MÉLANCOLIE AVEC STUPEUR
Cette forme est à proprement parler la mélancolie à laquelle vient s'ajouter un épiphénomène d'une durée plus ou moins longue, la stupeur, qui peut n'être que l'extase et qui peut aller presque jusqu'à la stupidité.
Le délire est de nature exclusivement triste. La pensée est très-souvent confuse ; ce qui n'empêche pas la production d'hallucinations nombreuses et de conceptions délirantes. Ces hallucinations vagues, mobiles, sinistres, amènent un trouble considérable de l'intelligence. De là quelquefois une agitation aveugle, irré* sistible qui, si elle n'est pas réprimée, peut porter les mélancoliques avec stupeur aux plus graves excès. C'est dans ces circonstances qu'ils accomplissent quelquefois le suicide et non point par suite d'une idée fixe
et arrêtée comme dans la forme précédente et dans la monomanie. Les conceptions délirantes n*ont pas non plus la netteté de la mélancolie proprement dite.
La physionomie a comme caractères : l'incertitude du regard, Taffaissement des traits, un certain air d'hébétude plutôt que de tristesse. La démarche est lourde, nonchalante ou apathique, immobile. Les malades ne répondent pas aux questions qu'on leur adresse ou répondent lentement, par suite de l'embarras plus ou moins grand de l'intelligence.
La sensibilité générale est considérablement diminuée. Les fonctions digestives, l'assimilation et la nutrition s'accomplissent ordinairement d'une manière assez régulière, mais lentement et incomplètement. Le sommeil est en général mauvais, ils ont des rêves effrayants.
Après la guérison, les malades rendent compte de quelques-uns des phénomènes qu'ils ressentaient. J'ai parlé (1) d'un jeune homme qui, assez longtemps après sa guérison, m'expliquait lui-même ce qu'il avait éprouvé. Il me disait qu'il raisonnait en lui-même chacun des moyens thérapeutiques qu'on employait à son égard , qu'il formait intérieurement certaines résolutions; mais qu'il lui était impossible de les mettre à exécution.