons; 2° que cette mort n’avait pas été opérée par une main étrangère. » Ces conclusions seraient aujourd’hui celles de tous les médecins instruits.

En effet, il n’est douteux pour personne que la pendaison ne puisse s'accomplir dans les conditions matérielles et dans la position générale du corps, que l’on a constatées dans le fait de la mort du prince de Condé. Des observations nombreuses sont venues s’ajouter à celui-ci en l’éclairant. Et en réunissant celles qu’ont recueillies à diverses époques MM. Marc (2j, Esquirol (5) , Jacquemin (4),

(1) Gendrin, Transactions médicales, t. III, p. 575, mars 1851.

(2) Marc, loc. cit.

(5) Esquirol [Arch. yen. de médecine, Première série, t. I 1825, P- 13).

(4) Jacquemin, voy. le Mémoire de Marc cl ma propre Étude.

DE I,A PENDAISON

Duchesno (1), Brierre de Boismont (2) et d’autres encore. Je Irouve sur un total de 2G1 cas de pendaison incornplèle suivie de mort :

Les pieds posant sur le sol 108 fois.

Le corps reposant sur les genoux pliés. . . 42 —

Le corps étendu et couché 29 —

Assis 19 —

Accroupi 3 —

Déjà M. Jacquemin avait aidé Marc à démontrer la possibilité de la pendaison incomplète, en lui communiquant des dessins qui ont été reproduits à la suite des mémoires sur la mort du prince de Condé. Je lui dois de pouvoir ajouter à cette collection des exemples plus curieux encore, de cas où la pendaison a pu s’opérer dans les attitudes les plus variées, les plus bizarres, les plus inattendues. J’appelle l’attention sur les planches où ces attitudes ont été figurées, car il faut véritablement les avoir sous les yeux pour se faire une idée exacte de la facilité avec laquelle on peut mourir pendu, sans être le moins du monde suspendu. L’un accroché au bec de gaz de sa cellule à lm,27 du sol, par la courroie de son hamac, auquel il a ajouté une cravate, est complètement assis, la main appuyée sur terre comme pour se relever. Un autre pendu également au bec de gaz par un nœud coulant fait avec la courroie, est à genoux, les mains attachées derrière le dos. Un troisième a un pied posé sur une chaise. (Voij. les planches.)

M. le docteur Desbois a cité (3) l’observation très-cu-

(1) E. Duchesne, Observations médico-légales sur la strangulation (lisez pendaison) ou Recueil d'observations de- suspension incomplète (Ann. d'hygiène publ. et de mél. lég., t. XXXIV, p. 141 et 546).

(2) Brierre de Boismont ( ibixl ,, loc. cit.).

(5) Desbois, De la nécessité d'appeler deux médecins dans les af-

DES SIGNES DE LA PENDAISON

rieuse d’un jeune garçon de treize ans, qui se pendit à rHôtel-Dieu de Rouen, dans des circonstances qui méritent d’être rappelées. Le 2 janvier 1850, vers sept heures du soir, il monta sur son lit dont il ferma les rideaux. Un militaire couché dans le lit voisin, l’entendit encore, un quart d’heure après, rire d’une observation qu’il lui faisait. À sept heures trois quarts, la religieuse de la salle ayant entre ouvert ses rideaux, le trouva mort le cou pris par la corde de son lit. On n’avait entendu aucun bruit. La corde formait une anse dont les deux extrémités remontaient sans se croiser et allaient s’attacher à la partie supérieure du lit. Il n’y avait ni torsion, ni nœud coulant. L’enfant était encore habillé, la face tournée du côté de l’oreiller, le cou appuyé sur la corde qui, ainsi, ne touchait pas la partie antérieure de cette région; la tête était pendante, les bras retombaient et les extrémités llôchies des doigts atteignaient la couverture; les pieds et les genoux légèrement écartés, appuyaient sur le lit. La figure était très-pâle, les yeux à demi-fermés, brillants et naturels, les lèvres et les gencives décolorées. Il n’y avait aucune trace de gonflement, si ce n’est peut-être une très-légère tuméfaction des lèvres. Le menton présentait une petite écorchure ; le cou était sillonné depuis l’os hyoïde jusqu’à j la partie supérieure du cartilage thyroïde, par des lignes I noirâtres qui occupaient sa moitié antérieure. Tout le reste du corps était très-pâle; les extrémités étaient froides ; il n’y avait guère que la région précordiale qui conservât un peu de chaleur. L’autopsie n’a pas été faite.

Je pourrais multiplier beaucoup ces exemples. Mais il est plus intéressant de chercher à se rendre compte du fait lui-même, et à comprendre comment la mort peut

[aires criminelles qui peuvent entraîner la peine capitale ( Bulletin des travaux de la Société de méd. de Rouen , 1853, et Ann. d'hygiène puhl. et de méd. lég., 2e série, t. It, p. 06).

DE LA PENDAISON

survenir chez ceux qui s'attachent par le cou à une hau leur moindre que la longueur de leur corps.

