‹ Etude médico-légale sur la folie (volume 3)Chapitre 37 sur 67 · DÉMENCE · texte numérisé non relu

DÉMENCE

Parmi ces altérations, il en est plusieurs, notamment l'épaissisâément général des membranes cérébrales et Thydropisie extra et intra cérébrale, qui doivent être considérées comme positivement incompatibles avec le fonctionnement normal du cerveau et avec l-intégrité de ses facultés ; par leur nature et leiu* degré, ces altérations ont dû affecter principalement les fonctions cérébrales dans leur énergie et entraîner rafGaiblissement des . facultés intellectuelles et même de la motilité volontaire. Si ces altérations encéphaliques se sont rattachées chez le sieur M. au développement de la démence sénile, c'est encore par Taffaiblissement de Tintelligence et de la motilité volontaire qu'ont dû se traduire les principaux effets de l'état morbide. Quant à Tépoque où a dû se produire, sous Tinfluence des altérations encéphaliques, cette diminution morbide des facultés intellectuelles, il est impossible de la préciser, d'après la considération exclusive de l'état du cerveau après la mort; néanmoins, il est possible d'affirmer d'après la nature même des altérations pathologiques qui offrent tous les caractères de la chronicité, que l'influence qu'elles ont dû exercer sur les facultés intellectueUes pour les troubler, surtout en les affaiblissant, a dû s'exercer assez longtemps et probablement plusieurs années, avant la mort, l'affaiblissement de Tintelligence, leur effet principal, ayant dû se prononcer de plus en plus à mesure que l'époque de la fin deia vie s'approchait. »

Ces conclusions furent combattues avec une extrême vivacité dans un mémoire signé par Trousseau, Grisolle, Falret, FoUin et M. le professeur Lasègue. t Notre avis formel, explicite, y était-il dit, est que la prétention de déterminer après la mort le degré d'intelligence d'un homme, d'après l'état de son cerveau, et de conclure de la structure des méninges qu'il était apte ou non à choisir ses héritiers, est condamnée d'avance comme un non-sens inqualifiable ; que, dans l'espèce, cet échafaudage d'hypothèses sans cohérence repose non-seulement sur un principe faux, mais sm* des faits mal observés et mal interprétés, parce qu'on a confondu les modifications séniles indépendantes des maladies

cérébrales avec des reliquats d'inflammation et les altérations cadavériques avec des lésions accomplies duranl la vie. Les auteurs des procès-verbaux sont eux-mêmes si peu édifiés sur la signification de Tautopsie qu'ils admettent indistinctement, comme pertinemment démontrée, Texisténce ou d'une démence séoile, ou d'une paralysie générale, ou d'une simple obtusion de l'esprit, ou même d'un affaiblissement intellectuel assez peu .marqué pour qu'il ne supprime que la possibilité de prendre l'initiative dans une affaii-e sérieuse. Non-seulement nous repoussons énergiquement ces conclusions contradictoires, mais nous croyons de notre devoir de protester contre une tentative sans précédent et qui, si elle pouvait trouver des imitateurs, compromettrait l'autorité et la dignité de la médecine légale. L'état mental d'un homme se juge par ses paroles et par ses actes ; il relève de l'observation directe du médecin et de l'enquête du magistrat et, dans l'état actuel de la science, il est interdit d'asseoir cette grave décision sur les conjectures d'une autopsie, t

Puisque j'ai choisi cet exemple, je dois, pour en faire sortir les enseignements qu'il contient, donner moi-même une opinion et déclarer que je n'aurais pour ma part signé ni les unes ni les autres de ces conclusions. D'abord parce que je ne trouve pas dans le fait particulier dont il s'agit les constatations anatomiques suffisamment nettes et caractéristiques pour autoriser des déductions positives dans un sens ni dans l'autre, et en second lieu, quant à la théorie développée dans la consultation produite par les défendeurs, parce qu'elle me parait excessive et beaucoup trop absolue dans sa forme abstraite. Je n'admettrai jamais, ainsi que je Tai dit déjà, que Ton conclue des lésions du cerveau à l'existence certaine de la démence ou de telle ou telle autre forme de folie ; mais je ne considère pas non plus comme fondé ce mépris souverain pour les données que peut fournir au médecin légiste l'autopsie cadavérique du cerveau d'un dément à la condition qu'elle soit complète et conforme à toutes les exigences de la science de nos jours. C'est là, je le répète, un élément qui

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