ÉPILEPTIQUES
1° les é[)ilepHques; 2° les idiots et les imbéciles; 3° les dégénérés et les excentriques; 4° les alcoolisants; 5° les hypocondriaques; 6" les hystériques; 7" les femmes enceintes; S° les femmes récemment accouchées ou nourrices.
A mesure que nous examinerons chacun de ces types en particulier on reconnaîtra que, bien qu'à des degrés très divers, la perversion qui domine chez eux est celle de la volonté. Elle n'est pas abolie, mais opprimée et dominée eu quelque sorte : elle n'obéit pas, comme chez l'homme sain d'esprit et comme chez beaucoup d'aliénés eux-mêmes, aux déductions d'un raisonnement ou à une conception, à une idée prédominante, mais uniquement à un entraînement instinctif, à une impulsion maladive à laquelle elle est incapable de résister. Il en résulte cette première et très importante conséquence que l'appréciation médico-légale portera moins ici sur l'état des facultés intellectuelles, que sur celui des facultés affectives ou des instincts, et que l'acte qui sera la manifestation parfois unique ou du moins principale qui révélera seule la perversion de ces instincts, prendra au point de vue de la constatation de l'état mental une place souvent prépondérante.
Je ne veux pas dire par là qu'il faille s'attacher exclusivement à l'analyse de cet acte ; on doit toujours rapprocher l'action incriminée des conditions de la nature morale de celui qui l'a commise, telle que l'observation et l'expérience nous ont appris à la reconnaître dans les différents types que je viens d'énumérer. Mais, lorsque l'on sera arrivé à reconnaître cette espèce d'enchaînement de la volonté, il s'en suivra nécessairement que l'on devra admettre, suivant les degrés, le défaut absolu ou l'atténuation plus ou moins complète de la responsabilité. C'est là que se montrent les plus grandes difficultés de l'expertise médico-légale, et qu'apparaît dans toute son évidence cette nécessité dont j'ai fait en principe un devoir rigoureux pour le médecin lé-
giste, de garder une juste mesure entre les doctrines extrêmes que j'ai déjà discutées dans la première partie de cette étude concernant la responsabilité des aliénés.
Épileptiques.
L'épilepsie, affection héréditaire presque toujours incurable, qui marque d'un sceau terrible les malheureux qui eu sont atteint?, et qui fait le désespoir de leurs familles, aussi bien que des médecins auxquels ils sont confiés, est pour la médecine légale un sujet plein de difficultés et de périls.
Elle n'est pas exclusivement constituée par des attaques convulsives intermittentes avec perte subite et complète lIu sentiment; elle s'accompagne en outre presque constamment d'un affaiblissement, d'une perversion et quelquefois dune abolition des facultés intellectuelles et morales. Elle débute fréquemment dès l'enfance et se complique alors d'une véritable imbécillité ; le mal physique est étroitement lié à l'infirmité morale et à l'impuissance intellectuelle. D'un autre côté, lorsqu'elle a duré de longues années sous la forme convulsive ordinaire de haut ou de grand mal, la raison en reçoit une atteinte profonde ; le caractère change et s'aigrit, les facultés s'affaiblissent, la mémoire se perd et le malade tombe dans un état de véiitable démence. Cette dégradation morale se montre parfois beaucoup plus tôt et à une époijue assez rapprochée du début de l'épilepsie, surtout chez les jeunes sujets, sans que cela paraisse tenir à la violence des attaques; car c'est souvent lorsque la maladie reste bornée au petit mal, au simple vertige épileptique, que la démence arrive le plus tôt. Elle est souvent précédée d'accès de délire aigu qui cessent etse reproduisent sous forme de paroxysmes plus ou moins éloignés. La folie épileptique est alors consli-
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tuée, elle est marquée par un affaiblissement notable de l'intelligence et une perversion quelquefois profonde des fonctions affectives, l'oubli de tous les sentiments, l'insensibilité la plus complète; quelquefois au contraire une irritabilité de caractère plus grande et une véritable mécbanceté. Les attaques de convulsions suivent leur marche accoutumée, et quelques-unes, seulement à des époques irrégulières, sont suivies d'une véritable excitation maniaque avec délire furieux et tendance au suicide. A mesure que la maladie fait des progrès, l'aliénation mentale, qui persiste pendant les intervalles des paroxysmes, prend un caractère plus général et plus constant.