11 faut avant tout, cela est certain, un effort volontaire, un dessein suicide bien arreté, pour s’abandonner à son propre poids, le cou pris dans un lien. Mais cet effort, celte intervention active de la volonté sont de courte durée et beaucoup moins nécessaires qu’on ne serait disposé à le croire. Par le simple serrement du cou, une certaine agitation se produit, qui augmente la constriction du lien suspenseur. Il en résulte très-rapidement la perte du sentiment, et le corps devenu inerte, pèse de tout son poids sur le seul point d’appui qui lui reste, c’est-à-dire sur la partie du cou prise dans le lien. Tout le monde connaît le récit de Bacon, dans son histoire de la vie et de la mort, concernant un de ses amis, qui tenant à s’assurer si les suppliciés souffraient beaucoup, se pendit par le cou, après avoir préalablement placé à sa portée une chaise sur laquelle il comptait remonter lorsque sa curiosité serait satisfaite. Mais l’imprudent expérimentateur perdit connaissance et, tout à fait incapable de s’aider lui-même, il serait mort, si un de ses amis, arrivé là par hasard, ne l’eut promptement secouru. Plusieurs faits analogues sont aujourd’hui connus.

Les expériences de M. Faure donnent la démonstration saisissante de la manière dont les choses se passent dans la pendaison avec suspension incomplète.

Un chien de Terre-Neuve de haute taille est pendu assez bas pour que ses pattes continuent de porter sur le sol. Pendant cinq minutes, il demeure immobile, respirant avec facilité. Au bout de ce temps, il fait quelques mouvements pour se délivrer; le nœud se resserre; la gêne devient plus grande ; les efforts de l’animal plus énergiques. Il est pris alors de convulsions et tombe a la

DES SIGNES DE I,A PENDAISON

dixième minute en étal de mort apparente; à la vingthuitième il était mort.

On peut rapprocher de ce lait l’exemple suivant de strangulation en quelque sorte spontanée qui a beaucoup d’analogie avec les cas de pendaison incomplète. On passe au cou d’un chien un nœud coulant fait avec une corde qui traîne à terre. Le nœud est lâche; l’animal est parfaitement libre de ses mouvements; mais à force de s agiter il resserre le nœud, et meurt étranglé au bout d’une heure.

Nous avons insisté jusqu’ici sur ce que la position générale du corps des pendus peut offrir de singulier et de variable lorsque la suspension n’est pas complète. Mais ces cas sont loin d’être les plus communs et la pendaison s’opère le plus habituellement de telle sorte que le corps est véritablement suspendu et retenu seulement dans l’espace par le lien suspenseur.

Le type de cette pendaison se rencontre chez les suppliciés. On sait que ce mode d’exécution a dans notre pays meme été usité pendant des siècles et qu’il subsiste encore chez des peuples très-civilisés; il suffit de citer l’Angleterre et l’Amérique. Les procédés employés parles exéculeursdes hautes œuvres ontvarié etvarient encore beaucoup. Tantôt, comme en Angleterre, le condamné estplacé les bras liés au corps et la corde au cou sur une plate-forme élevée dont le plancher se dérobe subitement sous scs pieds et le corps se trouve suspendu en l’air à une hauteur de 4 mètres environ; tantôt il est hissé à la potence et le bourreau aide et active les effets de la pendaison par des manœuvres qui ont acquis une certaine notoriété, mais qui ont quelque chose de barbare, ainsi qu’on en peut juger par les détails de l’exécution telle qu’elle était pratiquée autrefois dans notre pays. Le condamné avait trois cordes au cou ; les deux premières de la grosseur du petit doigt

DE LA PENDAISON

cl qu’on nommait tortouses avaient chacune un nœud coulant; la troisième appelée le jet ne servait qu’à jeter le patient hors de l’échelle. Arrivé à la potence où élait appuyée et liée une échelle, le bourreau montait le premier à reculons et aidait, au moyen des cordes le criminel à monter de môme.

L’exécuteur attachait alors les deux cordes au bras de la potence, puis d’un coup de genou et aidé du jet il faisait quitter l'échelle au patient qui se trouvait suspendu. Les nœuds coulants des deux autres cordes lui serraient le cou et le bourreau se tenant des mains au bras de la potence montait sur les mains liées du patient et à l’aide de secousses et de coups de genoux dans l’estomac, il terminait le supplice.

Louis, l’illustre secrétaire de l’Académie impériale de chirurgie (1) en confirmant ces détails qu’il reçut de la bouche du bourreau de Paris, ne doute pas que les pendus exécutés de cette façon avaient « presque toujours la tète luxée, parce que, tandis que la corde placée sous la mâchoire et l’os occipital fait une contre-extension, le poids du corps du patient, augmenté de celui de l’exécuteur, fait une forte extension. Celui-ci monte sur les mains liées du patient qui lui servent comme d’étrier; il agite violemment le corps en ligne verticale, puis il fait faire au tronc des mouvements demi-circulaires alternatifs et trèsprompts d’où suit ordinairement la luxation de la première vertèbre. »

On comprend que, dans ces cas, comme dans tous ceux où le pendu est attaché à une certaine hauteur, l’aclionde la pesanteur s’exerce librement sur la masse tout entière du corps; la position qu’il prend répond exactement à cette action et affecte exactement une direction verticale

(1 ) A . Louis, OEuvres complètes , t. I, p. 555.

DES SIGNES DE LA PENDAISON

perpendiculaire a ln surface du sol. On ne peut mieux en donner l’idée qu’en disant que toutes les parties du corps sont tirées par en bas. Mais nous reviendrons sur l’attitude particulière de chacune de ces parties; nous ne parlons en ce moment que de la position générale du corps.

11 convient de faire remarquer que bien souvent lorsque l’on trouve un pendu dont les pieds touchent le sol, il ne s’en suit pas que la pendaison ait été dès le principe incomplète. L’allongement des liens suspenseurs et du corps lui-même peut amener la pointe des pieds jusqu à terre, bien que la suspension ait clé primitivement complète.

