FEMMES EN TRAVAIL OU BÉCEMMENT ACCOUCHÉES
lectuel fut toujours très-peu satisfaisant. Après son accouchement elle fut prise d'une perte de sang considérable qui fut le signal et la cause d*.une aggravation dans les désordres intellectuels : elle errait çà et là, s'égarant dans les rues, faisant des achats qu'elle ne pouvait payer, mâchant du charbon, mangeant de la chandelle, faisant des potages avec des harengs-saurs, enfin se livrant à des actes incohérents sans délire bien caractérisé. Elle était très-pâle, très-faible et ne pouvait se livrer à aucun travail ; elle répondait tout de travers aux questions qu'on lui adressait, offrant dans ses actes une grande singularité, et parfois s'agitant sans motif, quittant son lit, errant çà et là comme les malades en démence. En peu de semaines un traitement tonique et un régime réconfortant firent dfsparaître tous ces phénomènes. Une autre, accouchée depuis un mois, arriva à la Salpétrièrè, très-pâle et très-anémique. Elle n'offrait pas, à proprement parler, de délire, restait calme et régulière, mais toutes ses facultés étaient notablement affaiblies ; elle ne comprenait pas ce qu'on lui disait, répondait de travers et se montrait bizarre dans ses allures. Louyer Villermay (1) cite l'observation d'une dame jeune et fort spirituelle qui, après de longues traverses, épousa un homme qu'elle aimait passionnément. Lors de sa première couche, à la suite d'ime longue syncope, elle perdit la mémoire du temps qui s'était écoulé depuis son mariage. Sa vie s'arrêtait à cette époque, mais depuis tout lui demeurait inconnu; elle repoussait même avec effroi, dans les premiers instants, son mari et son enfant. J'ai vu moimême, par suite d'une mission de justice, une jeune femme qui depuis six mois allaitait un premier enfant : pendant les cinq premiers mois elle avait eu ses règles, mais celles-ci n'avaient pas reparu le sixième, et en même temps que le lait montait avec plus d'abondance, son médecin, le docteur Aussandon, constatait une certaine agitation, un changement dans les idées, une parole brusque et saccadée. Elle
(l)LocYER Villermay. Essai sur les maladies de la wérnoire {Mémoires de la Société de médecine de Paris).
iK)rtait pour aller au marché et mettait daus son panier des effets comme si elle partait en voyage. Elle avait, dans ces conditions, pris chez un marchand des objets qu'elle n'avait pas payés et elle avait été arrêtée. Je n'eus pas de peine h faire voir qu'il fallait mettre cet oubli sur le compte du désordre intellectuel et moral produit par le trouble de l'allaitemeût. En examinant tous ces faits au point dé vue de l'appréciation médico-légale, il me semble qu'ils se présentent avec le caractère commun d'une perversion évidente de la volonté, qui, si elle n'est pas, à vrai dire, entraînée et dominée par une impulsion irrésistible, a du moins perdu beaucoup de son énergie, et que la définition la plus juste et la plus vraie quQ l'on puisse donner de Tétat mental des femmes dont je viens de parler, c'est qu'elles offrent un défaut de résistance morale, qui atténue singulièrement et peut même annuler complètement leur responsabilité au même degré et de la môme manière que je l'ai indiqué pour les déments, les imbéciles et les alcoolisants.