Jusqu'ici aucune difficulté : d'une part, en effet, tant que la folie épileptique n'est pas constituée, et que le mal est borné à des attaques convulsives intermittentes plus ou moins rapprochées, mais entre lesquelles la santé et la raison reparaissent dans leur intégrité; il est bien certain que l'on ne peut à aucun degré traiter l'épileptique comme un aliéné, ni le déclarer incapable ou irresponsable, il est non moins évident que, lorsqu'il est arrivé à l'état soit de fureur, soit d'imbécillité ou de démence épileptiques, il tombe dans la catégorie des fous incurables, inconscients autant qu'incapables, et que les mesures de la séquestration, de l'interdiction, tout comme les bénéfices de l'irresponsabilité, lui sont complètement applicables.
Ce n'est pas tout : il n'est pas rare de rencontrer des épileptiques d'un tout autre caractère et d'une tout autre allure. Non seulement il en est qui offrent seulement des espèces d'absences pendant lesquelles, sans que les autres fonctions soient troublées, les sens restent quelques secondes fermés à toute impression ; ou un simple étourdissement, un vertige caractérisé par une suspension brusque de l'intelligence et de la volonté, qui s'arrêtent au milieu d'un discours ou d'une action commencée, l'immobilité
de la face, la fixité du regard, une secousse passagère et partielle, un léger tremblement d'un membre ou d'un doigt seulement, une perte de connaissance soudaine et complète, des mouvements désordonnés ou enfin des paroles incohérentes et brèves dictées par un délire sombre. Chez d'autres, et ce sont pour le médecin légiste les plus intéressants, l'épilepsie est caractérisée par l'impulsion instinctive, par l'acte soudain, brusque, irréfléchi, par ce que l'on a très bien nommé Victus sans précédent et sans suite: et, lorsque l'on songe que cet acte peut être le meurtre inattendu et inexpliqué du passant le plufe inoffensif, et que le meurtrier n'a donné avant et ne donnera pas après le moindre signe d'altération des facultés, il y a bien de quoi terrifier et de quoi soulever dans la conscience des juges les plus douloureuses perplexités. C'est à l'expert qu'il appartient de les faire cesser; c'est là le grave et difficile problème que lui offre la détermination de la responsabilité chez les épileptiques.
Trousseau a étudié mieux que personne et en grand praticien cette périlleuse question de l'épilepsie larvée (1\ suivant la très juste expression de M. Morel. Il a cité de nombreux exemples de ce choc épileptique qui se manifeste d'une manière plus inopinée encore que l'attaque convulsive par une violence subite ou par un acte bizarre, singulier, inouï, dans lequel on voit que la volonté n'est nullement intervenue. Un magistrat en pleine audience se lève de son siège, et contre le mur même du prétoire satisfait un besoin naturel, puis se rassied. Un savant assis à sa
(1) Trousseau, De la congestmi cérébrale apoplectique dans ses rapports avec l'épilepsie [Bullet. de CAcad. de méd., t . XXVI, 18G0-1861). — Discussion sur ce sujet par MM. Tardieu, Malgaigne, Baillarger, Bouillaud, Beau, Durand-Fardel, Girard de Cailleux, Falret, Devergie, Gibert, Bousquet {ibid., passim.) — J. Falret, De T état mental des épdeptiques [Arch. r/mér. de méd., décembre 18C0 et suiv.). — Morel, D'une forme de délire, swte d'une swexritdiion nerveuse se rattachant à une variété non encjre décrite d'épilepsie. Épilepsie larvée. Paris, 18G0.