Il n’est, pas très-rare non plus que le lien suspenseur se rompe, soit par le seul effet du poids d’un corps trop lourd, soit sous l’influence des secousses que lui impriment les convulsions de l’agonie ; et que l’on trouve le cadavre du pendu gisant au-dessous du poinl où le lien avait été fixé, Ce sont là autant de circonstances matérielles importantes à noter, et que l’expert aura à apprécier clans chaque cas particulier.

Position de la tête. — La position de la tête des pendus varie suivant la disposition du lien suspenseur, et surtout suivant le point du cou ou celui-ci est attaché. Le plus ordinairement elle est fortement fléchie en avant, le menton touche la partie supérieure de la poitrine. Quelquefois iclle se tient droite et roide dans l’attitude qu’elle présente chez l’homme debout. Dans certains cas, elle est légèrement inclinée d'un côté ou de l’autre. Plus rarement enfin ■ Mie est complètement renversée en arrière, ainsi qu’on peut en voir un exemple remarquable figuré à la fin de cette élude (pl. XII). Dans ce dernier cas, le pendu est illachéau châssis delà fenêtre de sa cellule par une corde muée en avant sous le menton et formant une anse en or-

DE LA PENDAISON

ricre, de manière à amener le renversement forcé de la tète.

En effet, il ne faut pas oublier que la tôle inclinera toujours du côté opposé à celui où le lien suspenseur forme le nœud qui répond à son attache fixe; et dans le sens du plein de l’anse dans laquelle le cou est engagé. Or, comme le plein de l’anse est presque toujours en rapport avec la partie antérieure du cou, il s’en suit que le plus souvent le pendu à la tête plus ou moins fléchie sur la poitrine quelle que soit d’ailleurs la position générale du corps.

Position des membres supérieurs. — La position des membres supérieurs n’est pas la même dans la pendaison incomplète et dans celle où la suspension a lieu à une certaine hauteur.

Dans ce dernier cas, les deux bras tombent le plus souvent le long du corps, les poings fermés et les doigts si fortement repliés que les ongles s’impriment dans la paume des mains. Mais lorsque la pendaison n’est pas complète, et que le corps repose par quelque point sur le sol, les membres supérieurs peuvent prendre des positions diverses. Tantôt, en effet, la main elle-même appuie par terre (ainsi que le montre la figure de la planche X); tantôt les bras sont plus ou moins écartés. 11 n’est pas très-rare que les pendus aient les mains liées, soit en avant, soit en arrière. On sait que cette pratique est en usage pour les suppliciés. Enfin, il faut noter ces cas où la main reste fixée dons une attitude prise avant la mort, et en quelque sorte dans un mouvement instinctif et suprême. C’est ainsi qu’on a vu, comme j’en citerai des exemples, l’une des mains du pendu engagée entre le lien suspenscur et le cou, comme si elle avait voulu l’écarter par un dernier effort (pl. IX), ou encore la main accrochée a quelque objet rapproché du corps.

Position et coloration des membres inférieurs. — Il en

DES SIGNES DE LA PENDAISON. 29

est de même des membres inférieurs dont Tallilude varie ; suivant que la suspension est complète ou incomplète.

Si le corps est suspendu au-dessus du sol, les jambes pendent, et c’est à peine si la rigidité y détermine une légère flexion. Mais nécessairement, lorsque la pendaison a eu lieu à une hauteur moindre que la longueur du corps, ce sont le plus souvent les extrémités inférieures qui portent sur le sol; quelquefois seulement par la pointe des pieds dans une extension forcée, d’autres fois par les pieds ou les genoux même repliés. On peut voir alors suivant les cas, les membres inférieurs étendus si le pendu est assis , ou couché ; écartés ou fléchis s’il est accroupi. Enfin, j’ai déjà parlé de ces laits où le pendu avait un pied posé sur une chaise ou sur tout autre objet placé à sa portée (pl. XIII).

Les membres inférieurs présentent en général une teinte rouge violacée, d’autant plus marquée que le corps est resté pendu plus longtemps.

Aspect de la face. — Aucun point de l’histoire de la pendaison n’a donné lieu à plus de contradiction que l’état de la face chez les pendus. La raison en est dans les différences considérables que Ton observe à cet égard. Ces différences elles-mêmes sont dominées par une circonstance dont l’influence capitale sur l’aspect extérieur du sadavre des pendus, n’a peut-être pas toujours été mise issez en lumière, je veux parler de la durée de la penlaison. C’est à elle qu’il faut principalement attribuer ces modifications progressives qui surviennent après la mort lans l’apparence générale du corps et sur lesquelles quelles observateurs, Esquirol (1), Fleichmann (2), Ollivier d’Angers) (5), avaient cependant appelé l'attention.

(1) Esquirol, Arch. yen. de méd., loc. cil.

(2) FJeichmaim, loc. cit.

(3) Ollivier (d’Angers), Mémoire sur la mort par suspension, appre-

DE LA. PENDAISON

L’inllucnce singulièrement exagérée que l’on a attachée à l’aspect de la face comme signe de la mort par pendaison, exige que nous en fassions très-exactement connaître les variations.

