‹ Étude médico-légale sur les blessuresChapitre 54 sur 72 · BLESSURES PRODUITES PAR LES MACHINES · texte numérisé non relu

BLESSURES PRODUITES PAR LES MACHINES

cette nature * ; on peut juger du personnel considérable d'ouvriers qui sont exposés au danger que fait courir l'usage maladroit ou la disposition malentendue des moteurs mécaniques.

Dans les grands centres manufacturiers, ces accidents sont de tous les jours, et je ne peux mieux faire que de rappeler ici les premières lignes du rapport remarquable présenté à la commission administrative des hospices de Lille par M. Loiset, sur la fréquence et la gravité des blessures occasionnées par les machines à vapeur employées dans les établissements industriels.

« Il entre fréquemment à l'hôpital Saint-Sauveur de jeu- « nés ouvriers des deux sexes ayant les mains ensanglantées « ou mutilées ; d'autres dans l'âge adulte sont couverts de « contusions ou atteints de fractures ; il en est dont la peau « et les muscles sont en partie dilacérés. Enfin, des pères de « famille plongés dans la stupeur et ofl'rant l'aspect cadavé- « rique sont amenés sur des civières. Nous remarquerons que « ces malheureux ont un bras, souvent le droit, compléte- « ment broyé ou arraché. »

Le même rapport donnait des chiffres bien propres à montrer l'étendue du mal.

« Dans l'espace de cinq ans, de 1847 à 18S2, cent vingt « établissements industriels ont fourni ensemble, à l'hôpital u Saint-Sauveur de Lille, l'énorme quantité de 390 blessés, « sur lesquels 12 sont morts, 339 ont été guéris ou sont en- « core en traitement, et 39 ont été amputés ou sont restés « estropiés; encore ne compte-t-on pas les individus morts « au moment même de l'accident. Dans ce chiffre de 390, « les blessés provenant des ateliers munis de machines à va- « peur figurent pour 321. 2 »

On ne peut nier que ces accidents et ces blessures observés dans les fabriques soient souvent le résultat d'une imprudence de la part des ouvriers; mais ceux-ci en conviennent rarement, et leurs parents ou leurs conseils ne manquent

1. A. Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, 2° édit. Paris, i862, t. II, p. 596, art. Machines a vapeur.

2. La collection^ ai précieuse à tous égards, des Rapports des Conicii

guère de les attribuer à la mauvaise disposition des appareils, ou à la nature du travail, également imputables au patron Qu à ceux dont il répond. De là des procès en responsabilité, des demandes d'indemnité qui se reproduisent très-lréqueiament et dans des conditions à peu près toujours identiques, qu'il importe au plus haut degré de l'aire connaître aux médecins légistes appelés nécessairement à intervenir dans ces sortes d'atiaires.

• Les causes les plus ordinaires des accidents produits par Ifts moteurs mécaniques, sans parler des machines à vapeur elles-mêmes et des dangers qui naissent du générateur et de la. force motrice trop souvent mal réglés et ma,\ dirigés, sont le choc des roues de volée et des arbres de transmission, qui ne sont ni bien recouverts ni suflisamment garantis, ni placés dans des ateliers assez spacieux; les engrenages multipliés qui existent entre les divers rouages des machines et des

d'hygiène el, de salubrité du déparlement du Nord fournit les plus précieux enseiguemeuts sur cette grave question des accidents déterminés par les machines, qui a eu de tout temps un si grand intérêt pour la population ouvrière de ce département. Outre le travail de M. Loiset que je viens de citer, on y trouve non-seulement des cas particuliers en grand nombre, mais encore deux rapports étendus de M. (Josselet (pour les années 1853 et 1854) sur l'ensemble des faits : on y voit les preuves de la sollicitude des autorités locales et des membres si éclairés du Conseil central d'hygiène de Lille, dont l'initiative, éneraiquement appuyée par le Comité consultatif d'hygiène publique institué près le ministère de l'agriculture et du commerce, avait aijouti à la présentation d'un projet de loi soumis à l'Assemblée législative en 1859 et malheureusement dé.m,e\\ré S£^ns résultat. Il est très^-intéressant, au point de vue spécial de cette étude, de faire connaître une mesure ordonnée â la date du 19 juin 1853 par le préfet du Nord et qu'il exposait lui-même en ces termes : « En attendant que la loi ait pourvu à une nécessité aussi incontestable, « j'ai, suivant le vœu du Conseil central, chargé les commissaires de « police de constater désormais les accidents de cette nature par des « rapports circonstanciés que je déférerai à 1,'autorilé Judiciaire chaque « fois que le fait puurra être imputé direciement ou indirectement au chef de « l'élablissemenl, soit par l'insuOisance des locaux, soit par les mauvaises « dispositions des appareils, ou toute autre cause, etc. » Le Conseil d'hygiène de Lille s'associait à cette mesure en votant à l'unanimité un projet de réglementation des manufactures, usines, fabriques et ateliers mus par des moteurs mécaniques, avec cette condition expresse : « que « tout accid-nit résultant de l'inexécution des dispositions précédentes « soit poursuivi d'ofji'e par application des articles 319 et 320 du Code « pénal. »

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