‹ Étude médico-légale sur la Strangulation ManuelleChapitre 30 sur 40 · DES CAUSES DE LA MORT · texte numérisé non relu

DES CAUSES DE LA MORT

La mort est-elle le résultat de la strangulation ? Telle est la première question que se pose l'expert et qui lui est posée par la justice. Cette question peut être dédoublée, car elle implique d’abord l’idée de strangulation opérée sur un vivant ou un cadavre et,en second lieu, on doit rechercher si c’est bien ce genre de mort qu’il faut incriminer. Nous ne dirons qu'un mot au sujet de la première hypothèse. En effet, quel mobile pourrait pousser un assassin à étrangler sa victime, quand elle a déjà succombé sous ses coups ? Excès de précaution, tout au plus; ce n'est pas pour cacher son crime, car il le rend ainsi plus manifeste. Faire porter les soupçons sur un innocent par un motif de Jalousie ou de haine, alors que le cadavre est celui d’un homme tué accidentellement ? Ce serait plus plausible, bien que le coupable se compromette lui-même, en agissant ainsi. Nous concluerons donc qu’un individu sur lequel on a constaté les signes nettement déterminés de la mort par strangulation manuelle, est bien mort étranglé, toutes réserves mises de côté.

D'ailleurs les signes fournis par les lésions du cou et l’état des viscères seront là pour guider l'expert. Nousavonslonguementétudié les caractères des impressions et ecchymoses cutanées, en insis-

SU es tant sur les difficultés que l’on peut rencontrer dans son diagnostic, surtout si Ja mort est récente. En effet, si la lésion est faite à l'instant même de la mort, la circulation capillaire n'étant pas éteinte, on aura des effets analogues à ceux que l’on rencontre chez les vivants, ils prouveraient ainsi les derniers restes de vie de la victime. Mais après la mortonne produira pas la turgescence de la face, l’état des yeux et de la langue, les ecchymoses ponctuées, non plus que les signes pulmonaires etl’écume des voies respiratoires.

Diagnostic différentiel. — Ceci établi, avons-nous affaire véritablement à une mort par strangulation manuelle ? Elle peut être confondue soit avec une mort subite, par apoplexie ou accès convulsivant, soit avec la strangulation par liens, soit enfin avec la suffocation. |

Nous avons déjà signalé, dans les maladies convulsivantes, la présence fréquente d'ecchymoses sur la conjonctive, la face et la partie supérieure du tronc; de même, il est constantque, chez les apoplectiques, dont le cou est courtetreplet,on voitau niveau des plis nombreux que forme la peau de la région cervicale, se former après la mort des taches d’un rouge violacé, qui peuvent tromper un œil inattentif Ajoutons, de plus, que les signes extérieurs de la strangulation mënuelle peuvont manquer, ce qui mettrait la confusion au comble ; aussi l'expert consciencieux ne devra-t-il jamais conclure sans avoir procédé à une autopsie complète. La présence,

Lente

dans les voies respiratoires, d'écume sanguinolente est un des signes les plus constants et les plus nets de la strangulation et qui ue se rencontre pas dans l’'apoplexie. Il est vrai qu'elle se manifeste aussi chez les convulsés, mais les lésions pulmonaires sont toutes différentes et permettront d'éviter des erreurs regrettables. \

La strangulation par les liens, tout en ayant de nombreux signes communs avec celle qui nous occupe, n'en à pas moins pourtant quelques-uns qui lui sont propres. La présence du sillon horizontal, le plus souvent complétement circulaire, bien que le lien soit retiré rapidement, ne s'imprime souvent que sur les parties les.-plus saillantes du cou; lesinfiltrations sanguines superficielles ou profondes beaucoup plus diffuses et plus marquées, enfin, l'émission encore assez fréquente de liquide séminal permettront de faire aisément la distinction. Nous ne dirons rien de la pendaison dont leslésions extérieures sont par trop différentes, pour arrêter l'esprit; l'absencecomplètedesimpressions digitales, des ecchymoses ponctuées, de la saillie linguale et de l’écume laryngée suffiront, avec les signes positifs de ce genre de mort, à en faire écarter l’idée.

La confusion avec la su ffocation est plus permise et le diagnostic plus délicat, lorsque les signes extérieurs manquent et que l’autopsie reste seule comme dernière ressource. En tous cas, les rares lésions constatées au dehors siègent, non pas à la région cervicale, mais autour des narines, de la bouche, sur les joues, les lévres et les ailes du nez. Tarldieu

oo mettait toujours en avant les fameuses ecchymoses sous-pleurales etsous-péricardiques, nous ne reviendrons pas sur les réserves que nous avons faites à ce sujet. Quoiqu'il en soit, il ne faut pas ignorer que, chez les nouveau-nés, les deux genres de mort se rencontrent simultanément, ce qui rend une opinion nettement tranchée presque impossible; après tout la confusion serait sans grand inconvénient, car la question homicide ne serait pas à discuter.

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