Dans les premiers temps de la pendaison, la face est d’abord pâle, presque naturelle ; mais elle ne larde pas en général à devenir bouffie et à prendre une coloration violacée qui va eu augmentant. Cette bouffissure et celte teinte violacée persiste un certain temps chez les pendus qui viennent d’être rappelés à la vie. Elle ne cesse pas et va au contraire en croissant chez ceux qui restent pendus après avoir cessé de vivre. Les yeux s’injectent et proéminent hors de l’orbite. La bouche est parfois béante et la langue s’avance très-souvent au dehors ; c’est ce que l’on a vu dans la moitié des cas de pendaison observés à la prison Mazas. D’autres fois elle est serrée entre les dents ou simplement appliquée et pressée derrière les arcades dentaires. Cette situation de la langue a fourni le sujet de controverses très-animées, mais tout à fait stériles; on a voulu les rattacher d’une manière beaucoup trop absolue à la position du lien suspenseur, soit au-dessus, soit au-dessous de l’os hyoïde, celte dernière condition impliquant la propulsion forcée de la langue en avant. Les explications théoriques données à ce sujet par Fleichmann et par Orfda ont été déjà réfutées par M. Devergie, et rien, en effet n’est moins constant que le rapport prétendu entre le point du cou où est appliqué le lien et la saillie plus ou moins prononcée de la langue hors de la bouche. Une certaine quantité d’écume sanguinolente se voit souvent entre les lèvres et à l’entrée des narines.

État du cou. Disposition du lien suspenseur et de scs

dation de quelques-uns des phénomènes considérés comme signes de ce genre de mort ( Annales d'hygiène publique et de médecine léga e, t. XXIV, p. 514).

DES SIGNES DE LA PENDAISON. 31

empreintes. — La région du cou, on le comprend, est celle qui, chez les pendus appelle les investigations les plus attentives et les plus minutieuses. Elle doit être examinée non-seulement au point de vuedes lésions propres qu’elles peut présenter, mais encore dans les rapports que celles-ci offrent avec la disposition du lien suspenseur.

Mois avant d’aborder cette partie si intéressante de notre élude, il est une remarque générale assez curieuse que j’ai faite sur le cou des pendus. Il m’a paru qu’il présentait le plus ordinairement une élongation tout à fait remarquable. J’avais déjà fait celte observation dans quelques cas particuliers, et sur quelques-uns des dessins de la collection de M. le docteur Jacquemin (pl. XIII, etc.), lorsque visitant à Londres la prison de Newgate où sont conservées dans une sorte de musée les têtes d’un grand nombre de suppliciés mis à mort par pendaison, je fus frappé de la longueur inusitée que présentait leur cou. Cet allongement ne pouvait être attribué au procédé employé pour le moulage, et concordait trop exactement avec ce que j’avais cru voir déjà pour ne pas attirer mon attention. 11 est possible que dans la pendaison opérée parle bourreau avec les manœuvres que l’on connaît, celte particularité soit plus marquée, mais elle ne fait pas défaut dans les autres cas, et même dans ceux de pendaison incomplète, et lient uniquement dans les uns et dans les autres à l’extension que le poids du corps exerce sur le cou qui le supporte tout entier.

Cette condition essentielle et constitutive de la penlaison a pour conséquence forcée l’existence sur le cou les pendus de traces plus ou moins apparentes, plus ou noins profondes laissées par le lien suspenseur» C’est là, m ne saurait trop le redire, le fait capital de l’histoire nédico-légale delà pendaison; et ce que l’expert doit s’attabler à reconnaître et à décrire le plus exactement possible

DE LA PENDAISON

après avoir constaté l’état général du corps du pendu, c’est l’empreinte du lien suspenscur sur les différents points de la région cervicale.

Celle empreinte varie selon la durée de la pendaison, selon la nature du lien et le mode de suspension. Elle présente à noter la place exacte qu’elle occupe sur le cou, sa direction, sa forme, ses dimensions, sa profondeur et les modifications qu’elle a pu apporter dans la coloration et l’état de la peau.

On se rendra mieux compte de la manière dont cette empreinte se produit et des caractères qu’elle peut offrir, si l’on veut bien se représenter les différences de nature et de disposition qu’affecte le lien cà l’aide duquel s’opère la pendaison.

bien n’est plus variable, et je ne saurais énumérer toutes les espèces de lien qui ont servi à pendre. L'imagination de ceux dont les desseins suicides sont fermement arrêtés, déjoue toutes les précautions. Et, outre les cordes de toutes dimensions et de ioute grosseur qui semblent l’instrument le plus simple et le plus naturellement désigné de la pendaison, on a vu employer rubans, cravates, mouchoirs, manches de chemises, jambes de pantalon, draps, rideaux, embrasses de tentures, lanières, sangles, courroies; de même que pour point d’attache du lien suspenseur, la moindre saillie peut suffire : un battant de porte ou de croisée, de châssis, l’espagnolette ou les barreaux d’une fenêtre, la flèche ou même le pied d’un lit, la rampe d’un escalier, un clou, une planche, une poutre, une traverse de bois, un arbre, un bec de gaz, tout est bon pour accrocher et fixer le lien suspenseur. Dans les maisons consacrées au traitement des aliénés, dans les prisons où l'on redoute avec tant de raison et où tous les efforts tendent à prévenir le suicide, on ne peut, quelle que soit la surveillance, quelles que soient les disposilionsem-

DES SIGNES DE LA PENDAISON

ployées clans l’aménagement des chambres ou des cellules empêcher les malheureux que domine l’idée du suicide de trouver un lien et une place pour se pendre.

Considéré d’une manière générale et au point de vue surtout des marques qu’il peut imprimer sur le cou, le lien suspenseur est tantôt simple, tantôt double, large ou étroit, souple ou rigide.

Ce lien est attaché d’une part au point fixe qui a été choisi pour la pendaison et d’autre part au cou du pendu. La manière dont il est fixé à son extrémité supérieure n’est pas toujours sans importance; mais elle n’a rien qui puisse être prévu à l’avance et indiqué. Il est à noter seulement qu’il n’est pas rare de trouver le lien attaché d’une manière peu solide par une simple rosette, un nœud floche (voyez les figures page 78) ou même simplement engagé par une anse simple autour du point fixe qui lui sert d’appui.

Le mode d’attache du lien suspenseur au cou du pendu offre plus d’intérêt et doit être l'objet d’une attention particulière. Il forme dans tous les cas un anneau ou une anse dans laquelle passe la tête ; mais cette anse est tantôt simple c’est-à-dire non fermée, le cou y est retenu sans y être serré (voy. pl. II). D’autres fois, l’anse formée par un nœud coulant peut se resserrer d’elle-même ; dans d’autres cas enfin, le lien forme un anneau complètement fermé et arrêté par un nœud fixe. On comprend que, dans ces divers cas, le degré de constriclion varie et fasse également varier les empreintes que le lien laisse sur le cou.

La situation relative du nœud et du plein de l’anse, rfest pas toujours la même. Le plus souvent, le plein est sous le menton et le nœud qui répond exactement et d’aplomb à l’attache supérieure du lien suspenseur, se trouve à la nuque. Quelquefois le nœud est placé sur l’un des côtés, au niveau de l’un des angles droit ou gauche

T.\ iuiieu. — Pendaison. 3

DE LA PENDAISON

de la mâchoire inférieure. Plus rarement, il est sous le menton qu’il relève fortement, tandis que l’anse soutient la partie postérieure de la tête, fortement renversée en arrière.

Dans ces différentes dispositions, le contact et l’impression du lien sur le cou ne se font pas d’une manière égale. C’est toujours au milieu de l’anse que se fait sentir, avec la plus grande force, la pression du lien; c’est le point correspondant qui supporte le corps du pendu, et là que se rencontrent à la fois l’extension faite par le bout supérieur et fixe du lien, et la contre-extension résultant du poids du corps. La pression sera de moins en moins forte et deviendra nulle à mesure que l’on se rapprochera des extrémités de l’anse et un espace libre, plus ou moins étendu, où le lien ne touchera pas le cou, se montrera dans la partie opposée au plein de l’anse; à moins que celle-ci ne soit formée par un nœud coulant qui, se refermant sous la double traction du lien suspenseur et du corps du pendu, exercera sur toute la circonférence du cou une constriction égale et de plus en plus forte; ou encore que le lien suspenseur, attaché et fortement noué autour du cou, y exerce une pression circulaire comme dans la strangulation. Dans ces cas, le nœud forme sur la partie avec laquelle il est en contact, une empreinte d’autant plus marquée qu’il sera plus volumineux, plus dur et plus serré.

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer, sur la nature et la disposition du lien à l’aide duquel s’opère la pendaison, étaient nécessaires pour bien faire comprendre les caractères des traces que celle-ci laisse sur le cou. Nous ne parlons encore ici que des traces extérieures.

Elles sont quelquefois très-peu apparentes et même absolument nulles. Pour peu que la suspension ait été de très-courte durée et qu elle ait eu lieu à l’aide d’un lien

DES SIGNES DE LA PENDAISON

long, épais et souple, comme une chemise, un tissu de laine ou de soie, le cou du pendu peut ne porter aucune marque ou seulement présenler une teinte rouge, diffuse, un peu plus foncée au niveau du lien que dans les parties voisines. Plus d’une fois, dans des cas où l’on était intéressé à dissimuler un suicide, et où le pendu avait été détaché presqu’au moment où il venait d’expirer, j’ai pu constater combien il était facile de cacher, même à un œil expérimenté, les traces insignifiantes et presque milles que laisse à la surface du cou, dans les conditions que je viens de rappeler, une pendaison de courte durée.

Mais, il faut le reconnaître, c’est, là l’exception, et le cou des pendus offre presque toujours une empreinte caractéristique, une sorte de sillon, c’est le nom consacré, imprimé dans la peau, et dont la direction, la forme, les dimensions, doivent nécessairement être en rapport avec celles du lien suspenseur. Nous l’examinerons à ces différents points de vues.

Le sillon se voit en général entre le larynx et le menton. J’ai recherché parmi les observations les plus détaillées et les plus exactes, que citent les auteurs et notamment Remer, M. Devergie et Casper, quel était le siège le plus habituel du sillon, et je l’ai trouvé sur un total de 145 cas :

Entre le menton et le larynx. . . 117 fois.

Sur le larynx. 23 —

Au-dessous du larynx 3 —

La direction de celte empreinte n’est pas toujours trèsnettement accusée. Cependant elle présente constamment un certain degré d’obliquité du plein de l’anse à ses extrémités ou au nœud qui les ferme ; c’est-à-dire le plus souvent d’avant en arrière et de bas en haut. Du larynx à 1 angle de la mâchoire et à la région mastoïdienne, elle est

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aussi le plus ordinairement interrompue clans une plus ou moins grande étendue de la circonférence du cou. Le sillon est comme le lien suspenseur, de forme régulière ou irrégulière, simple ou double. Mais il ne faut pas, sur ce point, s’en rapporter toujours aux apparences. Un lien simple peut laisser une double empreinte, lorsqu’il s’enroule deux fois autour du cou; et lorsqu'il y a ainsi deux empreintes, celles-ci ne sont pas toujours exactement parallèles entre elles. L’une peut former une ligne circulaire presque horizontale, tandis que l’autre est oblique et s’écarte sensiblement de la première. Cette remarque, sur laquelle Orfila insiste avec raison, a son importance. D’un autre côté, un lien unique peut, sans faire deux tours, déterminer encore une double empreinte, lorsque large, épais et résistant, il ne presse sur la peau que par ses bords. C’est ce que j’ai noté chez un détenu de Mazas, qui s’élait seivi pour se pendre d’une courroie de cuir large de 4 centimètres, bombée au milieu et dont les bords très-forts avaient seuls appuyé sur la peau. Dans ces cas, les deux empreintes formées par le lien unique sont nécessairement et toujours parallèles.

Les dimensions du sillon peuvent n’èlre pas égales à celles du lien, celui-ci n’ayant pas porté par toutes ses parties, comme il arrive pour une corde de quelque grosseur ; il est dans ce cas moins large. Sa profondeur varie aussi. Il arrive, quand le lien est large et la pendaison peu prolongée, que les traces se bornent à une empreinte superficielle et sans profondeur. Celle-ci est, au contraire, d’autant plus grande, que le lien est plus étroit, et que le corps est resté plus longtemps suspendu. 11 entre alors dans les chairs et y creuse un véritable sillon ; M. Brierre de Boismont a cité un cas où un cordonnet de fouet avait coupé la peau comme une lame de rasoir.

Il résulte des conditions que nous venons de rappeler

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que la peau du cou peul conserver sa couleur et sa texturc naturelle, si la mort est récente et si la pendaison est de courte durée; mais ce fait même n’a rien de constant. Le plus souvent, et même après un temps très-court de pendaison, Ollivier (d’Angers) (1) etM. Caussé (d’Albi) (2) en ont cité des exemples, la peau qui a été comprimée par le lien suspenseur se dessèche et prend un aspect parcheminé. C’est là un phénomène purement physique qui se prononce de plus en plus après la mort. Au-dessus et au-dessous du point parcheminé qui constitue comme le fond du sillon, la peau forme deux bords plus ou moins saillants , d’une couleur parfois violacée. Cette saillie et cette coloration, qui sont surtout marquées sur le bord supérieur, sont dues à la stase du sang dans les couches superficielles de la peau et non à une extravasation sanguine, comme l’avait admis par erreur, dans un travail d'ailleurs fort intéressant, Remer (de Breslau) (1). On voit, dans un petit nombre de cas seulement, la peau, légèrement excoriée et offrant sur quelques points de petites ecchymoses superficielles, tout à fait distinctes de la teinte violacée, uniforme et étendue que présentent les lèvres du sillon. Lorsque celui-ci est profond, la peau desséchée prend un aspect argentin et nacré qui s’étend au tissu cellulaire sous-cutané.

État des organes sexuels. — Il importe de ramener aux données positives de l’observation les indications relatives

(1) Ollivier (d’Angers), loc. cil.

(2) Caussé (d'Albi), Lettre à M. Ollivier (d'Angers) au sujet de son mémoire sur les signes de la suspension (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. XXV, p. 225).

(5) Reiner (de Breslau), Matériaux pour l'examen médico-légal de la mort par strangulation (lisez pendaison) (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. IV, p. 166), trad. des Ann. de méd. polit, de Qenke, par le Dr L. Paris.

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à l’état fies organes sexuels chez les pendus ; l’imagination y a eu trop de part.

Chez l’homme et très-probablement aussi chez la femme, suivant les justes remarques de Remer, la pendaison amène quelquefois, mais non d’une manière constante, une certaine turgescence des parties génitales externes et internes; et chez l’homme un écoulement de sperme, généralement peu abondant , presque borné à la présence de quelques gouttes de liqueur séminale dans l’urèthre. Ce double phénomène est en grande partie l’analogue de la congestion passive, dont les membres inférieurs sont le siège. Il ne faut pas y voir une sorte d’éréthisme propre à la pendaison. Il n’y a là ni une véritable érection, ni une émission de liqueur séminale produite par l’excitation des sens. D’une part, en effet, l’évacuation d’une certaine quantité de sperme, nous le démontrerons bientôt, n’appartient pas le moins du monde exclusivement à la pendaison; et, d’une autre part, elle n’est pas liée à l’orgasme des organes sexuels, car on l’a vu se produire sans congestion, ni turgescence de ces parties. Ollivier (d’Angers) en avait déjà fait la remarque.

Quant à la prétendue sensation voluptueuse éprouvée par les pendus, et dont on a fait le complément de ce tableau purement imaginaire, j’ai dit qu’elle n’était nullementétablie par les faits. J’ajoute, comme dernière preuve d’erreur, qu’au moment où se montre la turgescence des organes génitaux, et où se produit l’écoulement du sperme chez quelques pendus, il y a longtemps que toute sensation est abolie chez eux. M. Brierre de Boismont(l), dans les observations si nombreuses qu’il a recueillies sur le suicide, dit expressément : « Aucun n’a fait allusion à

(1) Brierre de Boismont, Observations médico-légales , etc.

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l’état qui semblerait résulter des phénomènes des organes génitaux. »

Il n’y a donc dans l’état des parties sexuelles déterminé par la pendaison qu’une conséquence purement physique de la position du corps plus apparente chez l’homme en raison de sa conformation, mais pouvant aussi se produire chez la femme par la congestion de l’appareil érectile très-développé, dont M. le professeur Ch. Rouget (2) a démontré l’existence. Je ne veux pas dire parla que l’action de la pesanteur produise seul cet effet, la pendaison, je n'en doute pas, agit sur les centres nerveux sympathique et rachidien. Mais ce que je nie, c’est qu’il y ait chez les pendus éréthisme vénérien manifesté par l’état des organes et par des sensations particulières réellement perçues. Je ne suis d’ailleurs entré dans de si longs détails à ce sujet qu’à cause de l’importance qui a été donnée à ces phénomènes, dont nous aurons plus tard à apprécier la valeur comme signes de la pendaison.

Examen des organes internes chez les individus morts

par pendaison. — L’autopsie du cadavre des pendus exige d’autant plus de soin et d’attention que l’état extérieur du corps qui suffit quelquefois à établir le fait de la pendaison, ne peut jamais donner la preuve que la pendaison soit la cause réelle delà mort.

État des parties profondes du cou. — L’examen des parties'profondes du cou, en complétant les données fournies parles traces extérieures qu’a pu laisser sur la peau le lien suspenseur, fera quelquefois découvrir des traces de violences qui peuvent avoir une importance et une signification très-graves. Il faut les rechercher dans l’épaisseur du

(1) Ch. Rouget, Iiecherches sur les organes érectiles de la femme et sur l’appareil musculaire , tubo-ovarien, dans leurs rapports avec l’ovulation et la menstruation (extrait flu Journal de la physiologie de l'homme et des animaux. Taris, 1857).

DR LA PENDAISON

tissu cellulaire et des muscles en avant et en arrière, dans les parlies constitutives du larynx, dans les gros vaisseaux cl, jusque dans le squelette de celle région, dans les vertèbres cervicales elles-mêmes.

L’empreinte de la constriction exercée par le lien suspenseur est souvent marquée sur les saillies musculaires, qui occupent les parties latérales du cou, notamment sur les muscles sterno-mastoïdien qui présentent en ce point une dépression plus ou moins profonde. Il est très-rare que l’on rencontre dans le tissu cellulaire ou dans l’épaisseur. des muscles d’ecchymose ou d’infiltration sanguine. On peut même douter qu’il s’en produise dans la pendaison simple; et dans le cas que cite Orfda comme exemple de la formation possible d’ecchymose dans la pendaison suicide, et, où l’on avait noté la présence de sang infiltré dans la profondeur des muscles de la région cervicale postérieure, il est permis de se demander s’il s’agissait réellement d’une mort volontaire. 11 ne faut pas cependant nier qu’il en puisse être ainsi, et ce qu’il faut >

maintenir seulement, c’est l’exlreme rareté des ecchvmoses sous-cutanées et des infiltrations sanguines dans les muscles du cou des pendus.

Il est également possible quoique très-rare de constater la fracture ou l’enfoncement des cartilages du larynx ou de l’os hyoïde; sur cent un cas rassemblés par Remer, le fait a été relevé une fois seulement. Il avait été signalé par Orfilaet avant lui parMorgagni et par Yalsalva.

Il est une particularité curieuse, mais sans grande signification pratique malgré le bruit qu'on en a fait : c’est la section des tuniques moyenne et interne de l’artère carotide primitive, notée pour la première fois par Amussat en J 828. Quoique l’attention ait été vivement portée vers ce point, le fait n’a été constaté que dans un très-petit nombre de cas. 11 est resté d’une extrême rareté, il est

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d’ailleurs impossible de rattacher cette lésion à aucune condition définie de la pendaison. Il ne faut cependant pas le négliger absolument, et il est bon de le rechercher et devoir si la section des tuniques artérielles s’accompagne d’infiltration de sang et d’ecchymose dans les parties voisines et notamment dans le tissu cellulaire qui enveloppe le vaisseau.

Des lésions plus graves à tous les points de vue, mais non moins rares, se rencontrent parfois du côté de la colonne vertébrale, je veux parler de la luxation des vertèbres cervicales observée dans quelques cas de pendaison que l’on avait lieu de croire criminelle, et qui ont donné lieu à des discussions médico-légales du plus haut intérêt sur lesquelles nous reviendrons. Il est constant que la luxation de la première vertèbre cervicale sur la seconde, ou des deux premières sur la troisième peut s’opérer dans la pendaison. Mais il faut pour cela certaines conditions particulières dans la manière dont le lien suspenseur est fixé sur le cou, et une certaine force employée dans le procédé de pendaison. Ce n’est guère que lorsque le nœud se trouve en avant sous le menton et la tête fortement renversée en arrière que l’on comprend la luxation des deux premières vertèbres ; soit que l’apophyse odontoïde sorte du demi-anneau dans lequel elle se meut, soit que des désordres plus graves, et la rupture des ligaments favorisent le déplacement des vertèbres. On sait que le bourreau de Paris, par des manœuvres particulières, avait coutume de produire celte lésion, et hâtait ainsi la lin des suppliciés. J’ai reproduit les renseignements données par Louis sur ce procédé, qu’Orfila s’est vainement efforcé de contredire.

M. Caussé (d’Albi) (1) dans une dissertation des plus re-

0) S. Caussé (d’Albi), Mémoire médico-légal sur les luxations des vertèbres cervicales. Albi, 1852.

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marquablos, a parfaitement démontré le mécanisme de ce procédé, et complétant la citation empruntée par Orfila aux Œuvres de chirurgie de A. Louis, il a fait voir d’après le mémoire original que l’exécuteur de Paris « mettait toujours le nœud coulant en devant sous le mériton. » Tout est là, en effet, et le déplacement des vertèbres dépend surtout du point où est fixé le lien suspenseur.

La luxation des vertèbres situées au-dessous des deux premières n’est môme pas impossible. Mais elle exige et implique une projection violente ou une précipitation du corps dans l’espace. Dans ces différents cas, on observe parfois des fractures ou tout ou moins des déchirures profondes et des infiltrations ou épanchement de sang plus ou moins considérables. Mais ce ne sont pas moins en définitive des lésions très-rares dont la signification aura besoin d’être précisée.

État des organes respiratoires et circulatoires . — Le larynx et la trachée-artère présentent en général à leur surface interne une teinte uniformément rouge ou d’un rose vif. Il existe dans ces conduits aériens, quoique d’une manière moins constante que dans les cas de mort par strangulation, par suffocation et surtout par submersion, une certaine quantité d’écume, généralement plus épaisse, plus visqueuse, parfois sanguinolente, qui tapisse la membrane muqueuse.

Les poumons sont généralement le siège d’un engouement sanguin très-général, mais surtout marqué à la base et d’autant plus que la pendaison a duré davantage. Ils sont d’une couleur noire très-foncée, mais ne présentent, à leur surface ou dans leur profondeur, ni ecchymoses sous-pleurales, ni foyers apoplectiques; à peine, dans quelques cas, quelques bulles d’emphysème circonscrit. M. le docteur Faure, dit avoir vu quelquefois sur les poumons d’animaux qu’il sacrifiait immédiatement après leur

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mort, des suffusions sanguines disséminées sous la plèvre qui disparaissaient au bout de trois ou quatre heures. J’ai déjà signalé ces différences singulières entre les résultats de l’ouverture immédiate des corps et ceux de l'autopsie tardive. Ces dernières seules, on le comprend, intéressent la médecine légale pratique. Au point de vue expérimental, il est bon de ne pas négliger les autres.

Les cavités du cœur sont le plus souvent remplies de sang fluide; rarement on y trouve quelques caillots peu consistants.

Les organes digestifs n’offrent à noter outre les signes généraux de l’état de la digestion qu’une rougeur générale déjà signalée par M. Devergie et qui pourrait paraître due à la congestion passive que produit dans tous les organes la position verticale du corps des pendus. Cependant le professeur A. Taylor (1) insiste d’une manière toute spéciale sur la coloration rouge de la membrane muqueuse gastro-intestinale chez les pendus. Le musée de Guy en conserve des spécimens très-frappants, et divers observateurs, Chevers, Yelloly, en ont rapporté des exemples. Elle serait quelquefois tellement prononcée qu’on a pu croire à un empoisonnement par une substance irritante et juger nécessaire une analyse chimique qui n’a donné que des résultats négatifs. C’est là un fait d’un grand intérêt et auquel les observations faites en Angleterre, semblent donner plus d’importance qu’on ne l'avait pensé jusqu’ici.

États des centres nerveux. — C’est une erreur commune que d attribuer un rôle actif dans la mort par pendaison à la congestion du cerveau que produirait la constriction des vaisseaux du cou. Mais l’expérience et l’observation s’ac-

(1) A. Taylor, Üe la cause de la mort des pendus [Ann- d'hygiène et de mèd. Icg., t. XVI, p. 385).

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cordent de la manière la plus frappante pour ruiner celle supposition.

A. Taylor ( 1 ) avait déjà fait voir que les pendus n’étaient pas frappés d’apoplexie, puisqu’ils pouvaient vivre si on ouvrait la trachée au-dessous du lien. Toujours est il qu’ils mouraient au bout d’un certain temps. Le cas de ce genre que le professeur Taylor emprunte à la Médecine légale de Smith, montre un supplicié chez qui l’ouverture delà trachée ne prolongea pas la vie au delà de trois quarts d’heure. M. Faure (2-) a ingénieusement varié ces expériences. Sur une chienne pendue, la trachée a été mise à nu, ouverte et maintenue au dehors entre les muscles. L’animal n’est mort qu’après trois heures de pendaison, par suite très-probablement du trouble apporté dans les mouvements respiratoires par le défaut d’action des muscles du cou. Un autre animal que l’on pend après lui avoir obstrué la trachée ne succombe pas beaucoup plus vile que celui qu’on laisse libre sur le sol après cette opération.

Ces expériences démontrent clairement le peu de part que la constriction des vaisseaux du cou a dans les effets de la pendaison. Et en réalité on constate que le cerveau des pendus n’est pas en général congestionné; les vaisseaux intracrâniens sont le plus souvent aplatis et vides. La pression que subissent les veines jugulaires externes amène bien la stase du sang dans les parties superficielles et spécialement à la peau de la face et du cou. Mais les veines jugulaires internes restent libres et la circulation cérébrale n’est pas sensiblement troublée.

11 est encore à noter que le cerveau demeure pâle et exsangue tant que le corps reste suspendu; mais que le sang afflue dans les parties déclives de l’encéphale comme des

(1) A. Taylor, De la cause de la mort des pendus, ibid.

(2) Faure, Recherches expérimentales sur l'asphyxie.

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